I. Labb. Concil. t. XII, p
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rendre en ce jour à la Mère de Dieu et des hommes les cievoirs qui lui sont dus, nous devons nous rappeler que Dieu a voulu, dans les desseins de sa souveraine sagesse, associer Marie, en toutes manières, à l'œuvre du salut du ^^cnre humain. Le mystère d'aujourd'hui présente une nouvelle application de cette loi merveilleuse qui nous révèle toute la grandeur du plan divin; il nous montre une fois de plus le Seigneur brisant l'orgueil de Satan par le faible bras de la fernme. Dans l'œuvre de notre salut, nous reconnaissons trois interventions de Marie, trois circonstances où elle est appelée à unir son action à celle de Dieu même. La première, dans l'Incarnation du Verbe, qui ne vient prendre chair dans son chaste sein qu'après qu'elle a donné son acquiescement par ce solennel Fiat qui sauve le monde; la seconde, dans le sacrifice que Jésus-Christ accomplit sur le Calvaire, où elle assiste pour participer à l'offrande expiatrice; la troisième, au jour de la Pentecôte, où elle reçoit l'Esprit- Saint, comme le reçurent les Apôtres, afin de pouvoir s'employer efficacement à l'établissement de l'Eglise. A la fête de l'Annonciation, nous avons exposé la part qu'a eue la Vierge de Nazareth au plus grand acte qu'il a plu à Dieu d'entreprendre pour sa gloire, et pour le rachat et la sanctincation du genre numain. Ailleurs nous aurons occasion de montrer l'Eglise naissante s'élevant et se développant sous l'action de la Mère de Dieu; aujourd'hui il nous faut raconter la part qui revient à Marie dans le mystère de la Passion de Jésus, exposer les douleurs qu'elle a
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endurées près de la Croix, les titres nouveaux qu'elle y a acquis à notre filiale reconnaissance.
Le quarantième jour qui suivit la naissance de notre Emmanuel, nous accompagnâmes au temple l'heureuse mère portant son divin fils entre ses bras. Un vieillard vénérable attendait cet enfant, et le proclama « la lumière des nations et la gloire d'Israël ». Mais bientôt, se tournant vers la mère, nous l'entendîmes lui dire ces désolantes paroles : « Cet enfant sera aussi un signe de contradiction, et un glaive transpercera votre âme. » Cette annonce de douleurs pour la mère de Jésus nous fit comprendre que les joies innocentes du Temps de Noël avaient cessé, et que la carrière des amertumes était ouverte pour le fils et pour la mère. En effet, depuis la fuite nocturne en Egypte jusqu'à ces jours où la noire malice des Juifs prépare une affreuse catastrophe, quelle a été la situation du fils, humilié, méconnu, persécuté, abreuvé d'ingratitudes ? Quelle a été, par contrecoup, la continuelle inquiétude, la persévérante angoisse du cœur de la plus tendre des m.ères ? Mais aujourd'hui, prévenant le cours des événements, nous passons outre, et nous arrivons tout de suite au matin du fatal Vendredi.
Marie sait que, cette nuit même, son fils q été livré par un de ses disciples, par un homme que Jésus avait choisi pour confident, auquel elle-même avait donné plus d'une fois des marques de sa maternelle bonté. A la suite d'une cruelle agonie, le fils de Marie s'est vu enchaîner comme un malfaiteur, et
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la soldatesque l'a entraîné chez Caïphe, son principal ennemi. De là on l'a conduit chez le gouverneur romain, dont la complicité est nécessaire aux princes des prctres et aux docteurs de la loi pour qu'ils puissent, selon leur désir, répandre le sang innocent. Marie est dans Jérusalem; Madeleine et les autres amies de son fils l'entourent; mais il n'est pas en leur pouvoir d'empêcher les cris tumultueux du peuple d'arriver à son oreille. Et qui d'ailleurs pourrait arrêter les pressentiments au cœur d'une telle mère ? Le bruit ne tarde pas à se répandre dans la ville que Jésus de Nazareth est demandé au gouverneur pour être crucifié. Marie se tiendra-t-elle à l'écart, en ce moment où tout un peuple est sur pied pour accompagner de ses insultes, jusqu'au Calvaire, ce Fils de Dieu qu'elle a porté dans son sein, qu'elle a nourri de son lait virginal ? Loin ci'elle cette faiblesse ! Elle se lève, elle se met en marche, et se rend sur le passage de Jésus.
L'air retentissait de cris et de blasphèmes. Dans cette foule, on n'apercevait ni Joseph d'Arimathie, le noble décurion, ni le docte et grave Nicodème ; ils se tenaient cachés dans leurs demeures, déplorant le sort du Juste. Cette multitude qui précédait et suivait la victime n'était composée que de gens féroces ou insensibles; seulement un groupe de femmes faisait entendre de douloureuses lamentations, et par cette compassion mérita d'attirer les regards de Jésus. Marie pouvaitelle se montrer moins sensible au sort de son fils que ne le parurent ces femmes qui n'avaient avec lui d'autres liens que ceux de
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l'admiration ou de la reconnaissance ? Nous insistons sur ce trait pour exprimer combien nous avons en horreur ce rationalisme hypocrite qui, foulant aux pieds tous les sentiments du cœur et les traditions de la piété catholique de l'Orient et de l'Occident, a tenté de mettre en doute la vérité de cette touchante Station de la Voie douloureuse qui marque le lieu de la rencontre du fils et de la mère. La secte impure n'oserait nier la présence de Marie au pied de la Croix : l'Evangile est trop formel ; mais plutôt que de rendre hommage à l'amour maternel le plus tendre et le plus dévoué qui fut jamais, elle préfère donner à entendre que lorsque les filles de Jérusalem se montraient sans crainte sur les pas du Sauveur, Marie se rendait au Calvaire par des chemins détournés.
Notre cœur filial rendra plus de justice à la femme forte par excellence. Qui pourrait dire quelle douleur et quel amour exprimèrent ses regards, lorsqu'ils rencontrèrent ceux de son nls chargé de sa croix? dire aussi quelle tendresse et quelle résignation répondirent de la part de Jésus à ce salut d'une mère éplorée: avec quelle affection empressée et respectueuse Madeleine et les autres saintes femmes soutinrent dans leurs bras celle qui avait encore à monter le Calvaire, à recevoir le dernier soupir de ce fils de sa tendresse? Le chemin est long encore delà quatrième Station de la Voie douloureuse à la dixième, et s'il fut arrosé du sang du Rédempteur, il fut baigné aussi des larmes de sa mère.
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Jésus et Marie sont arrivés au sommet de cette colline qui doit servir d'autel pour le plus auguste et le plus terrible des sacrifices ; mais le décret divin ne permet pas encore à la mère d'approcher de son fils. Quand la victime sera prête, celle qui doit l'offrir s'avancera. En attendant ce moment solennel, quelles secousses au cœur de Marie, à chaque coup du marteau impitoyable qui cloue au gibet les membres délicats de son Jésus! Et quand enfin il lui est donné de s'approcher avec Jean le bien-aimé qui a répare sa fuite honteuse, avec l'inconsolable Madeleine et ses compagnes, quelles mortelles défaillances éprouve le cœur de cette mère qui, levant les yeux, aperçoit à travers ses pleurs le corps déchiré de son fils, étendu violemment sur le gibet, son visage couvert de sang et souillé d'infâmes crachats, sa tête couronnée d'un diadème d'épines !
Voilà donc ce Roi d'Israël dont l'Ange lui avait prophétisé les grandeurs, ce fils de sa virginité, celui qu'elle'^a aimé à la fois comme son Dieu et comme le fruit béni de son sein! C'est pour les hommes, plus encore que pour elle, qu'elle i'a conçu, qu'elle l'a enfanté, qu'elle i'a nourri; et les hommes l'ont mis dans cet état! Encore si, par un de ces prodiges qui sont au pouvoir de son Père céleste, il pouvait être rendu à l'amour de sa mère ; si cette justice souveraine envers laquelle il a daigné acquitter toutes nos obligations voulait'^se contenter de ce qu'il a souff"ert ! Mais non, il faut qu'il meure, qu'il exhale son âme au milieu de la plus cruelle agonie.
Marie est donc au pied de la Croix, pour
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recevoir le dernier adieu de son fils: il va se séparer d'elle, et dans quelques instants elle n'aura plus de ce fils tant chéri qu'un corps inanime et couvert de plaies. Mais cédons ici la parole au dévot saint Bernard, dont l'Eglise emprunte aujourd'hui le langage dans l'Office des Matines: « O mère, s'écrie-t-il, en considérant la violence de la douleur qui a traversé votre âme, nous vous proclamons plus que martyre; car la compassion dont vous avez été saisie pour votre fils a surpassé toutes les souffrances que peut endurer le corps. N'a-t-elle pas été plus pénétrante qu'un glaive pour votre âme, cette parole : Femme, voilà votre fils? Echange cruel! en place de Jésus, vous recevez Jean; en place du Seigneur, le serviteur; en place du maître, le disciple; en place du Fils de Dieu, le fils de Zébédée; un homme enfin, en place d'un Dieu! Comment votre âme si tendre n'en, serait-elle pas traversée, quand nos cœurs à nous, nos cœurs de fer et de bronze, se sentent déchirés au seul souvenir de ce que le vôtre dut alors souffrir? Ne soyez donc pas surpris, mes frères, d'entendre dire que Marie a été martyre dans son âme. Il ne peut y avoir à s'en étonner que celui qui aurait oublié que saint Paul compte entre les plus grands crimes des Gentils d'avoir été sans affection. Un tel défaut est loin du cœur de Marie ; qu'il soit loin aussi du cœur de ceux qui l'honorent 1 ! »
Au milieu des clameurs et des insultes qui montent jusqu'à son fils élevé sur la Croix