‹ L'Année liturgiqueChapitre 6 sur 160 · XVJ · texte numérisé non relu

XVJ

Préface générait.

Tels sont tant de recueils de formules et de considérations, publiés sous divers titres depuis deux siècles, et dans lesquels on s'est proposé d'édifier les fidèles, et de leur suggérer, soit pour l'assistance à la sainte Messe, soit pour la réception des Sacrements, soit pour la célébration des Fêtes de l'Eglise, certaines affections plus ou moins banales, et toujours puisées dans l'ordre d'idées et de sentiments le plus familier à l'auteur du livre. De là encore la couleur si diverse de ces sortes d'écrits qui servent, il est vrai, faute de mieux, aux personnes déjà pieuses, mais demeurent sans influence quand il s'agit d'inspirer le goût et l'esprit de la prière à ceux qui ne l'ont pas encore.

On dira peut-être qu'en réduisant tous les livres pratiques de la piété chrétienne au simple commentaire de la Liturgie, on s'expose à affaiblir et même à anéantir, par des formes trop positives, l'esprit d'Oraison et de Contemplation qui est un si précieux don de l'Esprit-Saint à l'Eglise de Dieu. A cela nous répondrons d'abord qu'en proclamant l'incontestable supériorité de la prière liturgique sur la prière individuelle, nous n'allons pas jusqu'à dire qu'on doive abolir les méthodes individuelles; nous voulons seulement les mettre à leur place. Nous dirons ensuite que si, dans la divine psalmodie, on compte plusieurs degrés, en sorte que les inférieurs s'appuient encore sur la terre et sont accessibles aux âmes qui sont dans les labeurs de la Vie purgative ; à mesure aussi qu'elle s'élève sur cette échelle mystique, l'âme se sent illuminée d'un rayon céleste, et, parvenue au

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sommet, trouve l'union et le repos dans le souverain bien. En effet, ces saints docteurs des premiers siècles, ces divins Patriarches de la solitude, où puisaient-ils la lumière et la chaleur qui étaient en eux, et qu'ils ont laissées si vivement empreintes dans leurs écrits et dans leurs œuvres, si ce n'est dans ces longues heures de la Psalmodie, durant lesquelles la vérité simple et multiforme passait sans cesse devant les yeux de leur âme, la remplissant, à grands flots, de lumière et d'amour ? Qui a donné au séraphique Bernard cette onction merveilleuse qui coule en fleuve de miel dans tous ses écrits ; à l'auteur de Y Imitation, cette suavité, cette manne cachée qui, après tant de siècles, ne s'affadit jamais ; à Louis de Blois, cette douceur et cette tendresse inénarrables qui émeuvent tout homme qui voudra lui prêter son cœur : si ce n'est l'usage habituel de la Liturgie au milieu de laquelle leur vie s'écoulait avec un mélange de chants et de soupirs ? Que l'âme, épouse du Christ, prévenue des désirs de l'Oraison, ne craigne donc point de se dessécher au bord de ces eaux merveilleuses de la Liturgie, qui tantôt murmurent comme le ruisseau, tantôt comme le torrent roulent en grondant, tantôt inondent comme la mer ; qu'elle approche et boive cette eau limpide et pure qui jaillit jusquà la vie éternelle l ; car cette eau émane des fontaines mêmes du Sauveur 2, et l'Esprit de Dieu la féconde de sa vertu, afin qu'elle

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