V. — M. Lamarre a fait paraître un mémoire' qui est un
' 6. Ballet. Contribution à l'étude du sommeil pathologique, {Revue de médecine, n° 1 1 . )
* Contribution à tétude du rôle du système nerveux dans les affectione du cœur, par M. E. Lamarre. Paris, 1882.
146 L'ANNÉB MÉDICALE.
résumé très-consciencieux de Tétat de nos connaissances sur le rôle du système nerveux dans les affections du cœur. Le titre de ce travail laisse entrevoir les difficultés et les inconnues qu'a dû rencontrer Tauteur en abordant sa tâche. Bien des points sont encore obscurs, en effet, en ce qui concerne les relations physiologiques et pathologiques de Torgane central de la circulation avec le cerveau et la moelle. Aussi bien, M. Lamarre a-t-il soin de ne nous donner comme certaines que les notions bien établies, et de conserver leur caractère aux hypothèses , même alors que ces hypothèses lui sont personnelles. D'ailleurs, comme il le dit lui-même, Fauteur, en écrivant son travail, s'est proposé moins de faire une monographie complète ou une revue critique de tout ce qui a été écrit sur la question , u que de développer et de discuter les points de physiologie ayant le plus de rapport avec la pratique ». Le premier chapitre du mémoire est consacré à la physiologie de l'innervation cardiaque. Dans les suivants, M. Lamarre passe successivement en revue : 1" l'influence sur le cœur des affections du plexus cardiaque; 2<> l'influence des affections du bulbe sur le développement et la marche des cardiopathies; S"" celle des affections de la moelle et du cerveau; 4*' celle des affections du plexus pulmonaire , solaire et hypogastrique. Enfin, le dernier chapitre, d'ailleurs très-bref, a trait aux phénomènes réflexes que produisent les maladies organiques du cœur sur le plexus cardiaque.
VI. — Voici les résultats qu'a fournis au professeur Pétrone l'ex^iraen de fragments musculaires pris pendant la vie sur un malade atteint de paralysie pseueto-hyperlrophique [Il Morgagni, 1882 , p. 347) :
1» La fibre musculaire dans une première période augmente de presque le double de son yolume normal.
2» En roéme temps elle devient trouble , sa striation deyient moins nette et peut même disparaître.
S** A ces altérations dans le contenu de la fibre correspond VauQmentation de volume et de nombre des noyaux du sarcolemme.
4» De plus, il y a aussi un épaississe ment du périmysium, et probablement aussi des parois des ramifications vasculaires voisines.
5» L'acide acétique (liquide de Molescbott] et l'acide formique (métbode de Lœwit) éclaircissent les fibres opacifiées, en faisant reparaître plus ou moins la striation, ce qui prouve bien la nature albuminoïde de la substance à laquelle est dû le {jonflement avec opacification de la fibre musculaire.
6' Dans la première période, on ne peut constater dans le contenu de la fibre musculaire altérée aucune trace de graisse.
7° Plus les fibres (];onClées diminuent de volume, plus le tissu conjonctif intermusculaire s*hyperplasie.
L'auteur arrive à cette conclusion qu'il s'agit bien là d*une hypertrophie véritable, et non d'une pseudo-hypertrophie par surcharge graisseuse ; et Ton pourrait anatomiquement définir cette affection une myosite parenchymateuse lente avec hypertrophie. Quant à Tépaississement du tissu conjonctif mterfasciculaire, il faut se garder d'en conclure qu'il faille décrire la maladie comme une myosite interstitielle chronique, car cette altération du tissu conjonctif n'est pas primitive , mais consécutive. Quant à la stéatose, elle ne se voit que dans les dernières périodes de l'affection.
VH. — M. Erb fait remarquer (Neurologischen CeniralhL, 1882, n* 23, p.. 629) que souvent le zona présente dans une certaine mesure les allures d'une maladie infectieuse (il n'est question, bien entendu, que du zona dit primitif). C'est ainsi qu'on observe la coexistence, au même moment, d'un certain nombre de cas de cette affection ; que celle-ci survient quelquefois d'une façon endémique ou même semi-épidémique, en relation avec rurlicaire, divers éry thèmes, du purpura, etc.... De plus, le même individu n'est (et cela presque sans exception, si l'on fait abstraction des zonas traumatiques ou secon-
daires) atteial de zona qu'une seule Fois dans sa vie ; il semble qu'il y ait là une sorte d'immunité acquise pour Tavenir, ainsi que cela a lieu pour la plupart des fièvres éruptives. Enfin, et c'est là un argument fort important dans Tespëce, le professeur Erb rapporte avoir, dans deux familles différentes, vu la mère et la fille atteintes de zona à quelques jours d'intervalle; faudrait-il aller jusqu'à admettre la contagiosité de cette nouvelle maladie infectieuse? L'auteur fait d'ailleurs ses réserves, et ne prétend nullement trancher la question ; il insiste sur ce fait clinique que, chez les personnes âgées, il a toujours vu le zona persister plus longtemps et s'accompagner de douleurs névralgiques beaucoup plus intenses que chez les jeunes siiyets.
VIII . — Dans un travail tout récent ( The Médical Record, 9 décembre 1882) sur le myxœdème, AUan Me Lane Hamilton arrive aux conclusions suivantes, qui résument assez bien l'état de nos connaissances sur cette affection :
1« Le myxœdème est une affection de l'âge adulte, et surtout du sexe fémiuin. Elle s'allie au crétinisme et a une marche lentement progressive; elle est accompagnée par un dépôt graduel et inégal de mucine dans l'épaisseur de la peau, par divers troubles trophiques de la peau, par un abaissement unilatéral de la température, par des troubles mentaux, par l'augmentation de la tension artérielle, par de la surdité et par des troubles de la parole de nature ataxique. — 2^" Le myxœdème semble en relations étroites avec les grossesses répétées et la ménopause. — 3*" Il dépend probablement d'une lésion primitive du bulbe, avec extension consécutive aux colonnes postéro-latérales de la moelle épinière et aux ganglions spinaux. — 4° Les cas où survient de l'atrophie musculaire et de profondes modifications histologiques des muscles sont rares, et lorsque ces lésions
existent , elles sont dues probablement à une dégénération des cellules multipolaires dans les cornes antérieures. — ô<> Les lésions rénales ne sont pas la cause, mais bien la conséquence du myxœdème.
Dans son travail sur les symptômes nerveux du myxœdème {Brain, juillet 1882), le D' Hadden rappelle que les phénomènes nerveux principaux dans cette affection sont :
La lenteur des mouyements corporels; — révolution lente des opérations intellectuelles; — l'abaissement constant de la température au-dessous de la normale; — la diminution d'excrétion de l'urée; — la localisation de l'œdème à la peau et au tissu cellulaire; — la diminution de volume du corps thyroïde.
L'auteur se range à Fopinion qui veut que le myxœdème soit dû à un spasme vasculaire.
IX. — On ne s'étonnera pas de nous voir appeler Tattention, dans un livre médical, sur un ouvrage qui est signé d'un nom devenu sympathique à tous ceux qui s'occupent de physiologie et de pathologie cérébrales, bien que ce nom soit celui d'un philosophe et non d'un médecin. A vrai dire, les procédés d'étude et la méthode d'observation que M. Ribot met en œuvre dans tous ses travaux ne sont point ceux auxquels certaine école philosophique nous a depuis trop longtemps accoutumés. Nous retrouvons dans le livre les Maladies de la mémoire ce souci de l'étude attentive des faits, de leur groupement méthodique, ce dédain systématique pour l'a priori et les déductions sans fondement qui sont la marque des œuvres physiologiques ou médicales de bon aloi. La première édition des Maladies de la mémoire date de 1881, et nous eussions dû en entretenir l'année dernière les lecteurs de cet ouvrage. Mais, depuis 1881, les éditions se sont succédé, et l'œuvre de M. Ribot est aujourd'hui aussi neuve, aussi jeune, aussi pleine d'attrait qu'elle
rétait hier. L^analyser en quelques lignes n'est pas chose facile; il faut la lire en entier. Le premier chapitre est consacré à une élude de la mémoire envisagée comme fait biologique, delà mémoire à Tétatsain. Puis M. Ribot consiiëre la mémoire à Tétat morbide II passe successivement en revue les amnésies générales, les amnésies /7aHie//ej et les exaltations de la mémoire, qu'il désigne sous le nom d'hyperemnésies.
Les amnésies générales sont divisées en amnésies temporaires, périodiques, à forme progressive et congénitale. Au chapitre III, qui traite des amnésies partielles, des développements intéressants et fort instructifs sont donnés à propos de Tamnésie des signes, c'est-à-dire de Xaphasie, Le dernier chapitre consacré aux fayperemnésies renferme des observations curieuses relatives à Texcitation générale ou partielle de la mémoire, au retour des souvenirs perdus, des langues oubliées.
Tel est la charpente du livre, que tous les médecins soiicieux de physiologie voudront lire et méditer. « Ce petit volume, comme dit Fauteur, leur fera connaître un grand non\bre d'observations et de cas curieux, dispersés dans des recueils de toute sorte et qui n'avaient pas encore été réunis. >» Aussi éprouve-t-on un vif plaisir à feuilleter souvent cet ouvrage que l'auteur appelle trop modestement un simple « chapitre d'histoire naturelle r^. C'est du moins un chapitre d'histoire naturelle écrit par un écrivain élégant, un savant consciencieux, un érudit de premier ordre.
X. Traités généraux. — M. H. Huchard a fait paraître une deuxième édition du Traité des névroses^ publié- il y a environ vingt ans par Axenfeld, et qui obtint naguère un si légitime succès. A vrai dire, l'œuvre d' Axenfeld a
1 Traité des névroses, par A. Axenfeld. Deuxième édition augmentée de 200 pages, par H. Huchakd, médecin des hôpitaux.
été si complètement remaniée, des développements si nombreux ont été ajoutés aux premières descriptions , que cette deuxième édition constitue un nouvel ouvrage. Plusieurs chapitres ont été créés de toutes pièces, ceux, par exemple , relatifs à la maladie de Parkinson , à la neurasthénie, aux tremblements; d'autres ont été soigneusement mis au courant de la science avec une grande conscience et une rare érudition. L'histoire de Thystérie tient, par exemple, une place considérable dans le livre de M. Huchard, et les récentes et nombreuses acquisitions Faites sur le sujet dans ces dernières années y sont minutieusement relatées. L'auteur a fait plus d'ailleurs qu'une simple œuvre de vulgarisation, il a mis sa personnalité en plus d'un chapitre. On s'en convaincra en lisant les articles consacrés, par exemple, à la migraine, à Fangine de poitrine , et surtout celui où M. Huchard a tracé avec un rare bonheur d'expression et une vivacité de coloris fort remarquable la description de l'état mental des hystériques.
Peut-être faut-il regretter que l'auteur, par un pieux respect pour la mémoire d'Axenfeld, ait cru devoir conserver dans son livre les divisions et le plan qu'avaient adoptés son maître. Le moule qui convenait au livre d'hier s'approprie souvent mal à celui de demain, surtout quand le livre s'appelle Traité des névroses et est réédité, après vingt ans de date, en 1883, c'est-à-dire à l'issue d'une période scientifique qui s'est surtout signalée par les progrès réalisés en pathologie nerveuse. Aussi sent-on à la lecture pleine d'attrait de l'ouvrage de M. Huchard que l'auteur s'est trouvé plus d'une fois à l'étroit dans le cadre fait d'avance où il a voulu systématiquement se renfermer. On devine qu'il eût désiré, par exemple , mettre les névralgies à la place que la nosologie leur assigne, au rang des symptômes plutôt que* des névroses , ou peut-être même les éliminer du livre
comme il Ta Fait des paralysies localisés; on devine qu*il eût voulu diviser son vaste Traité en deux grandes parties , Tune consacrée à la séméiologie , Fautre aux névroses proprement dites; la première, qui, sans conteste, eût compté plus de pages que la seconde , parce qu'elle s'est enrichie de tout ce que les progrès de la pathologie dans ces vingt dernières années ont permis de soustraire à Fautre. Peut-être une pareille classification eût-elle été plus conforme aux exigences actuelles de la pathologie générale; peut-être eût-elle permis d*éviter le danger de laisser croire, à la vue d'un Traité de douze cents pages, que le groupe des névroses se serait depuis quinze ans plutôt accru qu'appauvri, mais le Uvre d'Axenfeld se serait complètement évanoui dans cette refonte générale , et M. Hucfaard n'a pas voulu qu'il en fût ainsi. Il s'est contenté de rajeunir et de vivifier un ouvrage qui , pour avoir un peu vieilli , n'en était pas moins encore classique ; c'est assez dire que , comme son prédécesseur de 1863, le Traité des névroses de 1883 a désormais sa place marquée dans la bibliothèque de tous ceux qui s'intéressent à la pathologie nerveuse.
M. Legrand du Saulle' a publié sous ce titre : ks Hystériques, état physique et mental; actes insolites, déttC" tueux et criminels j une étude très-complète et très-instructive de Fhystérie et des hystériques. Ce livre renferme un exposé concis de Fétat actuel de nos connaissances sur le sujet. Les causes de Fhystérie , les manifestations somatiques de la névrose y sont soigneusement étudiées. Un chapitre est spécialement consacré à Fhypnotisme, et résume fort heureusement l'état actuel de nos connaissances positives sur Fun des côtés intéressants de
* Des hystérique* : état physique et mental, actes insolites, délictueux et criminels^ par M. Leorand DU Saulle, médeciQ de l'hospice de la Salpélrière. Paris, J. B. Baillière et fils.
rhistoire de la Dévrose. Les formes de rhystérie, sa marche, sa durée, son traitement, ont fixé aussi tout particulièrement l'attention de Tauteur, et Ton trouvera notamment dans le livre de M. Legrand du Saulle des détails très-complets relatifs à Faction des agents aesthésiogiènes qui ont été, on le sait, Tobjet de nombreux travaux dans ces dernières années. Ajoutons que des indications bibliographiques précises complètent trèsutilement chacun des chapitres de Touvrage.
Nous devons particulièrement appeler Tattention sur les pages pleines de vie dans lesquelles M. Legrand du Saulle a étudié les manifestations intellectuelles de la névrose , la folie hystérique , la clinique médico-légale de Fhystérie. L'auteur y rapporte un très-grand nombre d'observations , les unes empruntées à divers auteurs , la plupart personnelles , observations qui sont autant de documents vivants , mettant le lecteur au fait des bizarreries de caractère , de la mobiUté d'humeur et de sentiments , des tendances et des impulsions maladives des hystériques. L'ensemble de ces observations constitue un véritable musée « accidenté et sombre » où défilent les types les plus variés d'hystérie cérébrale. Près de quatre-vingts faits , dont un grand nombre inédits et rapportés avec détails, sont, en effet, relatifs aux actes insolites, délictueux ou criminels, commis par des hystériques, aux « vols dans les grands magasins », etc. Les questions médico-légales soulevées par chaque cas particulier, celles notamment relatives à la séparation de corps et au divorce , sont passées en revue et traitées avec la compétence bien connue de l'auteur.
En appendice à son livre , M. Legrand du Saulle a joint une étude sur la nympkoifianie, désirant ainsi, en mettant vivement en relief les caractères propres à cet état morbide , faire justice , une fois pour toutes , du regrettable préjugé en vertu duquel on a été amené à
confondre d'une façon fâcheuse les hystériques et les nymphomanes.
Par la rapide analyse qui précède, on peut juger que les Hystériques constituent à la fois un exposé exact et très au courant des notions acquises sur Thystérie, et, par bien des côtés, une étude neuve et originale. Il n'est pas besoin d'ajouter que le livre dont il s'agit est écrit avec le brio et la verve que nous sommes depuis longtemps accoutumés à rencontrer dans les ouvrages de M. Legrand du SauUe.
Le troisième fascicule des Leçons sur les malacUes mentales de M. le professeur Bail a paru il y a quelques mois. L'ouvrage , dont le premier fascicule a précédé de longtemps les deux derniers, est aujourd'hui complet. Il renferme une série d'études didactiques très-clairement présentées sur les formes du délire , les causes de la folie, etc. L'auteur parait avoir visé, dans ces leçons, moins à l'originalité dans le fonds qu'à l'exposition lucide et méthodique des principales questions afférentes à Thistoirede la folie. Son livre est, en somme, une sorte de traité de l'aliénation mentale, où l'on ne trouvera guère d'autres notions que celles qui figurent dans les autres ouvrages de même nature, mais qui, grâce à l'élégance et à la facilité du style , seront à la fois plus aisément intelligibles et plus attrayantes pour l'élève.
Gilbert Ballet,
chef de clinique de la Faculté.
Pierre Marie,
Ancien interne des hôpitaux.