PATHOLOGIE MENTALE
I. Inyersioii du sens génital. — II. Des maladies sexuelles chez les aliénées. — III. Déliref des négations. — IV. Thérapeutique. — V. Alimentalion forcée. — VI. Législation.
I. Inversion du sens génitaL — La singulière disposition qui pousse certains individus aux amours contre nature a longtemps été considérée comme un simple abaissement du niveau moral, tenant soit au relâchement général des mœurs sociales, soit à une dépravation personnelle amenée par des circonstances particulières ou par les excès de la débauche. Dans tous les cas, on la regardait 'comme un vice parfaitement compatible avec rentière responsabilité de ceux qui s'y laissaient aller. L*étude des mœurs antiques, de celles de certaines populations modernes et de la vie de certains pédérastes actuels conduit à cette opinion. Elle est toutefois trop absolue, ainsi que viennent de le démontrer MM. Charcot et Magnant Dans bon nombre de cas, on a affaire, non pas à une perversion physiologique, mais à un état pathologique faisant partie et dépendant dun trouble intellectuel plus profond et plus général. C'est cet état pathologique que MM. Charcot et Magnan désignent sous le nom d'inversion du sens génilaL H a deux caractères principaux, qui permettent den établir facilement le diagnostic, et de ne point confondre les malheureux qui en sont atteints avec des êtres qu*a corrompus la débauche.
Le premier est d'être inné; le second, de n'être jamais isolé. L'inversion du sens génital se manifeste dès renfonce et bien avant la puberté; l'homme est porté vers rhomme, la femme vers la femme, bien avant de pouvoir
^ Archives de neurologie (1881*1882).
comprendre et s'expliquer les sentiments qu'ils éprouvent. Elle porte non-seulement sur les idées génésiques, mais encore sur Tensemble des goûts : Fhomme aime la toilette Féminine, les jeux des petites filles; la femme aime le costume et les amusements des garçons. Cette inversion, prenant ordinairement sa source dans T hérédité, s'accompagned'autresdispositions maladives, comme rimpulsion au vol, le désir de compter et de recompter plusieurs fois les petits détails d*un objet quelconque, de différents autres troubles psychiques et quelquefois d'accidents convulsifs. 11 existe, en un mot, un trouble névro-psychopathique général, dont Tinversion de finstinct n'est qu'une manifestation particulière. Les malades, qui possèdent parfois de brillantes facultés, peuvent d'ailleurs avoir conscience de cet état normal et lutter contre les impulsions quien naissent. Mais s'ilssuccombent à ces impulsions et en arrivent aux actes contre nature, il est clair qu'on ne peut les considérer comme responsables.
II. Des maladies sexuelles chez les aliéuées. — L'influencjS des lésions de l'appareil génital sur la production de la folie chez la femme est fort controversée. On ne peut nier que la grossesse, Taccouchement ne soient souvent la cause, au moins occasionnelle, de certaines formes de folie, et l'analogie conduit à penser que des troubles pathologiques, plus durables que ces états physiologiques, doivent avoir également des conséquences fâcheuses. Cependant quelques-uns le nient; ceux qui l'affirment ne s'accordent pas sur le degré d'influence exercé par ces troubles. Les recherches de M. Danillo^ contribueront à la solution; sur deux cents aliénées examinées par lui, cent trente-huit présentaient
* Archives de neurologie (1882).
HÉDEGINB. tfi7
diverses lésions géaitales, soit 69 pour 100; cette proporlion est bien forte pour qu'il n'y ait aucun rapport eutre la folie et ces lésions, guant aus relations entre une lésion donnée el une forme déterminée de folie, les chiffres, à peu près égaux, ne donnent aucun renseignement. Mais il en ressort qu'avant la ménopause on rencontre 84 cas de troubles génitaux sur 100 cas de folie, tandis qu'après l'âge de retour le percentage retombe i 28. L'influence de l'époque de la vie sexuelle reste donc DU fait acquis.
Ili. Délire dès négations. ~ Sous cette désignation, M. Cotard' a éludié un syndrome qui s'observe surtout chez les mélancoliques non persécutés, particuliërcmcQt chez les anxieux, dans l'hypocondrie morale et aussi dans la paralysie générale. Ce délire s'accompagne d'angoisse précordiale, de gémissemenis, de troubles de la sensibililé, ordinairement d'anesihésie; l'hypocondrie, morale au début, devient plus tard exclusivement physique, â l'inverse de ce qui a heu dans le délire des permutions. Les hallucinalioDS manquant souvent, portent de préférence sur la vue ; l'homicide est rare, le suicide et les mutilations fréquentes. 0"iind il y a refus des aliments, il est total. Entîn, les malades nient tout; ils a'ont plus de famille, le monde n'existe plus, leur personnalité même a disparu.
IV. Thérapeutique. — L'emploi de la digitale dast It Itaitcment de l'aliénation n'est pas chose absolutnrnt
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comprendreets' expliquer lesseatiments qu'ils éprouvent. Elle porte noa-seulement sur les idées géuésiques, mais encore sur Tensemble des goûts : Thomme aime la toilette féminine, les jeux des petites filles; la femme aime le costume et les amusements des garçons. Cette inversion, prenant ordinairement sa source dans Thérédite, s'accompagne d*autres dispositions maladives, comme rimpulsion au vol, le désir de compter et de recompter plusieurs fois les petits détails d*un objet quelconque, de différents autres troubles psychiques et quelquefois d'accidents convulsifs. 11 existe, en un mot, un trouble névro-psychopathique général, dont Tinversion de Tinstinctn'estqu'unemanifestation particulière. Les malades, qui possèdent parfois de brillantes facultés, peuvent d'ailleurs avoir conscience de cet état normal et lutter contre les impulsions quien naissent. Mais s'ils succombent à ces impulsions et en arrivent aux actes contre nature, il est clair qu'on ne peut les considérer comme responsables.
11. Des maladies sexuelles chez les aliénées. — L'influencjS des lésions de l'appareil génital sur la production de la folie chez la femme est fort controversée. On ne peut nier que la grossesse, l'accouchement ne soient souvent la cause, au moins occasionnelle, de certaines formes de folie, et l'analogie conduit à penser que des troubles pathologiques, plus durables que ces états physiologiques, doivent avoir également des conséquences fâcheuses. Cependant quelques-uns le nient; ceux qui l'affirment ne s'accordent pas sur le degré d'influence exercé par ces troubles. Les recherches de M. Danillo^ contribueront à la solution; sur deux cents aliénées examinées par lui, cent trente-huit présentaient
* Archivée de neurologie (1882).
diverses lésions génitales, soit 69 pour 100; cette proportion est bien forte pour qu*il n'y ait aucun rapport eutre la folie et ces lésions. Quant aux relations entre une lésion donnée et une forme déterminée de folie, les chiffres, à peu près égaux, ne donnent aucun renseignement. Mais il en ressort qu'avant la ménopause on rencontre 84 cas de troubles génitaux sur 100 cas de folie, tandis qu'après Page de retour le percentage retombe à 28. L'influence de Tépoque de la vie sexuelle reste donc un fait acquis.
III. Délire dés négations. ~ Sous cette désignation, M. Cotard' a étudié un syndrome qui s'observe surtout chez les mélancoliques non persécutés, particulièrement chez les anxieux, dans Thypocondrie morale et aussi dans la paralysie générale. Ce délire s'accompagne d'angoisse précordiale, de gémissements, de troubles de la sensibilité, ordinairement d'anesthésie; l'hypocondrie, morale au début, devient plus tard exclusivement physique, à l'inverse de ce qui a lieu dans le délire des persécutions. Les hallucinations manquant souvent, portent de préférence sur la vue; Thomicide est rare, le suicide et les mutilations fréquentes. Quand il y a refus des aliments, il est total. Enfin, les malades nient tout; ils n'ont plus de famille, le monde n'existe plus, leur personnaUté même a disparu.
lY. Thérapeutique. — L'emploi de la digitale dans le traitement de l'aliénation n'est pas chose absolument nouvelle, mais les indications en étaient restées assez vagues. M. Hunter Mackensie, de l'asile de Glocester, a constaté que la digitale est surtout à recommander dans la manie aiguë des femmes, à incubation courte, chez les
1 Archives de neurologie (1882), fascicule 4.
ments de part et d*autre n'ont rien de médical, et il ne faut pas s*en étonner, la question de principe n'étant nullement du domaine de la médecine. C*est affaire de morale, de droit social et non de pathologie mentale. Nous D*en saluons pas moins comme un progrès Facti de déférence de la Chambre envers la science, toi en constatant qu'il n'était pas tout à fait en situation.
La seconde question, au contraire, pour être d'ord administratif, n'en relève pas moins de la médeci. mentale. Il s'agit de savoir si Ton créera un as spécial pour les aliénés dits criminels, c'est-à-dire pc ceux qui commettent un acte réputé criminel dont sont irresponsables. Les considérations d'ordre m( dominent aussi dans cette question, mais elles n' toute leur portée qu'accompagnées des argumi d'ordre médical, qu'appuyées des données de l'e) rience. C'est pourquoi elle est du ressort des méde aliénistes. Les membres de la Société médico-psycl gique ont été partagés d'avis. Cependant, la Soci< décidé, à 10 voix contre 8, qu'il y avait lieu de crée asile spécial pour les aliénés dits criminels et d*éti les mesures administratives et judiciaires spéciales C( latives à cette création. Pour faciliter cette élude, la < mission de la Société a dressé le questionnaire sui^
1. — A quelles cafégories d'aliénés cet asile e mesures seraient-ils applicables? — 1« Aux cond; seulement? — 2° Aux aliénés homicides seulement o à tous les genres de crimes (vols, incendies, ou aux mœurs)? — S*» A tous les aliénés ayant passé « les tribunaux ouj certaine catégorie seulement ( pendant ou après le procès)? — 4® A tous les ; dangereux venant des autres asiles?
II. — Quelles seraient les dispositions spéciales de localités ou de règlements à recommander pour la sécurité intérieure de cet asile central ?
m. — Quelles mesures législatives devrait-on proposer pour l'admission, le séjour ou la sortie des malades de cet asile spécial ?
IV. — Quelle serait Tautorité chargée de prononcer sur rentrée, le séjour ou la sortie de ces malades?
Serait-ce la magistrature, ou une commission exclusivement médicale ou une commission mixte? Gomment cette commission serait-elle composée et par qui serait* elle nommée?
On voit quelles sont les nombreuses difficultés que soulève la création d'un asile spécial. Nous croyons qu'il eût été sage de les écarter en se contentant de ce qui existe aujourd'hui, du quartier de Gaillon, consacré aux criminels devenus aliénés, qu'on a toute raison de séparer des honnêtes gens frappés de folie.
E. Teinturier.