MALADIES DE L'ENFANCE
I. Accidents de la dentition. — II. Croissance à la suite des maladies. — III. Fissures et dépressions du crâne d'origine traumatiqae. — IV. Syphilis héréditaire et rachitis. — V. Paludisme congénital. — VI. Oreillons. — VII. Rougeole. — VIll. Scarlatine. — IX. Éruptions infectieuses. — X. Diphthérie; trachéotomie. — XL Rhumatisme. — XII. Hystérie. •— XllI. Variations de la pupille. — XIV. Méningite. — XV. Paralysie infantile traitée par Télongation du nerf sciatique. — XVI. Traitement de la chorée.
Parmi les maladies de la première enfance, il en est
un bon nombre qui sont vSimplement le résultat de vices d'hygiène, et particuiiërenient la conséquence d'une alimentation défectueuse. C'est dire l'importance que présentent, dans la pathologie infantile, toutes les questious relatives à Thygiène, et spécialement à railaitement.
Nous laissons cependant de côté ces questions, qui seront traitées plus loin. (V. Hygiène.)
I. — On décrit généralement sous le nom d* accidents de dentition un certain nombre d'accidents très-variés que l'on peut observer dans la première enfance (diarrhée et troubles digestifs, convulsions, éruptions cutanées, etc.), et qui seraient, d'une façon plus ou moins directe, la conséquence de l'éruption des dents. Cette opinion, très-répandue dans le public, adoptée par beaucoup de médecins, n'est cependant point admise d'une façon générale, et a été, sans parler d'autres auteurs plus anciens, récemment combattue d'une façon énergique par M. Magitot ' et son élève M. Levéque *. Ces auteurs se fondent surtout, pour établir leur manière de voir, sur ce fait que l'on peut observer des lésions graves des follicules, soit spontanées, soit expérimentales, sans qu'il se produise de phénomènes comparables aux accidents dits de dentition. Cette raison, et les autres invoquées par M. Magitot, n'ont pas paru suffisantes à M. Blachez', qui, se plaçant au point de vue clinique, c'est-à-dire suivant jour par jour le développement de l'enfant, persiste à croire que l'éruption des dents peut être le point de départ d'accidents réflexes.
' Magitot. Étude clinique sur Us accidents de l'éruption des dents chez rhomme. {Archives de médecine, nov. et déc. 1881, et article Dent du Diet.encyel des se. méd., 1882, t. XXVII, p. 184.)
* Leveodb. De Nruption des dents au point de vue de son mécanisme et des accidents qu'elle occasionne. Thèse de Paris, 1881.
' BL4CHEZ. Des accidents de la première dentition. {Gasette hebdowuuUtire, 1882, p. 2.)
C'est aussi Topinion qae j*ai soutenues en concluant ainsi : ^ La dentition est une fonction physiologique qui peut évoluer complètement et se terminer sans donner lieu à aucun accident local ou général, c'est peut-être le cas le plus rare. Chez beaucoup d'enfants, tout se borne à des phénomènes locaux. Ënfîn, dans un certain nombre de cas, réruption de la dent ou d'un groupe de dents est précédée, à une époque tantôt tissez rapprochée, tantôt plus (m moins éloignée, mais telle cependant que le rapport de cause à effet soit indéniable, d'accidents divers, variables suivant les cas, et qui d'ailleurs se produisent d'autant plus facilement, qu'à cet âge, les réactions sont plus vives et plus intenses, en raison de FimpressionnabiUté nerveuse particulière à l'enfant. ^
M. Magitot nie que la dentition puisse devenir le point de départ d'accidents autres que les phénomènes locaux; par contre, M. Moursou* rattache au travail dentaire une série d'accidents presque indéfinie, au nombre desquels nous signalerons particulièrement les oreillons. Il est vrai que, dans les cas auxquels M. Moursou fait allusion, il ne s'agissait pas de la première dentition, mais la théorie s'applique à toutes les périodes du travail dentaire. Les orchites observées dans les oreillons recon* naîtraient la même cause, et c'est aussi par action réflexe (irritation réflexe des cellules trophiques de la moelle) que se produirait l'atrophie testiculaire dans cette maladie.
Cette théorie, dont nous avons seulement indiqué les traits essentiels, prête le flanc à plus d'une objection. Signalons seulement les critiques qui lui ont été
' Sevestre. Des accidents de la première dentition. (Progrès médical, 1882, p. 711.)
' MoiRSOU. Considérations sur certains accident de Férupiion des ^nts, etc. (Progrès médical, 1882.)
adressées par un autre médecin militaire, M. DoubreS observant par conséquent dans les mêmes conditions que M. Moursou.
II. — On admet généralement qu'au déclin et dans la convalescence des maladies aiguës, il se produit chez les enfants et les adolescents un accroissement de la taille, très-notable ou du moins beaucoup plus prononcé qu'à Tétat normal. Pourtant des recherches entreprises par M. Auboyer* semblent démontrer que ce phénomène est moins fréquent qu'on ne le dit ordinairement, et d'autre part que c'est surtout dans les maladies infectieuses à forme grave, et particulièrement dans la fièvre typhoïde, que l'on observe cette suractivité de la croissance.
On a donné, pour expliquer ce phénomène, diverses théories, mais la plus rationnelle est celle qui est donnée par M. Bouchard ' et qui esl fondée sur les altérations de la moelle des os constatées par Ponfick, Neumann, Litten, Levéque, etc.
En effet, il est aujourd'hui bien établi que la fièvre typhoïde donne souvent lieu à une hyperémie de la moelle des os très-prononcée. Lorsque cette altération se propage aux cartilages de conjugaison, et quUl se fait une poussée congestive dans la zone juxta-épiphysaire, il se produit une suractivité de la croissance. 11 peut même arriver que ce processus se prolonge ou acquière une grande intensité, et que l'on voie alors survenir des lésions plus profondes des os et du périoste (nécrose ou carie). Ces inflammations suppuratives souspériostiques seraient donc, sur un point limité du corps, un degré plus avancé de l'activité de croissance générale.
' DOUBRE. De certains accidenté de Viruption des dents, (Progrès méditai, 1882, p. 784.) * AuBOYER. Sur la croissance. Thèse de Lyon, 1881. ' Bouchard. Maladies parralentissement de la nutrition.
III. — D'après Weinlechner \ la plupart des solutions de continuité du crâne observées dans le jeune âge et considérées généralement comme congénitales, auraient au contraire une origine traumatique. Du moins, dans onze cas sur douze, il crut pouvoir admettre que la solution de continuité était la conséquence d'une fissure traumatique. Dans quelques cas, il y avait une saillie du cerveau-, dans d'autres, la solution de contiouité était masquée par une tumeur fluctuante, à la surface interne de laquelle on trouvait dans certains cas les traces d'un épaochement sanguin.
M. Guermonprez, de son côté, a observé * un enfant de douze ans présentant une dépression très-marquée de la région frontale gauche, dépression paraissant devoir être attribuée à une chute sur l'angle d'une table, à l'âge de trois ans* Cet enfant était remarquable par sa méchanceté, son caractère difficile et une diminution manifeste des qualités intellectuelles.
De l'analyse de ce fait et de l'examen d'autres faits plus ou moins analogues, cités dans la littérature médicale, M. Guermonprez conclut que la dépression du crâne peut, d'une manière générale, être cause de diverses altérations psychiques. Ces altérations sont plus importantes lorsque la dépression est localisée à la région frontale, spécialement du côté gauche. Survenant pendant la seconde enfance, cette dépression peut constituer un obstacle véritable au développement des facultés psychiques et concurremment à l'expansion de l'encéphale et à l'amplification de la cavité crânienne. La microcéphalie relative, qui s'est ainsi produite, peut être définitive.
1 Ueber die im Kindesalter vorkommenden subeutanen Schadeifisswen mit anlagernden Gehirn vndfaUchen Meningocelen^ (Jahrbuchfûr Kinderheiln kunde, B. XVIII, H. 4, p. 367.)
* Guermonprez. Etude sur la dépression du crâne pendant la seconde enfance. {Archives de médecine, 1882, II, p. 157.)
IV. — On sait que M. Parrot, après avoir étadié certaines altérations osseuses dépendant de la syphilis héré. ditaire, avait d'abord peosé que ces altéralioni^ sont des lésions indépendantes du rachitù et devaient en être distinguées. Actuellement, au contraire, M. Parrot, étendant beaucoup plus le champ de la syphilis héréditaire, rattache à celte maladie non-seulement les lésions en question, mais le rachitis lui-même, qui ne reconnaîtrait pas d'autre cause *.
Pour le démontrer, M. Parrot recherche chez Tenfant présentant les lésions caractéristiques du rachitis, des lésions actuelles ou anciennes qui soient elles-mêmes caractéristiques de la syphilis héréditaire. La coïncidence de ces deux ordres de lésions constitue pour lui une preuve du lien étiologique qui les unit. Lorsqu'il existe des lésions actuelles (plaques muqueuses de la bouche ou deranus,bullesdepemphigus, ulcérations, gourmes, etc.), la relation est facile à étabhr; mais il faut pouvoir se passer de ces maaifestations grossières et savoir reconnaître la syphilis héréditaire à quelques autres symptômes. Tels sont d'abord les vestiges des lésions cutanées déjà signalées, c'est-à-dire les cicatrices dont la nature est démontrée soit par leur siège (commissure des lèvres, région sacro-coccygienne, fesses, face interne des cuisses), soit par leur apparence (coloration rouge violacée, ou plus tard blanche avec une zone pigmentaire à la périphérie, dépression).
M. Parrot attache aussi une grande importance aux altérations des dents et à une affection circinée et des-quamative de la langue, qu'il considère comme caractéristique. Cette altération débute, depuis les premiers mois de la naissance jusque vers la septième année, par des taches blanches circulaires oQ l'épithéiium est plus épais
1 Communication faite au Congrès de Londres, 1881*
que dans le voisinage; elles se dépouillent à leur centre, tandis qu*à la périphérie eltes envahissent de nouvelles régions, el des croissants ouverts en avaut se dessinent qui s'étendent et se succèdent sur la langue, comme des ondes sur une surface liquide. Elles naissent, s'éteignent, puis renaissent de nouveau sans causes appréciables, et cela durant des périodes indéterminées.
Les altérations des dents, plus rares, constituent, lorsqu'elles existent, des témoignages fort importants. M. Parrot en décrit cinq variétés : i° atrophie cupuliforme (la plus fréquente, atteignant surtout les incisives de la deuxième dentition, caractérisée par de petites dépressions superficielles, horizontales, ordinairement sur la couronne) ; — 2<' atrophie sulciforme (sillons parallèles occupant le même siège); — S»* atrophie cuspidienne (elle frappe toutes les dents, mais surtoulles premières molaires, et les canines permanentes, divise la couronne en deux parties inégales très-distinctes, dont la pluis éloignée de la gencive est amoindrie dans toutes ses dimensions). Ces trois premières modalités atrophiques sont souvent réunies sur une même dent. — 4" Atrophie en hache (incisives supérieures, partie voisine de la gencive érodée, tranchant intact, d'où aspect de hache); — 5» atrophie d'Hutchinson (usure de la partie centrale du bord libre des incisives, d'où encoche de profondeur variable, triangulaire ou en croissant). — Ces deux dernières modalités ne sont pas primitives et ne datent pas, du moins avec leur forme typique, de la période intra-alvéolaire; elles sont postérieures à l'éruption des dents et consécutives à une altération congénitale de l'émail.
Ces altérations sont systématiques, elles atteignent les deux dents correspondantes de la même mAchoire, y siègent au même niveau et d'ordinaire s'y montrent avec la même forme et la même profondeur.
M. Parrot attribue toutes ces altérations à la syphilis
comprendre et s*expliquer les sentiments qu'ils éprouvent. Elle porte non-seulement sur les idées génésiques, mais encore sur Tensemble des goûts : Thomme aime la toilette féminine, les jeux des petites filles; la femme aime le costume et les amusements des garçons. Cette inversion, prenant ordinairement sa source dans Thérédite, s'accompagne d'autres dispositions maladives, comme Timpulsion au vol, le désir de compter et de recompter plusieurs fois les petits détails d'un objet quelconque, de différents autres troubles psychiques et quelquefois d'accidents convulsifs. 11 existe, en un mot, un trouble névro-psychopathique général, dont l'inversion de l'instinct n'estqu'une manifestation particulière. Les malades, qui possèdent parfois de brillantes facultés, peuvent d'ailleurs avoir conscience de cet état normal et lutter contre les impulsions qui en naissent. Mais s'ils succombent à ces impulsions et en arrivent aux actes contre nature, il est clair qu'on ne peut les considérer comme responsables.
11. Des maladies sexuelles chez les aliénées. — L'influencjS des lésions de l'appareil génital sur la production de la folie chez la femme est fort controversée. On ne peut nier que la grossesse, l'accouchement ne soient souvent la cause, au moins occasionnelle, de certaines formes de folie, et l'analogie conduit à penser que des troubles pathologiques, plus durables que ces états physiologiques, doivent avoir également des conséquences fâcheuses. Cependant quelques-uns le nient; ceux qui l'affirment ne s'accordent pas sur le degré d'influence exercé par ces troubles. Les recherches de M. Danillo^ contribueront à la solution; sur deux cents aliénées examinées par lui, cent trente-huit présentaient
* Archives de neurologie (1882).
diverses lésions g^énitales, soit 69 pour 100; cette proportion est bien forte poar quMl n'y ait aucun rapport eutre la folle et ces lésions. Quant aux relations entre une lésion donnée et une forme déterminée de folie, les chiffres, à peu près ég^aux, ne donnent aucun renseignement. Mais il en ressort qu'avant la ménopause on rencontre 84 cas de troubles génitaux sur 100 cas de folie, tandis qu'après Tâge de retour le percentage retombe à 28. L'influence de l'époque de la vie sexuelle reste donc un fait acquis.
III. Délire dès négations. -^ Sous cette désignation, M. Cotard* a étudié un syndrome qui s'observe surtout chez les mélancoliques non persécutés, particulièrement chez les anxieux, dans l'hypocondrie morale et aussi dans la paralysie générale. Ce délire s'accompagne d'angoisse précordiale, de gémissements, de troubles de la sensibilité, ordinairement d'anesthésie ; l'hypocondrie, morale au début, devient plus tard exclusivement physique, à l'inverse de ce qui a lieu dans le délire des persécutions. Les hallucinations manquant souvent, portent de préférence sur la vue ; Thomicide est rare, le suicide et les mutilations fréquentes. Quand il y a refus des aliments, il est total. Enfin, les malades nient tout; ils n'ont plus de famille, le monde n'existe plus, leur personnalité même a disparu.
IV. Thérapeutique. — L'emploi de la digitale dans le traitement de l'aliénation n'est pas chose absolument nouvelle, mais les indications en étaient restées assez vagues. M. Hunter Mackensie, de l'asile de Glocester, a constaté que la digitale est surtout à recommander dans la manie aiguë des femmes, à incubation courte, chez les
1 Archives de neurologie (1882), fascicule 4.
chefs : les unes seraient des exemples de paludisme intrautérin, dans lesquelles il est dit que le fœtus s*agitait fortement, soit pendant, soit après Faccës de la mère; elles ne sont rien moins que probantes. Dans une seconde série de cas, on a vu des enfants nés de mères impaludées succomber peu de temps après leur naissaoce et présenter à Tautopsie les lésions de Timpaludisme chronique, et particulièrement une hypertrophie de la rate; pour ces cas, ou tout au moins pour quelques-uns d'entre eux, il semble permis de croire à l'existence du paludisme congénital.
Les cas dont Tinterprétation est la plus délicate sont ceux d'enfants qui, sans présenter à la naissance de signes d*impaludisme, sont pris d'accès de fièvre intermittente au bout de quelques jours, quelques semaines ou quelques mois, sans que Ton puisse invoquer Tiniluence du milieu. Par exemple, dans une observation due à M. Henrot, une femme ayant eu autrefois des fièvres intermittentes vint se fixer dans une région absolument indemne de cette maladie; là, elle fut prise, au moment de Taccouchement d'un réveil de ses accès et le quinzième jour après la délivrance succomba à un accès pernicieux. L'enfant vécut, mais eut chaque année plusieurs accès de fièvre intermittente, u alors que les enfants de son âge, habitant le même village, étaient généralement épargnés ». M. Henrot n'hésite pas à faire intervenir Thérédité pour expliquer ce cas. Cela est bien possible, mais nous n'oserions être aussi affirmatif, et M. Gb. Leroux fait aussi sous ce rapport de grandes réserves et demande des faits plus probants.
A ces réserves, M. le professeur Yerneuil répond par une observation > dont nous donnons seulement le
' Vbrneuil. ContribuiioH à VkiiUnre du paludisme eongénital. (Revue de médecine, 1882.)
résumé, ne pouvant la reproduire in extenso: « Paludisme acquis chez les grands parents. Paludisme peut-être acquis, peut-être congénital, eo tout cas lateot pendant de longues années chez la fille. Paludisme certainement congénital chez le petit- en faut, n L'autorité si légitime qui s*attache à tous les travaux dé Fauteur de cette observation Ici donne certainement une grande importance, mais nous i"^ pouvons cependant nous empêcher de regretter une lacune qu'il serait d'ailleurs possible de combler. Il est bien dit que la mère habite Paris depuis son enfance, et que l'enfant n'a jamais quitté Paris, mais il faudrait déterminer d*ùne façon strictement précise s'ils n'ont jamais habité que des quartiers de Paris où la fièvre intermittente soit inconnue.
VI. — Les oreillons, d'après M. Moursou, ne constituent point une maladie contagieuse ni épidémique, mais résultent de causes multiples, et particulièrement de Tinfluence de la dentition. Sur soixante -quinze cas d'oreillons, il en a vu soixante-cinq coïncider avec l'éruption de la dent de sagesse chez l'adulte, ou des autres dents chez l'enfant, et huit autres avec diverses causes locales d'irritation buccale. 11 admet donc que, par le fait du travail de la dentition et de l'irritation réflexe du trijumeau, il se produit une sorte de susceptibilité vasomotrice aux influences extérieures, puis à la suite d'un refroidissement, survenant dans ces conditions chez un sujet le plus souvent fatigué, les oreillons se manifestent. Si l'irritation réflexe s'étend plus loin, on voit se développer d'autres accidents qu'on a rattachés aux oreillons (orchite, etc.), mais qui seraient aussi sous la dépendance de l'éruption dentaire. L'atrophie testiculaire elle-même serait le résultat d'une irritation réflexe des cellules des cornes antérieures de la moelle.
Cette théorie, émise par M. Moursou dans un premier
travail publié en 1879 S avait été attaquée par M. Zuber et par M. Laveran' qui considéraient qu'elle ne s'applique pas aux oreillons épidémiques, et qu'elle est contredite par l'immense majorité des faits. Elle a été depuis lors reprise et développée par l'auteur', qui propose du reste un mode de traitement en rapport avec la théorie (pré-^ venir ou combattre les réflexes résultant de l'irritation dentaire).
VIT. — Le D' Béclëre^ a consacré à la contagion de la rougeole, c'est-à-dire à l'étude des conditions qui pré* sident au développement de cette maladie, un travail fort intéressant qui vient confirmer, en les précisant, les résultats fournis déjà par les recherches de Panum, de Mayr et de Girard. On sait que c'est exclusivement par contagion que se développe la rougeole, mais ce que l'on sait moins, et ce qui est maintenant démontré, c'est que cette maladie est contagieuse dès le début de la période ^invasion et pendant la période d'éruption; elle ne semble pas être contagieuse au delà de ce temps, et la durée de la période de contagion ne parait pas excéder huit à dix jours.
Le contage de la rougeole, de nature inconnue d'ailleurs, est contenu dans les produits de sécrétion de la muqueuse respiratoire, ainsi que le prouve Mayr, qui a donné la rougeole à deux enfants en déposant sur la muqueuse de chacun d'eux du mucus nasal provenant d'un morbilleux. Il n'est pas démontré que ce contage existe ailleurs et en particulier dans les produits de la
' Archivet de médecine navale, oclobre 1879.
' Laveran. Article Oreillons du Dict, encyclop.
' MOURSOn. Considérationê sur certains accidents de Féruption des dents (en particulier des oreillons), et sur leur traitement par Vaconitint associée à divers moyens. (Progrès médical^ 1882, p. 681 et suiv.)
BÉGLÈre. De la contagion de la rougeole. Thèse de Paris, 1882.
desquamation cutanée. Le contage de la rougeole est dîFFusible dans Tatmosphëre, mais sa diffusion est trèslimitée; il ne semble pas, en effet, pouvoir se répandre au delà de quelques mètres.
Ce contage est aussi très-peu tenace : hors de l'organisme qui Ta produit, il perd très-rapidement ses propriétés nocives, et ne semble pas pouvoir les conserver au delà de quelques heures. 11 n*est donc pas étonnant, d'après cela, que lecoutagede la rougeoie soit très-rarement transporté par des personnes ou des objets, et cela n'a lieu que si le transport se fait en très-peu de temps et à très-faible distance. Pour des raisons analogues , le contage de la rougeole ne persiste pas dans les bâtiments d'habitation qui ont été occupés par des morbilleux.
Le temps qui s'écoule entre le moment de la pénétralion du contage et celui du début de l'éruption a une durée remarquablement fixe et qui ne varie que dans des limites très-étroites. C'est le plus souvent du treizième au quinzième jour à partir du contact infectieux, exceptionnellement un jour plus t6t, ou bien un ou deux jours plus tard, qu'apparaît l'éruption. L'existence chez un individu d'une maladie générale, d'une fièvre éruptive, et en un mot d'un état pathologique quelconque, nonseulement ne lui confère aucune immunité, même temporaire, contre la contagion de la rougeole, mais encore n'altère en rien la durée de la période d'incubation comptée jusqu'au début de l'éruption. Il n'y a guère d'immunité contre la rougeole que celle que confère une première atteinte; encore cette immunité n'est-elle pas absolue.
M. Béclère insiste encore dans son travail sur la gravité de la rougeole contractée à l'hôpital et sur l'importance de l'isolement des enfants atteints de rougeole, isolement d'ailleurs très-facile à réaliser.
Les microbes sont, diaprés le'D' Victor Babes\ trèsabondants dans la rougeole; cet observateur a trouvé dans le sang^, en ipéme temps qu'une légère augmentation des globules blancs, des diplococci ronds du diamètre de 0,6 ^, un peu aplatis au milieu, ou des micrococci isolés, immobiles, brillants. L*examen des poumons lui a révélé que la pneumonie rubéolique n'est pas la suite de la bronchite, mais qu'elle provient pour la plus grande part de l'invasion des microbes (par les vaisseaux sanguins et lymphatiques) ; les crachats en contiennent des quantités considérables, ainsi du reste que le mucus et les membranes muqueuses des narines et de la congonctivc.
Dans une épidémie de rougeole observée à Bicètre dans la section des enfants épileptiques et idiots*^ M. Bourneville a constaté que cette maladie, comme du reste la plupart des affections fébriles, arrête, ou du moins ralentit certainement les manifestations de Tépilepsie. Dans tous les cas, la diminution du nombre des accès a été évidente; mais cette influence inhibitoire a pris fin, le plus souvent, en même temps que s'établissait la défervescence.
VIII. — M. Viry", au cours d'une épidémie de scarlatine observée à Aumale (Algérie), a noté onze cas d'otorrhée, alors que dans les périodes correspondantes des années précédentes, il n'y en avait que deux, trois ou quatre cas. Quatre de ces otorrhées. se sont montrées chez des sujets bien positivement scarlatineux, mais seulement à la fin
> Travail du journal hongprois Orvosi Hetilap, analysé dans la Revue de médecine, 1882, p. 190.
' BOURNEYILLE et hosyklv^E. Belation d'une épidémie de rougeole observée à Vhoêpiee de Bieétre dans la section des enfants épileptiques et idiots. [Progrès médical, 1882, p. 663, 719, 774,793, 811, 887, 907.)
^ ViRY. Remarques sur quelques points relatifs à ^histoire de lafihvre scarlatine. (Gaz. hebdom., 1882, p. 734.)
de la maladie, alors que Tangine scarlatineuse était depuis longtemps gaérie. Sept autres se sont montrées chez des malades qui n*ont présenté que quelques phénomènes fébriles sans éruption ni desquamation appréciables, et qui n*avaient pas d^angine.
L'existence de Totite au nombre des complications de la scarlatine est bien connue, mais nous signalons cependant ces faits pour noter une opinion de Fauteur, qui se demande si des scarlatines frustes ne peuvent pas se manifester par le seul symptôme otite ou otorrhée, en ajoutant que cette hypothèse n*a rien d'invraisemblable. II faut se borner à enregistrer le fait et attendre, pour adopter cette conclusion, que ces observations aient été confirmées par un certain nombre d'autres.
Le même auteur rapporte une observation qui semble venir à Tappui des idées émises par M. Laveran, pour lequel la méningite cérébro-spinale épidémique serait une scarlatine anormale.
Le D' Mauson Fraser a étudié aussi > les suites indirectes de la scarlatine et particulièrement celles qui sont consécutives à Totite, à Talbumiaurie ou au rhumatisme.
A propos de la nosologie de la scarlatine, signalons aussi Topinion de M. Archambault^, qui tend à rapprocher la scarlatine et la diphthérie. D'après lui, la forme hypertoxique de la diphthérie, avec adénite volumineuse, boursouflement de la région cervicale, fièvre intense, cette forme si grave n'appartient pas à la diphthérie, mais à la scarlatine. On a décrit depuis longtemps des éruptions scarlatiniformes dans la diphthérie; n'est-il pas plus simple d'admettre que c'est une éruption de scarlatine véritable accompagnant une angine de même nature ? Cette manière de voir semble confirmée par un fait que
1 Tke Praetitionner, imnyivLiUet 1882.
* Société de thérapeutique, séance du 14 juin 1882.
M. Archambault a observé avec Trousseau et dans lequel on vit successivement dans une même famille un enfant mourant d'angine couenneuse toxique avec éruption pétéchiale, un autre ayant une angine analogue, mais moins grave, avec rougeur diffuse aux plis des bras et des aines, et une domestique qui soignait ces enfants atteinte de scarlatine pure.
Cette opinion ne peut évidemment être présentée qu'avec de grandes réservés, mais Fauteur la croit cependant fondée, et il est persuadé que si tous les enfants avaient actuellement la scarlatine, la diphthérie disparaîtrait presque complètement pendant une période plus ou moins longue. Cette manière de voir a soulevé au sein de la Société de thérapeutique quelques objections, en particulier de MM. Moutard-Martin, Dujardin-Beaumetz et H. Gueneaude Mussy.
Relativement à IsT propagation de la scarlatine, signalons deux cas rapportés par M. Alison \ dans lesquels la contagion a été transmise par des vêtements, à une grande distance (13 kilomètres dans un cas, et 3 kilomètres et demi c s un autre).
IX. — M. Ballet^ a publié deux cas d'éruptions singulières ressemblant Tune à la scarlatine et Tautre à la rougeole, et survenues, la première dans le cours de la blennorrhagie, Fautre chez une femme accouchée depuis près de trois mois , et ayant présenté dans cet intervalle une embolie pulmonaire et un abcès du sein.
M. Ballet rattache ces éruptions à la pénétration dans le sang d'agents septiques, en ajoutant d'ailleurs qu'il
' Alison. Quelques faits relatifs à la contagion dans la scarlatine, {Gaz. hehdom., 1882, p. 674.)
' G. Ballet. Pseudo-scarlatine et pseudo-rougeole, éruptions scarlaliniforme et rubéoliforme au cours d'états infectieux, (Arch.de méd,, 1882, t. Il, p. 272.)
serait téméraire de tirer des conclusions de quelques faits isolés. Nous croyons qu'en effet Tinterprétation de ces faits doit être réservée.
X. — La contagion de la éUphthérie présente encore beaucoup d'inconnues que n'ont point élucidées jusqu'à présent les expérimentations sur les animaux. Les D" Wood et Formard (de Philadelphie) ont entrepris de nouvelles expériences ' consistant dans Tinoculation sous la peau ou dans le tissu musculaire de plusieurs chiens, de fragments des fausses membranes détachées du pharynx des malades diphthéritiques.
Chez quelques-uns des aoimaux qui survécurent, la muqueuse trachéale était enflammée et recouverte d'une couche de pseudo-membranes dans lesquelles on pouvait reconnaître des micrococcus et des corpuscules analogues aux micro^organismes signalés par certains observateurs dans les exsudats diphthéritiques.
Gcs expériences furent répétées à Hudington, localité dans laquelle régnait une épidémie de diphthérie, au moyen de sang et de produits pseudo-membraneux provenant d'enfants infectés. Dans les globules du sang des aniniaux inoculés, dans la moelle des os, existaient des micrococcus, et sur les muqueuses des pseudo-membranes analogues aux produits morbides qu'on rencontre chez les diphthéritiques.
Pour déterminer le r61edes micrococcus dans la pathologie de la diphthérie, on fit successivement une centaine de cultures de ces micro-organismes. Les expérimentateurs arrivèrent à cette conclusion que les micrococcus de la diphthérie sont identiques de forme avec ceux des autres maladies du pharynx, mais qu'ils possèdent une plus grande activité de reproduction.
' The med. Prêts of Philadelpkia et the Maryîand med. Journal, novembre 1881. [V.'Gaz.hebdom., 1882, p. 300.)
Dans les iaoculations au moyen des liquides de ees cultures, les manifestations diphthéritiques ne se sont produites qu'avec les micrococcus d'une deuxième génération. Ceux d'une première génération étaient impuissants.
Les auteurs de ces expériences se sont cru autorisés à conclure de leurs observations que les micrococcus sont les agents de Tinfection diphthéritique. Cette conclusion ne nous empêche pas de désirer d'autres expériences plus explicites, et actuellement c'est encore à l'observation des malades que l'on doit les faits les plus significatifs au point de vue de la contagion.
Le D' Alison ' a rapporté deux cas de diphthérie intéressants sous ce rapport et qui semblent prouver, l'un, que la contagion peut avoir pour agent de transmission les vêtements souillés par le sang au moment de l'opération, malgré une exposition à l'air pendant une demiheure; Tautre, que la nocivité du germe diphthéritique peut se prolonger pendant près de trois mois.
D'après les recherches du D' Arène*, les lésions des ganglions superficiels dans les angines diphthéritiques seraient plus particulières à la diphthérie bénigne ou moyenne, et celles des ganglions profonds à la forme toxique. Dans la forme hypertoxique, l'infiltration est séreuse ou séro-sauguinolente, et il est rare que le pus soit réuni en foyer. — Ces faits ne sont pas constants, et l'on pourrait citer des exceptions à cette conclusion.
Dans les adénites scarlatineuses, la suppuration est moins rare, et se montre en général au déclin de l'éruption. En tout cas, on peut constater une certaine
' Alison. Quelquei faits rehUift à la contagion dan$ la fièvre typhoïde, l'angine diphthéritique et la icarlatine. {Gan. hebdom. de méd. et de cAïr., 1882, p. 674.)
* L. ArÈne. Des adénites et des adéno-phlegmons de la région cervicale dans l'angine diphthéritique et dans la scarlatine. Thèse de Paris, 1881 .
relation entre les symptômes généraux de Tinfection scarlatioeuse, les accidents locaux bucco-pharyngiens et Tengorgement cervical.
Ranvier, Mosler et Rosenbach avaient trouvé dans la diphthérie une dégénérence graisseuse du myocarde. Leyden > a observé trois fois une myocardite vraie; celle-ci est caractérisée par de petits foyers de tissu conjonctif de nouvelle formation, remplaçant les fibres cardiaques, et dans lesquels on voit des dépots pigmentaires et un grand nombre de noyaux; dans rintervalle des faisceaux contractiles, on observe une prolifération cellulaire active.
L*altération cardiaque se manifeste cliniquement de deux façons : tantôt par la syncope et la mort subite; tantôt par les phénomènes dyspnéiques, la fréquence et Firrégularité du pouls. Cette seconde forme s'observe tardivement, au moment dé la convalescence; elle est susceptible de guérison.
La paralysie diphthéritique peut s'accompagner d'une incoordination des mouvements, de sorte que le malade ressemble plus ou moins complètement à un ataxique. Ainsi, dans un cas rapporté par M. Archambault dans ses leçons sur la paralysie diphthéritique', le malade qui, les yeux ouverts, marchait encore assez bien, n* y réussissait plus que très-imparfaitement lorsqu'on lui bandait les yeux; la sensibilité plantaire paraissait très-affaiblie, et la conscience de la contractilité musculaire presque abolie. Dans les cas analogues, rares d'ailleurs, qui ont été cités, la sensibilité était toujours atténuée ou abolie. Au contraire, dans un fait rapporté par M. Hé Le-
* Letden. Veher die Heraffectionen hei der Diphthérie (Zetteh, fur Klin^ Med., IV, 334, 1882.)
' Archambault. Leçons tur la paralysie diphthéritique. {Progrès médim cal, 1882.)
180 L*ANNÉB MÉDICALE.
roux S la paralysie jdiphthéritique s'accompagnait de symptômes trës-aets d'ataxie des membres inférieurs et des membres supérieurs, sans que la sensibilité fût atténuée en aucune façon.
Le D' Ledoux-Lebard a étudié avec soin les phéno' mènes mécaniques de la respiration dans le croup*; ce sont là des recherches délicates qui demanderaient une analyse détaillée. Voici les points les plus importants de cette étude : dans la première période du croup, la fréquence de respiration est généralement exagérée dans un rapport constant avec Téiévation de la température et la fréquence du pouls ; au contraire, dans les formes toxiques, la respiration peut dès le début présenter de fortes oscillations sans rapport avec le pouls et la température.
Plus tard, dès qu*il y a obstacle au passage de Tair dans le larynx, on voit s'établir la dyspnée permanente (tirage sus-sternal et épigastrique). Entrecoupée d'accès de suffocation, cette dyspnée permanente croit toujours progressivement et peut aboutir à Tasphyxie et à la mort.
Après la trachéotomie,on observe parfois une période d'apnée; puis la respiration, lente d'abord, reprend peu à peu son rhythme accoutumé. L'élévation du nombre des respirations indique généralement une lésion pulmonaire. Il en est de même d'une variété particulière de rhythme respiratoire caractérisé par l'arrêt de la poitrine à l'état de dilatation inspiratoire, ou arrêt postjnspiratoire.
' H. Leroux. Contribution à Fétude de la paralyêie diphthéritique. (Rivue de médecine, 1882, p. 782.)
* Ledoux-Lebàrd. Recherchée sur la respiration dans le croup. Thèse de JParis, 1882.
Le nombre des médicaments prtif osés contre la diphthérie s'accrott tous les jours, sans que les résultats soient sensiblement modifiés. Il convient cependant de signaler plusieurs médications qui ont donné quelques succès à certains observateurs.
Guttmann avait proposé d*employer la pihcarpine dans le traitement de la diphthérie, dans le double but d'aider à Félimination des Fausses membranes, grâce à Tabondante salivation qui se produit, et de favoriser Téliminatîon du poison diphthéritique , grâce à la diaphorëse. Les résultats qu'il obtint furent tellement heureux (quatrevingt-un cas, tous guéris, après un traitement de un à trois jours), qu*il n'hésita pas à considérer la pilocarpine comme le remède spécifique de la diphthérie.
Depuis lors un grand nombre de médecins ont employé la pilocarpine soit par la voie stomacale, soit en injections sous-cutanées ; les résultats ont été très-variables '.
D'après M. Archambault*, qui a expérimenté ce médicament dans son service de l'hôpital des Enfants, avec le concours de son interne M. Pousson, la pilocarpine est non-seulement inutile, mais nuisible. Sans doute, elle peut favoriser le détachement des fausses membranes qui sont plus molles, moins adhérentes et faciles à enlever par des lavages à l'eau phéniquée ; sans doute aussi elle augmente l'hypersécrétion du mucus bronchique, ce qui peut être une bonne chose à la suite de la trachéotomie, mais cette hypersécrétion trop abondante peut devenir fâcheuse en déterminant un encombrement des petites bronches.
La pilocarpine détermine aussi des nausées, des vomissements, mais surtout, même dans les cas où elle était associée à un traitement tonique, elle déprime les forces des malades; presque tous, après quelques injec-
' Tàtàc. Thèse de Paris, 1882.
* Uniam midkaU, 1882, t. I, p. 229, 259, 290.
tions, soDt anéantis, épuisés; ils tombent dans le collapsus et s'éteignent lentement sans convulsions.
Cette adynamie résultant de l'emploi de la pilocarpine, et venant s'i^outer à celle qui est le fait de la maladie elle-même, contre-balance donc d'une façon sérieuse les heureux résultats qu'on peut en attendre au point de vue de l'élimination des fausses membranes, et l'on ne peut dire avec M. Hervouët, qui l'a trouvée très-efficace dans un cas d'ailleurs relativement bénin \ que ces résultats u permettent d'entrevoir la fin du règne néfaste de la trachéotomie ». M. Bernier de Bournonville * a même trouvé que la pilocarpine n'avait eu aucune action pour l'expulsion des fausses membranes.
MM. Massei et Somma ' concluent aussi d'un certain nombre d'observations que l'action de la pilocarpine dans la diphthérie est au moins très-problématique et que les succès obtenus par ce moyen doivent plutôt être attribués à des erreurs de diagnostic.
Demme, que l'on avait rangé parmi les défenseurs de l'action spécifique de la pilocarpine dans la diphthérie, a cru devoir protester^, et considère que ce médicament n'a aucune valeur spécifique et peut seulement favoriser révolution naturelle de la maladie vers la guérison dans les cas légers.
Le D' Lamarre (de Saint-Germain) a retiré de bons résultats de l'emploi de Vhuile de pétrole dans le traitement de la diphthérie, emploi consistant d*une part en badigeonnages sur les fausses membranes, et d'autre part dans l'administration à l'intérieur à la dose de
1 Gaz. hebdom,, 1882, p. 5.
* La Thérapeutique contemporaine (AuDHOUl), 1882, p. 269.
* Archivio di pathologia infantile, 1883, et Thérapeutique contemporaine (AuDHOUi), 1883, p. 117.
* Demme. Bemerkungen zur Ditcussion der Frage der PHocarpinwirkung hei Diphtheritis. [Jahrbueh fur Kinderheilkunde, 1882.)
12 à 15 gr. M. Archambault U trouvé aussi que cet ageut détruisait bien les fausses membraoes, mais daas les cas de diphthérie grave les fausses membranes se reproduisaient, et la marche de la maladie n'était point modifiée. Il considère donc que c'est un excellent topique local, au même titre d'ailleurs que le jus de citron, le topique de Soulé, etc.; mais ce n'est pas un médicament de la diphthérie dans le vrai sens du mot.
M. Henri Bergeron emploie depuis trois ans les inhalations dt acide ftaorhydrique dans la diphthérie*. On met dans un vase de plomb placé sur un bain-marie (de 90° à 100«), une cuillerée de spath fluor et de l'acide sulfurique en quantité suffisante pour faire une pâte claire. II se dégage aussitôt une vapeur acide facile à supporter et sans action nuisible. L'appareil est placé près du malade qui respire la bouche ouverte. L'opération est répétée cinq fois en vingt-quatre heures.
M. Bergeron dit qu'en employant ce procédé, il a vu guérir, à une exception près, tous les malades qui ont pu être soignés dans les vingt-quatre premières heures du début. Sur quarante cas, il n'a vu que trois décès. Dans les antres cas, la maladie a paru enrayée et la durée a été considérablement abrégée.
M. Bergeron pense que ce moyen est aussi prophylactique, car il n'a pas vu la maladie se propager aux personnes qui entouraient les malades.
Dans la discussion qui suivit cette communication à la Société de médecine de Paris, plusieurs objections furent faites, et en particulier relativement à l'absence d'observations détaillées permettant seules de juger la gravité de la maladie et par suite la valeur du traitement employé.
' Soc. de thérapeutique, séance da 14 juin 1882.
* H. Bergeron. Sur le traitement de la diphthérie par les inhalatiom ^ acide ftuorhydrique. Communie, à la Soc. de méd. de Paris, (Union médicaU, 1882, I, 913.)
Le D" Dehaene * traite la diphthérie par les applications locales d'alun (solution contenant 8 grammes d'alan pour 10 d*eau et 10 de miel rosat), et il considère que ce trai' tement appliqué en temps opportun, c*est-à-dire dès le début, présente une efficacité telle que Fangine couenneuse peut, dans un bon nombre de cas, être regardée comme une affection presque bénigne, et d*un traitement très-facile. La guérison de Tangine et la préservation da larynx seraient la règle presque sans exception.
Signalons le fait, pour ce qui concerne Tépidémie observée par M. Dehaene, mais sans vouloir généraliser et conclure qu'il en sera de même dans d'autres épidémies.
Pour la trachéotomie, M. de Saint-Germain* préconise le procédé en un temps, qu'il emploie depuis près de dix ans. Un médecin de marine, le D" Jacollot, a cherché un moyen de faciliter l'opération, et il a, dans ce but, imaginé un instrument qu'il désigne sous le nom de trocart-trachéotome '. Cet instrument se compose d'une canule analogue à la canule ordinaire, et dans laquelle se trouve un trocart terminé par une extrémité tranchante, en forme de lame conique. De cette façon, dit l'auteur, on peut faire l'opération d'une seule main, sans avoir besoin d'aides et avec rapidité, puisqu'en même temps qu'on ouvre la trachée, on y introduit la canule.
Quelques chirurgiens, frappés des difficultés que présente tropsouvent l'opération delà trachéotomie,ont cher-
* DEHiENE. De la préservation du croup eontéeutif à f angine eouenneuse ou diphthérie, {Union médicale, 1882, t. II, p. 613.)
' De Saint- GERMA.IN. De la trachéotomie. {Progrès médical, 1882, p. 121, 139, 158.)
' Jacollot (de Lorieat). Trachéotomie et laryngotomie d'urgence mee U trocart-traehéotome, Paris, 1882, lib. Coccoz.
MÉDECrNE. 185
ché à lai substituer la laryngotomie inter-cricoldienne. Les avantages et les inconvénients de cette opération ont été discutés à la Société de chirurgie, mais avec des faits se rapportant aux adultes ^ Seul, M. Lannelongue a dit avoir fait une fois cette opération chez un enfant de quatre ans, à cou très court, atteint de croup à la dernière période, et il ajoute qu'il a été frappé de la facilité et de la simplicité de cette opération.
L*an des points les plus délicats et les plus discutés dans les indications de la trachéotomie est relatif au moment auquel il convient d'opérer.
M. de Saint-Germain est d*avis qu'il faut attendre autant que possible, et que Ton ne gagne rien à opérer de bonne heure.
Au contraire, M. Archambault^ tout en reconnaissant qu'il n*est jamais trop tard pour opérer, et rappelant qu'il a eu une statistique très-remarquable dans des cas opérés in extremis, est cependant d'avis qu'il ne faut pas aller jusque-là. Le moment véritablement opportun est le passage de la deuxième à la troisième période, c'est-à-dire le moment où les accès de suffocation et la dyspnée avec tirage existent déjà depuis quelque temps, mais avant qu'il existe une asphyxie trop prononcée. A cette période, en effet, les enfants ne sont pas encore épuisés, les fonctions n'ont pas éprouvé de trouble irrémédiable, et cependant on a la certitude à peu près complète de n'avoir pas fait une opération qu*il fût possible d'éviter.
La contre-indication tirée de l'âge n'est plus guère admise maintenant, et M. de Saint-Germain assure qu'il n'hésiterait point à opérer un nouveau-né présentant
^ Société de chirurgie, séances du 6 avril et du 3 mai 1882. ' ÂRCBÀMBÀULT. Indication* et contre-indicatione de la trachéotomie, (Progrèê médical, 1882, p. 510, 539.) .
da tirage. Steinmeyer ^ a opéré avec succès un enfant de neuf semaines présentant des signes d'asphjrxie imminente, avec tirage manifeste; mais dans ce cas il ne s'agissait pas de diphthérie ; l*enfant, allaité par une mère phthisique, était atteint de muguet et présentait déplus, sur le côté droit du cou, une tumeur qui, incisée trois jours après, donna issue à du pus. Il succomba un mois après à UQ catarrhe pulmonaire. Le fait n'en est pas moins intéressant comme exemple de trachéotomie chez ua enfant à la mamelle.
XI. — Dans une étude sur le rhumatisme chez les enfants, Vohsen' rappelle les différentes théories qui ont été données pour exphquer le développement du rhumatisme articulaire aigu, et parait se rattacher à celle qai voit dans le rhumatisme une maladie infectieuse d'origine zymotique.
D'après lui, Tintensité et la durée des attaques de rhumatisme articulaire sont, en général, beaucoup moindres que chez l'adulte, mais les complications endopéricardiques sont plus fréquentes. Ces complications se sont produites chez neuf des vingt malades qu'il a observés (malades âgés de neuf à quatorze ans). Ces lésions cardiaques seraient plus souvent observées dans les cas bénins, qui évoluent presque sans fièvre, sans tuméfaction articulaire et avec des douleurs très- fugaces.
Le salicylate de soude a dissipé très-promptement les douleurs, mais n'a exercé aucune influence sur les complications cardiaques.
L'influence de l'hérédité sur le développement du
' Steinmeyer. Trachéotomie mit Ërfolg ausge/ûhrt bei einem 9 Woeken ahen Sœungiing. (Berlin, klin, Wochensch,, 1882, p. 572.)
^ Beitrœge. sur Kentnia des Gelenkrheumatismus in KindesaUer. {Jakrbuch/ûr KinderheiUcunde, B. XIX, H. I, p. 83.)
rhumatisme articulaire n'a jamais paru manifeste dans les vingt cas observés par Fauteur.
XII. — V hystérie peut être observée chez les enfants ; c'est un point maintenant bien établi ^ et sur lequel M.Greffier adenouveaufîxé Tattention'.Des observations qu'il a réunies, il résulte que Texistence de la menstruation ne parait pas nécessaire au développement de Thystérie^et que celle-ci peut se manifester avant la puberté. L'hystérie précoce présente d'ailleurs à peu près les mêmes symptômes que l'hystérie vulgaire.
L'habitus extérieur, les troubles psychiques et les troubles de la sensibilité, y compris l'ovarie gauche, ne diffèrent guère de ce qu'ils sont chez la femme adulte ; les troubles de la motihté sont plus rares, mais peuvent cependant se montrer avec les mêmes caractères (paralysies et contractures). — Il peut y avoir aussi des troubles digestifs, des troubles de l'appareil circulatoire ou de l'appareil respiratoire (aphonie, toux, hoquet); enfin des attaques convulsives présentant des caractères identiques avec ceux de Tâge adulte.
En somme, Thystérie précoce ne diffère guère de l'hystérie vulgaire, de l'âge adulte, et généralement les phénomènes ayant débuté dans l'enfance continuent plus tard. L'hystérie peut aussi exister chez les jeunes garçons; on observe alors souvent chez eux des changements de caractère : ils prennent des goûts de fille et s'amusent avec des poupées, etc. On doit à MM. Bourneville, d'Olier et Bonnaire ^ une observation d'hystéro-épilepsie chez un jeune garçon de treize ans. Voici le résumé de cette observation, suivie pendant deux ans et demi : « Père
' HUCHA.RD. Traité de* nivroteê itAxen/eld, 2« édit., p. 1070, et Société de thérapeutique, séance du 8 mars 1882. ^ Greffier. De r hystérie précoce. {Arch. de tnéd., 1882, t. II, p. 405.) ■ Progrès médical, 1882, p. 645,
et grand*përe paternels nerveux et migraineux; mère atteinte de convulsions et torticolis spasmodiques dans Tenfance; tante maternelle idiote; consanguinité; frère et sœurs morts de convulsions. L'enfant a eu des convulsions à neuf mois et a gardé toujours une impressionnabilité très-vive; cauchemars. —Au mois de février 1880, commencent les attaques, absolument semblables à celles qu'on observe chez les femmes, et en outre hémianesthésie sensorielle, zones hystérogènes (clou hystérique, etc.) prédominant à gauche ; caractère irascible, mobile, rires nerveux, etc. Un traitement hydrothérapique rigoureux a amené la guérison du malade. »
Un autre exemple d*hys(érie chez un jeune garçon est aussi rapporté par M. Charcot ', qui ajoute que, suivant ses observations, la maladie serait plus commune qu*on ne croit avant la puberté; on la verrait surtout de douze à treize ans chez les garçons et de dix à douze ans chez les filles.
A côté de rhystérie, nous devons signaler un état névropathique individualisé par M. J. Simon, sous le nom àUrritation cérébrale *, et qui serait caractérisé « par une excitabilité constante de l'intelligence, de la sensibilité et de la motilité, sans pondération, sans fixité, nullement accompagnée de lésions ou de mouvement fébrile capable de l'expliquer ».
Cet ébranlement nerveux des jeunes enfants, non passager comme le délire, les colères, les terreurs, confine à la santé et au tempérament nerveux d'une part, et, de Tautre, à des affections plus sérieuses dont il peut être le prélude. C'est une situation intermédiaire qui affecte
* Ghargot. De thyttirie chez les jeunes garçons, {Progrès médical, 1882. p. 985, 1003.)
* J. Simon. De t irritation cérébrale chez les enfants. {Progrès médical, 1882, p. 457.)
trois modalités différentes : ou bien elle se développe et disparaît sans laisser de trace de son passage ; ou bien elle précède, et c'est le cas le plus fréquent, Tépilepsie, Thystérie, la sclérose, la méningite; ou bien enfin elle accompagne les lésions cérébrales dont elle est le complément nécessaire.
On voit qu'en somme, au point de vue nosologique, ce n'est pas une maladie déterminée, mais un syndrome, un état névropathique, comme le dit M. J. Simon, qui peut se rencontrer dans beaucoup de maladies , et qui peutêtre même , dans ses formes atténuées, n'est autre chose que la manifestation d'un caractère difficile, désagréable, trop souvent observé chez certains » enfants gâtés ».
XIII. — Lorsque, chez des enfants plongés dans le coma, on pince vivement la peau du creux épigastrique ou de toute autre région, on peut observer une dilatation momentanée de la pupille dont le diamètre est doublé et même triplé. Ce phénomène a été étudié par M. Parrot \ qui s'est appliqué à déterminer les conditions dans lesquelles il se produit. 11 l'a observé très-nettement dans la méningite tuberculeuse, dans l'hémorrhagie piemérienne, dans quelques cas d'hydrocéphalie chronique, enfin dans certains états mal déterminés au point de vue anatomique, mais caractérisés au moins par une disproportion entre le volume de l'encéphale et la capacité crânienne.
Par contre, dans d'autres états morbides, le plus souvent sans convulsions, mais avec coma, la pupille trèscontractée ne subit aucun changement, même lorsqu'on pince la peau d'une manière assez énergique pour provoquer quelques mouvements dii côté de la face ou des membres. — Chez ces malades, tantôt il n'existe aucune
' PaurOT. Sur un phénomène pupillaire observé dont quelque* états pa^ thologiquet de la première enfance: (Revue de médecine ^ octobre 1882.)
altération appréciable des centres nerveux ; d'autres fois, on constate de Fœdème de la pie-mère, ou un état congestif très-prononcé ; mais, dans Tun et l'autre cas, il n'y a pas de compression cérébrale.
Le phénomène rois en lumière par M. Parrot n'a été jusqu'ici qu'incomplètement étudié au point de vue de son mécanisme pathogénique et des applications qu'on peut en faire au diagnostic et au pronostic II semble cependant bien probable que c'est le résultat d'une action vaso-motrice, et que l'on peut, au point de vue du mécanisme, rapprocher ces faits de la dilatation pupillaire qui se produit dans toutes les circonstances où les vaisseaux iriens se désemplissent , par exemple au moment de Tinspiration.
La conclusion pratique, c'est que chez un enfant atteint ou non de convulsions, mais plongé dans le coma, si l'on voit les pupilles rester immobiles malgré le pincement de la peau, il ne s'agit pas d'une méningite, ni d'une hémorrhagie pie-mérienne*, cet enfant est sous le coup d'une asphyxie avancée, et sa mort est imminente.
XI Y. — Dans plusieurs cas de méningite chez des enfants ', M. Parrot a observé une disjonction des pièces osseuses de la voûte crânienne, avec épanchement, entre leurs bords ainsi désunis, d'un fluide sanguinolent. Les enfants chez lesquels le fait a été observé présentaient une augmentation de volume de l'encéphale, caractérisée par l'aplatissement des plis et par l'augmentation de poids, et résultant d'ailleurs des exsudats méningitiques. C'est donc parce que la cavité était devenue trop petite pour le contenu que le crâne s'est disjoint; mais il faut de plus deux autres conditions indispensables : d'abord, le développement rapide des lésions encéphalo-ménin-
* Parrot. De la dislocation des os du crâne dans la méningite ehei Us enfanU. [Revue de médecine, 1882, p. 112.)
gées, et, en second lieu, il Faut que les enfants ne soient ni des nouveau-nés, ni des adolescents, mais appartiennent à la période de la vie où il n'y a plus de membranes entre les diverses pièces de la voûte crânienne, mais où leH. sutures n*ont pas encore acquis une solidité complète. C'est là, du reste, un Fait purement anatomiqne, qai ne parait s*élre accusé pendant la vie par aucun symptôme particulier.
L'emploi de Viodure de potassium dans la méningite est bien connu, mais il n'a jamais donné d'aussi beaux résultats que ceux signalés par M. Yavart \ qui dit avoir obtenu onze guérisons sur vingt-cinq à trente cas de méningite des enfants (iodure de potassium à Tintérieur et application d'huile de croton sur le cuir chevelu). Malheureusement, le diagnostic de la méningite est loin d'être facile, et il n'est pas démontré que dans ces onze cas, il se soit toujours agi d'une méningite. M. René Leclerc cite, à propos des observations de M. Yavart, l'histoire d'un<; enfant condamnée comme atteinte de méningite; cependant elle guérit, et Ton s'aperçut qu'en quinze jours de maladie elle avait augmenté de neuf centimètres. Aussi crut-on devoir rattacher tous ces accidents à une fîèvre de croissance.
XV. — Le D' Simon* a fait ïélongation du ner/sciattque chez un enfant atteint depuis trois ans de paralysie infant tibe, contre laquelle on avait fait inutilement usage de Télectricité. La paralysie siégeait sur les muscles de la cuisse droite et sui* le tibial antérieur, le court extenseur des orteils et surtout le long extenseur des orteils. Deux mois après l'opération, on pouvait constater que la
^ Association fianraise pour l'avancement des sciences (sessiOD de la Rochelle, 1882), séance du 26 août (section de médecine). « British med.Journ., 25 février 1882.
192 L'ANNÉE MÉDICALB.
circonférence de ia caisse et de la jambe droite était augmentée d'un quart de pouce. Cette augmentation devint de plus en plus manifeste pendant les mois suivants.
XVI. — M. C. Paul a traité la chorée avec succès par les bains électriques ^ Dans un cas de chorée très-intense, Tamélioration survint dès le troisième bain (un à deux jours de distance); après le septième, Thémichorée, presque guérie, passa du côté opposé et disparut entièrement après le quatorzième bain. Dans un autre cas, relatif à une chorée généralisée grave ayant même amené des excoriations sur le menton et les régions épitrochléennes, Tamélioration était considérable dès le troisième bain et permettait récriture; la guérison était complète après six bains. Par contre, M. Cadet de Gassicourt n'a observé aucun effet (dans trois cas), ni diminution, ni augmentation, 'ainsi que Ta vu M. G. Paul dans certains cas, au début du traitement.
D' A. Sevestrk, Médecin des hôpitaux.