‹ L'annee medicale cinquieme anneeChapitre 16 sur 29 · MEDECINE LEGALE · texte numérisé non relu

MEDECINE LEGALE

I. De l'absorption conlinue du plomb par notre alimentation journalière. — II. Considérations médico-légales sur les ruptures de la rate. — III. Mort subite pendant la durée d'une colique hépatique. — IV. Dangers du chauffage des voitures publiques par la combustion lente de charbons agglomérés. — V. Note médico-légale sur un cas rare de dipsomanie (abus d'inhalations d'étber sulfurique). — VI. La névrose hypnotique devant la médecine légale; du viol pendant le sommeil hypnotique. — vif. Intoxications par produits journeUement absorbés à petite 4ose.

L De l'absorption continue du plomb parnotre ali-

1 Soe. de thérapeutique, séance du 23 mars 1882.

mentation journalière ^ — Tout le monde sait combien sont maltiples les caases susceptibles de provoquer des accidents saturnins. Dans ces dernières années, M. A. Gautier a plus particulièrement étudié les inconvénients des conserves de végétaux et de viandes dans des boites à métal; aujourd'hui, il dirige ses investigations du côté de notre alimentation journalière et s'adresse à Teauque nous buvons, soit après avoir traversé les tuyaux qui l'amènent dans nos habitations, soit après avoir séjourné plus ou moins longtemps dans des carafes. De semblables recherches ont déjà été effectuées, mais elles sont restées purement qualitatives. C'est dans le but de les compléter que M. A. Gautier s'astreint maintenant à donner le poids du toxique extrait de nos divers aliments. Aidé de M. G. Pouchet, il est arrivé à des résultats fort intéressants. Les quantités de plomb (calculées à l'état de métal) contenues dans les légumes conservés en boites de fer-blanc, varient de à ô milligrammes et plus par kilogramme deceslégumes égouttés, tels qu'on les consomme. En moyenne, la quantité de plomb s*élève à 2,5 milligrammes par kilo. En ce qui concerne le plomb contenu dans les conserves de poissons, il résulte que 20 à 50 milligrammes de plomb se trouvent au bout de moins d*un an introduits par les soudures ou l'étamage des boites dans un kilo de poisson et en particulier de sardines conservées à l'huile d'olive; qu'en moyenne, on y rencontre 36 milligrammes de plomb par kilo, ou 132 milligrammes d'oléate; que ce plomb est dissous parle corps gras qui peut en contenir jusqu'à 170 milligrammes et plus par kilogramme; que les huiles en contiennent toujours une proportion plus forte que le poisson lui-même ; qu'il y a tout lieu de penser que la quantité de plomb dissoute augmente avec le temps et

' Gautier. Ann. d'hygiène, publ^ et de méd. lég„ 1882.

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peul devenir accidentellement beaucoup plus grande si les huiles sont rancies ou acides. — Les conserves de viande peuvent contenir le plomb à doses très-variables. Le plomb parait exister dans les légumes et les viandes à Tétat d'albuminate soluble dans les acides de Testomac ; dans les corps gras, il est à Tétat d oléate et de palmitate dissous dans les graisses, et absorbable avec elles lors de leur émulsionnement dans le tube digestif. Les diverses eaux potables empruntent aux tuyaux de plomb dans lesquels elles séjournent, même s'ils sont incrustés de sels calcaires, une quantité de métal toxique en général minime. Cette quantité varie avec la nature des eaux ; elle augmente avec les eaux de plus en plus pures et avec Taération de Teau ; elle peut devenir surtout dangereuse avec les eaux de pluie et l'eau distillée. 11 est donc imprudent de boire ces eaux, lorsqu'elles ont séjourné quelque temps dans les tuyaux neufs ou vieux, surtout en présence de Tair. De Yeasemble des expériences de M. Gautier, il résulte nettement que nous consommons quotidiennement une certaine dose de plomb. Le plomb, certes, est un toxique dont les effets sont proportionnés à la quantité ingérée; la dose que nous ingérons chaque jour se trouve insuffisante à produire des accidents; mais qu'elle soit accrue ou que l'organisme soit délabré par une cause ou une autre, et nous ne tardons pas alors à assister aux conséquences de l'intoxication saturnine. H y a là un péril, un danger pour la santé publique, à l'occasion duquel il convient de mettre en vigueur les lois existantes qui préviennent, dans une certaine mesure, le contact du plomb et de nos aliments.

il. Considérations médico-légales sur les ruptures de la rate. — M. Pellereau' regarde la rupture de la

* FELLEh.EkV. Ann.dhygiène j^l^ etc. y 1882.

rate comme une cause fréquente de mort subite à Pile Maurice. Cette rupture se produirait spontanément ou sous rinfluence d'un traumatisme plus ou moins violent; elle trouverait son explication dans les modifications de texture qui sont inhérentes au paludisme. Le plus souvent, le parenchyme est ramolli, diffluent, réduit en bouillie; la capsule a éclaté, et la boue splénique, mélangée à une quantité variable de sang, se répand dans Thypochondre gauche. Un tel accident est rare en Europe, où les auteurs en mentionnent à peine quelques exemples. 11 n'en serait pas de même à Tile Maurice, où M. Pellereau en recueille treize cas d'ns Tespace de deux ans. Lorsque la rupture de la rate se produit, l'individu ne tarde pas à tomber dans le collapsus et à succomber; la rigidité cadavérique se montre précoce, une heure environ après la mort, et persiste trente, trentecinq, quarante heures, quelle que soit la température ambiante. Autrement dit, la putréfaction est généralement tardive. A Tappui de son intéressant travail, M. Pellereau rapporte treize observations des plus concluantes. 11 arrive ainsi à conclure que la rate, malade à divers degrés, se rompt facilement à Tile Maurice sous rinfluence du moindre choc ; il pense enfin qu*un tel individu peut survivre à la rupture de la rate de quelques minutes à plusieurs jours.

m. Mort subite pendant la durée d'une colique hépatique K — Sites coliques hépatiques se rencontrent communément, si les accidents qu'elles occasionnent sont nombreux, il est incontestable que la mort subite pendant la durée d'une colique hépatique est un fait rare. M. le professeur Brouardel, ayant pratiqué l'autopsie d'une jeune femme, morte subitement, et ayant

' Brouardel. Soe. deméd. Ug., 1881.

constaté, au niveau de Tampoule de Water, un petit calcul qui faisait hernie dans la cavité intestinale et se trouvait coiffé par la muqueuse, communiqua le fait à la Société de médecine légale. A ce sujet, M. Brouardel a recherché tous les cas dans lesquels la morta été soudaine et semble avoir eu pour cause une syncope survenue dans le cours d'une colique hépatique. Après avoir rappelé les opinions de MM. Wolf, Charcot, Frerichs, Portai, Curry, Boùdet, Durand-Fardel, M. Brouardel accepte volontiers qu'une douleur vive portant sur les ramifications du plexus solaire soit capable de déterminer une syncope, ainsi que cela s'observe lorsqu'une contusion violente atteint la région épigastrique.

IV. Danger du chauffage des voitures publiques par la combustion lente de charbons agglomérés ^— L'emploi du charbon aggloméré pour le chauffage des voitures publiques ou privées a amené des accidents divers et quelquefois entraîné la mort. Les briquettes dont on se sert sont fabriquées en agglomérant, grâce à une forte pression, du poussier de coke préalablement mélangé de bioxyde de manganèse, avec une solution concentrée de silicate de soude. Dans d'autres cas, on se borne à imprégner le charbon fortement aggloméré d'une solution de nitrate de plomb, qui lui communique la propriété de brûler ensuite lentement, comme le ferait l'amidon. Ces briquettes produisent, en brûlant, de l'oxyde de carbone, d'où le danger de respirer dans un espace clos, tel que celui d'une voiture fermée, où se produisent lentement, mais continuellement, de notables quantités d'oxyde de carbone.

V. Note médico-légale sur un cas rare de dipsomanie (abus d'inhalations d'éther sulfurique)< — Il

> Gautier. Ann. d'hygiène jnUfl,^ etc., 1882.

s'agit d*un jeune homme appartenant à une riche famille et dont Tinstruction fut aussi soignée que possible. Ce jeune homme s'adonna aux inhalations éthérées et se livra ultérieurement à une série d'actes qui furent de nature à le conduire en police correctionnelle ou à l'admettre dans plusieurs maisons d'aliénés. M. Legrand de Saulle, appelé à se prononcer sur la situation de ce jeune homme, le considéra comme un irresponsable, en matière criminelle, et coinme un incapable au point de vue civil. A ces deux titres, il tombe sous l'application de l'article 489 et doit être interdit.

YI. La névrose hypnotique devant la médecine légale. — Du viol pendant le sommeil hypnotique \ Dans une de nos précédentes revues, nous avons eu l'occasion de présenter un remar<|u.ible travail de M. Brouardel sur ce sujet palpitant. Depuis cette époque, nous savons qu'une femme nerveuse apte à subir Thypnotisation, peut être hypnotisée er violée sans qu'elle s'en doute. Les diverses expériences ]ui ont été entreprises à la Salpêtrière et dans divers Hôpitaux de Paris, ont montré péremptoirement que certaines hystériques, hypnotisées suivant différents procédés ou modes, ne conservaient aucune notion des états de léthargie ou de catalepsie par lesquels on les faisait passer, non plus que le souvenir des conversations, des aveux qu'on leur avait arrachés. Aussi, le jour où M. Brouardel fut appelé à élucider l'affaire du dentiste Lévy, il n'eut pas de peine à prouver que la jeune fille, dont il était alors question, avait pu être hypnotisée d'abord, violée ensuite. Le sommeil hypnotique fut provoqué en présence des juges; le viol avait été avoué par Lévy. Tous ces éléments réunis, non contradictoires, devaient entraîner sans con-

> Rapport médico-légal, par le D^'La.dàmb (de Neufchâtel, Suisse).

teste la conviction de toas. — Cette afFaire , grâce à M. le professeur Brouardel, peat être regardée comme un document utile, fructueux, car il comble aujourd'hui une des lacunes délicates de la médecine légale.

La preuve de notre assertion réside tout entière dans le rapport médico-légal de M. Ladame (de Neufchàtel) concernant un viol pendant le sommeil hypnotique. — A propos de ce rapport, M. Ladame a eu Tidée de fouiller les auteurs, dans Tespérance d*y rencontrer des faits analogues à celui qui était soumis à son examen. — Or, les recherches de M. Ladame tendent à prouver combien ces affaires retentissantes sont rares, et par suite, combien les données scientifiques, afférentes à ce sujet, sont minimes. — Néanmoins, c'est en s'appuyant presque exclusivement sur le travail de M. Brouardel que M. Ladame est parvenu à établir des conclusions où la netteté d'exposition ne le cède en rien à la rigueur scientifique.

Une jeune fille, originaire de Zurich, accusait un jeune homme de Tavoir violée, après Tavoir magnétisée et endormie. — Cette jeune fille était devenue enceinte et accoucha à la Maternité de Berne. — Le procureur général de la République invita alors M. Ladame à résoudre les questions suivantes : l"* Le récit de Maria F... doit-il être considéré comme vraisemblable dans ses traits généraux? 2" Le coït a-t-il pu avoir lieu dans les conditions indiquées par elle et sans qu'elle ait pu se rendre compte des attouchements qu'elle subissait? S*" La volonté était-elle complètement paralysée chez cette jeune fille et n'a-t-elle pu opposer à son séducteur aucune résistance? La conception est-elle possible lorsque la femme est dans un état d'insensibilité absolue? — Si nous transportons ces diverses questions sur le terrain de la discussion générale, il est incontestable qu'elles peuvent être résolues suivant l'affirmative. Tous les points visés dans

les phrases ioterrogatives du procureur de la République sont coD formes à ce que la science nous enseigne. Dans le cas particulier de M. Ladame, il s'agit d'une question* de chantage qui a abouti à une ordonnance de non-lieu. — Quoi qu'il en soit, tous les griefs invoqués par la jeune fille étaient empreints de cette fausse apparence de vérité qui accompagne d'ordinaire les récits des hystériques ; ils semblaient également trouver un puissant appui dans les débats antérieurs de l'affaire Lévy.

VU. Intoxications par produits journellement absorbés à petites doses. — M. Brouardel fait allusion à cette invasion de produits adultérés, mêlés aux aliments par des mains habiles, dans des conditions que Ton pourrait appeler scientifiques; à ces industriels qui profitent de la diversité des législations des différentes nations pour déplacer leur fabrication suivant les poursuites ou la tolérance qui en résultent. Ces produits prohibés dans un pays, y pénètrent de nouveau par la frontière. Dans le but de remédier à cet état de choses, M. BrouardeP propose de muliiplicr les laboratoires d'analyse. Les services rendus par le laboratoire municipal de Paris montrent que la persévérance à signaler les fraudes fait diminuer dans une très-notable proportion le nombre des falsifications. Les chimistes devraient s'efforcer de nous donner des procédés d'analyse aussi simples que possible, de façon que, par l'examen méthodique des urines, un médecin puisse dévoiler l'introduction de ces substances dans l'économie. Il est à désirer que l'on recherche et que l'on trouve pour ces substances des réactifs aussi faciles à manier parles médecins que le perchlorure de fer pour déceler la présence de l'acide salicylique. Il convient de solliciter tous les médecins qui,

^ Brouardel. Communication au Congrès d'hygiène de Genève.

par leurs fonctions, soignent des groupes d'ouvriers travaillant dans les usines où se fabriquent ces produits, de tenir systématiquement une sorte de registre de la santé de tous les ouvriers. On constituera ainsi un dossier qui, dans quelques années, permettra peut-être de pénétrer plus aisément dans cette pathologie nouvelle. Il importe enfin d'étudier les modifications qu'il y a liea d'introduire dans les législations des divers pays concernant les falsifications des denrées alimentaires, de communiquer les textes des anciennes lois et les modifi* cations proposées aux représentants autorisés de Thygiène dans ces divers pays, de façon à mettre autant que possible ces lois en harmonie, et empêcher qu'une législation insuffisante dans un pays offre un refuge aax falsifications prohibées dans les pays voisins.

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