Becker (de Heidelberg), qui poursuit avec tant de
mérite les problèmes d*anatomie pathologique oculaire, a résumé ses recherches sur la structure du cristallin. Pendant la vie intra-utérine, la multiplication des cellules, à la face interne de la capsule antérieure, se fait par la segmentation des noyaux. L^accroissement de la lentille, après la naissance, a lieu par la juxtaposition de fibres cristalliniennes dérivant des cellules épithéliales de Téquateur. Celles-ci poussent les plus anciennes vers le centre ; les plus anciennes se rétrécissent, s'aplatissent, se dentèlent, et changent de réfraction. Il existe aa milieu des fibres suivant le méridien des vacuoles allongées, qui déterminent des courbures dans les éléments voisins. L*âge épaissit la capsule antérieure, et ratatine le corps des cellules dont le noyau persiste seul.
Henle a aussi suivi le mode dt accroissement du cristallin. D'après lui, la scène se passe dans Fépithélium; mais il n*a jamais pu retrouver le processus signalé par Kœiliker et Becker, d'après lesquels les cellules voisines de la limite postérieure de Tépithélium, à* la cristallolde antérieure, seraient toujours en voie de multiplication. C'est sur la grenouille que Henle a cherché à suivre révolution des cellules ; sur ce vertébré , la partie postérieure de la capsule est recouverte de cellules plates; c'est dans la zone équatoriale et postérieure qu'il a pa reconnaître les phases de division et de formation des prismes. Le travail parait se porter sur un grand nombre de cellules isolées, au milieu d'éléments immobiles.
Robinski n'aurait jamais rencontré défibres du cristallin à plusieurs noyaux, ce qui nous parait bien absolu; il regarde leur contenu comme liquide et se mouvant dans la fibre dans toute son étendue, sans obstacle; enfin il assigne aux fibres du cristallin, comme longueur chez l'adulte, de 2 centimètres à 2«,ô, celles du nouveau-né ayant 2«,14.
Berger a étudié la formation et la structure de la cap-
suie cristattoïde. Rôlliker pensait y reconnaître une dérivation des cellules mêmes du cristalhn et en faisait une formation épithéliale, mais Remak, Arnold, Lieberkuhn la considèrent comme une transformation des cellules mésodermiques infiltrées entre le repli ectodermique et le cristallin. Berger, après avoir bien constaté, au moyen du permanganate de potasse , la structure lamelieuse de la membrane, a retrouvé les noyaux signalés déjà par Babuchin et par Manz. 11 constate que dans leur voisinage, on ne rencontre pas de vaisseaux; la cristalloïde doit donc être rangée dans les formations du feuillet moyen; elle en donne du reste la réaction chimique. Ce n'est pas une membrane d'origine épithéliale.
L'analyse des humeurs de l'œil a été reprise par Deutschmann et Rohn. Des discussions s'étant élevées entre Doggiel et Kohn, sur la composition des humeurs oculaires d'après le tableau de Deutschmann, celui-ci a démontré que la composition du liquide variait suivant le moment où on l'examinait après la mort. L'humeur aqueuse, quatre heures après, contient gr. 0297 pour 100 d'albumine et quarante:huit heures après gr. 5799 ; la proportion s'élève régulièrement pendant ce temps et se rapporte à un phénomène cadavérique.
D'après Giacosa, l'ancienne opinion qui regarde l'humeur vitrée comme presque exclusivement composée de mucinc doit être aussi modifiée. Cette masse est composée de plusieurs couches concentriques qui paraissent séparées par des membranes de composition plus résistante; le corps vitré ne contiendrait pas plus de 1,31 pour 100 de matière solide. Sa densité serait de 1,0089, et la mucine n'y entre qu'en très-minime quantité. Le total des substances albuminoïdes serait de 0,12 pour 100. Giacosa attribue l'état de semi-coagulation du corps vitré à l'action des sels en excès sur les albuminoïdes. Cohn est arrivé à nier la présence de la mucine dans le corps vitré
et rhumeur aqueuse. Le premier liquide ne contiendrait que 0,074 pour 100 d'albumine, et le second, 0,08. Les membranes du corps vitré se dissolvent dansTeauà 120°, ce qui n'existe pas pour les limitantes hyaloïdes. Le cristallin est entièrement composé de ghhuUne comme le corps vitré et Thumeur aqueuse.
La nutrition du cristallin, à Tépoque embryonnaire, est assurée par les vaisseaux venus de Tinfundibulumrétineux. Kœnigstein a pu suivre d'une façon précise l'état de ces vaisseaux hyaloidiens. L'artère capsulaire passe de la face postérieure de la capsule à l'équateur, puis à la face antérieure, et de là se porte au bord de l'iris, à sa face antérieure, et à la membrane pupillaire. Ces vaisseaux du cristallin existent encore au sixième mois lunaire de la grossesse ; mais ils disparaissent au septième, et ceax de la membrane pupillaire, au huitième; les naissances d'enfants viables, à cette époque, permettent, avec l'atropine, de voir encore le réseau de ces vaisseaux sur la membrane persistante.
Au-dessus du cristallin, existe'un espace triangulaire ou canal souvent discuté. Ch. Aeby (de Berne) a reproduit, plus facilement, les injections bien anciennes de Vespace de Petit, En laissant macérer l'œil, on peut, après avoir enlevé la cornée et l'iris, expulser toute la masse transparente d'un seul bloc. Le canal de Petit est alors trèsfacilement rempli à la seringue; c'est un artifice qui confirme les délicates préparations d'injections à la cire ou au mercure.
Berger, reprenant les données de Leber sur la communication des vaisseaux de la choroïde avec ceux de la papille, n'a pu constater cette communication directe; il donne comme disposition normale la présence de deux petites artérioles entrant dans le nerf optique en avant de la lame criblée, et s'unissant entre elles. La lame criblée
CHIRURGIE. âl9
serait aussi formée dans ses parties antérieures de quelques trousseaux fibreux venant de la choroïde.
Signalons pour terminer Ténumération des recherches anatomiques sur Tœil, un intéressant mémoire sur l'^mbryologie des paupières»
Panier a suivi avec soin le mode d*occlusion du voile palpébral sur quelques animaux. Ce phénomène, qui se produit toujours à une époque fixe pour chaque espèce, commence par les angles. Un amas de cellules épithéliales, venu des bords, forme une espèce de coiffe aux paupières qui contractent pendant un certain temps une adhérence par leur face postérieure avec la cornée. Le cul-de-sac, qui était primitivement reculé à Téquateur, s'avance vers le cercle cornéen, puis se reforme définitivement. Ces différentes phases embryologiques sont d'un grand intérêt pour Tétiologie des dermotdes. Ayres a traité le même sujet en Amérique.
Mises a étudié les nerfs des paupières de l'homme dans leur distribution. Ces nerfs se divisent en deux parties : ceux de la peau et ceux de la muqueuse. A la peau, dans le tissu cellulaire lâche, près du bord ciliaire, existe un riche plexus marginal qui fournit des rameaux aux mus* des, aux cils et à la conjonctive. De nombreux filets se distribuent entre le muscle orbiculaire et le tarse; ils vont se rendre à la conjonctive, entre les glandes de Meibomius, et perdent bientôt leur myéline après avoir traversé le tarse. La deuxième couche nait au point où la réflexion de la conjonctive palpébrale suit le globe. Ces filets, réduits au cylindre axe, vont constituer un appareil particulier, plexiforme, à fibres parallèles, pour les glandes et les cils. Mises n'a pu reconnaître si les fibres se prolongent jusqu'entre les cellules, sur la racine de la gaîne pileuse.
Sousa (de Lisbonne), suivant avec soin le trajet des nerfs pétreux et le ganglion phéno-palatin, admet que la
branche orbitaire du maxillaire supériear contient des fibres motrices du facial qui, traversant le ganglion, se distribueraient à la paupière supérieure et à la glande lacrymale.
Wolf a publié, sur la terminaison des nerfs dans la cornée, un mémoire qui confirme les leçons de Ranvier, dont nous avons déjà parlé en 1880. La myéline cornéenne, cette substance qui se différencie déjà de la myéline ordinaire, se colore en rouge par le chlorure d*or plus facilement que Tautre. Wolf n'a jamais non plus rencontré la terminaison d*un cylindre axe dans une cellule; les filets nerveux s'anastomosent entre eux. '
D'après Selinka, la disposition des nerfs de la cornée serait surtout bien appréciable chez les poissons, où les rameaux ciliaires, au nombre de deux, perforent la sclérotique en arrière et en avant. Les filets cornéens pénètrent dans la membrane, soit profondément (type scierai), soit superficiellement (type conjonctival). Il existe encore un plexus sous-basal qui se termine dans Tépithélium entre les éléments. Selinka n'admet, comme Ranvier, que la terminaison par cylindres axes libres, sans pénétration dans l'élément cellulaire.
Résumant ses communications antérieures, qui ont, au point de vue anatomique et physiologique, une importance incontestable, Stilling, dont nous avons signalé les fines dissections dès l'année 1880, a décrit le trajet du tractus optique, du chiasma à la moelle.
Ce n'est pas avec le microscope, mais par des dissociations artificielles (d'autres diraient trop artificielles) à l'aiguille, sur des pièces soumises au vinaigre de bois, qu'il est arrivé à la description qu'il donne des fibres de l'appareil nerveux optique. Les derniers travaux de Stilling sont la suite des premières études présentées à Milan, et dont nous avons rendu compte. Cet anatomiste reconnaît dans le chiasma : 1 "^ une portion directe externe ;
2* des faisceaux croisés enveloppés comme une gouttière par les précédents. La commissure des deux rétines occupe la face antérieure et supérieure du chiasma. La commissure supérieure, Tangle, et la face moyenne, mais surtout la région inférieure. Le tuber cinereum est un ganglion intercalé sur le parcours des fibres directes, qui provient aussi de la substance perforée antérieure.
En arrière, la bandelette va se diviser en trois parties, l'une au corps genouillé externe, la seconde à Tinterne, la troisième va du thalamus au tubercule quadrijumeau supérieur {brachium conjuncHvum anticum). Ce dernier fournit au niveau du tubercule quadrijumeau supérieur deux faisceaux ; Tun reste sur le tubercule, Tautre va au frenulum et au pédoncule de la glande pinéale.
Stilling suit plus loin encore la racine descendante du nerf optique. A la partie supérieure interne du corps genouillé externe se détache un faisceau de la bandelette qui se rend à ToUve supérieure, où une partie se perd, et Tautre passe dans Tentre-croisement des pyramides; une autre portion de la même bandelette descend entre les faisceaux externes du pédoncule cérébral, un peu avant Tolive, et se perd dans la substance grise profonde de la protubérance. Quelques fibres de la bandelette iraient au noyau amygdalien , au noyau de la troisième paire et au pédoncule du cervelet.
A côté de la méthode par dissection fine, sujette à bien des erreurs, existe un autre procédé pathologique pour retrouver le trajet ignoré d'un nerf au milieu de la masse cérébrale. C'est celui de la dégénérescence consécutive à Tatrophie ou à la suppression de l'organe, procédé qui a donné déjà de si heureux résultats pour la localisation des mouvements du membre.
Ganser s'en est servi pour retrouver l'origine des nerfs optiques. Il opère sur le chat, qui possède le champ bi-. noculaire dé vision, et après l'extirpation d*un œil, le
gauche par exemple, il va détruire la bandelette correspondante. Quand Texpérience réussitbien,lechat reste plus imbécilequ'aprësTextirpation d'un lobe central. Le nerf gauche est tout à fait atrophié ; mais le nerf optique droit, après neuf mois, était aussi gros que d'habitude et faisait croire à une forte hypertrophie du faisceau direct. Les deux corps genouillés de ce côté étaient plus développés qu'à gauche. La rétine droite, dans sa portion interne, était atrophiée, et Tatrophie portait sur les fibres nerveuses comme sur les cellules ganglionnaires. Attaquant alors la masse centrale intérieure. Ganser enlève une portion de Fécorce du lobe occipital gauche jusqu'à la corne d'Ammon. Le chat avait une hémianopie des deux yeux; Tophtalmoscope démontre une atrophie des deux cinquièmes gauches de la papille gauche et des quatre cinquièmes de la papille droite ; le microscope constate l'atrophie des deux portions gauches des rétines.
IL Physiologie. — L'occasion d'observer la sécrétion lacrymale à l'orifice de la glande est assez rare pour que nous signalions l'observation de Magaard, à la clinique de Manz, où il put examiner un malade atteint d'ectropion des quatre paupières. Bien que les conditions ne soient pas tout à fait physiologiques, ces données nouvelles méritent d'être enregistrées. La quantité de larmes sécrétées lentement dans les vingt-quatre heures par les deux glandes s'élève en moyenne à 6^,4. L'atropine diminue cette sécrétion; l'ésérine au contraire l'excite et arrête l'effet de l'atropine. L'électrisation du ganglion sympathique parait accélérer un peu la sécrétion; la composition du liquide était: eau, 98,1; sels, 0,4,etsubstances organiques, 1,5.
Avant de nous occuper de la nutrition de l'œil, nous devons consigner ici un mémoire important de Hogyes
GHIRURGIB. 223
sar les relations physiohgiques qui existeraient entre les mouvements oculaires et les nerfs de l'oreille. Hogyes (Hongrie) ayant lié des lapins dont la tête était immobilisée, remarqua chez ces animaux des mouvements nystagmiques oculaires compensateurs, quand il faisait effectuer à Tanimal des mouvements de rotation autour des plans principaux de la tête. Il sectionna le nerf optique et vit que ces mouvements persistaient, la sensa* tion ne venait donc pas de la rétine ; il enleva alors successivement les couches optiques, la protubérance, sans modifier ces mouvements nystagmiques. Il est arrivé ainsi à déterminer leur siège précis entre les corpuscules quadryumeaux et le noyau de Tacoustique. La section d'un seul nerf acoustique amène une déviation diagonale bilatérale; elle agit sur les muscles droit interne, droit supérieur et oblique du même côté; puis sur le droit interne, droit inférieur et oblique du côté opposé. Dans la rotation, c'est la pression du périlymphe qui agit sur la crête acoustique et produit le nystagmus. Il en résulterait que les ampoules membraneuses de l'oreiUe sont une partie accessoire de V appareil des mouvements oculaires. Après avoir établi la rotation des mouvements nystagmiques avec Toreille, Hogyes a examiaé par quels agents ces mouvements seraient modifiés, et il a reconnu au chloroforme, aux alcaloïdes de Topium, au sang asphyxique, le pouvoir de changer ou d'augmenter les mouvements nystagmiques. Dor pense, d'après ces idées, que peut-être on trouverait dans les modifications du sang chez les mineurs une cause nouvelle à ajouter à l'étiologie de leur nystagmus.
Dans les années précédentes, nous avons rendu compte des travaux de Preiss et Ulrich sur la marche des liquides de l'ml et le mode de nutrition des membranes transparentes, Preiss avait décrit le passage de l'humeur aqueuse de la chambre antérieure à travers les spores du revêtement
endotfaéliale de Descemet. Ulrich avait établi la transsudation à travers Tiris. La méthode employée était la combinaison d'un cyanure avec un sel de fer. Preiss a d'abord , cette année , ajouté quelques considérations générales, tirées de ses travaux antérieurs , sur la nutrition des cellules en général. C'est dans la cornée qu'il a pu constater l'anastomose des cellules interstitielles. Le liquide passerait aisément d'un élément dans l'autre par la fusion des prolongements protoplasmatiques ; il y aurait donc un courant intra-cellulaire, mais non intercellulaire. N'est-ce pas un retour aux anciens canaux du suc pour la cornée? Preiss donne aussi une importance capitale aux jeunes cellules pour leur transformation en vaisseaux.
Mais ce n*est pas à ce travail que nous désirons nous arrêter. Il s'agit de savoir quelle est le sens du courant nutritif des humeurs de l'œil , et d'où viennent ces liquides? Or, de nouvelles expériences viennent d'être réalisées qui ruinent les assertions de Preiss et Ulrich. Ces deux expérimentateurs, d'après les résultats obtenus récemment, n'auraient constaté que des faits d'ordre artificiel ou cadavérique. La nouvelle méthode, en effet, prend les choses en pleine vie, et constate de visu la formation, la sécrétion de l'humeur aqueuse. Elle consiste à injecter sur un animal une solution fluorescente d'uranine, fluorescéine , et à observer le moment où la substance lumineuse arrive dans les milieux de Toeil.
Ëhrlich (mars 1881) s'est servi d'une solution d'uranine à un cinquième, dans l'eau, dont il injecte quelques cen? timètres cubes sous la peau; au bout de quelques minutes, la fluorescence apparaît dans l'œil, et il est possible de suivre toutes les phases de la sécrétion de l'humeur aqueuse.
Les conclusions d'Ehrlich sont absolument contraires à celles d'Ulrich; il a vu que la sécrétion de l'humeur aqueuse, chambre antérieure ou chambre postérieure,
GHIRURi&IE. 225
ne provenait pas d*une filtration du corps vitré , mais bien directement des vaisseaux de l'iris. 11 suffit de ponctionner la chambre antérieure pour assister à cette régénération rapide de Thumeur. On remarque à la périphérie de Tiris deux centres de sécrétion principale , Tun temporal et l'autre nasal. A l'état normal, la communication des deux chambres n'existe pas ; cependant, en abaissant la tête de l'animal, on voit un liquide fluorescent descendre comme un hypopion en avant. La sécrétion de la chambre antérioure se fait avec une certaine force qui projette le liquide de la périphérie de l'iris contre la cornée, et forme des tourbillons.
SchôUer et Uthoff ont institué des expériences analogues avec la fluorescine. Leurs recherches nouvelles contredisent aussi les résultats qui avaient été obtenus par la méthode des injections au cyanure. Suivant ces deux auteurs , il n'existe pas de courant du corps vitré vers la chambre antérieure. La sécrétion de l'bumeiir aqueuse réside dans les vaisseaux du corps ciliaire et de la face postérieure de l'iris ; très-exceptionnellement, et dans les cas pathologiques seuls , le liquide vient du limbe cornéen et des sinus voisins. Le corps vitré ne nourrit pas le cristalUn. La sécrétion vasculaire est sous la dépendance du trijumeau, qui, dans son tiers interne, contient des fibres sympathiques venues de la moelle épiniëre. La section du grand sympathique avec ou sans excision du ganglion cervical supérieur, accélère et double la quantité de la sécrétion de la chambre antérieure. La section du trijumeau , quand elle est complète, produit les mêmes phénomènes. Ces dernières conclusions sont en concordance directe avec les expériences que nous avons publiées, il y a deux ans, sur la section du trijumeau par le procédé intra-crânien, et l'action du courant sur le segment supérieur du grand sympathique divisé (Dastre).
Pflûger, s*occupant surtout de la nutrition de la cornée , et employant pour ses expériences la siucinylJhuH rescéine (C* H** 0*^ + 3 HO*), rejette aussi les conclusions de Kniess et Preiss. Suivant lui, la nutrition de la cornée dans les couches superficielles vient des vaisseaux de la conjonctive, et, dans les couches profondes, de ceux de la sclérotique. Les stomates interépithéliaux de la membrane de Descemet sont la terminaison et non Torigine des lymphatiques. Pfliiger s'appuie aussi sur la résorption de Tatropine , la formation de Thypopion dans les kératites , les iritis consécutives aux kératites, pour bien établir la marche des liquides. Jamais la fluorescence ne va du corps vitré à la superficie, mais toujours de la cornée à la chambre antérieure. — Ce procédé d'injections de substances fluorescentes ne nous parait pas avoir dit son dernier mot ; il est à peine connu en France , et nul doute que Tan prochain nous n'ayons à enregistrer de nouveaux résultats acquis à cette méthode.
Les statistiques de ïamétropie dans les écoles ont attiré l'attention sur l'hygiène de nos établissements d'instruction. Partout des commissions ont été instituées pour surveiller le matériel, les livres, la construction des écoles; des expositions s'organisent pour faire connaître les meilleurs modèles. En résumé, si l'on se reporte à dix ans en arrière, les progrès sont évidents. L'honneur, il faut le dire, en revient aux hommes qui ont entrepris cette campagne numérique internationale , et démontré les dangers de la mauvaise impression , de la mauvaise écriture et de l'hygiène mal entendue.
Schleich , à Tubingue , a examiné 578 myopes de tout âge et de tout sexe. Sur 738 de ces myopes, 44 pour 100 avaient S = 1, et 409, S < 1. Dans 87 cas pour 100, il existait des lésions de la choroïde en rapport avec le degré de myopie. Sept pour 100 présentaient du stra-
bisme coacomitant; 5 pour 100, du strabisme divergent; 10 pour 100, du strabisme convergent.
Schleich a vu souvent (70 pour 100) Tatropine faire diminuer la myopie, et dans 33 pour 100 de ces cas la diminution acquise persistait. L'atropine reste donc un agent thérapeutique assez puissant dans la cure de la myopie acquise.
Reich, à Tiflis, continuant ses examens, a, sur plus de 2000 élèves, constaté dans les classes supérieures, pour la myopie, une fréquence s'élevaot de 15 à 71 pour 100 ; dans les classes inférieures, le maximum était de 13. Les plus fortes myopies se rencontraient chez les jeunes filles (29 pour 100); puis à Técole militaire, 23 pour 100. Les Arméniens présentent plus de myopies que les Russes. Mais dans toutes ces écoles la cause principale de la myopie, c'est, suivant Reich, Tinsuffisance de Téclairage.
Risley, à Philadelphie, observant 2,422 enfants des écoles, est arrivé aux conclusions suivantes : dans le jeune âge, £ est la règle. La myopie commence à se développer dès les classes inférieures et suit alors le mode de développement signalé en Europe ; TH. est plus abondante que la M. et TE. ensemble. Il existe un rapport certain entre la myopie acquise et le séjour dans les écoles.
Berlin, revenant sur la physiologie de Vécriiure, dont Javal, en France, a si bien déterminé les règles physiologiques, combat récriture droite sur papier droit ; il pense qu'il n'existe pas de parallélisme entre la ligne de jonction des deux centres oculaires et la ligne de l'écriture, la première croisant la seconde de haut en bas et de gauche à droite. Berlin proclame donc la supériorité de l'écriture fortement penchée sur cahier un peu incliné de telle façon,- croyons-nous, que l'enfant inclinera fortement la tête à droite et creusera latéralement le tronc
du même côté en relevant Fépaule gauche; excellent moyen pour arriver à la déviation du rachis.
Dans cette vision de près, les phénomènes d'accommodation jouent le plus grand rôle pour le développement de la myopie. Le fait est incontesté, mais son mécanisme Test moins. Ayres(de New-York), dans une récente étude des phénomènes d'accommodation, tout en reconnaissant le rôle du muscle ciliaire et de Télasticité du cristallin, pense que les fibres longitudinales et circulaires ne sont pas antagonistes ; l'action contraire se trouverait plutôt dans les fibres contractiles de la choroïde.
Emmert a recherché les modifications que subit le champ v4suel dans cet acte de l'accommoda tion; et il a trouvé que rH,pour lepunctum proximum, l'augmentait de 1 à 2,05. Ce fait s'exphquerait par le transport du cristallin en avant et peut-être aussi par le glissement de la rétine et de la choroïde, établi par Hensen et Yœlcher, en observant les mouvements d'une aiguille implantée dans la choroïde. 11 rapporte l'accommodation à trois sortes de fibres : circulaires, radiées et méridiennes; les premières sont pour la vision rapprochée, elles amènent une plus forte courbe de la lentille; les plus radiées aplatissent le cristallin, elles prédominent chez les H. Les phosphënes, qui se produiraient surtout pendant le relâchement de Faccommodation, seraient dus au retour de la rétine à l'état de repos, après la tension accommodatrice.
Paulsen croit que le staphylome est surtout produit par la convergence en haut. Les marins, habitués à regarder au zénith, seraient donc surtout menacés de voir se développer cette ectasie. A Altona (école de marine), sur 1,527 examens, il a trouvé 91 staphylomes, 60 pour 100! Une telle proportion de myopes dans le personnel de la marine n'est-elle pas en opposition eu-
rieuse avec la rigueur de nos rëglemeats pour la marioe française?
Si le séjour dans les écoles développe la myopie, il existe aussi incontestablement des prédispositions anatomiques congénitales. Les rapports des dimensions du crâne avec Tétat d'amétropie ont beaucoup attiré Tattention des anthropologistes dans ces derniers temps. Ëmmert, Sermanni, Bono, ont émis diverses opinions à ce sujet. Amadei, à Reggio et Modène, a mesuré 88 crânes, et il arrive à cette conclusion que la profondeur de la tête, la forme même de Toeil, Tectasie postérieure chez les myopes sont liées à la dolichocéphalie. La cavité orbitaire dans ce dernier cas est plus grande que chez les brachycéphales. Du reste, Bœrhave avait depuis longtemps écrit : Infantes omius myopici,,, habent caput oblongum, 11 est un fait bien connu, c'est que la race constitue une prédisposition non-seulement à la conformation de l'organe, mais même à la couleur de Tiris, à tel point qu'on peut établir certaines divisions ethnologiques d'après ce seul caractère. Yanderkindcr, en faisant la statistique des colorations des yeux et des cheveux, est arrivé à trouver dans la Belgique deux zones qui, allant de Test à Touest, délimitent assez bien les idiomes flamand et wallon ; les blonds sont beaucoup plus rares au sud de cette ligne. Le Hainaut contient les yeux noirs ; le Limbourg, les deux Flandres, sont la zone des yeux bleus.
En France, J. Ceddoc n'a pas toujours trouvé la concordance des teintes entre les yeux et les cheveux ; la race celtique donne souvent les yeux clairs et les cheveux bruns, et l'influence des milieux parait peu marquée; cardans le sud, l'Ardèche produit plus d'individus aux yeux bleus que les pâturages frais du Berry.
Nous avons signalé, en 1881, les belles recherches de Laodolt et Charpentier sur les différents facteurs de
230 L'ANNÉB MÉDICALE.
Tacuité visuelle dans la seosation colorée. La division très-nette qu'ont établie ces deux auteurs, entre la sensation lumineuse et la sensation colorée, a été le point de départ d'une série de travaux importants sur le daltonisme. Elle a permis une représentation mathématique de l'impression normale ou pathologique de l'acuité visuelle simple ou colorée.' Ces travaux, pour être entrepris, n*ont pas nécessité de grands appareils, mais une analyse rigoureuse et l'observation des faits les plus simples.
Charpentier, après avoir séparé les deux facteurs distincts de toute sensation colorée, lumière et couleur, recherche quelles sont les lois de la perception lumineuse pour les petites sur/aces. Si, par exemple, on réserve le nom de petites surfaces à des carrés de moins de deux millimètres de côté, on trouve que Téclairement minimum nécessaire pour la perception est indépendant de leur étendue ; mais il faut distinguer entre la sensibilité lumineuse simple et la sensibilité visuelle, qui exige plus de lumière. Plus la surface colorée est petite, plus il faut de clarté pour la perception. Alors, si Ton retranche de la quantité de lumière nécessaire au sens chromatique, la quantité qui a produit la sensation lumineuse simple, on trouve que le reste ne dépend pas de l'étendue de la surface colorée.
Continuant ce genre de recherches. Charpentier insiste tout particuhèrement aujourd'hui sur les usages possibles du trou sténopéique, pour déterminer l'acuité en dehors de toute réfraction. En notant les variations des images, leur déplacement, quand se meut le troa sténopéique d'avant en arrière ou latéralement, il est possible d'avoir déjà des notions très-nettes sur la nature de l'amétropie. Pour un objet distant, si l'on éloigne le trou de Toeil, l'objet ne varie pas pour Ë, il diminue poar M et grandit pour H. L'objet semble se déplacer
comme le disque latéralement, poar M, en sens contraire pour H ; il reste immobile pour £•
La sensation lumineuse colorée ne peut être confondue avec la sensation lumineuse simple qu'aux derniers ooDfîas de la sensibilité rétinienne; or, cette limite varie soit par la quantité d'éclairage sur une surface constante, soit par la variation de cette surface en étendue. Charpentier a trouvé ainsi que Tœil peut apprécier jusqu'à sept ou huit centièmes de différence dans les intensités d'éclairage successif, quelle que soit l'intensité de la source lumineuse. Les règles sont différentes pour des lumières contiguês, simultanées.
Laissant de côté le plus petit angle, unité acceptée jusqu'ici dans les comparaisons de Vacuité mmelk, Charpentier s'adresse à un autre facteur de la perception, l'éclairage, et pose les conclusions suivantes : à clarté égale et pour une même distance, la visibilité des points lumineux est directement proportionnelle à leur surface ou au carré de leur diamètre; à clarté et dimensions égales, la visibilité des points lumineux est inversement proportionnelle au carré de leur distance à l'œil; à dimensions égales et pour une même distance, la visibilité du point lumineux est directement proportionnelle à leur éclairement. Javal avait déjà conclu d'une façon analogue. Cohn, sans recourir à des procédés d'expérience très-rigoureux, a pu constater que la perception colorée à ses limites inférieures varie beaucoup suivant les individus et sur les deux yeux. Le rouge, orange et jaune sont reconnus avant le vert, le bleu et le violet.
Oke Bull a poursuivi les recherches commencées par Landolt et Charpentier sur les variations de l'acuité visuelle; il a constaté qu'avec des diminutions d'éclairage, Tacuité et le sens de la lumière diminuent parallèlement, si l'on accepte que cette acuité varie en raison directe des carrés des images. Quant à la loi de Landolt sur la sen*
232 L'ANNÉE MÉDIGALB.
sibilité périphérique, contrôlée dans Tobscurité sur des objets éclairés, Bull trouve à Téclairage ordinaire un rétrécissement, lorsque Tobjet examiné n*est plus éclairé qu'avec une intensité moindre d'un huitième. Plus Fobjet est obscur, plus le rétrécissement est prononcé.
ËnlîD, Bull n'admet que deux espèces de champ visuel: un pour le rouge et le vert, l'autre, le jaune et le bleu; les différences obtenues dans les examens tiennent à ce que les couleurs n'étaient pas à la même saturation.
Les études d'optique physiologique sont assez rares dans notre pays ; cependant elles commencent à attirer quelques médecins, et à côté des travaux de Giraud-TeuloQ et Java), de Landolt et Charpentier, de Badal et Sous, nous signalons les études de physiologie optique pubhées par Leroy dans les Archives â^ ophtalmologie , sur la lisibilité et l'acuité visuelle.
Leroy a bien étudié le mode de vision des objets de petite dimension, pour lesquels il faut considérer les imperfec^ tions de l'appareil dioptrique, l'imperfection de la sensibihté de la rétine et les lois d'irradiation. L'image dioptrique d'un point n'est pas un point, mais une surface, un cercle de dispersion. Dans le même ordre d'idées, l'œil ne s'accommode pas seulement pour un point exactement, mais pour un certain espace en avant et en arrière du point visé. C'est la ligne d'accommodation de Czermak. Leroy rejette aussi comme base de l'expression de l'acuité visuelle la notion du diamètre des éléments sensibles de la rétine.
Jorissenne a repris expérimentalement l'étude c^mouvéments de l'iris par le contact des cercles de diffosionsur la rétine, en se basant sur la loi de Badal, qui a établi que le D de la pupille à ce moment était égal à l'écartement des deux points lumineux. Par des expériences précises, il démontre que, selon l'intensité lumineuse, la pupille se resserre d'après la formule générale sui-
vante : Si pour /la dilatation = d, pour — elle est d-\- - 1
pour -- elle est rf [2 — - n — 1].
lus A
Les deux iris se meuvent uniformément, même lorsqu'un seul œil est éclairé. Mais si la source lumineuse agit sur les deux yeux, la contraction pupillaire est plus considérable que si la lumière n'agit que sur un œil. Suivant Jorissenne, la convergence des axes n*a aucune influence sur la dimension de la pupille. Celle-ci n'a aucun rapport avec l'accommodation. Il existerait une association de mouvements eatre la pupille, le droit interne et le petit oblique. Le désir de voir nettement un objet augmente la contraction du sphincter. Les mouvements brusques de respiration dilatent la pupille et la colère la rétrécit.
Les travaux de Cuignet, Mengin et Parent, de Forbes et Morton, ont fait de la kératoscopie une méthode simple et rapide pour déterminer Tamélropie. Loiseau, qui s'est beaucoup occupé des examens de la vue pour Tarmée, appliquant ces données à la pratique dçs conseils de révision, a dressé un tableau synoptique qui résume bien les conditions de Texamen, l'accommodation étant à l'état de repos. On sait que cette méthode repose sur la direction des rayons émergents de l'œil éclairé, divergents chez H., parallèles chez E., et convergents chez M. En se tenant à 70 centimètres et en faisant pivoter le miroir dans les méridiens vertical et horizontal, on s'assure d'abord de la nature de l'amétropie; l'observateur place alors devant cet œil des lentilles connues. Suivant l'effet produit par ces verres à un second examen, il est possible de limiter l'amétropie et même l'astigmatisme dans les conditions de l'aptitude au ser^ vice militaire.
Chibret, pensant (nous sommes d'un avis absolument
opposé) qu'on ne peut exiger de tout médecin mililaire la pratique de Texamen à Timage droite, se sert d'un miroir plan, à trou central, pour la détermination de la myopie ; il cherche le point où Timage du fond de Tœil ne se déplace pas sensiblement, ni dans le sens du miroir, ni dans le sens opposé. A ce point correspond le punctum remotum de l'examiné.
Albertotti a mesuré Ximage renversée du fond de l'œil au moyen des lames de Fophtalmomëtre de HelmhoUz Le dédoublement de Timage par rotation est invariable suivant la distance. L'instrument est composé d'une lentille collectrice qui se meut dans un parcours de 3 centimètres en avant des lames, il est aussi possible de mesurer avec cet instrument Tétat de la réfraction. Il pourrait s'adapter à l'étude des constantes optiques et même à la mensuration des images microscopiques.
La découverte de BoU n'a pas suffi pour nous faire connaître d'une façon parfaite, incontestable, le mécanisme de la vision.
Haas, rejetant la théorie du . pourpre visuel pour la vision^ croit trouver dans la constitution des bâtonnets et des cônes, dans l'épaisseur de la série des disques, une correspondance exacte avec la longueur des ondes lumineuses colorées; c'est l'idée déjà soutenue en 1872 par Wartmann, mais Dorr a montré, en premier lieu, que cette explication ne cadre pas avec le daltonisme, dont le siège est absolument cérébral. Quant à la vibration mécanique, imprimée par la lumière aux parties externes des bâtonnets et cônes, c'est un fait admis depuis longtemps en physiologie, et la théorie de la vision par excitation mécanique des extrémités nerveuses est celle qui recevait le plus d'adhésions.
La nature, le mode de reproduction des substances colorantes de la dernière portion de la rétine sont encore peu connues. Kiihn, sur les yeux d'un supplicié, a pu
constater que la couleur des bâtonnets reste rouge, même après plusieurs heures d'exposition à la lumière ordinaire. Le rouge rétinien n'existerait pas chez Tengottlevent, ni la chauve-souris.
Waelchli, reprenant les recherches de Ta! ma sur la matière des globules rouges et orange, dans la rétine des oiseaux, analyse les spectres fournis par ces substances. Les résultats auxquels il arrive avec des instruments perfectionnés, contredisent un peu les conclusions de Kûhne et Ayres, qui auraient peut-être, par des réactifs, altéré la matière première. Les spectres sont très-raccourcis; celui des globules rouges s'arrête à la ligne D, et celui des globules orange , entre D et Ë ; le spectre des globes jaunes et verts est raccourci vers C et F. Si Kûhne a désigné la matière colorante sous le nom général de chromaphine, il serait, d'après Waelchli, utile de la divise^ et de nommer ces variétés : sphéroxanthine, chlorine ou rhodine.
Angelucci a constaté que les différents rayons de couleurs possédaient une action différente sur les mouvements du pigment choro'îdien : le rouge n'agit guère plus que Tobscurité; le jaune et le vert ont une action encore faible; avec le rayon bleu, la couche des bâtonnets se remplit de granulations. Il serait important de suivre chez l'homme le développement embryologique de ces substances colorées.
Genzmer (de Halle) a examiné les impressions sensitives aes nouveau-nés. Dès la naissance, la rétine est sensible, les pupilles réagissent, les yeux convergent : mais la convergence n'a lieu d'abord que pour une vive lumière, et, pour fixer un objet, elle ne se fait qu'au vingt-huitième jour. L'ophtalmoscope démontre une marche simultanée de la convergence et de l'accommodation qui serait presque congénitale. Le sens chromatique ne paraît se développer qu'au quatrième mois, en débutant par le rouge; le
nouveau-né humain subit donc la séparation des deux facteurs de la vision, et l'évolution du sens des couleurs rentre parfaitement dans la loi de Landolt et Charpentier.
Reyer recule de beaucoup le moment où la sensation colorée est nette chez Fenfant ; il pense que, jusqu'à Fâge de trois ans, la notion n'est pas très-exacte surtout pour les couleurs les plus réfrangibles. La perception commence au rouge, elle suit le spectre en passant par le jaune, le vert et le bleu. Vers deux ans et demi, ces deux dernières couleurs sont encore mal distinguées. Du reste, dans la vision en général et les mouvements oculaires ou même de la tète, il existe chez le nouveauné une incoordination évidente dans les premières semaines. Le rapport entre la convergence et raccommoda tion serait à peu près congénital.
Les remarques de Preyer concordetit donc avec les idées de Magnus sur révolution du sens des couleurs. Keller, au contraire, nie formellement cette évolution d'un seul sens; Thomme achromatope est une hypothèse née du darwinisme, mais qui est réfutée précisément par la sensation très-vive des couleurs qu'on rencontre chez les organismes inférieurs, la sépia par exemple.
Lorz a recherché une seconde fois dans Homère quelles étaient les expressions employées pour les couleurs^ et s'il a trouvé une véritable richesse pour le rouge et les couleurs foncées, il constate une pauvreté indiscutable pour le bleu. Or, cette différence dans le nombre des expressions pour les zones réfrangibles du spectre se rencontre chez tous les peuples au début. Cette évolution correspondrait ainsi aux sensations progressives des enfants.
Les sensations visuelles, simples ou]colorées, primitives ou secondaires, sont souvent d'une interprétation difficile, même sur l'homme se faisant son propre observa-
tear. Emery (Académie des sciences) a donné une explication physiologique, bien contrôlée par Texpérience, de ce fait que souvent, à côté d'objets vivement éclairés, mais vus de côté, on perçoit sur les objets fixés, mal éclairés ou obscurs, une teinte rouge. Cette teinte provient d'un éclairage du fond de Tœil parla lumière oblique réfléchie qui emprunte alors aux membranes profondes de Tœil un ton rouge. Cet effet a du reste été rendu par beaucoup de peintres qui donnent aux ombres une teinte brune, à côté d'objets vivement éclairés.
Voici un autre effet bizarre des éclairages colorés : si, dans une chambre obscure, on place au milieu d*un volet, un verre de couleur, éclairé en dehors par le soleil, et qu'au centre de ce verre, soit inséré un disque noir, celui-ci parait bientôt prendre la couleur complémentaire (de contraste) du verre, puis sa couleur même , couleur induite.
Kuhnt, poursuivant les expériences de Briieke, sur ces sensations colorées, établit cette règle, que chaque couleur ne peut induire que sa propre couleur, et d'après Hering, ce phénomène ne serait pas une erreur du jugement comme le pensait Helmholtz, mais un phénomène purement physiologique et local.
Gorrham a pu analyser d'une autre façon ces sensations secondaires ; saturant un œil de couleur, il fait arriver dans l'autre de la lumière blanche; c'est alors l'impression la plus vive qui l'emporte ; en outre, Tœil recevant de la lumière colorée fait naître dans le deuxième une impression complémentaire, qui repassse ensuite à la couleur de Fœil congénère.
Suivant Fuchs, dans les hallucinations, l'image serait bien produite dans la rétine, mais l'excitation viendrait du cerveau qui extériorise alors la sensation. Ces sensations sont tout à fait différentes de celles que produit, par exemple, un déplacement brusque de la rétine
238 L'ANNÉE MÉDIGALB.
glissant un peu sur la sclérotique (images périfovéales).
Parinaud pense aussi que les images consécutives ont un siège cérébral et ne sont pas constituées par un acte réflexe sur la rétine opposée, opinion de Béclard. 11 en donne comme preuve Timmobilité de Timage, si Ton déplace le globe oculaire avec le doigt.
Ces travaux sur la vision colorée nous conduisent au daltonisme, affection qu'il est d'une importance majeure de bien rechercher parmi les employés des chemins de fer et dans la marine.
Carreras Arago, rappelant la perte de la goélette la Teresa par la faute d*un tiqtionier qui ne voyait pas le rouge et confondit deux signaux, dit qu'après ce fait, le D"^ Ruiz , dans l'équipage de huit canonnières et d'un vaisseau espagnol, trouva 26 individus sur 646, commettant des erreurs aux couleurs; sur ces 26, 18 étaient daltoniques. Le gouvernement espagnol a accepté les formules du Congrès de Londres.
Fontenay , dans les chemins de fer danois , sur 2750 employés, a trouvé 82 daltoniques, soit 3 pour 100, parmi lesquels 33 occupaient des fonctions où la vision chromatique devait être normale; il réclame donc des examens particuliers et sérieux.
Lubinsky, à Cronstadt, a rencontré jusqu'à 8 pour 100 de daltoniques sur 2,000 examinés avec les laines. — Schubert, à Nuremberg, sur 623 écoliers, découvre 11 daltoniques complets au rayon vert. — Dans les chemins de fer, sur 10,828 employés, Kolbe constate une moyenne de 2,5 pour 100; sur 10,105 élèves, la moyenne des daltoniques reste de 2,13 pour 100. — Mais, sui 1,000 Chinois et Japonais (noirs-bruns), Macgewan n*a pas trouvé de daltoniques; il fait de cette affection une maladie de race. — Les habitants de Tile Hawal, suivant Bingham, confondent souvent le rouge et le jaune , le bleu et le vert , et cependant aux épreuves
lear sens chromatique est bien normal; ils ne donnent que 1,25 pour 100 de daltoniques; les femmes n'ont fourni aucun cas de cette affection.
Ces statistiques sur le nombre des daltoniques paraissent avoir donné plus de poids à la théorie des couleurs de Hering, qui semble rallier aujourd'hui plus de physiologistes que celle [d'Helmholtz-Young. — Pflùger n'admet plus de cécité au rouge sans cécité du vert, et réciproquement; pour lui, les couples d'Hering cadrent beaucoup mieux avec l'état des daltoniques que la théorie des trois couleurs. — Kosminski prétend cependant avoir trouvé des malades qui ne voyaient pas le vert et reconnaissaient le rouge. Les as'sertions de Pfliiger ne sauraient donc être encore généralisées.
Pour la détermination du daltonisme , plusieurs méthodes sont toujours en présence. Kolbe préfère les laines avec Jeffries, Magnus, Wyrenlow, Cari; Pfluger et Cohn, les tables pseudo-isochromatiques de StilUng. Les méthodes spectrales sont reconnues trop longues , comme celle de l'angle visuel (Donders). Sur 3,000 personnes, Kolbe n'a pas vu un seul daltonique échapper à l'épreuve des laines. D'un autre côté, avec la table îV II de StilUng, Gohn a examiné 100 écoliers en 38 minutes et reconnu 16 diminutions du sens des couleurs vives, dont 7 daltoniques. Pfluger s'est aperçu que 2 daltoniques qui classaient les laines d'Holmgren ont été incapables de Ure les lettres de Stilling.
Après l'épreuve de première main avec les laines, Kolbe , pour apprécier l'acuité aux couleurs, détermine par la rotation des disques la quantité de couleur première ajoutée au gris jusqu'à la perception exacte. Les couleurs produites par ces mélanges se chiffrent mathématiquement , de telle sorte que le daltonisme a son expression vraie : 9 parties de gris et 1 de rouge s'écrivent R = 0,1 ; 3 de rouge et 7 de gris : R = 0,3. Si
à un mélange connu , il faut ajouter 1,2,3 dixièmes de
couleur primitive, Texpression indique une diminution
du sens chromatique, qui devient pour Kolbe un dalto-
nisme vrai à l'expression — •
Hilbert (de Kœnigsberg) pense pouvoir employer, pour reconnaître le daltonisme, les lumières fluorescentes qui contiennent du rouge, ou du vert et du bleu. Les dénominations exactes seront, en effet, difficiles pour. les aveugles aux éléments de ces couleurs composées ; mais, en principe, il faut dans ces examens éviter les réponses orales.
III. Anatomie pathologique. — L'attention s*est portée depuis quelque temps sur les vices de malformation congénitale de l'oHl, que les anciens avaient parfaitement figurés, sans en reconnaître cependant tous les détails anatomiques.
Il est une surtout de ces anomalies que Texamen à Tophtalmoscope a rendue très-commune depuis ces de^ nières années : c'est la persistance des vaisseaux hyatoi" diens, allant de la papille au pôle postérieur du cristallio.
Ëversbuch , à propos d'un de ces faits, a bien établi le rôle de cette petite artère qui fournit d'abord à la rétine, à la zonule, à la partie antérieure du tractus uvéal et à la membrane pupillaire. Quand le système vasculaire iridien est formé , l'artère s'atrophie , et alors disparaissent aussi les vaisseaux de la capsule et les anses qui établissaient le circuit de la zonule avec la capsule postérieure. La circulation rétinienne reste isolée.
Galezowski a relevé deux cas de persistance de ces vaisseaux hyaloïdiens; l'un s'accompagnait d'un amblyopie congénitale , et l'autre, d'une cataracte polaire postérieure.
Il faut remarquer qu'outre l'artère centrale, qui se
présente sous Taspect d'un petit cordon plus ou moins perméable, blanc ou rose, mobile, il existe une autre espèce de vaisseaux insérés au pourtour de la pupille (canal de Cloquet). Ces cas ne sont pas rares, et chez les enfants, ces vaisseaux du canal de Cloquet peuvent ne disparaître que dans les premières années de la vie. Rumszewicz, résumant les cas connus de persistance de Tartère hyaloide, a cité deux observations où la présence des vaisseaux ne gênait point Vacuité. Il n'y avait dans ces exemples aucun scotome; le malade percevait seulement une ombre mobile qui le gênait à la chasse. Dans un cas, au contraire, que nous avons examiné avec Nicati, le malade fut obligé de renoncer à Tétude de la peinture; il est vrai qu'il s'agissait non pas d'un seul vaisseau, mais d'un paquet de filets sanguins, au nombre de 5 à 6, mobiles et flottants, rappelant de loin le peigne des oiseaux. Cher et Little ont apporté des faits analogues.
A côté de ces observations, il faut placer les formations pathologiques de vaisseaux au pôle postérieur du corps vitré, faits dont Hirschberg, Charnley et Webster ont rencontré plusieurs cas. Uliich, ayant constaté des reliquats d*artère hyaloïde sur des yeux atteints de rétinite pigmentaire, croit que cette affection pourrait bien avoir des rapports avec la persistance de l'artère. Rumszewicz a noté un cas bizarre de double pupille (polycorie) ; au-dessus de l'ouverture pupillaire normale, et en dedans du cercle interne dans l'iris, se trouvait une deuxième ouverture circulaire divisée elle-même en deux parties par un cordon fibreux. L'état était bien congénital.
Le même auteur a observé aussi trois cas de persistance de la membrane pupillaire. Repassant en revue les théories sur la formation de cette membrane, Rumszewicz fait remarquer que, chez son malade, les fibres de
ce voile étaient fixées à Tiris, et qae les vaisseaui venaient du grand cercle artériel de cette membrane. Ressler et Wurzburg penseraient que les vaisseaux du voile persistant proviennent au contraire de la réflexion de Tartëre centrale hyaloïde. Le professeur de Kiew, ayant examiné d'autres cas en 1879 et en 1880, ne serait pas éloigné de faire jouer dans la production de ces anomalies congénitales un rôle prépondérant à Tinflammation de Tiris pendant la vie intra-utérine.
Dans ce sens, il a décrit aussi deux cas de coloboma de riris qu'il considère avec Deutschmann comme un résultat d'une chorio-rétinite fœtale. Les variétés de ces coloboma irido-choroîdiens sont fort nombreuses, et marchent souvent ensemble; mais Bensen (de Dublin), ayant eu Toccasion d'étudier une scissure de la choroïde et du nerf optique sans division de l'iris, croit pouvoir établir l'indépendance de tous les degrés de ces anomalies, depuis les fissures de l'iris jusqu*à la fente postérieure de la choroïde et de la rétine.
Dans notre précédente revue, nous avons signalé la genèse des microphtalmies d'après les recherches de de Wecker, Talko et Hocquard. Worsworth a rencontré une absence complète des deux globes. Les faits de ce genre sont assez rares, car Hocquard, revisant 60 cas d*anophtalmie, constate sur 6 cas suivis d'autopsie, que 2 seulement étaient véritablement anophtalmiques ; les autres étaient des cryptophtalmies, avec arrêt du développement vers la quatrième ou la cinquième semaine de la vie intra-utérine. Mayerhausen a pu suivre l'hérédité des microphtalmes sur trois générations : 1* Sur une femme de quatre-vingt-un ans, opérée par discision d'une double cataracte à quarante-deux ans. Le volume des deux yeux est d'un quart plus petit, que celui des bulbes ordinaires. La cornée droite ne mesure que 9°»,ô. Les deux papilles sont très-petites. H. = 12 D.
2<' La fille de cette femme présente un ptosis des paupières supérieures; les bulbes sont réduits aux deux tiers de leur volume et atteints de nystagmus. Les cornées n'ont que 7°" 1/2; la malade a été opérée de cataracte à vingt ans. d^" L'enfant de cette dernière est atteint de microphtalmie avec nystagmus latéral et rotatoire. Les cornées sont plus petites que celles de la mère; il existe des opacités du cristallin axiales et capsulaires. L'enfant reconnaît les doigts à un mètre.
Ces anomalies du bulbe, d'après Durlach, qui a revisé un grand nombre d'observations, sont tout à fait indépendantes du développement des parties antérieures annexes, muscles et paupières. Cependant, sur ces derniers organes, les malformations congénitales existent, souvent conjointement aux altérations du bulbe. Rampoldi a rencontré, sur un enfant de six mois, un phimosis palpébral avec entropion de la paupière inférieure ; les points lacrymaux étaient bien conformés, les deux bulbes étaient absents ; à droite, on ne distinguait dans le sillon qu'une veine fortement dilatée ; la mère disait avoir regardé un aveugle pendant sa grossesse. Sur un autre enfant de trois ans, il a constaté une atrophie congénitale du releveur des paupières.
SchenkI, sur un adulte, a observé aussi le développement incomplet des muscles de l'œil. L'atrophie congénitale portait symétriquement sur les muscles droit externe, interne, supérieur et oblique inférieur.
Fuchs a trouvé sur un homme de cinquante-deux ans, avec S := f , sans signe de scotome au champ visuel, une anomalie congénitale assimilable à un coioboma de la tache jaune. C'était un foyer jaunâtre blanc, mesurant quatre ou cinq fois le diamètre de la papille, avec fond noir vasculaire.
Remarquant que certaines lunules noires, rencontrées à la partie inférieure de la papille, se lient très-souvent
à des amblyopies, Fuchs croit qu'il faut considérer cette disposition comme une anomalie liée à l'occlusion de la fente fœtale ; ces taches noires, différentes des staphylômes, s'accompagnent souvent aussi d'irrégularités dans la disposition des vaisseaux. Sur 46 cas de ce genre, il a rencontré 26 fois la myopie, et, sur 75 yeux étudiés, 3 seulement offraient une acuité visuelle = 1 ; sur les autres, S variait de deux tiers à un dixième.
En dehors de l'origine embryologique bien connue des kystes de la queue du sourcil, il est bon de savoir que d'autres tumeurs analogues peuvent se produire dans ces régions. Saltini a opéré un kyste de ce genre qui n'était autre chose qu'une bourse séreuse développée entre le droit supérieur et le releveur de la paupière.
Les reliquats de malformation congénitale donnent encore lieu à certaines tumeurs de l'extérieur de l'œil dont la genèse vient d'être élucidée. Nous voulons parler des tumeurs dermoïdes de la cornée. Elles ont été signalées depuis longtemps et souvent; van Duyse et Vassaux ont, dans ces derniers temps, bien étudié leur structure ainsi que leur étiologie. Il est certain qu'on y retrouve tous les éléments de la peau : épithélium, glandes sébacées, poils, glandes sudorifères et ner^; toutefois il existe plusieurs théories sur leur origine. Les uns, avec Manz, acceptent la métamorphose cutanée, initiale de la conjonctive; les autres pensent que le coloboma, compagnon fréquent du dermoïde, est la cause principale de cette tumeur (Ryba). Van Duyse préfère la théorie des adhérences fœtales avec les enveloppes de l'œuf. Cette idée a pour elle les tumeurs pédicalées qu'on rencontre sur l'œil et sur la face et les longs prolongements en brides multiples signalés dans certains cas. Ces cordons produisent alors, en variétés nombreuses, des colobomas qui s'expliquent par la section due à la bride adhérente de la cornée. L'effet de ces
brides se rapproche alors des cas si curieux de section d'un membre par le tissu myxomateux du cordon. En somme, cette théorie paraît le mieux expliquer la formation des dermoides oculaires.
Ritter a vu un de ces faits où le cordon avait divisé la tête en deux, du front à la sixième cervicale. Dans le bulbe oculaire, les fibres nerveuses du nerf optique n*existaient pas, mais les fibres de Muller étaient bien développées, les cellules nerveuses beaucoup moins.
Ces anomalies de Tœil sont du reste assez fréquentes, et Uthoff, sur 10,000 malades, les a rencontrées dans les proportions suivantes :
Gonjonctiye. 1 Nerf optique. 14 Globe 2
Cornée 12 Cristallin .... 30 Paupières ... 2
Uvée 19 Muscles 17
La cavité orbitaire est le siège, en dehors de Tœil, du développement d'un certain nombre de tumeurs complexes. Eloui a eu Toccasion d'examiner une de ces tumeurs veineuses, angio-caverneuse de Forbite, constituée par des dilatations vasculaires avec graisse; Texorbitisme qui s'eYisuivit força le malade à demander Textirpation. Gayet, se basant sur la présence d'autres nœvus, attaqua la tumeur au bistouri et n'eut à regretter qu'une diminution de l'acuité visuelle; mais l'œil reprit sa place, et les douleurs disparurent. Camuset a pu opérer un de ces angiomes caverneux, avec conservation du globe oculaire et restitution de la vision. Ces tumeurs se transforment quelquefois en tissu fibreux et peuvent amener l'atrophie du bulbe. Le cas de M. Peyrot, présenté à la Société de chirurgie, en est ua bel exemple. Il y a donc en réalité deux variétés de ces tumeurs : les unes envahissantes, les autres fibreuses, stables. Capdeville a publié récemment encore un cas de ces dernières.
A côté de ces faits peu graves, Berger a rencontré un
cas d'anévrysme artérioso-veineux, et Yeiss a dû pratiquer la ligature de la carotide primitive pour une tumeur pulsalile de Torbite, qu'il guérit.
Les ostéomes de la cavité orbitaire ne sont pas rares, nous en avons, Tan dernier, consigné un cas remarquable observé en Espagne ; mais les tumeurs osseuses de la conjonctive sont beaucoup moins fréquentes. Anderson Crîtchett a rencontré, chez une jeune fille de dix-huit ans, une tumeur osseuse de la muqueuse, grosse comme un petit pois, mobile sur la sclérotique dont elle ne provenait pas. La tumeur avait augmenté de volume depuis cinq ans.
Fontan a étudié à la clinique de Galezowski un cas rare d'adéno-papillome par hypertrophie glandulaire des replis semi-lunaires ; la tumeur ne présentait aucun lobe épithélial en masse et n'était constituée que par le développement de tubes glandulaires.
Talko, rappelant les recherches de Kûbli et Rœhlman sur la dégénérescence amyîdide de la conjonctive, la considère comme une affection purement locale dans cet organe, quelquefois concomitante des granulations, mais n'envahissant pas la cornée. C'est une altération chronique qui peut gagner toutes les couches des paupières ; il reconnaît comme Kûbli les quatre phases de développement : prolifération, métamorphose hyaline et forme amylo'ide, transformation scléreuse ou calcaire.
Fontan donnerait le nom de diphtéroïde à certaines conjonctivites accompagnées d'épaississement de la muqueuse, sans la déformation caractéristique de l'épithélium dans la diphtérite ; c'est un intermédiaire entre la conjonctivite purulente et la fausse membrane vraie.
Uhthoff, examinant un cas d'infiltration hypertropkique de la conjonctive, avec corpuscules donnant les réactions amyloïdes, pensa cependant qu'il n'avait pas affaire à la dégénérescence typique, parce que les gio-
bules se laissaient dissoudre dans Talcool absolu et le chloroforme. Rœhlmann démontre, en effet, que la substance amyloide ne se dissout pas dans ces derniers réactifs. Cette dégénérescence ne serait pas locale; elle proviendrait de Taltération de Talbumine du sang. Rœhlmann constate qu'elle ne renferme pas de cellules géantes, et la croit susceptible de résorption spontanée.
Pour Tanatomie pathologique de la cornée, signalons un fait de Hirschberg qui, sur un œil auquel il fit le tatouage d'une taie, a constaté que la matière colorante était passée dans la cornée, sans que Tépithélium fort épaissi fût coloré; la matière noire se rencontrait même dans les corpuscules des capillaires. Ce résultat n'est qu'en contradiction apparente avec les faits que nous avons publiés en 1875 ; la profondeur où se dépose le pigment dépend du mode de tatouage et de la pénétration de l'aiguille. Un tatouage bien fait doit amener peu de réaction. Hirschberg a dû énucléer cet œil.
L'étude, approfondie dans ces derniers temps, du tissu normal de la cornée a eu pour conséquence de permettre des interprétations nouvelles sur les lésions de cette membrane, dans certains troubles circulatoires.
Fuchs a vérifié l'idée de Arlt, qui considérait les troubles de la cornée dans le glaucome comme consécutifs à un œdème de la membrane, par excès de tension. En effet, tous les interstices interlamellaires et péricellulaires sont, dans cette maladie, distendus entre les deux lamelles vitrées qui étranglent le liquide. Comme Leber, Fuchs a retrouvé du liquide séreux en gouttelettes entre Tépithélium, dans les cellules basales, au point de perforation des nerfs. Plus tard, les cellules migratrices peuvent, suivant toujours le filet nerveux, former des amas kystiques interépithéliaux. Les troubles de réfraction du glaucome s'expliqueraient donc par l'interposition de ce liquide dans la. cornée, mieux qu'autour de la
papille. D'où aussi Faspect mat des cornées chez les glaucomateux ; le pointillé cornéenn*est autre chose que le soulèvement épithélial produit par le liquide venu de la profondeur.
C'est aussi par les troubles circulatoires de la cornée, que Denissenko, rejetant les idées d'Ulrich sur la nutrition de cette membrane, explique Tétat du tissu transparent dans la maladie de Bright. Il existe alors un véritable défaut de nutrition de la cornée, comme dans le chémosis. Les vaisseaux périphériques étant obstrués par une embolie de leucocytes , la vitalité de la cornée se trouve compromise. Ces Idées sont en effet en complet accord avec ce que nous apprennent les injections de matière fluorescente. 11 parait bien démontré aujourd'hui que la marche des liquides nutritifs de la cornée se fait de la périphérie au centre, et non de l'humeur aqueuse à la membrane de Bowmann.
Nous avons souvent parlé depuis quelques années de la structure des granulations conjonctivaks. Depuis les mémoires de Berlin et IwanoFf , il existait une tendance à accepter la formation de glandes nouvelles dans la conjonctive. En Afrique, nous avions eu l'occasion d'examiner quelques paupières granuleuses; nous n'avions jamais rencontré ces néo-formations , mais bien des hypertrophies des culs-de-sac permanents.
Nuêl , sur une conjonctive exempte de tout soupçon granuleux dans un cas de sarcome, a retrouvé ces néoformations glandulaires qu'Iwanoff et Berlin avaient décrites dans le néoplasme granuleux. Nuêl, et nous sommes tout à fait de son avis , constate que, sous l'influence de l'irritation; granuleuse ou autre, les culs-desac des petites papilles conjonctivales se creusent , se modifient dans leur épithélium de revêtement , et donnent lieu alors à de véritables glandes muqueuses qui n*ont absolument rien de spécifique. La granulation, les
glandes d'Ivanoff et Berlin, ne seraient donc qu*une exagération de Fétat normal, une tnbulisation de la conjonctive déjà existante, mais avec altération muqueuse des cellules épithéliales. Cette manière de voir rentre absolument dans ce que nous avons observé à Philippeville, en 1876.
Masse a continué ses expériences sur la production des hystes de l'iris, par greffe d'une parcelle d*épithélium à travers une plaie de la cornée. Ce mode de formation est incontestable, mais il en existe d'autres. Nous en avons indiqué un autre, congénital, et bien observé par Guaita de Bergame (1881).— Galezowski a ouvert un de ces kystes de Tiris, dont les parois étaient constituées par le tissu normal et comme par un dédoublement de cette membrane. — Eversbuch, tout en admettant la tumeur de riris , a donné de la genèse de ces kystes une explication qui se rapproche de Tancienne idée de Tenkystement de rhumeur aqueuse, admise par de Wecker. Pour lui, la blessure péricornéenne rend la transsudation de Fhumeur aqueuse plus forte en ce point même, qui offre alors moins de résistance. Le kyste, formé par Tadhérence inflammatoire, se développe ensuite vers Firis, Cette théorie ne fait donc pas intervenir la greffe, comme dans les expériences de Masse ; elle diffère encore de la théorie des kystes congénitaux de Guaita.
Williams (de Liverpool) a rencontré, dans la chambre antérieure, un amas de cholestérine après une ancienne iritis (homme de trente-quatre ans). Nous avons publié un cas analogue oh la substance cristalline graisseuse était enkystée entre Firis et la cornée.
Les travaux d'O. Becker, dont nous avons parlé à propos de la structure normale du cristallin , contiennent aussi des parties remarquables sur les altérations des fibres de la lentille dans la cataracte, La cataracte capsulaire est une prolifération des cel-
Iules de la capsule au pôle antérieur; il s*y joint nne mince lamelle de la membrane, qui parait se détacher par une véritable fissuration. Becl^er retrouve, pour la cataracte pyramidale, la structure que Borner et nousméme avons décrite il y a déjà six ans. Dans les cataractes noires, il existe à Téquateur des vacuoles vésiculeuses, décrites par Robin et Wedl. Ce sont des altérations des épithéliums, dont le liquide pourrait bien fournir les cataractes de Morgagni. Beclcer a rencontré souvent dans les opacités du cristallin, à la face interne de la capsule postérieure, un revêtement épithélial. Quant aux dépôts calcaires, bien connus, il les a vus toiJijours se former sur les cellules atrophiées.
Michel a reproduit par le froid , la chaleur et le chlorure de sodium des opacités du cristallin sur le chat ; le froid, la glace, font naître un trouble périphérique d'un blanc jaunâtre brillant; la chaleur donne une teinte crayeuse. Il s'opère une déhiscence de Torgane. Les opacités du froid disparaissent; celles produites par le chaud à 80"» sont définitives. Le sel détermine des opacités de trois sortes : périphériques, intermédiaires et nucléaires. Ces altérations sont dues, non pas à l'absorption de Peau, mais à une modification des matières albuminoïdes.
Le décollement du corps vitré (sans déplacement de la rétine), étudié par MuUer, Iwanoff et Becker, reproduit par Gouvéa sur le chien, est d'un diagnostic souvent difficile. Les descriptions cliniques qui en ont été données par Grsfe, Briere, Weiss et Galezowski ne concordent pas toujours entre elles. Les cas les plus accessibles à l'observation sont ceux qui résultent d'une opération de cataracte ou d'une myopie. Le liquide sus-vitréen, dans un cas de Dimmer, était mobile , grisâtre , laissant voir le fond de l'œil rougeâtre ; il existait ainsi un peu d'affaissement rétinien dans cet œil opéré de cataracte.
Dimmer croit à une exsudatioa lente, avec rétraction du corps vitré ; mais il ne dit rien de la genèse même, cette rétraction du corps vitré. — Dans un autre cas (glaucome avec iridectomie), Tœil étant resté dur, le décollement présentait le même aspect supérieur d'un liquide rouge sanguin. Ces deux faits , s'ils confirment Texistence du décollement de Thumeur vitrée, n'éloignent pas ridée d'un ramollissement nécessaire et limité de cette humeur. C'est à cette disposition, jointe à l'exsudat anté-choroidien, que nous avons attribué le rôle principal dans les décollements atrophiques de la rétine.
Denissenko considère, dans ces décollements, l'atrophie des couches externes et de la limitante interne avec la déchirure de la rétine, comme le phénomène principal. Dans la myopie, il faut y joindre l'attraction de la choroïde et de la sclérotique en arrière, vers le N. 0. Adamuk, à propos des faits de Denissenko sur le décollement du corps vitré, pose comme condition essentielle la diminution de résistance du corps vitré et la séparation de la rétine d'avec l'épithélium choroïdien par un exsudât anté-choroidien ; l'atrophie des couches externes et la déchirure de la rétine ne sont que des conséquences de la sécrétion entre les deux membres.
La formation du staphylome postérieur comme celle du décollement de la rétine est loin d'être tout à fait élucidée. Rothholz attribue un rôle important dans le développement de Tectasie myopique, à la persistance du cordon sclérotical qui , contrairement à ce qu'a dit Kœlliker, dépendrait de la fente fœtale. Les changements du muscle ciliaire décrits par Ivanoff augmenteraient cette disposition. Weiss (de Tubinge), ayant examiné des yeux myopes, ne croit pas que Tapparence staphy^ lomateuse ordinaire soit toujours due à l'amincissement de la choroïde, laissant voir la sclérotique; selon lui, la
gaine du nerf optique viendrait faire un pli sur la sclérotique déprimée.
En dehors de toute action pathologique, la rétine,
par le fait de l'âge, subit des modifications profondes
qui avaient déjà été décrites, mais que Kuhnt a mieux
étudiées cette année. Les altérations séniles siègent
à la périphérie et se résument en une atrophie
plus ou moins étendue des éléments nerveux, liée à la
disposition en arcades. Cette atrophie serait la cause
anatomique de la limitation du champ visuel que Ton
rencontre chez les personnes âgées. Avec cette sclérose
de la zone ciliaire se produirait aussi une atrophie des
capillaires choroldiens, et cette dernière lésion serait
même probablement le point de départ des lésions de la
rétine.
La dégénérescence kystique de Blcssig et Ivanoff aété retrouvée par Kuhnt. Ces kystes, si tant est qu'ils méritent ce nom, pourraient jouer uncertsrin rôle dans le décollement rétinien. Le même auteur considère la formation du canal de Petit comme une altération sénile.
Kuhnt a réfuté, pièces en main, Topinion de Mauthner qui pensait que Texcavation physiologique de la papille pourrait bien être due à la présence de fibres transparentes. Dans cinq observations, les coupes ont permis de retrouver Texcavation constatée à i'ophtalmoscope.
Zitten, à la clinique de Frerichs, s'est occupé des lésions profondes de l'œil dans les maladies du foie et a donné les conclusions suivantes. Dans les maladies du foie qui se compliquent d'ictère, il n'est pas rare de trouver des hémorragies de la rétine. L'empoisonnement par le phosphore, qui agit si rapidement sur la glande hépatique, produit une véritable dégénérescence des vaisseaux de la rétine. La cirrhose hépatique amène la dégénérescence du pigment rétinien avec rétrécissement du champ visuel, et la conséquence de ces lésions est souvent l'hé-
CUIUURGIE. 253
méralopie. Zittea a vu uae névrite réiro-bulbaîre se développer après une ponction d'ascite (16 lilres) ; il la croit produite par le même mécanisme que dans l'anémie.
Alvarado a rencontré un cas de rétinite pigmentaire sans pigment analogue à celui dont nous avons présenté Fexamen histologique en 1874 à la Société de chirurgie. Ponadsky (de Pétersbourg) a étudié Taltération de la rétine dans le typhus, la pneumonie, Falcoolisme, Turémie et rictërc par cirrhose; il a toujours rencontré Tlnfiltration péri-vasculâire la plus prononcée jointe à une prolifération du tissu conjonctif de la rétine (?). Dans la majorité des cas, les éléments nerveux étaient altérés.
Œiler a eu Toccasion de faire Thistologie d'un œil atteint de rétinite saturnine. L'examen ophtalmoscopique avait consigné des bandelettes blanchâtres le long des vaisseaux, quelques hémorrhagies, mais aucune de ces taches graisseuses de Talbuminurie. L'observation micro-^ scopique a constaté, comme fait essentiel, une endartérite généralisée de la choroïde et des vaisseaux de la rétine. En dehors de la couche interne, les parois vasculaires sont constituées par une masse amorphe colorée vivement par Téosine. Cette dégénérescence colloïde, transparente, se présente dans un grand nombre d'affections de la rétine ; dans le cas spécial, elle est due au plomb. OEIler pense qu'une lésion analogue dans le rein peut produire l'albuminurie.
Yelsch a relevé 25 cas de gliomes à la clinique de Horner; il note comme fréquence de cette affection, 0,03 pour 100 à Zurich. Grœfe avait donné à Berlin 0,05. Onze fois Tœil droit et 10 fois Tœil gauche ont été pris. C'est entre la naissance et la deuxième année que le maximum de fréquence parait exiger. Sur 9 cas non opérés, la mort est survenue en 16 mois. Sur 13 opérés, 5 seraient encore vivants. Mais la métastase s'est faite, dans un cas, trois ans après l'opération sur la
parotide dont le gliome primitif n'existe pas. En somme, Vetsch ne croit pas à la guérison de ce néoplasme. 11 a décrit, dans la structure du gliome, des cellules à prolongements, qui sont en effet faciles à isoler sur les tumeurs jeunes. Nuel, dans un cas de gliome, a pu faire des observations curieuses sur la dilatation des lymphatiques de la conjonctive péricornéale ; ceux-ci formaient de véritables kystes autour du limbe. H est évident que ces lymphatiques engorgés indiquent une stase de leucocytes dans la cornée. Brailey a rencontré un cas de myxome du nerf optique où le néoplasme avait produit des cavités sans contenu muqueux. Ewetski a décrit un cas d! endothéliome des gaines externes du nerf optique.
La recherche du microbe dans les maladies oculaire^ se rattache soit aux granulations, soit à Tophtalmie purulente. Sattler, Tannée dernière, a cultivé, reproduit et montré le micrococcus de l'ophtalmie granuleuse, et ses préparations ont entraîné la conviction de la majorité des ophtalmologistes à Heidelberg (1881). Ce microbe, un peu plus petit que celui du pus blennorrhagique, existe dans le trachome et peut reproduire la maladie primitive.
Krause a pris pour champ de culture le sérum de sang chauffé pendant une heure, et cinq jours de suite, à 56-68% puis coagulé en dernier lieu à 66». Avec une aiguille de platine rougie, du pus est pris et inoculé à la masse placée dans une capsule. Le petit vase est alors fermé et conservé à la chaleur humide vers 32* à 38% Tinoculation du pus blennorrhagique ne réussissant pas à la température ordinaire. Il a cultivé ainsi le micrococcus à la cinquantième génération successive. L'inoculation dans le sac conjonctival de quatre jeunes lapins avec le produit de ces cultures a déterminé l'ophtalmie purulente et h perforation de la cornée.
Ces micrococcus du pus blennorrhagique peuvent du
reste engendrer la blennorrhagie, et, bien que le fait suivant ne touche pas directement à Tophtalmologie, nous le signalons, parce que des expériences de ce genre ne se pratiquent pas en France. Bockhardt, assistant de Rinecker à Wurtzbourg, ayant cultivé à quatre générations, sur la gélatine, des micrococcus de gonorrhée, fit sur une démente paralytique de quarante-six ans une injection dans Turëthre avec du liquide chargé de ces microbes. La suppuration commença le deuxième Jour, et au cinquième, elle était abondante. Les gonococcus sont donc bien les bactéries pathologiques produisant des affections blennorrhagiques.
Peschel (de Turin), Birch Hirschfeld, ont fait des recherches sur les bacillus de la syphilis ; mais Peschel ne pense pas que ses résultats soient encore assez probants; comme Sattler, il est très-affirmatif pour le micrococcus du trachome.
Au Congrès de Londres, Leber a soutenu avec Samelsohn la théorie du développement de Tophtalmie sympathique par le transfert de leucocytes contaminés sur Tœil opposé, en suivant le chiasma des nerfs optiques.
Deutschmann (de Gôttingue) a entrepris des expériences pour reproduire Tophtalmie sympathique sur des animaux. Il injectait dans le nerf optique une solution de chlorure de sodium avec des aspergillus glaucus. 11 a pu reproduire ainsi la névrite optique et la périnévrite, passant en huit à dix jours d*un chiasma à Tautre nerf optique. Le microscope a pu suivre toute révolution de ce processus inflammatoire infectieux. La papille sympathisée secondairement était rouge et infiltrée de noyaux; la pie-mère cérébrale surtout était remplie de corpuscules blancs. Les injections du liquide chargé de champignons dans Tœil, et le vitré, ne produisaient pas toujours la panophtalmie ; mais Tinfiammation sympathique se déclarait au bout de huit jours avec névro-
papillite. Le passage des inflammations infectieuses d'un œil à l'autre est donc ainsi expérimentalement démontré.
P. S. Abraham etStory (de Dublin) disent aussi avoir rencontré dans un œil énucléé de petites granulations, rondes, ovoïdes, de grosseurs variées, micrococcus qui se seraient produits dans le corps vilré. Cette observation ne présente pas cependant tout le degré de certitude désirable.
Ayres, de son côté, après avoir étudié huit yeux énuçléés pour cause d'irritation sympathique, pense, d'après l'état du nerf optique et des nerfs ciliaires, que Taffection peut se propager par ces deux voies et par névrite irritative, sans avoir recours à la transmission de produits chargés de microbes. La lésion principale serait bien une altération anatomique de fibres nerveuses.
En résumé, les expériences de Deutschmann paraissent établir la possibilité du passage d'éléments purulents d'un œil à l'autre par les nerfs optiques et le chiasma; mais, d'un autre côté, l'ophtalmie sympatique avec névrite, sans liquide contaminé, est un fait anatomiquement certain.
lY. Pathologie. — En abordant les maladies de la première membrane de l'œil, la cornée, nous noterons plusieurs mémoires publiés sur une affection grave, spéciale aux gens de la campagne, qu'on a dit surmenés au moment de la moisson. Chez ces si:yets, le plus petit traumatisme de la cornée, quand il se complique de la présence de corps étrangers, peut amener des accidents sérieux; mais, en dehors de cette prédisposition, il existe encore dans Torgane même une complication jusqu'ici peu remarquée, qui serait un facteur important de cette kératite. — Martin (de Bordeaux) a eu l'occasion d'examiner un grand nombre de ces ophtalmies chez les moissonneurs. Sur 231 blessures par épis, il trouve 152 kératites graves,
toates accompagnées de lésions des voies lacrymales. Au contraire, si ces dernières sont saines, la kératite reste légère. Il n'admet pas Tétat de surmenage décrit récemment encore par Dehenne; la présence de corps étrangers ne lui a point para non plus expliquer la gravité des formes rapides. — Pechdo (Aveyron), dans cette kératite des moissonneurs, qu'il regarde aussi comme liée au catarrhe lacrymal, recommande d'intervenir de bonne heure par l'opération de Sœmisch , en ayant soin d*ouvrir la plaie toutes les douze heures. Il n'est pas partisan de la cautérisation ignée, qui ne limite pas suffisamment le mal, et il pense que si l'ulcère a envahi plus du tiers de la cornée, rien ne réussit.
Quelques remarques intéressantes ont été faites sur les brûlures de la cornée-, Weinberg, à la clinique d'Hirschberg, a insisté sur les lésions de l'œil par les agents chimiques. Il signale l'aspect particulier des escharres de la cornée , leur couleur blanchâtre, nuageuse , les portions mortifiées restant indurées et insensibles. 11 faut éviter avec soin le symblépharon, qui se produit souvent malgré tous les pansements. Dujardin, dans six cas de brûlures peu profondes , a toujours rencontré un exsudât albumineux, blanchâtre, qui laisse sous lui un épithélium suffisant pour protéger la cornée. Le pronostic doit donc être réservé et favorable, malgré le premier aspect un peu effrayant. Brière a noté la lenteur de réaction de la cornée, qui reste trois à quatre jours sans présenter trace de travail d'élimination.
Talko, en Russie, ayant remarqué sur la cornée de quelques conscrits des cicatrices en V, pensa qu'elles étaient dues à ^application d'une sangsue; il fit donc à ce sujet des expériences qui le confirmèrent dans la réalité de ces manœuvres. La sangsue, appliquée sur la conjonctive et la sclérotique, prend difficilement, mais elle ne produit pas de troubles consécutifs appréciables. Sur
la cornée , la piqûre centrale laisse une cicatrice en Y, et il se produit une opacité de même forme sur le cris* tallin; cette opacité vient d'un exsudât cornéen, et non d'une lésion de la capsule. Talko a vu survenir des synéchies. Si la piqûre est périphérique , Thémorrhagie peut être dangereuse par son abondance, et se compliquer d'un prolapsus irien. Cette maladie simulée n'a pas encore été rencontrée dans nos conseils de révision français.
Hocquart a vu sur un enfant vacciné des pustules vaccinales se déclarer aux deux yeux et sur les paupières. Il en résulta une ophtalmie purulente avec gonflement, affection terminée favorablement en huit jours, grâce an pansement anti3eptique.
Bayam a décrit une kérato-conjonctivite assez rare, produite par le maniement de la podophylline ; mais cette substance étant insoluble, il suffît de prescrire des lavages alcoolisés, avec un peu d'eau sucrée, pour guérir en peu de jours les malades.
Bellouard a rencontré des taches AHncrustations ptam-' biques sur la cornée, chez des ouvriers travaillant à l'acétate de plomb. Il conseille d'éloigner de ces fabriques toutes les kératites ulcéreuses, et de protéger les yeux par des lunettes et un masque. Le tatouage pourrait être utilisé pour dissimuler l'incrustation.
A toutes ces causes rares d'irritation de l'œil , nous pouvons, après bientôt dix ans d'usage de la lumière électrique, consigner enfin le deuxième ou troisième fait d'inflammation légère de la conjonctive causée par une imprudence, dans le maniement de ces foyers lumineux.
Rackliffe, en Angleterre, a constaté une violente conjonctivite sur deux ouvriers qui, ayant à placer des lampes voltaïques d'une force éclairante de trois mille bougies (!), n'avaient pas songé à protéger leurs yeux par les lu* nettes obscures. Cette observation ne charge pas beau-
coup le dossier de Téclairage électrique dont nous avons indiqué Tinnocuité dès Tannée 1880. (Progrès médical.)
Dor a rencontré à San Remo quelques lépreux anesthésiques, qui sont les derniers représentants de nos grandes épidémies du moyen âge. Ces malades sont atteints, on le sait, de paralysies de Torbiculaire qui amènent une xérose de la cornée. Cette affection serait considérée par Bôckmann (de Bergen) comme une kératite névro-paralytique. Le médecin de Bergen, après avoir examiné la théorie traumatique des ulcères cornéens, soutenue par Snellen, Senftleben et Ranvier dans ces derniers temps, puis la théorie tropho- traumatique (C. Bernard, Schiff, Merkel), et enfin celle des parasites (Wurteer, Eberth), se range à Topinion qui considère les ulcères comme un trouble de nutrition par sclérose (Freuer). Nous avons eu l'occasion d'examiner cette kératite des lépreux il y a vingt ans, à Mexico, et nous ne pouvons, malgré quelques analogies, Tassimiler à la kératite névro-paralytique de nos pays, dont elle n'offre pas Tallore rapide et dangereuse.
Galezowski décrit trois formes de xérosis. L'un, primitif, sans lésions antérieures de l'œil , et débutant par le plissement et l'adhérence de la conjonctive par petites places; la cornée finit par être envahie, les paupières s'y soudent, et la cécité se produit. Le xérosis secondaire aux ophtalmies purulentes et granuleuses marche plus vite encore; la cornée se recouvre d'un enduit épithélial (collodion, Cuignel), les paupières se rétractent, et le trichiasis peut devenir une complication dangereuse. Une forme légère de xérosis est constituée par des plaques sèches se formant sur les parties dénudées de la coi^onctive. Galezowski, ayant à traiter une de ces affections, a transplanté dans le cul-de-sac, reformé au bistouri, un fragment de conjonctive de lapin soigneusement suturé et chauffé. Un mois après, la greffe
avait persisté , et le cul-de-sac conjoactival était conservé.
Manès a décrit une conjonctivite avec larmoiement, œdème et accotement des paupières, rougeur et douleurs de piqûre permanentes, chez des bergers qui dorment près de leur troupeau. Cette maladie grave est due à la présence dans le sac conjonctival de petites larves de la musca cacualia, qui ne pond pas d'œufs, mais bien de petites larves. Les lotions à Facétate de plomb suffisent pour guérir les malades.
On avait jusqu'ici considéré ]eS€onjonctiviles purulentes comme se rattachant surtout à la contagion. Le professeur Perria a relaté cinq faits de celte affection survenus sans contagion; tousses malades étaient rhumatisants, et quatre avec la maladie oculaire avaient eu des attaques simultanées de rhumatisme. L'urèthre était absolument sain. La gravité de Taffection était telle que trois yeux ont été perdus. Sur six autres malades, observations encore inédites et communiquées à M. Perrin, Taffection a été moins grave et a marché de niveau avec une lésion articulaire rhumatismale. P.errin pense donc que la cause première pourrait être la diathèse rhumatismale sur quelques sujets, où elle produirait un catarrhe conjonctival, inoculable ensuite, épidémique, contagieux. La thérapeutique aurait à profiter de celte étiologie nouvelle. Dransart (d'Anzin) a eu aussi Toccaslon de traiter un cas de ces inflammations purulentes rhumatismales. Cette forme de conjonctivite doit donc aujourd'hui être classée à côté des affections de même nature portant sur la sclérotique, l'iris et le nerf optique.
On pourrait peut-être rattacher à cette conjonctivite purulente rhumatismale le fait suivant, qui démontre la contagion par Tair. Gendron, médecin à bord des cuirassés le Suffren et le Friedland, a vu une épidémie de granulations se développer en pleine mer, aux bouches
du Cattaro. Les vaisseaux français étaient mouillés sous le vent des bâtiments russes ayant à leur bord des granuleux. Gendron ne pense pouvoir expliquer le mode de transmission que par la contagion de Tair qui passait d'abord sur le navire russe.
La théorie parasitaire des ophtalmies purulentes chez les nouveau-nés s'affirme de plus en plus par la diminution même du mal ou Tinfluence des précautions antiseptiques. 11 faut avouer que cette affection présente en Europe une gravité exceptionnelle et peu connue. En effet, sur 1,400 millions d'habitants du globe, on peut compter 1 million d'aveugles, parmi lesquels 50,000 le sont devenus par l'ophtalmie du nouveau-né.
Cette seule cause à Dresde, de 1855 à 1875, fournissait 50 pour 100 des aveugles; à Berlin, de 1851 à 1879, elle donnait 29 à 41 pour 100. En France, 27 pour 100 des aveugles devaient aussi, en 1834, leur mal à cette même cause. Comme étiologie concomitante, Heyfelder écrit que les flueurs blanches existeraient 9 fois sur 10 à Berlin, 14 fois sur 15 à Paris et 10 fois sur 20 à Amsterdam.
Trélat, à la Maternité, de 1864 à 1865, a observé 332 cas d'ophtalmie avec 12 aveugles. — Aux aveugles, à Paris, 45 pour 100 des pensionnaires accusent l'ophtalmie purulente de l'enfance. — A Amsterdam, de 1865 à 1875, cette étiologie fournit encore 31 pour 100 des cas de cécité.
Ces renseignements sont déjà un peu anciens, mais Haussmann, dans un long et remarquable travail sur ce sujet, nous en fournit de plus récents.
L'étiologie de ce catarrhe oculaire ne saurait plus être douteuse; l'ophtalmie des nouveau-nés est d'origine blennorrhagique. Soranus, Aetius (567), Rôssiin (1512), Rivérius (1656), MuUer (1746), Queellmalz surtout (1750), avaient bien jugé l'étiologie vénérienne de l'affection,
Haassmann a pu suivre cette origine dans les Maternités allemandes et du Nord. Géderschôldt, à Stockholm» sur 318 femmes enceintes, en trouve 137 atteintes de vaginite, et 5 pour 100 de leurs enfants étaient pris d'ophtalmie. Dans les maisons d'enfants trouvés, il y a de 20 à 50 pour 100 des nourrissons atteints d'ophtalmies par la communauté des lits, des éponges et des nourrices. A Strasbourg (1872-1877), on comptait de 7 à 10 pour 100 d'ophtalmies des nouveau-nés. À Berlin, la proportion est de 5, 16 pour 100. À Thôpital de la Charité, de 1817 à 1839, Faffection était déjà descendue de 12 à 21 pour 100; mais, dans ces dernières années, elle a rétrogradé jusqu'à 7 à 9 pour 100. A Leipzig, Grédé, de 1849 à 1879, relève de 10 à 7 et 5 pour 100, et depuis que les yeux des enfants sont lavés au coUyre à 2 pour 100 nitrate d'argent (une goutte), celte fréquence est tombée à 0,5 pour 100.
Hirschberg retrouve encore Tophtalmie des nouveaunés comme étiologie, dans 16 pour 100 des cas de cécité qu'il a visités dans ces trois dernières années. Katz, en 1871, en dehors de Berlin, porte cette fréquence à 11,4 pour 100 sur 245 aveugles; Scholer à 15 pour 100.
Ces résultats ne peuvent être regardés comme constants, car la fréquence des ophthalmies varie beaucoup suivant les années. Borner, sur 3,842 malades, en 1874, en rencontrait 10, et sur 3,478, en 1878, le chiffre s'élevait à 35. Sur 67,000 malades, il a eu 468 ophtalmies purulentes ; 122 avaient des lésions graves à leur arrivée : sur 346, la cornée était intacte; grâce au traitement, 24 seulement eurent des troubles visuels permanents. En somme, quand raffection est prise à temps, bien soignée, elle est peu grave.
Gayet (de Lyon) s'est occupé de la reparution de la cataracte, et il est arrivé à la règle suivante : 2 cas sur 1,000 personnes se rencontrent en dix ans; excepté ce-
GUIRUHGIE. 263
pendant pour le bassin houiller de la Loire, où la proportion est de 3 à 4 pour 1000. Dans ces départements métallurgiques, le professeur de Lyon attribue au calorique auquel sont exposés les ouvriers, une action nocive sur la transparence du cristallin. Rochard fait remarquer que le nord et le sud présentent à peu près le même nombre de cataractes, ce qui ne semble pas confirmer Taclion des rayons caloriques. Yerneuil voit plutôt dans la production de la cataracte un effet des maladies générales. Cependant il nous semble qu*il faut établir une grande différence entre l'action du soleil dont chacun se protège aisément, et la réflexion que subissent les ouvriers des hauts-fourneaux. L'opinion de Verneuil ne contredit point les remarques de Gayet, auxquelles elle s'ajoute.
Du reste, Vétiologie de la cataracte est loia d'être unique. Gaiezowskî, insistant sur les troubles du cristallin consécutifs aux lésions de Tiris et de la choroïde, divise les cataractes en quatre formes : cataractes choroîdiennes, glaucomateuses, derétinite et de décollement. Ces divisions sont, en effet, en concordance fréquente avec les données fournies par Tanatomie pathologique. L'influence des lésions choroîdiennes sur la nutrition du cristallin, à tous les degrés, est si vraie que nous avons cette année, dans les publications périodiques, un nombre considérable d'observations de luxations spontanées de la lentille, à la suite de choroidites. Bellouard, Arlt, en ont relaté deux cas remarquables.
Les violences traumaliques sur le globe oculaire, les parties osseuses voisines ou le crâne produisent sur l'œil des effets souvent difficiles à expliquer. Nous devons consigner ici quelques faits rares qui paraissent comporter des explications physiologiques nouvelles. Gayet, à la suite d'un traumatisme, a observé Vexpulsion complète de tiris par une petite plaie de la sclérotique ; le voile irien était
logé SOUS la conjonctive. Malgré un choc violent, le cristallin était en place et n'offrait qu'une légère altération au voisinage de la plaie. Dans un autre cas, Tiris formait un véritable kyste à travers la cornée.
Denissenko (de Saint-Pétersbourg), sur un malade qui avait reçu une bûche de bois sur Tœil, trouva une luxation du cristallin et, au fond de l'œil, à Tophtalmoscope, une plaque rouge saillante, traversée par les vaisseaux. Elle s'éclairciss^it en diminuant, par la pression sur Tœil, pour reparaître ensuite. Il pense avoir eu affaire à un anévrysme variqueux des vaisseaux rétiniens.
Chibret ayant vu, dans un cas de suicide, le nerf optique conserver une partie de ses fonctions, malgré une contusion directe par la balle, se demande s'il est sâr que les épanchements dans les enveloppes puissent amener la cécité, comme on le croit aujourd'hui, et si surtout la commotion seule peut expliquer Tamaurose. 11 voudrait considérer plutôt ces amblyopies comme une sorte de phénomène d'arrêt, d'inhibition (B. Séquard). Mendelstamm a cité un fait à peu près analogue : la balle toucha les deux bulbes et causa un décollement des deux rétines. Après cinq jours de délire, le malade guérit et pouvait compter les doigts à 10 mètres.
MaisTalko signale, à rencontre de ces cas heureux, un fait de lésion légère , un coup de coude sur l'orbite, amenant un abcès avec l'exophtalmie et finalement l'atrophie du nerf optique.
En général, les traumatismes du crâne, péri-oculaires, s'accompagnent d'une névrite plus ou moins prompte à se développer, mais parfaitement matérielle et anatomique. Ëdmunds, dans une fracture du crâne, a pu vérifier au microscope le développement de cette névrite traumatique ; vascularisation , prolifération nucléaire interfasciculaire; papille œdémateuse et accumulation de liquide entre les gaines. L'inflammation se propage des
méninges à la gaine et au nerf, sans qu'il soit nécessaire d'admettre un épancbement ventriculaire à liquide phlogogène (Leber).
On ne trouve pas toujours une névrite, dans ces traumatismes, et Nicolini a constaté chez une femme qui se heurta en se baissant contre une tige de fer, une cécité soudaine, terminée par atrophie du nerf optique cinq mois après, sans que Tophtalmoscope ait rien révélé.
Fernandez ayant eu à soigner quatre cas d'amaurose consécutifs à des lésions orbitaires, a reproduit ces traumatismes sur des chiens. Mais il n*a pu arriver à développer ainsi Tamaurose sur ces animaux. Sur ce point, malgré quelques observations précises démontrant soit une fracture au trou optique, soit des épanchements orbitaires et dans les gaines, il nous faut avouer que bien des doutes subsistent.
Plus en arrière, le traumatisme sur le crâne peut produire encore des troubles visuels, et les observations de ce genre sont d*un grand intérêt pour la localisation centrale du centre visuel. Nous ne signalerons maintenant que les faits cliniques simples, l'interprétation devant en être reprise un peu plus loin.
Coupian a constaté une névrite avec exsudation péripaplllaire et cécité rapide après une chute sur Tocciput. A Tautopsie, il existait un ramollissement du lobe occipital gauche. Mac Hardy cite l'observation d'une femme qui, tombant sur l'occiput, eut une rétinite albuminurique, et cependant l'urine ne paraissait pas contenir ce produit. Tay publie deux cas de névrite à la suite de chute sur l'occiput. Reich a décrit un cas d'hémianopie droite latérale, consécutivement à un ramollissement, large de 5 millimètres, placé au lobe occipital gauche. Haab a cité une observation conlSrmant le fait ancien de Westphal sur l'hémianopie homonyme succédant à une lésion des couches corticales du lobe occi-
pital. Martin Beroardt, Schôler, se rangent aussi, par les cas qu'ils ont signalés, dans les partisans de la localisation visuelle aux lobes occipitaux.
Nous sommes conduit par les observations précédentes à examiner les troubles de la vue concordant avec les affections cérébrales; toutefois, avant cette analyse, nous tenons à consigner quelques faits un peu isolés et difficiles à classer se rattachant aux fonctions nerveuses de Tœil.
Dransart, au Congrès de la Rochelle, a maintenu ses premières conclusions sur le nystagamus des mineurs. Il considère cette maladie comme une parésie produite par la fatigue des élévateurs, âans le mode de travail; elle serait indépendante de toute lésion nerveuse et de tout vice de réfraction. Avec le nystagmus, on rencontre aussi chez les mineurs quelques cas d*héméralopie; mais ce nystagmus est curable et ne saurait en rien exempter du service militaire.
Fontan, agrégé à Técole de Toulon, à étudié ïhémé" ralopie tropicale. Il fait jouer un rôle important à Fétat général qui, sous les tropiques, se joint à la mélanémie. Le moment précis, initial de Théméralopie, correspond chez ces hommes à une quantité de lumière qui permet encore à Thomme sain de lire et de se conduire. Fontan retrouve Télargissemeot de la pupille, et très-exceptionnellement le rétrécissement du champ visuel. L*héméralopie s'accompagnerait souvent de dyschromatopsie. 11 a retrouvé les lésions de gène circulatoire que nous avons décrites encore Tannée dernière, à la Société de biologie. Fernandez Caro considère cette héméralopie comme une fatigue paralytique de la rétine par excès d'excitation centrale. Ce serait, d'après le médecin espagnol, une névrose pure.
L'iiction des unions consanguines a été depuis quelques années réduite en France à celle de la sélection
héréditaire. Voici quelques observations nouvelles donnant une certaine autorité à la théorie qui repousse les mariages consanguins comme dangereux, par le fait seul de la consanguinité. Hutchinson, à Londres, a recherché les rétinites pigmentaires. Sur 23 cas, compliqués trois fois de surdité, il note huit fois la consanguinité; et dans ces 23 cas, dans 10 familles, plusieurs personnes étaient affectées. Voici un autre fait assez probant : deux frères épousent les deux sœurs, et de ce mariage un fils et une fille se marient, qui eurent deux enfants atteints de rétinite pigmentairc sans que les parents eux-mêmes fussent malades. Derigs (de Bonn), sur 27 cas de rétinite pigmentaire, a retrouvé sept fois aussi la consanguinité; dans 9 cas il y avait hérédité; treize fois cataracte et deux fois surdité. Les observations faites antérieurement à Bonn donnent le chiffre de 60 cas : 42 hommes et 18 femmes. La consanguinité existait dans 15 cas, soit dans la pro{>ortion de 25 pour 100.
Les troubles visuels liés aux affections centrales se rapportent soit aux lésions des nerfs moteurs, soit à la sensibilité spéciale. Parrot, examinant le réflexe dilatateur de la pupille chez les enfants atteints de coma dans la méningite tuberculeuse, Thémorrhagie de la pie-mère, et dans d'autres affections comme Tathrepsie, croit pouvoir conclure qu*un enfant étant dans le coma, si les pupilles ne se dilatent pas sous Tinfluence du pincement, il n'existe pas de méningite, ni d*hémorrhagie ; mais Tasphyxie est avancée et la mort imminente.
La pupille, comme Ta constaté Argyl Robertson, est paresseuse chez les ataxiques sous Uinfluence des variations d'éclairage; Hirschberg a toutefois remarqué que, sous Tinfluence de l'accommodation, Tiris réagit normalement.
M. Gharcot a fait contrôler les assertions de Carter Gray sur Tétat des pupilles chez les épileptiques. Un de
ses élèves, le D' Pierre Marie, a examiné ces malades pour s^assurer qu^en dehors des attaques, même avec une lumière vive, IMris restait chez eux dilatée. Les examens pratiqués sur cinquante-trois épileptiques, un peu plus âgés peut-être que ceux de Gray, n'ont permis de constater ni la 'subdilatation permanente, ni cette rapidité plus grande dans la contraction, que Fauteur anglais avait cru rencontrer.
Duterque (Auxerre), après trente-deux examens'de/^arolytiques généraux, range sous trois périodes les altérations rencontrées dans Tœil. Au début, inégalité des pupilles, congestion du nerf optique avec dilatation des vaisseaux. Dans là deuxième période, il existe toujours de Tœdème péripapillaire; le disque du nerf optique est voilé. A la troisième période, la papille estplate, crayeuse, pâle ; c'est r atrophie. Il s'y joint encore des hémorrbagies rétiniennes, des macérations pigmentaires, et Duterque a peut-être vu au miroir aussi ces excroissances verruqueuses si fréquentes chez les vieillards, mais qui n'ont rien de spécial aux ataxiques.
Huguenin, ayant eu à examiner un certain nombre de méningites, a décrit et discuté, après Bouchut, l'état correspondant du fond de l'œil. H distingue plusieurs phases dans ces méningites de la base : l*" la dilatation des veines de la rétine sans œdème péripapillaire; 2* la production de cette stase avec œdème de la papille; 3* la névrorétinite allant à l'atrophie ou à la guérison. Mais, d'après lui, jamais la néyro-rétinite n'existerait au début des méningites de la base. Cette coïncidence révélerait une tumeur.
Nous arrivons aux troubles nerveux visuels d'origine cérébrale. M. Charcot a insisté beaucoup sur la valeur de la migraine comme symptôme des affections graves du cerveau. Dans la paralysie générale congestive, les attaques peuvent être précédées de cette migraine
prémonitoire, avec scotome. Les troubles passagers, aphasie, hémiopie, parésie, qui se déclarent alors, persistent souvent d*une façon définitive après les accès de migraine. D'après Féré, élève de la Salpétrière, ces phénomènes ne seraient pas localisés dans la rétine, même chez les hystériques où la migraine semblerait devoir être exempte de lésions anatomiques. Ce serait un phénomène cérébral, une anémie d'ordre réflexe périphérique, siégeant au carrefour sensitif. Nous devons dire cependant que Gaiezowski a rencontré deux faits de migraine ophtalmique liée à des altérations matérielles des vaisseaux rétiniens : hémorrhagies rétiniennes avec atrophie. La lésion, il est vrai, portait aussi sur les autres vaisseaux cérébraux. Féré examinant 44 cas de ces troubles visuels à la Salpétrière, arrive aux conclusions suivantes : chez les hystériques, le seul trouble fonctionnel observé est le rétrécissement concentrique du champ visuel du côté anesthésié. C'est donc une amblyopie croisée. L'hémianopsie se lie à l'aphasie, à l'hémiplégie, à l'hémichorée, à l'hémianesthésie. L'amblyopie d'origine cérébrale, établie par Tautopsie et la clinique, a pour cause une lésion du carrefour sensitif.
Féré, dans un mémoire très-important, écrit sous l'inspiration de M. Charcot, a corrigé le schéma primitif du trajet des racines optiques donné par le professeur de Paris. Ces points nous paraissent d'autant plus importants à expliquer, qu'ils tracent bien les progrès réalisés dans l'étude des localisations du centre visuel. On se souvient en effet que M. Charcot, à la Salpétrière, avait rencontré sur des hystériques bien étudiées par Landolt des dispositions du champ visuel qui ne lui permettaient pas d'accepter la simple figure de Grœfe, c'est-àdire Tentre-croisement incomplet au chiasma seul, de la portion interne du nerf optique, avec trajet direct de la portion externe. Comme, suivant lui, l'amblyopie était
croisée, IVl. Charcot avait construit un schéma dans lequel le faisceau externe (droit par exemple), s'entre-croisant aux tubercules quadr^jumeaux, allait rejoindre à Thémisphëre gauche le faisceau interne de Fœil droit, né dans* cet hémisphère gauche. Ainsi s'expliquait Tamblyopie croisée des hystériques.
Certains faits de traumatisme ou de ramollissement des lobes occipitaux ont fourni des hémianopsies inex* plicables avec ce schéma. Féré a figuré alors un autre trajet dans lequel il n'existe qu'un entre-croisement au chiasma; le faisceau direct externe droit reste en entier dans le lobe droit; le faisceau interne droit passe au lobe gauche, à la région occipitale. Outre ces fibres formant la bandelette optique, ce dessin représente d'autres fibres qui, venant de la rétine, s'entre-croisent dans le chiasma et pénètrent dans les hémisphères par la racine grise. Féré supprime l'entre-croisement et le cheminement des bandelettes optiques aux tubercules quadrijumeaux , disposition que les simples dissections de Stilling, à l'aiguille, ont cependant rendues si évidentes.
Grasset, dans un mémoire peu volumineux, mais riche en judicieuses appréciations , fait remarquer que Féré n'explique plus les faits d'amblyopie croisée consécutifs aux lésions des lobes occipitaux. Alors il propose un quatrième schéma, qui, jusqu'ici, en effet, donnerait une bonne explication de tous les troubles fonctionnels de la vue dans les lésions des circonvolutions occipitales. D'après Grasset, le faisceau interne naît du lobe occipital opposé , forme la bandelette et va s'entre-croiser au chiasma; le faisceau externe nait du côté opposé, s'entre-croise une première fois en arrière de la capsule interne, touche la capsule interne, s*entre-croise aux tubercules et va constituer la partie externe de la bandelette. L'amblyopie croisée des hystériques s'explique par la lésion des deux faisceaux du même œil au niveau
de la capsule ; rhémianopsie , par la lésion aux régions occipitales, du faisceau externe d*un œil et interne de l'autre; enfin, Tamblyopie et Thémianopsie simultanées trouveraient leur lésion un peu en arrière de la capsule, dans un point oii trois faisceaux peuvent être touchés, un interne et deux externes.
Lichtlieim a donné le nom de paralysies nucléaires aux paralysies des muscles ayant leur le siège aux noyaux d*origine. Dans un de ces faits oii les paralysies des muscles de Fœil étaient accompagnées de symptômes partiels et anormalement isolés, il est arrivé, par Tanalyse clinique, à penser que le noyau de la troisième paire sous le plancher du quatrième ventricule se divise en plusieurs portions distinctes, en gagnant les corpuscules quadrijumeaux. En avant serait le centre de Taccommodation, puis celui du sphincter de l'iris, et, par ordre de succession, celui du droit inférieur, droit supérieur, releveur de la paupière, droit inférieur, et enfin celui de Foblique inférieur. Le noyau du grand oblique serait situé sous celui de Foculomoteur commun; mais ce dernier présente un entrecroisement complet, tandis que le trajet de la troisième paire est direct. La paralysie bulbaire progressive se rapprocherait, par sa marche, de la paralysie nucléaire; toutefois celle-ci, n'intéressant pas des organes essentiels à la vie, pourrait rester stationnaire.
Gomme Dastre et Laborde, Rieger et Furster, agissant par traumatisme sur les premières portions de la moelle, [>nt démontré, sur des animaux, les relations qui existent sntre la circulation de la rétine, les lésions consécutives lu nerf optique ou de la cinquième paire, d'une part, et :es traumatismes de la moelle. Dreshfield ajoute dans ze sens, aux faits déjà connus de Ghauvel, la concorlance de la névrite optique avec la myélite aiguë; 'atrophie succède au gonflement de la papille. Mais^
d'après Loring, il ne faudrait pas toujours considérer la névrite comme liée à une irritation du grand sympathique dans ses cordons cervicaux, ou à soa origine dans la moelle. 11 existe dans le cerveau, sur les sinus et les méninges, de très-nombreux filets de la cinquième paire, dont Tirritation seule peut bien justifier le développement de la névrite réflexe par ces mêmes troubles vaso-moteurs. Pour terminer Ténumération des actions réflexes sur l'œil, citons quelques observations établissant la concordance de troubles oculaires avec les lésions des dents, Galezowski ayant rencontré une inflammation du corps vitré, avec opacités, hémorrhagie, plaque d'atrophie et injection vive de Tœil, accidents aigus liés à des névralgies provenant de dents cariées, enleva les deux dents; et, à partir de ce moment, les accidents des milieux oculaires, difficiles à -maîtriser, suivirent une marche décroissante.
Mayer Hansen, dans un cas d'hydrophtalmie chez un enfant, à six mois, à Fépoque de la dentition, ne craignit pas d'attribuer à cette dernière cause Taugmentation de la tension oculaire ; les accès à récidive peuvent, suivant lui, distendre la capsule et amener peu à peu une lésion définitive, quand elle n'était que congestiveet passagère au début.
Ce rapport de la dentition avec l'œil était admis , da reste, par Trousseau et Guersant. Chez les enfants, l'apparition des dents coïncide souvent avec une coi^onctivite. Auge, élève de Fano, ne croit pas à ce rapport, et il accuse plutôt Télat général dialhésique des petits malades.
Casper a retrouvé deux cas qui lui permettent de confirmer l'opinion de Trousseau sur le rapport des abcès palpébraux avec la carie dentaire. Dans une récente discussion à la Société de chirurgie, les faits de ce genre ont été avec raison classés sous deux chefe. Quelquefois,
en effet, les troubles oculaires ne sont que des périostites à propagation, dont le siège est précisément indiqué par la dent malade. IVlais il est une seconde cause aux affections oculaires liées à la dentition : c'est Tirritation réflexe du trijumeau , question qui nous conduirait bien vite à parler de Téiongation des branches de la cinquième paire, pour les maladies giaucomeuses et sympathiques.
LMnfluence de la syphilis sur les membranes de Tœil s'établit chaque Jour d*une façon plus positive par des observations indiscutables. L'iofection directe par les paupières ou la conjonctive est encore un fait rare, quoique bien démontré. Galezowski, résumant les cas de syphilis qu'il a rencontrés , note deux chancres infectants de la paupière, une plaque muqueuse de Tangle interne et une plaque muqueuse de la cornée ; celle-ci était accompagnée d'un engorgement parotidien. Suivant nous, cet engorgement induré, non inflammatoire, intense, est bien le fait le plus caractéristique d'une syphilis constitutionnelle ; il est vrai que la roséole dissipe tous les doutes. Wherry a rencontré aussi le chancre de la paupière inférieure avec un fort chémosis, induration de la parotide et des glandes sous-maxillaires. Ewetsky, à la clinique de Maklakof (de Moscou), sur un homme en pleine éruption syphilitique, constata le développement subit d'une rétinite avec exsudats blanchâtres et troubles à la macula. Un traitement actif flt disparaître ces lésions anatomiques. Ewetsky croit qu'il existait, dans ce cas, une de ces rétinites centrales, à récidive, décrites par Grœfe. Mêle Fané (de Barcelone) a pu suivre une choroïdite syphilitique chez une femme infectée par son nourrisson; exsudats du corps vitré, infiltration de la rétine le long des vaisseaux et péripapillaire, telles étaient les lésions principales. Le traitement antisyphilitique fit remonter [\ deux tiers Tacuilé qui était descendue à un quart*
Schubert décrit aussi un cas de rétinite syphilitique avec hémorrhagies le long d'une veine thrombosée ; il existait des exsuda ts blanchâtres et une phlébite, mais saQÇ lésion des artères.
Borner, étudiant les rapports de la syphilis héréditaire avec les maladies oculaires, montre qu'il existe d'abord une tendance aux avortemenls dans les mariages conta- :gionnés récemment. Les enfants ensuite arrivent morts et à terme ; ils vivent plus tard quelques mois. La manifestation de la syphilis sur la cornée par une kératite interstitielle vient deFiris etdu cercle ciliaire. Letractus uvien est le premier tissu attaqué, et la rétino-choroïdite spécifique reste en général unilatérale, ce qui la distingue de la rétinite pigmentaire, affection symétrique.
Huggins a rencontré l'atrophie papillaire syphilitique héréditaire. OU Bull a décrit comme étant de nature syphilitique certaines hyperhémies du nerf optique, avec rétino-choroïdite. La névrite et l'atrophie papillaire devraient être, suivant lui, souvent rattachées à la syphilis. L'auteur anglais ajoute une certaine valeur comme signe de diagnostic à la micropsie périphérique qu'il aurait rencontrée souvent dans les affections de cette aature.
Sur les amblyopies alcoolo^nka^iniquei, aoas n'avons à signaler qu'un travail de Segura. Cet auteur fait remarquer que, dans l'intoxication par le tabac, la pupille est contractée, l'amblyopie lente et égale des deux côtés, le malade voit mieux le jour. Dans l'amblyopie alcoolique, la pupille est dilatée, le début est subit et l'intensité de la maladie différente dans les deux yeux. Dehenne, au tableau de l'amblyopie alcoolique, ajoute quelques cas de strabisme qu'il met sur le compte de l'intoxication.
Aucune question n'a fait peut-être plus de progrès cette année que celle de la tuberculote oculaire. Avec
Manz, €t jusqu^ea ces derniers temps, le néoplasme tuberculeux paraissait limité à la choroïde, quand les inoculations dans la chambre antérieure et les observations cliniques sont venues profondément modifier ce que nous savons sur le siège de ce néoplasme.
Les inoculations pratiquées déjà par Gohneim, Baum-^ garten et Deutschmann ont été reprises par Schuchardt, qui a suivi plus longtemps les animaux en expérience. Suivant lui, Tinfection générale peut se faire même après cinq cents jours révolus ; en général, c'est vers la sixième semaine que se déclarent les accidents, et cela dans la proportion de 3 fois sur 11 ; la propagation se fait par les vaisseaux lymphatiques ou sanguins. Malassez, inoculant des tubercules pris et extraits d'un testicule tuberculeux frais, a démontré que les inoculations même dans la chambre antérieure ne réussissaient pas toujours sur des animaux bien nourris.
Gérin-Roze, dans une phthisie confirmée, a rencontré des tubercules ulcérés de la conjonctive. Milligan, sur la partie inférieure de la conjonctive palpébrale inférieure et sur la conjonctive bulbaire, a reconnu, sur une enfant de onze ans, le détritus tuberculeux avec sa constitution propre. Ber. Wolf a décrit la tuberculose de Firis et du corps ciliaire (clinique de Hirschberg) sur une jeune fille de vingt ans. J. P. Woolf, chez un enfant qui avait reçu un coup sur Toeil, reconnut un petit granulome de Tiris. L'incision en fut faite; il y eut récidive et généralisation du tubercule. L'énucléation dut être pratiquée; Tenfant fut ensuite atteinte d'arthrite tuberculeuse des deux jambes. Swanzy, Brailey, Angelucci, ont aussi observé la tuberculose de Tiris et du canal de Fontana. [Jn des meilleurs mémoires sur la tuberculisation de l'œil ï été fourni par Falchi (de Turin). Dans le cas observé, le tubercule se compliqua de glaucome aigu , l'œil dut Hre énucléé. Les granulations, latéralement, occupaient
la région ciliaire, usaient la sclérotique, envahissaient le ligament pectine, le canal de Fontana et Tiris.
Nous avons aussi présenté, à la Société de chirurgie, un cas de tuberculose primitive de Firis sur un œil énucléé par M engin (de Caen). Le néoplasme était absolument limité à l'iris, aux procès ciliaires; la choroïde était saine, mais le pôle postérieur du cristallin, dans le corps vitré, présentait déjà rinfiltration embryonnaire spécifique.
A ce sujet, hàtons-nous de dire que ces éléments n'ont rien de spécifique, et que le diagnostic, basé d'abord sur l'évolution clinique, doit se faire surtout d'après la structure générale du néoplasme, son évolution, et non pas d'après la présence de ces éléments géants, cellules vasoformatrices, qu'on trouve un peu partout. Citons en terminant un cas complet de Muller, relatif à la tuberculose de riris et de la rétine.
Après la lecture d'un aussi grand nombre de cas de tuberculoses de l'œil, affection si rare autrefois, il est peut-être permis de penser que les affections scrojuleuses dont le processus est si difficile à distinguer du précédent, jouent un certain rôle dans cette pluralité de la granulation caséeuse. Rubel, à la clinique de Hirschberg, a compulsé des documents qui lui permettent de donner une idée de la fréquence des affections scrofuleuses oculaires. Birch-Hirschfeld pensait que 6 pour tOO des cécités devaient être rattachées à létiologie scrofuleusê, et Horner n'estime pas à moins de la moitié le nombre des affections de la cornée ou de la conjonctive, dues à cette cause, dans le jeune âge. Rubel sépare les malades en deux classes, de neuf et de quinze ans.
A neuf ans. A quinze ans,
1659 cas de conjonctivites et de 2082 cas
kératites comptaient
comptaient 1053 scrofuleux, 1276 scrofuleux,
soit 61 pour 100. soit 61 1/2 pour lOd.
La moitié des affections oculaires de la cornée et de la conjonctive seraient donc à rattacher à la scrofule dans le jeune âge.
Les affections rhumatismales oculaires sont aussi d'une grande fréquence. Suivant Fano, il faudrait considérer la cavité fibreuse dans laquelle se meut Tœil (c'est-à-dire la capsule de Tenon) comme une articulation qui, par cela même, serait sujette aux maladies rhumatismales. Ghomel, Requin, avaient déjà signalé la fréquence de la périsclérite chez les rhumatisants. Fonseca a vu Taffection porter plus spécialement sur certains muscles : le droit externe et le droit interne. 11 eut raison du mal par le salicylate.
Dans la scarlatine, outre les lésions de gène circulatoire attribuables aux leucocytes du sang obturant les capillaires, il existe des troubles fonctionnels d'empoisonnement urémique : hémianopsie et déviations oculaires avec convulsions, accidents passagers et susceptibles de guérison. Ces leucocytes peuvent être contaminés; Ostenvald, confirmant les idées de Klebs et Leber sur la nature infectieuse de la leucocythémie, a retrouvé de nombreux micrococcus répandus dans tous les organes et dans une tumeur orbitaire, sur un malade leucocythémique. Ainsi s'expliquerait la propagation et le développement si rapide des engorgements de cette nature.
Disons pour terminer ce chapitre de pathologie que, dans toutes les maladies générales, l'usage de l'ophtalmoscope doit être conseillé, car souvent le miroir révèle des lésions avant que le diagnostic par les autres symptômes généraux soit possible d'une façon certaine. Coursserant a rencontré quatre cas de rétinite diabétique diagnostiqués avant que l'urine ait rien révélé. L'empoisonnement par le plomb, d'après Weinberg, doit être soupçonné avec les lésions de la rétinite albuniinurique ou diabétique : Timage opbtalmoscopique est la même.
Dans les maladies de l'oreille, Galmettes a démontré que la même cause qui produit une névrite optique pouvait tout aussi bien agir sur la huitième paire. Si donc le nerf optique est lésé, il y a lieu de\ songer à une altération analogue de Tacoustique. Helfreich a précisé encore -cette année les rapports de Yinsuffisance aoriique avec Vétat de la papille. Le nerf optique se colore dans la systole et pâlit dans la diastole. Les vaisseaux de la rétine subissent dans les mêmes circonstances de véritables mouvements.
V. Thérapeutique. — Le pansement de Lister rendant plus faciles les réunions par première intention, la chirurgie oculaire a perfectionné la pratique des greffes et des transplantations. Meyer, dans un cas d'épithélioma -de Tangle interne, où il fut obligé d'enlever un lambeau de ô centimètres sur 10 centimètres, a posé les indications de la greffe dermique. La peau doit être prise sur Thomme; elle doit être fine et sans poil. Le lambeau, taillé deux fois plus large que la perte de substance, comprendra toute la peau sans tissu cellulaire. Meyer repousse les sutures et se sert de baudruche, qu'il applique en lui faisant dépasser la cicatrice. Le pansement antiseptique est laissé quatre jours en place. Berger a également réussi avec un lambeau de 10 centimètres sur 4 centimètres, pris à Tépaule; il employa la suture, et après huit jours la réunion était parfaite. Il recommande le maintien d'une température de 36*" à 38% pour éviter la mort du lambeau transplanté. Tosswill a traité avec succès un cas d'ectropion par la transplantation de la peau du bras. Siméon Snell a opéré aussi un cas analogue en prenant un lambeau non pédiculisé à Tavant- I bras. Lawson a obtenu la réunion d'un fragment cutané
; de 12 millimètres sur 6 millimètres, avec sutuce et pan-
i sèment au coton.
Les greffes étrangères , c'est-à-dire prises sur la conjonctive des animaux, réussissent bien plus rarement, si tant est qu'elles donnent réellement des succès. Présas pense avoir guéri un cas de symblépharon en employant la greffe d*une conjonctive de lapin; mais il n'a suivi son malade que dix jours.
Vœdème charbonneux des paupières a été étudié par Buy et Boschesnier (d'Orléans). Buy, décrivant l'œdème malin ou charbonneux, revient à la cautérisation ignée, large et profonde. Un collyre au sulfate de cuivre pour la conjonctive (Després) , les toniques à l'intérieur, et la teinture d'iode en injections sous-cutanées à 2 pour 100, constituent le complément de sa médication. Boschesnier insiste sur la dureté ligneuse au point piqué. 11 conseille le cautère actuel ou la potasse et préconise aussi la teinture d'iode en injections sous-cutanées, méthode qui parait limiter assez rapidement la propagation de la sérosité infectieuse.
Le massage dans les affections congestives avait été indiqué comme moyen de traitement par Donders , Pagenstecher et Panas. Damalix, dans le service du professeur de Paris , a recueilli sept observations de pannus et de kératite interstitielle où cette méthode a donné de bons résultats. Panas y joint, on le sait, la pommade au précipité. Julian a recherché les affections oculaires susceptibles d'être soumises à ce mode de traitement; il le préconise avec Carré dans la kératite phlycténulaire pour activer la vitalité de l'ulcère consécutif, et plus tard pour hâter la résorption de la cicatrice. Le pannus tenuis, chez les jeunes si:ûets , est très-favorablement influencé par cette méthode; mais, s'il est trop épais, il vaut mieux recourir à la péritomie. Klein, continuant ces tentatives, a employé le massage avec d'heureux résultats dans Pépisclérite, la conjonctivite phlycténulaire, la kératite di^use , etc. Il n'y trouve d'autre contre-indication que
la persistance de la rougeur douloureuse au delà d'une heure. Il voudrait utiliser le massage même dans le glaucome. — Cest encore au Frottement méthodique des paupières qu'Abadie rapporte deux guérisons de blépharospasmes qui avaient résisté à la névrotomie. 11 est vrai que le même moyen a échoué dans deux autres cas de contracture palbébrale. Badal, dans un cas de blépharo* spasme granuleux que la cantoplastie et les autres applications n^avaient pas modifié, réussit rapidement par la révulsion externe, la cautérisation ponctuée, sur la paupière. Nous avons déjà signalé cette heureuse influence de la cautérisation au fer rouge, dans la cure de Tentropion et sur la marche des granulations conjonctivales.
Nous nous sommes occupé en pathologie des causes de r ulcère cornéen des moissonneurs. Pintaud Desallées, qui a rencontré plus de vingt cas de ces traumatismes cornéens par épi de blé, emploie, après l'extraction du corps étranger, outre le traitement local, le sulfate de quinine et la jusquiame. Sur ces vingt cas, malgré ce double traitement, il a dû enregistrer néanmoins quatre insuccès.
Bordone et del Monte préconisent la cautérisation ignée de Gayet pour Tulcère rodens central. L*attouchement de Tirls hernie ne produit pas de douleur, ni de réaction étendue. Del Monte emploie volontiers ce moyen contre les granulations. Lavallée a fait aussi une bonne exposition de remploi du fer rouge dans la chirurgie oculaire, dans les ulcères, Tentropion et le ptérygion, 11 déclare que la cautérisation est peu douloureuse, sans réaction, et cite à Tappui de ses propositions un grand nombre d'observations cliniques.
Carré établit la classification et le traitement des ulcères d'après leur grandeur et la complication de Thypopion. Pour Tulcère de 2 millimètres , il emploie les compresses et la cautérisation ignée; s'il y a hypopion,
CHIRURGIE, %Si
il faut y joindre la paracentèse, et quelquefois l'opération de Sœmlsch. Pour Tulcëre de 4 millimètres, cette dernière section est souvent indiquée. Les ulcères profonds indolents amènent presque toujours la perforation.
Abadie, grand partisan de Topéralion de Sœmisch, explique son action si favorable comme étant celle d'un véritable débridement. Galezowski, dans beaucoup d'ulcères cornéens, accorde la préférence à Tiridectomie; c'est à cette opération qu'il a recours pour les sclérites et les kérato-sclérites.
Ce dernier auteur a préconisé, il y a quelques années, Vexcision du cul-de-sac conjonctival dans les ophtalmies granuleuses; l'extirpation de la muqueuse altérée étant, suivant lui , un mode puissant d'arrêter la sécrétion du liquide infectant. Acquilar Blauch a rapporté deux faits heureux d'excision des culs-de-sac chez deux granuleux africains, dont les conjonctives étaient hérissées de véritables papillomes; la vision était parfaite au bout de trois mois. Heissrath (de Berlin), partisan du procédé de Galezowski pour les extirpations des conjonctives granuleuses, recommande de faire l'excision de la membrane surtout dans la région supérieure, celle du cul-de-sac inférieur devant être beaucoup moindre.
Nous n'avons rien cette année de particulier à signaler dans la thérapeutique chirurgicale du glaucome.
Les recueils contiennent toujours un grand nombre d'extractions de parcelles métalliques logées dans l'œil, au moyen des aimants. Un des modèles d'instruments les plus simples pour pratiquer cette extraction, parait être celui de Nyrop, qui fonctionne avec un seul élément au bichromate. Dufour fait remarquer, comme l'a dit Haab, que les parcelles de fer sont aimantées par le coup de marteau, et qu'elles adhèrent facilement aux pinces non aimantées. Il a pu ainsi retirer une paillette qui s'était implantée dans le cristallin, et cela sans instrument spé-
282 VAIiNÉS MÉDICALE.
cial. D*uQ autre côté, BurgU et Haab pensent que les corps étrangers, en pénétrant dans l'œil, s'étant aimantés par le choc, peuvent ne pas être attirés si on ne leur pré^ sente qu'un pôle de Tinstrument explorateur de faible attraction et de même nom. Mais, avec un aimant de puissance = 180 grammes, tous les corps sont attirés. Il serait bon alors d'aimanter le corps étranger, avant Topera tion, par le passage d'un courant. Une aiguille aimantée, sensible, donne ensuite des déviations qui permettent de reconnaître la présence des corps métalliques.
Ces corps étrangers peuvent séjourner longtemps dans le bulbe sans produire d'accidents aigus, graves. Landesberg a extrait un fragment de fer logé dans la chambre antérieure depuis dix ans; l'éclat, d'un demi* millimètre, avait toutefois produit des inflammations légères et quelques abcès, et même des plaques d'atrophie choroîdienne. Un fragment d'allumette de 4 millimètres a pu rester pendant sept ans dans l'iris ; un autre fragment de fer, pendant trois ans. Néanmoins, l'iritis sympathique, le décollement rétinien sont la règle dans Timmense majorité des cas.
Vexlractùm des cystieerques de Vœil devient une méthode classique et réglée-, la non -intervention n'est admissible que dans les cas où les désordres sont tek que l'enlèvement de la vésicule parasitaire n'arrêterait pas la perte probable, atrophique du bulbe. Haase a cité le cas d'un cysticerque celluleux du corps vitré , enlevé avec conservation de l'œil et d'une portion de l'acuité visuelle. 11 fit une incision méridionale de la sclérotique, de 10 millimètres, et alla saisir la vésicule avec des pincettes. 11 n'y eut aucune réaction. Le Lister avait été appliqué. Haase a rencontré 4 cystieerques : 2 étaient souscoDJonctivaux, 1 sous la rétine, 1 dans le corps vitré; pour celui-ci, l'opération a été refusée.
Nous devons sur ce même sujet un remarquable .travail à Grœfe. De 1877 à 1882, A. Grœfe a opéré 24 cas d'après sa méthode. Dans 16 cas, le résultat a été parfait» et dans 8 l'opération ne réussit pas. Trois conditions peuvent se présenter : 1"* le cysticerque est mobile dans le corps vitré; 2<' il est fixe; 3» il est sous-rétinien. Sa localisation est de la plus haute importance. Grœfe, pour déterminer le point du cysticerque, place Tophtalmo* scope au centre d'un cercle, sur lequel un objet doit être fixé par lé malade. Quand le cysticerque apparaît, l'observateur relevant la position du point fixé sur le cercle peut, au moyen de l' entre-croisement des rayons,, déterminer le point d'emplacement du cysticerque. Cet instrument spécial (Nockler, de Halle) parait préférable à la recherche du scotome par le périmètre, car la rétine peut être insensible sur une place bien plus large que le cysticerque ; mais le procédé de Grœfe demande l'intégrité de la vision centrale.
Zœslein, dans une étude sur la distribution des ento- ?oaires sur l'homme, en Suisse, nous donne les indications suivantes pour le cysticerque de Tœil. Hasse, Eberth, à Zurich; Hoffmann, à Bâie, ne l'ont jamais observé» Schoch et Dufour l'ont rencontré' 1 fois. Borner 4 fois,, soit 1 sur 15,000 malades. Grœfe, à Berlin, donne la proportion de 1 pour 1,000. Ces statistiques ne sont-elles pas en contradiction avec la fréquence si connue du ténia, sur les bords du lac de Genève?
L'opération de la cataracte a donné lieu cette année à' quelques remarques, soit sur le manuel opératoire, soit sur le pansement consécutif. Doit-elle être faite pendant le sommeil anestbésique? En Amérique, Hasthel Derby, de Boston, comparant 100 cas opérés sans éther et 100 autres avec éther, conclut des résultats obtenus soit dans les accidents de perte du corps vitré, soit dans l'acuité définitive, qu'il est préférable pour le malade de*
conserver la conscience de ses actes pendant Topération. Carmalt, de New Haven, avoue trois morts par éihérisation.
T. Pridge Teale, de Londres, a cherché à établir la valeur relative du chloroforme et de Téther. C'est à ee dernier qu'il donne la préférence, en employant Tinhalateur de Clover; 6 à 8 onces d'élher suffisent pour les opérations oculaires. La période d'excitation existe à peine dans 1 cas pour 100, et le râle trachéal est rare. En France, presque toutes les opérations de cataracte sénile se font sans endormir les malades.
Fœrster, pour hâter la maturité des cataractes, fait une incision de la cornée et va frictionner le cristallin avec un crochet à strabisme. 11 en profite pour dégager la lentille de ses adhérences avec Tiris et n'a jamais eu dUritis. II pratique aussi cette manœuvre de corélysis, par pression sur la cornée. Fœrster a usé 160 fois environ de cette trituration du cristallin sans accident.
Knapp, qui opère la cataracte par extraction linéaire avec discision périphérique de la capsule, comme Gayet, rend compte de cent opérations pratiquées par cette méthode : 88 résultats sont bons , 7 moyens et 5 mauvais. Il parait d'abord nécessaire de pratiquer une large iridectomie; celte méthode nécessiterait beaucoup plus d'opérations secondaires, malgré l'absence de réaction du côté de l'iris et de la capsule. Knapp a fait, en effet, 40 opérations consécutives, et il admet que, tôt ou tard, 50 pour 100 de ces malades doivent subir la discision secondaire, qui doit être pratiquée cent jours après l'extraction du cristallin.
Fieuzal a trouvé l'occasion d'opérer, par aspiration, quatre cataractes molles, méthode usitée par Bowmann, Teale, Hey et Laugier. Ausset, son élève, recherchant les observations antérieures qui se rapportent à ce procédé opératoire, en trouve 97 avec 91 succès. La gué-
rison est rapide; Topération, inoFfensive; il y aurait donc à revenir à cette pratique quaad elle peut être employée.
Terson, dans deux cas de complication de cataracte avec catarrhe lacrymal, ayant eu à regretter deux insuccès, propose les irrigations continues d'acide borique, les pansements à Touate salicylique, les lavages répétés du sac après Topération, toutes les douze heures, et Tincision de la cornée en bas pour surveiller la chambre antérieure. Il a pu ainsi opérer avec succès deux autres malades atteints de cette même complication.
La question du pansement antiseptique paraît, dans le fond, jugée d'une façon uniforme par tous les opérateurs. Chacun fait de Tantisepsie, qu'elle soit pratiquée avec Facide phénique, Tacide borique, peu importe. Tous, aujourd'hui, reconnaissent la nécessité de ne point introduire le moindre agent infectieux dans l'œil au moment de l'incision ou après l'opération. Galezowski se montre partisan du spray à 1 p. 200 pendant l'opération et pendant les pansements. 11 a pu même arrêter des suppurations au début par le brouillard phénique. L'acide borique est un antiseptique trop faible, suivant lui. Hirschberg ne pratique pas le Lister, mais il lave tout, soigneusement, au benzoate de soude (5 pour 100) et se sert d'eau bouillie. M anfredi emploie l'acide phénique en brouillard, à 3 pour 100, et la ouate phéniquée. Les pansements sont faits pendant cinq à six jours, toutes les vingt-quatre heures, avec le spray. Gradenigo se sert pour le pansement antiseptique d'eau distillée, après lavages méticuleux. Il relève sur 34 cataractes opérées par ce moyen, 34 succès. Le pansement sec est fait avec de petites compresses fines et parfaitement lavées. Strisover, en employant le bandeau amidonné de Marli et le pansement antiseptique, a vu, malgré l'agitation la plus grande du malade , la cicatrisation se faire rapidement.
La névrotomie optico-ciliaire semble perdre du terrain. Si, en Angleterre et en Allemagne, elle a paru être élevée au rang d'une opération préventive sur des moignons indolores, en France, les succès enregistrés deviennent plus fréquents dans nos recueils. Krause a constaté, après Hirschberg et nous -même, la régénération des nerfs ciliaires; il accepterait même leur multiplication plus grande qu'avant la section, ce qui nous parait tenir à une erreur d'interprétation; mais le fait essentiel, celui qui demeure avéré par les examens nouveaux de Krause, c*est le retour de la sensibilité. Meyer, à Paris, est loin d'être favorable à la névrotomie optico-ciliaire, dans Tophtalmie sympathique.
Vélongation du nerf optique a été, suivant les travaux de de Wecker, exécutée par Pamard, pour des douleurs atroces chez un ataxique. Le nerf optique gauche se brisa; il y eut mydiase, puis myosis ; les douleurs avaient cessé, quand la mort arriva subitement. Ce fait n'est pas sans inspirer quelques réflexions peu favorables à la traction sur le nerf optique.
Haase, pour la pratiquer, incise entre le droit supérieur et le droit inférieur, et il accroche le nerf optique en portant Toeil en dehors, puis le tire fortement en avant. Il n'aurait pas eu de réaction, et dans un cas l'opération fut suivie d'une récupération du champ visuel. Kummel a opéré sept élongations du nerf optique sans pouvoir rien formuler sur les résultats opératoires.
Du côté des branches du trijumeau, les résultats sont plus favorables, bien que mélangés aussi à des accidents sérieux. Coppez, dans une névralgie rebelle, datant de vingt ans, portant sur les nerfs sus et sous-orbitaires, a guéri radicalement son malade par Télongation du sousorbitaire. La sensibilité revint au bout de huit jours. Blum^ dans une névralgie rebelle de la face, a pratiqué avec succès l'arrachement du nerf sous-orbitaire; les
douleurs disparurent, et la réaction fut nulle. Bursaux a pu recueillir onze observations de résection de ce nerf sous-orbitaire pour la névralgie faciale. C'est un remède qui doit être précédé de toutes les autres tentatives de médication, mais qu'il ne faut plus hésiter à employer quand les autres ont échoué.
Comme modification du procédé opératoire, disons que Tillaux dénude d'abord le nerf à sa sortie, le lie par un fil, puis relève Tœil pour atteindre le canal sousorbitaire où le nerf est coupé ; celui-ci est enfin arraché avec le fil.
Cependant, Télongation n'est pas toujours exempte d'accidents. Wiett a démontré, dans une excellente thèse écrite sous l'inspiration de Laborde, que Télongation des paires nerveuses avait des retentissements certains sur la moelle et les centres des autres paires. Badal, après une section du sous-orbitaire dans une névralgie, tient d'un de ses confrères que la vision fut perdue du côté correspondant. Nous connaissons un fait d'élongation du même nerf qui fut suivie de suppuration du globe oculaire. Il serait à désirer que le bilan intégral de Télongation fût établi, comme Warlomont a tenté de le faire pour la section optico-ciliaire.
Le traitement des suppurations conjonctivales des adultes et des nouveau-nés rentre dans les méthodes antiseptiques si minitieusement étudiées aujourd'hui.
Abadie place au premierVang les cautérisations méthodiquement pratiquées au nitrate d'argent sur la conjonctive, avec la solution à 3 et 4 pour 100, toutes les douze heures, très-régulièrement. Si la cornée est pure, c'est le seul moyen d'arrêter la marche du mal. Les scarifications, l'acide borique en lavage, aident à la guérison avec la glace. Sa confiance dans cette méthode est telle que, selon lui, la production de l'ophtalmie purulente par Tinoculation blennorrhagique ne doit plus être réser-
vée aux seuls cas de pannus; il voudrait traiter les granuleux par ce moyen, alors que la cornée est intacte, persuadé de pouvoir maîtriser Tinflammation produite par rinoculation. Mais Sedan a vu la perte de Tœil par Tophtalmie purulente survenir chez des granuleux inoculés.
Stelwag, avec les applications froides, emploie rarerement les scarifications et Tincision des commissures. Pour lui, toutes les préparations de nitrate d'argent sont un danger pour la cornée, comme le crayon mitigé. 11 n'accepte que des solutions légères à 2 pour 100 une fois par jour, et dans les cas graves à 3 pour 100, en ayant soin de laver ensuite à grande eau.
Notons en passant que les inoculations de pus blennorrhoïde tendent à devenir beaucoup plus fréquentes en France, et leur succès est loin d'être démenti par les observations nouvelles.
Un médicament nouveau, d'une puissance terrible, a été expérimenté cette année en France contre Tophtalmie panneuse ou granuleuse. C'est Yinfusion de Jequirity, en lotions légères sur les conjonctiyes trachomateuses.
Moura Brazil (de Rio-Janeiro) nous apprend que Yabrus Precalorius est employé depuis longtemps dans les provinces de Géara et Piauhy contre la conjonctivite granuleuse avec lésions chroniques. Castro Silva (de Céara) a publié en 1867 un mémoire sur l'usage de cette plante, et il a eu souvent des échecs à déplorer; il se servait de Tinfusion, à la dose de y^, en lotion plusieurs fois par jour. L'action, on le verra, était beaucoup trop énergique.
Yoici comment se prépare ce médicament, dont les graines rouges contiennent le principe irritant. On laisse macérer 1 gramme de graine, deux ou trois jours, dans 760 grammes d'eau froide. Les graines ramollies sont réduites en une poudre fine qu'on laisse en macération vingt-quatre heures, la nuit à la rosée; on filtre. Le
malade doit se baigner les yeux deux ou trois fois par jour avec cette décoctioa. Il survient tout de suite une. inflammation vive ; le lendemain , les yeux ne peuvent s'ouvrir, les paupières se gonflent; et du muco-pus s'écoule en abondance.
Les graines de Jequirity, rouges, à hile noir, donnent avec Talcool une couleur rouge qui tourne au vert et possèdent une huile essentielle. Moura Brazil, avec 20 centigrammes de poudre sur 10 grammes d'eau distillée, est arrivé à produire les effets recherchés, sans trop d'inflammation.
La macération, au microscope, contient des débris du végétal; si elle est aacienne, elle renferme des spores et desmicéliums, que Silva et Gharyo pensent retrouver dans la suppuration palpébrale.
Wecker a employé avec succès ce moyen qui lui a donné une purulence rapide dans le pannus. L'écoulement dure de dix à quinze jours, sans trop laisser courir de risque à la cornée, même ulcérée. Cartoso a traité les granulations par ces lotions à ~* H touche la conjonctive au pinceau une ou deux fois et détermine ainsi Tophtalmie purulente.
Ces solutions plus ou moins affaiblies conslitueraient donc un moyen précieux, beaucoup moins dangereux que le pus blennorrhagique pour toutes les conjonctivites granuleuses, les pannus, les ophtalmies diphthéritiques. Cependant Terrier, qui a aussi expérimenté ce moyen, n'est pas aussi afflrmatif sur la dispariUon des granulations, et Brazil signale quelques accidents possibles quand l'infusion est forte. La suppuration de i' œil peut se produire. Castro Silva aurait eu même des suppurations des glandes salivaires. Malgré ce danger, il faut reconnaître que nous sommes en possession d'un moyen puissant, qui, bien dosé, nous semble devoir rendre des services dans la thérapeutique des granulations.
Contre Vophtalmie des nouveau^nés^ Horner recommande le nitrate d'argent à 2 pour 100 en instillations, et les compresses d'acide salicylique à 2 pour 100, pendant vingt-quatre heures. Grossmann, outre la désinfection de la mère avant Taccouchement, conseille pour l'enfant les lavages de Tœil à l'acide phénique, à 2 pour 100, pendant les deux premiers jours et trois fois par jour.
C'est aussi à l'acide phénique à 2 pour 100 que de Wecker se rattache pour les lotions sur les yeux des enfants. Les injections vaginales sur la mère avant l'accouchement ont bien fait diminuer l'ophtalmie, mais les lavages seuls de Tœil ont pu la faire disparaître presque complètement dans les Maternités. Rien, du reste, ne s'oppose à l'association des deux méthodes; cependant l'action locale, directe sur l'œil du nouveau-né parait infiniment préférable.
Viodoforme, si répandu dans la [chirurgie ordinaire, s'acclimate en'^ ophtalmologie. Brettauêr l'a recommandé en parties égales avec la vaseline contre les granulations et les affections consécutives. Deutschmann préfère le médicament en poudre. L'œil sain ne le supporte pas, il est vrai, sans une légère conjonctivite, mais jamais Deutschmann n'aurait rencontré les petits abcès signalés par Karl ; il réussit surtout dans les kératites. Grossmann emploie l'iodoforme dans tous les cas de suppuration de rœil, et regarde cet agent comme l'analogue du pansement listérien. Si Junge (de Saint-Pétersbourg) a observé quelques cas d'inflammation, cet accident tient à des applications trop fréquentes. Fischer (de Gratz) fait un remède usuel de l'iodoforme dans les affections blennorrhoïdes et trachomateuses. Galezowski (thèse de Fourquette) préconise l'iodoforme avec la vaseline de 1 à 2 dixièmes, pour les ophtalmies purulentes, croopales» et les kératites. En débutant par des doses faibles, il n^y a pas d'accidents; cependant, la douleur est quelquefois
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exaspérée, et Galezowski reconnaît qu'il peut se produire un peu d'intolérance.
Après essai du nitrate d'arg^ent et de Tacide phénique, Liebrecht (de Hambourg) regarde la solution de sublimé comme un remède d'une énergie radicale dans le pro« cessus blennorrhoïde. Leistikow s'était déjà servi de cette solution au millième ou à 2 pour 1000.
y ossiuSy pour la conjonctivite diphtéritique, emploie la solution à 4 pour 100 d'acide salicylique dans la glycérine. (Rose.) Ce moyen serait inférieur à l'acide phénique et au mélange aqueux d'acide borique et salicylique.
Citons, pour terminer, les tentatives de Sedan employant l'iodure d'argent mercurique contre les granulations. Ce moyen avait été déjà préconisé par Bramer en 1860. Werniclc signale comme un excellent désinfectant le brome volatisé à 4 grammes par mètre cube d'air dans les salles de granuleux.
Landolt, mettant à profit les recherches de P. Bert sur Faction de ïeau oxygénée, s'est servi avec succès de ce liquide contre les affections infectieuses et diphtéroïdes de l'œil. — La pilocarpine est recommandée dans un grand Bombre d'affections oculaires : dans les kératites, par de Wecker et Pitois (thèse 1879); dans les affections rhumatismales de riris, par Abadie et Metaxas ; dans la choroïdite séreuse, par Dor ; dans les hémorrhagies du corps vitré, par Metaxas; dans. le décollement de la rétine, par.Dianoux, et la myopie, par Landsberg. Mais Cuisnier, dans une excellente thèse, rejette ce médicament pour les atrophies papillaires, contre lesquelles Gilet de Grandmont l'avait préconisé. Le collyre doit être à un millième, et les iiyections hypodermiques à 1 ou 2 centigr. ; son antidote est Tatropine. Landsberg a employé cinquante-six foislejaborandi et quarante-quatre fois la pilocarpine, sans accidents, et souvent avec succès. Dans un cas de décollement
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rétinien, ce médicament a paru accélérer le développement d*une cataracte.
Inhasz a cité deux cas d'empoisonnement par Fatropine, heureusement traités par des injections de pilocarpine, répétées de cinq à dix minutes. La dose de pilocarpine doit être triple de celle de Tatropîne et inversement.
Carreras examinant l'effet de Yhomatropine a vu qu'il était différent suivant les âges des malades : avant trente-cinq ans, Thomatropine produit une parésie passagère de Taccommodation, et son action sur le sphincter cesse dans les vingt-quatre heures ; après trente-cinq ans, la paralysie accommodative est bien réelle. Il n*y a pas à craindre d'eczéma palpébral, ni d'irritation conjonctivale comme avec l'atropine.
Dor et Alvarado regardent la duhoisine comme dangereuse en collyre à 1/800 et à 1/500. Il peut survenir, à cette dose , des accidents avec une seule goutte : vomissements, céphalalgie, marche vacillante , évanouissements. Alvarado a constaté une fois l'apparition d'une éruption scarlatiniforme (1/400). Le contre-poison de la duhoisine serait la pilocarpine et Tésérine.
Les derniers renseignements paraissent favorables à l'action de Vésérine dans les affections de la cornée et le glaucome. Mikuseki, relevant douze observations d'ulcères profonds périphériques de la cornée , signale le bon aspect qu'ils prennent sous l'influence de Tésérine. Saltini (de Modène) considère Tésérine comme d'une grande utilité au début du glaucome , dont elle éloigne et affaiblit les accès , sans cependant remplacer l'opération ; mais le glaucome chronique n'est pas influencé , non plus que le glaucome absolu. Saltini expliquerait son action par la dilatation mécanique des espaces de Fontana. Snell a vu, dans un glaucome aigu, l'ésérine faire diminuer la tension et ratnener Tacnité.
Les cas chroniques, d'après lai, sont aussi justiciables de cette méthode. La pilocarpine occasionne moins de douleur, et peut quelquefois remplacer résérine.
Donberg (de Saint-Pétersbourg) arrive à des conclusions analogues sur la valeur de Tésérine dans la période inidale du glaucome. Elle fait disparaître les douleurs et peut produire des améliorations considérables. A rinstitut de Saint-Pétersbourg, toute iridectomie est précédée d'un traitement à l'ésérine. Pour Fésérine, les résultats fournis par 123 cas sont plus satisfaisants que ceux fournis autrefois par l'atropine. L'ésérine complète toujours le traitement par l'incision, dans les ulcères à hypopion.
Instruments. — Les modèles nouveaux se rapportent à des perfectionnements dans i'ophtalmoscope et aux iostruments mesurant l'astigmatisme.
Goursserant a fait construire un ophtalmoscope à double image. Il a utilisé la réflexion plus ou moins intense du verre, suivant son platinage, pour donner à la secoade image réfléchie une intensité plus grande que celle de l'image vue directement. L'image la plus nette, destinée aux élèves, est perçue latéralement à travers un petit appareil conique. Mise au point, elle peut alors être dessinée par une personne étrangère à la médecine,
Galezowski a présenté un ophtalmoscope à réfraction, portant deux miroirs, dont un, mobile, est destiné à l'examen à l'image droite.
Schulten (de Helsingfors) a combiné une disposition permettant l'examen du fond de l'œil à un fort grossis- .sèment. L'appareil se compose d'un miroir réflecteur de 20 centimètres de foyer, renvoyant ses rayons sur un second miroir de 40 centimètres. L'observateur est placé derrière le premier, qui forme le miroir vrai de I'ophtalmoscope; l'œil examiné se trouve sur le trajet des rayons réfléchis par le deuxième miroir. Un foyer
lumineux éclairant d*abord le miroir de 20 centimètres, la distance entre les deux miroirs est de 70 centimètres, et celle de Tœil observé au deuxième compte 52 centimètres. Schulten s* est servi de cet appareil pour vérifier les effets de Texcitation du grand sympathique sur la circulation de la rétine.
Notons, sans pouvoir les décrire, les périmètres enregistreurs de Blix (d'Upsal) et de Mac Hardy. MaklokofF a inventé un sphinctérectome, pince-ciseau de Wecker, avec une érigne, au moyen duquel Tiris se trouve saisi et coupé mécaniquement après Tincision de la cornée.
Javal et Nordenson ont continué leurs remarquables études sur Tastigmatisme. Nous avons déjà indiqué, les années précédentes, à quelle simplicité de manœuvres et de calculs Javal était arrivé pour mesurer la valeur des méridiens de la cornée. £n continuant leurs mensurations sur un grand nombre de sujets , ils sont arrivés à conclure que la cornée est à peu près le siège exclusif de Tastigmatisme. Le cristallin, surtout chez les jeunes sujets, ne donne qu'un astigmatisme compensateur. Nordenson a trouvé que le rayon de courbure de la cornée augmente avec Fâge des enfants, et que chez eux Tastigmatisme, inférieur à une dioptrie et demie, reste compatible avec une bonne acuité visuelle. Avec Tancien instrument d'Helmholtz, si long à manier, ces recherches eussent été impossibles. — Wecker et Masselon, utilisant les études et le principe de Javal, se servent d*un carré de carton noirci, à bord blanc, qu'ils tiennent devant l'œil du malade à 20 centimètres. La déformation de rimage sur la cornée indique la forme de L'astigmatisme. Il suffit d'interposer des verres appropriés pour rétablir la régularité de Timage et corriger la réfraction.
Au Congrès de Milan (août 1880), nous avons entendu, après la communication de Loring, qui avait présenté un petit disque garni de demi-sphères pour mesurer l'astig-
tBatisme, nous avons, disons-nous, entendu Javal énoncer formellement la possibilité de mesurer cette aoiétropie par la déformation des figures réfléchies. En 1881 , à Londres, Javal adoptait ces images à son ophtalmomètre. En janvier 1882, Placido a publié, dans le Journal de Hirschberg, une notice sur un instrument destiné à montrer les irrégularités de courbure de la cornée.
11 se sert d*un disque de 22 centimètres, portant des cercles concentriques blancs et noirs; le centre de Tin* strument est muni d*un tube de 3 centimètres , à travers lequel l'observateur vise la cornée à examiner. Il est aisé, quand les axes des deux yeux coïncident, de bien juger de rirrégularité des images et par conséquent de Tastigmatisme de la cornée éclairée. Javal a présenté tout dernièrement, à la Société française d'ophtalmologie, une série de dessins remarquables, exécutés d'après les images de cornées astigmatiques.
Fonseca , pour corriger plus simplement encore cette amétropie, fait regarder au malade un globe de ■lamphe sphérique sur lequel sont tracés des cercles. Il place ensuite devant Tœil examiné les verres qui corrigent la déformation indiquée par le malade.
F. PoNCET (de Cluny).