MALADIES DES OREILLES ET DU NEZ
I. Démonstration clinique de Flourens sur les canaux demi-circulaires. — II. Structure des polypes de Foreille. — II(. Anatomie normale et pathologique du nez et des sinus, par Zuckerkandl.
I. — M. Moos a publié une observation des plus intéressantes qui confirme cliniquement les expériences de Flourens sur les canaux demi-circulaires. 11 s*agit d*un
jeune homme de vingt ans, atteint d*otorrhéo gauche depuis Tâge de neuf ans, à la suite de la scarlatine. Le 14 mai, on détruisit au galvano-cautëre les polypes qui remplissaient rorellle. Le 21, le jeune homme, bien portant jusque-là, fut pris de vomissements et de vertiges pendant huit jours; le pouls, la température, les pupilles étaient normaux. Le traitement par le quinine resta sans résultat. Quand le malade fixait les objets, il les voyait se déplacer de bas en haut. Le 29, dernier accès de vertige avec vomissements, et deux jours après il revenait à la clinique ; en explorant le reste des polypes, on trouvait sous la sonde un séquestre rugueux qu'on put enlever facilement à la pince. Il était arrondi, long de 9"«, large de 1"", recouvert de parties molles où Ton ne distinguait au microscope que des leucocytes et des cristaux de margarine. 11 était carié, mais en plusieurs points de sa partie concave on distinguait une gouttière très-nette. L'oule était abolie à gauche pour tous les sons.
On voit donc Tirritation du labyrinthe faire apparaître un vertige intense avec vomissements qui disparaît avec Télimination d'un canal demi-circulaire nécrosé, et en même temps, ce qui reste d'audition se supprime complètement. < Ce qui prouve qu'une irritation de l'appareil nerveux terminal peut produire les mêmes symptômes qu'une irritation du centre de l'équilibre, le cervelet, et que la paralysie ou la destruction des nerfis ampullaires fait disparaître le vertige. Ces observations cliniques ont plus de valeur que les expériences physiologiques. Ici, pas de lésion simultanée des centres nerveux, puisque le pouls, la température, l'état physique étaient intacts. »
Du reste, si Baginsky a cherché par ses expériences à enlever toute importance au labyrinthe au point de Yue de l'équilibration, les expériences les plus récentes le con-
^tredtsent, et Hôgyes admet que les terminaisons vestibulaires du nerf acoustique constituent des appareils ter- ,minaux spéciaux qui, suivant la position du corps et de la tète, règlent les mouvements des yeux et vraisemblament aussi ceux des muscles nécessaires à la conservation de Féquilibre.
II. — S. Moos et Steinbrugge ont publié un travail très-intéressant sur les polypes de F oreille. Ce qu'il offre de particulier, outre le nombre des cas observés (100), c'est que Texamen de la tumeur est toujours accompagné de Fétude clinique de la maladie, ce qui permet des rapprochements intéressants entre la structure du néoplasme et le pronostic, les récidives, la résistance aux caustiques, etc. Ce travail confirme cette règle bien connue, qui ne souffre que peu d'exceptions, à savoir : que le polype -est un produit de l'otorrhée; celle-ci ne manquait en .effet qu'une fois (fibrome du conduit). De plus, cette otorrhée provient le plus généralement d'une otite moyenne suppurée, puisque 9 fols seulement sur 93 cas bien observés à ce point de vue, la membrane tympanique était intacte. C'est ce qui explique aussi la fréquence d'implantation .des polypes dans la caisse (68 fois) et principalement sur la •paroi labyrinthique (67 fois sur 68). Il ne faut pas dans l'oreille soupçonner la carie dès que l'on aperçoit des polypes auxquels on applique le nom de fongosités, car -rexpérience clinique démontre que la carie est rare; ainsi, dans ce relevé, dix fois seulement, sur cent, il y -avait lésion du rocher.
Les auteurs rejettent la désignation de polypes muqueux, car outre l'absence de glandes dans la muqueuse de la caisse, les éléments que l'on a pris jusqu'ici pour des glandes tubulées ne sont autre chose que des cavités dues à l'invagination de l'épithélium et à des adhérences des parties voisines entre elles. Ils ont vu quatre fois le
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pédicule offrir une structure éminemment caverneuse, mais ils n'ont pas trouvé un seul angiome, bien que ce genre de tumeur existe réellement dans Toreille (Buck, Moos). Ils conservent les autres désignations en rempla- 4^ant le nom de polypes à cellules rondes par celui de tumeurs de granulations, et en divisant le fibrome ea fibrome vrai et en angiofîbrome. Leurs cas se répartissent ainsi :
Tumeurs de granulation 55
Angiofibromes 27
Fibromes 14
Myxomes 4
Quand la tumeur de granulation (substance fondamenr taie fibrillaire avec nombreux vaisseaux et cellules rondes infiltrées) n'est pas opérée, elle se transforme en angiofibrome par végétation des cellules de la couche adventice et de la couche endothéliale, et transformation conjonctive. La tumeur devient alors très-pauvre en vaisseaux; Tun deux peut exceptionnellement se transformer en kyste. Les fibromes ne se distinguent pas des angiofibromes cliniquement et microscopiquement. Ce •qui les distingue, c'est leur développement histologique, les vaisseaux n'y prenant part que d'une &çon très-indirecte, car le fibrome se développe aux dépens des cellules sorties des vaisseaux. Mais celles-ci, accumulées au voisinage des artères, se transforment en cellules fusiformes, puis en faisceaux de tissu coojonctif. Les cellules étoilées qui ne subissent pas de nouvelles transformar tions constituent des parties myxomateuses enclavées dans le fibrome. Sur les quatre myxomes rencontrés par les auteurs, trois provenaient de la caisse, et Ton peut se demander si ce n'est pas une hypertrophie d'un reste de tissu muqueux qui est survenue à la période fœtale.
Quant à répithélium, 68 fois on trouvait un réseau de Malpighi avec couche cornée, 18 fois un épithélium cylindrique, 3 fois un épithélium en même temps cylia-. drique et vibratile, et simultanément toutes les variétés;, ce qui s'explique par les pressions. Dix fois il y avait 4ine accumulation de lamelles de cholestéatome en différents points de la tumeur.
Les auteurs attribuent aussi une grande importance pratique à la transformation épidermoîdale de la muqueuse de la caisse. Il se produit alors une néoformation de papilles analogues à celle du derme, dont la surface et les intervalles sont recouverts d'un réseau de Maipîghi et d'une couche cornée ; celles-ci, comme celles du derme qui peuvent produire des coadylomes, peuvent donner naissance à des polypes qui, bien que fort petits, opposent un grand obslacle à la guérison, d'autant qu*il se fait simultanément une infiltration des cellules jeunes dans la couche dermoîde, ce qui entretient une inflammation chronique. Ils ont trouvé aussi des épanchements sanguins et du pigment, 3 fois une' hétéroplasie du tissu osseux, 2 fois une nécrose' centrale de la tumeur, et une fois Fapparition d'un kyste. '
Vient ensuite le traitement; nécessité d'opérer immédiatement quand il y a obstacle à Técoulement du pus. Dans le cas contraire, alcool absolu (Poli(zer) ou acétate de plomb (10 à 25 pour 100 avec 5 à 10 gouttes d'acide acétique pour tenir le sel en suspension, Moos). On emploie au plus 10 à 15 gouttes pour ne pas toucher la peau du conduit qui pourrait s'excorier. L'acétate de plomb agit sur les tumeurs de granulations par rétraction des éléments cellulaires, conslriction des vaisseaux et thrombose, d'où il suit que la tumeur se flétrit, se resserre et peut même tomber sans hémorrhagie. On trouve du sulfure de plomb noir dans le stroma; pour les auteurs, l'alcool agirait mieux sur les tumeurs de granu*
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lations, Tacétate de plomb sur les fibromes. Enfîu le galvano-cautère leur semble le meilleur moyen pour éviter les récidives, faire disparaître les petites tumeurs qu'on ne peut atteindre avec Fanse, brâler les cholestéatomes dans la caisse, remplacer le tissu épidermoldal par un tissu cicatriciel sans vaisseaux, etc.
\ in. — Le D' ZuckerkandI, professeur d'anatomie à \ rUbiversité de Vienne, a publié un ouvrage de la plus haute importance et qui constitue le premier Traité d*anatomic pathologique des fosses nasales et de ses sinus. Ces recherches, basées sur Fautopsie de trois ^ cents crânes, offrent la plus grande importance pour les anatomistes, les chirurgiens et les rhinologistes. Ajoutons qu'il est accompagné de quatre-vingt-dix figures. 11 nous est difficile d'entrer dans le détail de ces études d'anatomie normale et pathologique ; nous en extrayons cependant les points les plus intéressants pour tout le monde. L'auteur a constaté souvent la persistance du cartilage qui, chez les nouveau-nés, sépare les deux lamelles de la cloison. Dans la région respiratoire, la cloison est souvent très-épaisse, grAce à la muqueuse qui forme à ce niveau un véritable bourrelet. 140 fois sur 370, la cloison était asymétrique et la courbure n'intéressait le plus souvent que ses deux tiers antérieurs.
La surface respiratoire est plus grande que la surface olfactive, les faces externes des cornets moyens et supérieurs ne contenant pas de nerfs olfactifs. Grâce à la saillie du cornet moyen et à la prolongation en bas du corps du sphénoïde, Tair aspiré arrive difficilement dans la région olfactive, ce qui est le contraire pour Tair aspiré, grâce à la position horizontale des narines.
Pour les polypes, Fauteur établit cinq divisions : "lo hypertrophie delà muqueuse; 2^ polypes proprement
dits à pédicule large ou étroit ; 3*" petites tumeurs mamelounées ou verruqueuses ; 4° végétations polypeuses ; 5° papillomes.
Les polypes proviennent le plus souvent des cornets ethmoïdaux, des bords de Thiatus semi-lunaire, des bords des trous ethmoïdaux ; ils occupent Tinfundibulum, les méats supérieurs et moyens. Il ne les a jamais vus pjrovenir de la paroi supérieure, ni de la paroi inférieure, ni du cornet inférieur.
Le sinus maxillaire est souvent oblitéré (56 pour 100), et dans 25 pour 100 des cas il y avait en même temps asymétrie dentaire. Il peut aussi être divisé en deux étages avec embouchures séparées dans le nez. Outre la saillie des alvéoles, on peut trouver les nerfs dentaires à nu sous la muqueuse du sinus, d'où les névralgies dentaires dans les maladies de cette cavité. Chez Tembryon, cette muqueuse est si boursouflée qu'il ne reste qu'une petite fente remplie d'épithélium et de mucus.
Dans la diphthérie, la muqueuse du sinus ne se couvre pas de fausses membranes, elle devient œdémateuse et ecchymosée. Quant à l'ouverture chirurgicale de cette cavité, il croit qu'on y arriverait de préférence par la paroi interne, immédiatement en arrière et au-dessus de l'infundibulum. Au sujet des tumeurs, il a trouvé un fibrome ossiQant dans le sinus maxillaire gauche d'un homme, sans déformation de la face.
Le sinus sphénoidal varie beaucoup de grandeur; tantôt il est énorme, tantôt absent; quelquefois cloisonné, quelquefois rempli de stalactites. Le trou sphénoidal s'ouvre dans un sillon particulier, et non dans le méat supérieur. 11 se trouve au-dessus de la moitié du sinus, et les sécrétions sont ainsi retenues facilement. — La lame papyracée peut offrir une déchirure qui fait communiquer les cellules elhmoïdales avec l'orbite, 'd'où emphysème possible. — Cet extrait très-incorapict ne
peut malheureusement pas donner une idée de 1* ouvrage, <que nous recommandons vivement à nos lecteurs.
R. Calmettes.