De l'étal présent de la musique... Trad. Brack, t. I
2. Mort après 1770; il était fils de Pierre-Jacques Brillon de Jouy (1671-1736), écuyer, échevin de Paris, avocat au Parlement qui publia différents ouvrages de littérature et de jurisprudence. Cabinet des titres : Dossier bleu, 136. Archives de la Seine, reconst. de l'état civil, Brillon, 14 juin 1726. Sur les Boyvin de Hardencourt, voir ms. français nouv. acquis. 20.533 f» 309.
3. Mss. Parent de Rozan, t. XXI, p. 134. M"" Brillon qui l'avait acquise le 6 août 1770 la revendit pour 60.000 livres le 13 juillet 1787. Elle habitait déjà Passy avant 1770. De 1776 à 1788 elle posséda encore une autre maison, à l'extrémilé opposée de la rue Raynouard, peut-être le numéro 13.
Plusieurs œuvres musicales furent dédiées à M"^ Brillon de Jouy ; on trouve son nom sur les trois sonates en trio que Eichner publia en 1771 ^ Elle put jouer sur la harpe quelques-unes des sonates dont Boccherini lui adressa l'hommageet qui constitiientun ensemble fort séduisant. L'originalité de Boccherini ne s'y dégage pas tout entière d'influences extérieures. Il fallut le séjour d'Espagne pour donner à sa musique son charme pénétrant. Pourtant on note déjà à plusieurs reprises la phrase « amoroso », « espressivo » qui s'étire ou se déroule avec une languissante souplesse et que nul ne sut manier autant que lui ^. (Sonate IIl).
Moderato con espress.
Dans les salons du baron de Bagge et de M"*^ Brillon de Jouy se firent entendre de nombreux musiciens qui, par le caractère de leurs œuvres appartiennent plus au passé qu'à l'avenir et se montrent surtout les élèves des symphonistes allemands. Burney cite au premier rang Pagin un excellent violoniste dont nous connaissons peu les œuvres ^ Entré au Concert spirituel en 1747, premier violon du comte de Clermont jusqu'en 1771, il devait être fort apprécié du baron de Bagge, puisqu'il avait reçu des leçons de Tartini dont il jouait à Paris les sonates et les concertos.
Pierre Gaviniès, artiste déjà bien connu, a dédié au baron de Bagge l'œuvre suivant :
Six I concerto | à violon principal | premier et second dessus, deux hautbois | deux cors, alto et basse [ dédiées | à M. le baron | de Bagge j seigneur héréditaire des terres de Seppen | Diensdorff, Cronen et Baggenhof | composées par P. Gaviniès |
1. « 3 sonates en trio pour clavecin ou piano forte avec violon et violoncelle ad. lib. » par Ernesto Eichner, maître de concert de S. A. S. Mgr. le duc de Ueu.x-Ponts, op. 3.
Cf. Avant-Coureur, 1771, p. 787.
Mercure de France, 177:2, janvier, I, 178.
2. Bibl. Nat., Ym' 1522. Le premier violon seulement gravé et ms.
3. A la Bibliothèque nationale, Top, I, sonates pour violon et basse, dédiées au prince Grimberghen, avec une intéressante préface Vm' 798. Eitner donne la date de 1748, fort admissible. Le prince Grimberghen est mort le 8 novembre 17o8.
ly œuvre | gravé par M"<= Vendôme chez M. Moria | Prix 36 1. | à Paris | ciiez l'auteur rue Saint-Thomas-du-Louvre | et aux adresses ordinaires de musique | a. p. d. Pi. | imprimé par Richomme (f° s. d. Bibl. du Cons.)'.
Suivent quelques lignes adressées au baron de Bagge : « Monsieur, ceci est moins une dédicace qu'un témoignage authentique des sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être, etc. » Ces concertos d'ailleurs n'offrent pas grand intérêt ; l'invention en est pauvre et l'on n'y trouve rien qui annonce le véritable style symphonique.
A la même période appartiennent les « six sonates pour deux violons et basse dédiées à M. le baron de Bagge, composées par M. Helbert, op. l,prix 7 1. 4 s. ». (Paris, au bureau d'abonnement musical)-. Symphoniste dans l'orchestre delà Comédie-Française, Helbert a publié plusieurs recueils de trios à cordes (6 trios, op. 3, 1774), 6 duos de flûte (op. 5, 1780) et quelques ariettes.
Comme jadis La I^ouplinière, le baron logeait parfois ses musiciens ; c'est le cas du claveciniste Edelmann qui fait annoncer sa première œuvre avec la mention « chez l'auteur rue de la Feuillade, maison de M. le baron de Bagge » ^\ Le Mercure de France en fait l'éloge suivant': « Ces sonates sont d'un excellent goût de composition et dans les bons principes des écoles italiennes où M. Edelmann a formé son talent ». L'année suivante, toujours logé chez Bagge, Edelmann publie une symphonie pour clavecin avec accompagnement de deux violons, deux cors, basse ad libitum *. En 1777 Edelmann a quitté le baron de Bagge et il habite chez M. d'Argenville, rue du Temple ; c'est là qu'il publie l'op. 5".
Vers 1770 Bagge parait avoir fait la connaissance du violoniste Joachim Traversa, élève de Pugnani et musicien du prince de Carignan, qui débuta au Concert spirituel le 15 août 1770 ; les journaux
1. L'op. I de Gaviniès est de 1760 ; Top. IV se place bien par sa technique aux environs de 1770.
2. Avant-Coureur, 3 juillet 1769, p. 422. Nous n"avons pu retrouver ces sonates.
3. « 6 sonates pour le clavecin avec accompagnement d'un violon ad libitum dédiées à M"° de Chastel » (Vm' 3448). Cf. Mercure, mars 1775, 203.
4. Op. IV dédié à M"» Griffon de Romagné. Mercure, juin 1776, 207.
a. Edelmann a composé quelques opéras sur des livrets de Moline dont il avait fait la connaissance dans les salons de Bagge : Ariane dans l'île de Naxos (21 mai 1783). Le Pouveir de l'Amour, ariette française ajoutée à l'acte du Feu de Piccinni (Gonc. spirituel du 19 mars 1783). Cf. Journal de Paris.
accordent les plus grands éloges à son jeu brillant, tout en critiquant le clioix de ses morceaux. La chronologie des œuvres de Traversa est difficile à établir, la plus grande partie de sa musique étant publiée sans numéro d'œuvre. Il dédia au baron de Bagge le recueil suivant :
Six I quatuors | concertant | pour 2 violons, alto et basse ] dédiés I à M. le baron de Bagge | par J. Traversa | Prix 9 1. | à Paris I chez M. Le Duc rue Traversière-Saint-Honoré au magazin | de musique 1 s. d. '. Ces quatuors doivent plus à l'influence italienne qu'à l'influence allemande ; mais c'est souvent de Haydn qu'ils paraissent s'inspirer dans des phrases comme celle-ci dont le début est assez heureux :
QuatuorV AlP molto
Traversa dédia un autre recueil de quatuors concertants à Charles Eugène de Lorraine, prince de Lambesc dont il était premier violon -.
Gossec, Boccherini, Helbert, Traversa constituent un premier groupe de musiciens avec lesquels le baron de Bagge fut en relations de 1760 à 1775. Leurs œuvres ne font guère que développer des thèmes connus, des manières créées entre 1750 et 1760. De 1775 à 1780 une nouvelle génération apparaît en scène ; il n'est pas jusqu'aux termes eux-mêmes qui ne se modifient ; le mot de symphonie s'établit avec son sens actuel ; à partir de 1770 on appelle « concertant » un quatuor ; pour se distinguer du trio et du quatuor la symphonie est dite « à grand orchestre » ; enfin le genre sonate est définitivement vaincu par le genre concerto.
En 1779 l'Almanach musical écrit non sans ironie (p. 75) à propos d'une sonate pour violon et basse de F. La Motte, op. 5 : « Grâce à Dieu et peut-être au progrès de la bonne musique, il n'a paru dans