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Chap, XIII. Œuvres (éd. Assézat), IV

LULLISTES ET KAMISTES 191

préface des fndes galantes (1735) : « Toujours occupé de la belle déclamation et du beau tour de Chant qui régnent dans le récitatif du grand Lully, je tâche de l'imiter, non en copiste servile, mais en prenant comme lui la belle et simple nature pour modèle w. Il revient à la charge en 1738 dans de brèves Remarques perdues dans la volumineuse collection du Pour et Contre. Le Journal de Trévoux l'accusait d'avoir a découvert des imperfections jusques dans les plus grands modèles, les Corelli, les Lully ». Et Rameau de répondre, sur un ton où l'on sent la colère : « J'ai toujours considéré Lully comme un grand maître et ne l'ai jamais cité que pour le louer. Voyez en effet les pages 80 et 90 de mon nouveau système, où je rappelle son monologue d'Armide,

Enfin il est en ma puissance,

pour prouver combien son beau naturel répondait à l'ordre de la plus parfaite modulation.

« Prêtera-t-on encore longtemps l'oreille aux discours supposés qu'on ne cesse de m'attribuer, lorsqu'on ne me ménage même pas sur des faits dont chacun peut avoir la preuve en main ? ^ »

Il ne saurait être question ici d'entrer dans le détail de toutes les disputes soulevées par l'apparition successive des divers opéras de Rameau. Il convient toutefois de marquer par quelques faits caractéristiques les principales phases de cette lutte de vingt ans.

En somme, malgré la cabale, aucune œuvre de Rameau ne subit de véritable échec. Les batailles qu'il livrait étaient rudes, mais enfin il les gagnait. Hippolyte et Aricie, sa première pièce et la plus discutée, eut plus de trente représentations dès le début-, signe évident de l'intérêt qu'y prenait le public, bien que Rameau eût sans

1. Remarques de M. Rameau sur l' extrait qu'on a donné de so?i livre intitulé : Génération harmonique dans le Journal de Trévoux, décembre 1131 {Pour et contre, t. XIV [1738], p. 78-7'J). C'est sans doute un de ces « discours supposés » qui fera dire à Roy, en i74o, que Rameau « se serait offert à refaire la musique de Phaéton et des autres chefs-d'œuvre de Lully, qu'il regarda, dit-on, d'assez mauvais œil ». (Lettre insérée dans les Jugements sur quelques ouvrages nouveaux, t. X, p. 352). Peut-être Roy a-t-il tiré cette information d'un libelle paru la même année et où l'on dit : « J'affirme que ce singulier compositeur ne sera dans tout son jour que lorsqu'il mettra en musique Phaéton et Armide. Vous n'ignorez pas que c'est une faveur qu'il a promise au pubhc, et offerte généralement par souscription ». [Lettre de M. le baron de*** ou Apologie des fêtes de Polymnie, p. 2.)

2. Malherbe, commentaires aux OEuvies complètes, t. VL P- lx.

cesse à lutter contre le mauvais vouloir des acteurs et des musiciens. Le Mercure parle de « l'accueil favorable que le public a fait à cet opéra », et il ajoute : « lé musicien a forcé les plus sévères critiques à convenir que dans son premier ouvrag-e lyrique il a donné une musique mâle et harmonieuse, d'un caractère neuf» ^

La musique si variée des Indes galantes (173o) eut peut-être un succès encore plus continu. Les lullistes ont beau crier à « l'inintellig"ibilité », au « galimatias », se déclarer « tiraillés, écorchés, disloqués » - ; l'œuvre fait son chemin dans la faveur du public et finit par faire pâlir les anciens opéras, ceux mêmes du sacro-saint Lulli. Nous possédons ici un témoignage encore plus sûr que celui du Mercure, ce sont des Nouvelles à la main écrites à un ami de province par un luUiste déclaré, qui enregistre avec désolation les progrès du goût nouveau. Les reprises des Indes Galaoïles font déserter Thétis et Pelée, le meilleur opéra de Collasse^ et, en peu de temps, « ont anéanti Médée et Jason », une œuvre du musicien Salomon, reprise assez mal à propos^ Bientôt, de l'aveu même du luUiste, le ballet de Rameau ira jusqu'à troubler dans sa gloire la grande ombre de Lulli. « Quelque baroque que soit sa musique, elle trouve de grands admirateurs; mais j'ai grand peur que si le goût nouveau prend le dessus, il ne fasse tort aux opéras de Lully s... Il est étonnant de voir le progrès du goût qui prend pour cet Amphion moderne ; bientôt on ne pourra plus voir d'autre opéra que les siens ^... On a toujours une mreur pour les Indes galantes de Rameau, qui va jusqu'à l'aveuglement. Je crois même qu'on va reculer Persée, un des plus beaux morceaux de musique de Lully, tant l'on craint que le trop prochain voisinage de Rameau ne le fasse tombera » La reprise de Persée (14 février 1737) montra combien ces craintes étaient justifiées. Voici les nouvelles que le luUiste envoie à son ami après la représentation : « On a donné avant-hier Persée à l'Opéra. Les décorations et les habits en sont superbes; on

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