‹ L'Année musicaleChapitre 106 sur 159 · Ibid., i'o 16 v» (lettre du 22 janvier · texte numérisé non relu

Ibid., i'o 16 v» (lettre du 22 janvier

LULLISÏES ET RAMISÏES 193

n'ose pas dire tout haut la même chose du poème et de la musique, tant le mauvais goût prend le dessus. Ceux qui n'osent pas encore lever le masque disent que cela est beau, mais que cela ennuie ; il leur faut du Piameau pour les éveiller. La musique de passion faite pour le cœur et le sentiment n'est point leur fait. C'est là cependant, Monsieur, presque le goût général, et il n'y a que peu de gens qui échappent à la corruption » ^.

Pourtant la lutte est loin d'être terminée. Le succès douteux de Casior et Pollux (1737), qui obligea Rameau à retoucher son ouvrage ^ redonne confiance aux luUistes. Les opéras de Lulli se défendent : Persée semble avoir un regain de faveur et « se soutient très bien, en dépit des rameauneurs [sic) qui sont furieusement consternés de la disgrâce de Castor. On prépare Alys, qu'on donnera le 8 du mois prochain. Lully reprend à l'Opéra ses anciens droits... ))^ Mais le parti du goût nouveau relève la tête avec les premières reprises à' Atys, « qui n'a pas eu, à la honte du goût du siècle, tout le succès qu'on en devait attendre. Nos jeunes femmes l'ont trouvé triste et vieux; et nos jeunes gens qui n'y ont trouvé que du sentiment et qui ne connaissent point cette langue-là, n'ont fait que bâiller dans les scènes les plus intéressantes » *. Bientôt après, nouveau revirement : le même opéra, chaudement défendu par les lullistes, réussit à se maintenir avec succès ^

Ces quelques exemples peuvent nous donner une idée des fluctuations du goût, des incertitudes de l'opinion ; ils laissent entrevoir l'acharnement des deux partis et toutes les manifestations, toutes l.es disputes, dont l'écho n'est pas arrivé jusqu'à nous. Au théâtre,

1. Ibid., f» 249-250 (lettre du 16 février 17S7). Il est assez piquant de rapprocher le ce passage la note officielle et conciliante du Mercure (février 1737, p. 359) : « Tout le monde rend aujourd'hui justice à la beauté du poème et de la musique de cet opéra, si on en excepte un petit nombre, un peu trop affectés, peut-être, de certaine musique moderne ».

2. Mercure, novembre 1737; Pour et contre, t. XIII (1737). p. 315.

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