fercwre, janvier
LULLISTES ET RAMISTES 197
années 1748-1749, Rameau occupe presque à lui seul la scène de l'Opéra. « Depuis le printemps de l'année dernière, lit-on dans le Mercure de mai 1749, on a joué les Talents hjriques, Zaïs, les Fêtes de r Amour et de VHijmen, Pygmalion, Platée et Nais. Jusqu'à présent il n'était arrivé à aucun autre de nos musiciens de voir six de leurs ouvrages se succéder ainsi au théâtre dans le cours d'une année. » ^
D'Aquin, qui, lui aussi, relève le fait avec enthousiasme, ajoute : « J'ai vu des gens au désespoir de cet événement si favorable à M. Rameau ^ « Ce sont sans doute ces lulhstes mécontents qui, à la faveur de l'étonnement produit par le bizarre sujet de Platée (9 février 1749), essayèrent de diminuer, aux yeux du public delà province, le succès de ce ballet bouffon. Rameau écrivit à cette occasion au directeur du Mercure une lettre de protestation que ses biographes paraissent avoir ignorée et qui est également importante pour l'histoire de l'œuvre ^ pour la querelle du ramisme et pour la connaissance du caractère de Rameau. Je me permets donc de reproduire ici en entier le texte de cette lettre * :
Lettre de M. Rameau à M. Rémond de Sainte- Albine.
« Je ne puis me dispenser, Monsieur, de relever un fait avancé dans le Journal des Savants du mois dernier sur mon opéra de Platée.
« 11 y est dit, à propos des poèmes lyri-comiques du feu sieur Hautreau, que des cinq poèmes de ce genre de cet auteur, il n'y a eu que Platée qui ait paru sur le théâtre, et qu'il n'a pas réussi, quoique mis en musique par, etc.
« Je passe sous silence l'éloge que ces messieurs ont bien voulu faire néanmoins de mes talents, et je leur en suis toujours bien obligé ; mais je vous avoue qu'un peu plus d'exactitude m'aurait flatté davantage.
1. Ou plus exactement de quatorze mois, comme le remarque M. Arthur Pougin [Jélyotte, p. 172, n. 3), Zaïs étant du 29 février 1748.