Siècle littéraire de Louis XV, t. I, p
3. Surtout en l'absence du registre des recettes « perdu pour cette période » (Malherbe, Commentaires, XII, xxix).
4. Mercure, juillet 1749, p. 116-118. Pour ce texte comme pour toutes les autres citations, j'ai adopté l'orthographe moderne, excepté dans les noms propres.
198 l'année musicale 19U
« Je ne crois pas qu'il y ait eu au théâtre de succès plus marqué que celui de Platée.
« Les sept premières représentations données dans l'espace de dix jours, et que l'on pourrait équitablement réduire à six, vu qu'il fut joué le jeudi, jour du feu de l'Hôtel-de-Ville, et les trois derniers jours gras consécutivement, ont produit 19672 livres 10 sols
« Les six représentations qui en ont été données ensuite dans le carême, uniquement pour satisfaire à l'empressement du public, l'intention n'ayant été d'abord que de la donner en carnaval, ont produit 11892 livres, ce qui fait près de 32000 livres en treize représentations.
« Cela joint à la comparaison des dernières représentations de ce ballet, donné les mardis et les jeudis, avec les premières d'un ouvrage d'un autre genre que l'on donnait les vendredis et les dimanches S sont des preuves écrites que je ne me serais jamais cru dans la nécessité d'opposer, tant la chose est notoire ; aussi n'estce point pour rectifier cet écrivain auprès des personnes qui habitent Paris, que je vous supplie. Monsieur, d'insérer ma lettre dans le Mercure, mais bien pour les provinces, qui ne peuvent être instruites de beaucoup de faits que par les journaux, et que l'on devrait par conséquent avoir plus d'attention à ne pas induire en erreur. D'ailleurs je suis trop jaloux du succès que le public daigne accorder à mes ouvrages, pour souffrir qu'on cherche à en diminuer le nombre. > ■
« Pénétré ^ de la plus vive et de la plus sincère reconnaissance des nouvelles marques qu'il vient de me donner encore de sa bonté, à l'occasion de mon Opéra de la paix, j'ose vous assurer que je ne me sens que plus encouragé à mériter la continuation d'une faveur qui a été et sera toujours l'objet de tous mes vœux, et que je ne désirerais rien tant que d'être plus à portée de lui procurer encore plus de plaisir, et de pouvoir à mon gré pousser aussi loin que j'en puis être capable un art qui a fait seul l'occupation de toute ma vie. « J'ai l'honneur d'être, etc. »
Le ministre d'Argenson, qui n'aimait pas Rameau ni sa musique,
i. Il s'agit sans doute de Nais ou VOpéra de la paix (avril 1749), dont Rameau parle plus loin.
2. Ce dernier paragraphe est cité dans d'Aquin, Siècle littéraire de Louis XV, t. I, p. 79.
LULLISTES ET RAMISTES I99
et qui, depuis 1747, avait la haute main sur les affaires de l'Opéra, s'émut de voir tant d'ouvrages de Rameau représentés en si peu de temps et interdit qu'on donnât plus de deux opéras de lui par an'. Même après 1750, notre musicien, bien qu'universellement admiré, rencontra de ce côté-là des difficultés pour faire représenter ses , œuvres nouvelles ^ Les derniers lullistes durent naturellement trouver en d'Argenson une protection puissante ; ils réussirent en partie à entraver les représentations de Z oroastre (décembre 1749). « C'est à cette jalousie, avoue le ramiste d'Aquin, que le magnifique opéra de Zoroastre a été sacrifié. Les acteurs ne sont-ils pas malades quand ils le veulent ? » ^ Les ennemis de Rameau lui opposent Mondonville et son Carnaval du Parnasse, dont l'éclatant succès fait tort à Zoroastre et aux reprises de Platée (janvier-février 1750) *, ce qui, assure Collé, a « fort mortifié Rameau ».
Un témoignage de 1750 montre bien quelle était alors cette gloire inquiète, ce triomphe sans cesse troublé. « Sa gloire est au plus haut degré oii celle d'un homme vivant puisse monter; mais tous ses adversaires ne sont pas détruits. Les prétendus gens de goût crient qu'il est perdu en France, que le mauvais genre de Rameau ruine le théâtre... L'Europe admire ses ouvrages, tout Paris y court en foule, quelques musiciens jaloux les décrient, quelques acteurs même les desservent, ou les arrachent tout vivants à l'avidité du public. On ignore quels seront enfin les derniers retranchements de ses ennemis. » ^
Pourtant il semble bien que la reprise de Pygmalion (mars 1751) « a terrassé la cabale » ^ Ce fut une apothéose. Des applaudissements frénétiques éclataient à chaque morceau ; Rameau, aperçu dans une loge, fut acclamé d'un commun élan par les spectateurs et par l'orchestre ''. « Ces applaudissements ont comblé de joie le pauvre Rameau, à ce que m'a dit Monticourt, qui vit ce grand artiste
1. Collé. Journal (juillet 1749), édit. Bonhomme, 1,82-83. Certains prétendaient même qu'il voulait n'en tolérer qu'un seul.