Mercure, avril (p. 167) et mai (p
quelques jours après ; il était transporté, il pleurait de joie. Il était ivre de l'accueil que lui avait fait le public, il jurait de lui consacrer le reste de sa vie. M. le prévôt des marchands, lui disait-il, ne veut pas faire jouer trois tragédies, deux ballets et trois actes séparés que j'ai tout prêts ; mais, monsieur, le public trouvera tous ces ouvrages à ma mort, et je travaillerai jusqu'au dernier soupir pour lui marquer ma reconnaissance ' . »
Malgré les oppositions auxquelles il fait allusion, Rameau donne, cette même année, l'acte de ballet de La Guirlande (septembre 1751) et Acanthe et Céphise (novembre 1751), « pastorale héroïque » représentée à l'occasion de la naissance du duc de Bourgogne. Les années 1751-1 752 marquent l'apogée de la fortune de Rameau et la fin de la querelle entre lullistes et ramistes. Le rude lutteur n'a pas encore fini de batailler : il recommencera bientôt, mais les adversaires auront changé, ainsi que l'objet de la dispute. Pendant cette courte trêve, il peut jouir presque en paix de sa victoire ; c'est probablement de cette époque que date l'estampe attribuée à Basan et intitulée Le Triomphe de Rameau, où l'on voit le musicien, debout sur un char de triomphe et couronné par une victoire ailée '. Sans doute, il se fait vieux, et, à ses œuvres nouvelles, certaines voix désobligeantes commencent à murmurer le Solve senescentem d'Horace ^. Mais qu'importe ! Il est maintenant « au-dessus de l'éloge et de la critique » *. Et l'impression finale que laisse la querelle enfin close nous est donnée par les paroles enthousiastes de d'Aquin » : « Oui, notre Orphée a remporté une victoire complète ; ses ennemis sont terrassés, et s'il y a encore quelques factieux qui conspirent en secret, je dirai avec un de nos premiers poètes que ce reste de sédition
N'est qu'un bruit passager des flots après l'orage, Dont le courroux mourant frappe encor le rivage, Quand la sérénité règne aux plaines du ciel. »
Venons maintenant aux idées engagées dans la querelle. Certaines