‹ L'Année musicaleChapitre 113 sur 159 · Pluche. Le spectacle delà nature, t. VU, p · texte numérisé non relu

Pluche. Le spectacle delà nature, t. VU, p

3. Nouvelles à la main (18 et 20 novembre 1739), retrouvées par M. Emile Dacier. Cité par Malherbe, X, xlix et l.

4 Nouveaux amusements du cœur et de l'esprit, nouvelle édition, t. I, p. 96 (la première édition estJdeM737).

cataloguer les individus. Il devait forcément exister dans le public, pour les débuts de Rameau à l'Opéra, une prévention mal avouée, que les lullistes ne manquèrent pas d'exploiter en insinuant que les mathématiques n'avaient que faire au théâtre. L'harmonie de Rameau, disent-ils, « prend un ton géomètre qui effarouche le cœur » et « n'offre que de grandes vérités d'algèbre » ^. « C'est qu'il est difficile de faire de la musique avec de la géométrie - ». « La géométrie, introduite dans la musique, retranche des fautes ; produit-elle des beautés?^ » Favart lui-même, dans sa parodie d'Hippolyle elAricie'*, fait dire plaisamment à Phèdre :

Ah ! je vous entends, Taran, tantan, taran, tantan.

Puisqu'à mobstiner on s'applique.

Qu'une musique

Géométrique Taran, tantan, taran, tantan, Soutienne mes maigres accents.

A vrai dire, cette impression pourrait être justifiée en partie par certains passages d'allure un peu raide, de construction un peu mécanique et de contour un peu anguleux que l'on rencontre parfois dans l'œuvre de Rameau à côté de mélodies infiniment souples et gracieuses. Cela suffisait, joint à la réputation scientifique de Rameau, pour donnera la critique lulliste une portée redoutable. Il fallait compter aussi avec cette aversion pour le raisonnement, assez fréquente chez les purs artistes et qui, au dire de Jean-Jacques Rousseau % portait les musiciens « élèves » de Lulli à se déclarer « scandalisés de voir un confrère réduire son art en principe, l'approfondir et le traiter métliodiquement ».

Aussi affecte-t-on de reconnaître la complexité savante de son harmonie, mais c'est pour lui contester le don de l'invention mélodique et du « beau chant ». N'a-t-il pas osé avancer, dans ses ouvrages

1. Cartaud de la Vilate. Essais... sur le goût (1736), p. 292-293.

2. Clément. Les cinq années littéraires, t. II (1750, )p. 76.

3. Roy. Lettre sur L'opéra, dans les Lettres sur quelques écrits de ce temps, t. II (1749), p. 20. Voir aussi Meusnier de Querton, Règlement pour L'opéra (1743). p. 9 : « Nous avons (.les musiciens géomètres ».

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