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Scène III

5. Dissertation sur la musique moderne (1743), préface, p. V.

LULLISTES ET RAMISTES 205

théoriques, que la mélodie dérive de l'harmonie et lui est logiquement postérieure dans révolution de l'art musical ? A cette assertion mal interprétée, les lullistes répondent « que le premier pas de notre musique et de celle de tous les peuples qui ont eu quelque culture, a été de former un chant ; et le second pas, de nourrir et de relever ce chant par dagréables consonnances ; qu'ainsi l'harmonie est une beauté de second ordre, et nécessairement subordonnée à la première ; que c'est une suivante qui doit être attentive à aider, à produire, à faire valoir sa maîtresse, et non à la cacher; moins encore à la détruire^ w. Au lieu de cette harmonie discrète, que trouve-t-on dans l'opéra de Rameau ? Des « accompagnements tumultueux », oi^i « toutes les voix sont couvertes par l'orchestre »-, de ces accompagnements « insolites » et qui « se moquent de leur sujet », selon le mot de de Mairan ^. « On dirait que le but de l'harmonie est d'étouffer et d'anéantir totalement la mélodie. Et ce n'est pas après tout un grand dommage ; car il n'est plus question de ces chants délicieux qui agissaient autrefois si puissamment sur l'âme, qu'ils troublaient et allaient même jusqu'à suspendre quelquefois ses facultés. L'honneur de ces grands renversements de l'âme appartient aujourd'hui aux dissonnances : il faut à notre goût usé des fugues, des tenues, du contrepoint, une foule prodigieuse d'accords, et l'on en est venu au point de, satiété que les moins naturels sont devenus les plus agréables '*. »

Pour se plaire à ces difficultés, pour goûter ces harmonies recherchées, il faut être « connaisseur » ou même « savant ». Or, être connaisseur ou savant, c'est, en somme, le fait de quelques privilégiés. La musique nouvelle s'adresse donc au petit nombre,

et dans le même temps

Qu'il paraît qu'elle pique

Quinze ou vingt prétendus savants.

Elle ennuie à mourir plus de mille ignorants \

Les lullistes de bonne foi n'ont jamais contesté que leurs adver-

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