‹ L'Année musicaleChapitre 115 sur 159 · Pluche, Le spectacle de la nature, t. VII, p · texte numérisé non relu

Pluche, Le spectacle de la nature, t. VII, p

2. Lettres à M""= la marquise de P... sur l'opéra (1741), p. 152-153.

3. Clément. Les cinq années littéraires, t. I (1749), p. 215.

4. Rémond de Saint-Mard. Réflexions sur l'opéra (1741), p. 45-46.

5. De Boissy. Le Badinage, scène IX, p. 48 (à propos d'Hippolyte et Aricie).

206 l'année musicale 19H

saires ne leur fussent supérieurs en culture musicale. S'il se rencontre un ramiste dans un cercle d'amis qui se réunissent pour faire de la musique, on est généralement obligé « de le ménager ; car il est l'âme de nos concerts. Il bat la mesure ; il fait répéter à nos dames leurs parties ; il donne le ton ; il change de cent instruments ; du violon il passe à la basse de viole, pour prendre un hautbois ou un basson, et dans un besoin il chante et s'accompagne du clavecin^ ». Mais, en dehors des musiciens de profession et des maîtres de chant, qui peut s'attarder à ces études superflues? Qui donc a le loisir d'apprendre les règles de la composition et de s'acharner à reproduire « les roulades du serin et les soupirs du rossignol », au lieu de chanter tout bonnement, comme autrefois ? Tout au plus quelques grands seigneurs, quelques gens du monde. Et ici la querelle prend un caractère social assez curieux. « Nous autres qui faisons la multitude, s'écrie le brave abbé Pluche, nous sommes peu touchés de ces agréments si apprêtés. Nous les abandonnons sans peine aux personnes du grand monde, chez qui ils semblent avoir trouvé leur principal refuge ^ » Ce n'est plus maintenant que Ton entendrait sur le Pont-Neuf, comme au temps de Lulli, les airs de l'Opéra; ils ne sont même plus accessibles à la « bourgeoisie ». « ... De toutes les paroles que nos musiciens modernes habillent en falbalas, ou qu'ils découpent en zigzags et en pretentailles, il n'y en a aucunes qui descendent jusqu'à nous, et qui fassent fortune dans la bourgeoisie^. » A celle-ci, Lulli, Campra, Lalande, Destouches fournissent des airs qui «sont encore les délices de la multitude ». Aussi les ramistes ne manquent-ils pas de les traiter de « musiciens bourgeois ». La musique de Lulli était populaire, au sens large du mot ; la musique de Rameau est plutôt aristocratique.

C'est que la tragédie lyrique de Lulli était encore une tragédie, dont l'intérêt dramatique avait de quoi captiver l'attention du grand

1. Letlre à M'^'^la marquise de P... sur l'opéra {ilil), p. 144-145.

Page 1