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Le spectacle de la nature, t. V[l, p

3. Jbid., p. 126-127. Voir aussi, ibid., p. 126 : « Mais comme le volatil le plus outré en fait d'ouvrages d'esprit a été de mode parmi ceux qui aiment plus l'éclat que la justesse, jusqu'à traiter Virgile, Despréaux, Racine et Molière de poètes bourgeois, qu'on pouvait abandonner aux esprits du moyen étage ; le volatil a aussi son règne en fait de musique. Lulli, Campra, la Lande, Destouches, et Couprin, dont les airs sont encore les délices de la multitude, sont assez communément traités de musiciens bourgeois dans les concerts prétendus réformés ».

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public, tandis que l'opéra de Rameau n'est guère autre chose, assurent les luUistes, « qu'un concert dansant^ ». Les belles « scènes » pathétiques où triomphait le récitatif de Lulli ont presque disparu de l'opéra nouveau et sont d'ordinaire sacrifiées aux « fêtes », aux divertissements. Sans doute, cette décadence du récitatif est en partie imputable à la faiblesse des livrets et à l'absence de poèmes touchants ou vraiment tragiques. Mais Rameau n'aurait-il pu trouver de meilleurs librettistes s'il s'était vraiment soucié du poème et s'il avait voulu les payer davantage ? Et dans ses airs de chant, si « fardés », si «bizarres », si « peu naturels » -, qu'ils semblent composés uniquement pour faire briller les chanteurs virtuoses, est-ce encore la faute du poète, si le musicien se moque à tout instant des paroles? Qu'on les supprime donc, ces paroles, et que les musiciens « baroques » se contentent, « pour appuyer leur chant, de pousser des sons inarticulés et de pure fantaisie, selon qu'ils les trouveront compatibles avec la volubilité des agréments modernes'' ». Quant aux divertissements et aux danses, ils prennent tant d'extension dans l'opéra, qu'ils envahissent tout ; « tout est mis en ballet* ». Qu'est devenue ainsi la tragédie lyrique ? « Cinq fêtes mal cousues, et précédées chacunes d'un petit prologue : est-ce là une action, est-ce là une pièce de théâtre ?^ » L'équilibre assuré parle génie de Lulli entre la poésie, la musique et la danse sous l'hégémonie de la première, ce sage équilibre est désormais rompu. La musique, qui devrait être « esclave de la poésie*' », l'a réduite à son tour en servitude, et ce « faux et ridicule préjugé » s'est établi^ « que la musique seule fait tout le mérite d'un opéra ' ».

1. Roy. Ultatienne (petite comédie pour la clôture du Théâtre italien). Mercure, avril 1749, p. 204. Mots placés dans la bouche d'un personnage appelé « La Critique ».

-1. Rémond de Saint-Mard. Réflexions sur Vopéra (1741), p. 60-61.

3. l'iuche. Le spectacle de la nature, t. VII, p. 13o. Le savant abbé a imaginé, avec une ironie laborieuse, un projet de « transaction » entre la musique « chantante » et la musique « baroque ». D'ailleurs Rameau semble avoir, sur ce point, exaspéré les critiques, s'il est vrai qu'il ait dit, comme on l'assure, que « si on le fâchait, il mettrait en musique la Gazette de Hollande ». (Clément, Les cinq années littéraires, t. III (1751), p. 4).

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