‹ L'Année musicaleChapitre 117 sur 159 · Rémond de Saint-Mard. Réflexions sur l'opéra, p · texte numérisé non relu

Rémond de Saint-Mard. Réflexions sur l'opéra, p

5. Réponse ( e l'auteur de la Lettre sur les opéras de Phaéton et d'Hippolyle et Aricie, cité dans les Observations sur les écrits modernes, t.XXXIIl (1743), p. 107.

li. Rémond de Saint-Mard. Réflexions sur l'opéra, p. 79.

7. Nouveaux amusements du cœur et de l'esprit (1739), nouvelle édition, t. lY, p. 403.

Les ramistes en conviennent : c'est de la musique qu'ils veulent avant tout. Car « la musique est le fond véritable de l'opéra » et « la scène lyrique est vraiment le théâtre de la musique ^ ». Les lullistes osent reprocher à Rameau les libertés qu'il prend avec les paroles du poème ! Mais c'est là précisément le plus beau trait de son génie. Avant lui, « on ne soupçonnait pas encore qu'il pût se trouver de l'expression dans une musique indépendante des paroles » ; il a su créer « une musique qui porte caractère, qui exprime d'elle-même sans aucun secours étranger- ». Comment peut-on accuser cette musique de manquer d'expression ? Personne, au contraire, n'a eu plus que Rameau le souci de « caractériser » les sentiments ; et il y a si bien réussi que le plus souvent sa musique pourrait se passer complètement de paroles. «... Je vous demanderai seulement si l'on a besoin de paroles dans la prière de Thésée à Neptune {d'Hippolyte et Aricie) pour y sentir la situation de son âme ? Je vous demanderai encore si l'on en a besoin dans le monologue de Télaïre, au premier acte de Castor et Pollux, pour y sentir la triste et lugubre situation d'une amante éperdue ^ ? » Que la musique soit donc désormais maîtresse dans un théâtre qui est fait pour elle et que la poésie se plie humblement à tous ses caprices. « LuUi doit autant à Quinault qu'à son propre génie ; Campra et Destouches n'ont pas moins d'obligations à La Motte et à Danchet : mais un aussi grand homme que Rameau ne devait briller que de son propre éclat; lui seul pouvait se suffire à lui-même et suffire à tout le monde. La poésie a son théâtre : qu'elle aille y déployer tous ses avantages ! La musique doit avoir aussi le sien : qu'on ne le lui dispute plus ; qu'elle y règne seule ; qu'elle en chasse toute rivale qui veut lutter contre elle, et qu'elle n'en admette qu'autant que leur difformité pourra lui servir de lustre. Principes dignes du restaurateur de la belle harmonie et dignes de ceux qui n'ont pu résister à tant d'attraits ravissants ! * » Et nous pouvons ajouter : paroles surprenantes et nouvelles dans l'histoire de la musique française, paroles singulièrement significatives de l'évolution de notre août musical.

1. Observations SU7' la littérature moderne, t. IV (1751), p. 140-141 et p. 139.

2. Observation sur les écrits modernes, t. XXXII (1743), p. 139.

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