‹ L'Année musicaleChapitre 118 sur 159 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

4. Le Postillon français, 30 juin 1739. Cité par Mallierbe IX, xxvi. Rameau lui-même n'eùl peut-être pas été aussi radical.

LULLISTES ET RÂMISTES 209

Ceci nous amène à un dernier point, qui achève d'éclairer la querelle. J'ai indiqué plus haut, et l'on a pu voir par ce qui précède, que les griefs des lullistes contre la musique de Rameau ressemblent souvent aux arguments dont se servaient, au début du siècle, les défenseurs du vieux goût français pour combattre les partisans de la musique italienne. C'est que la seconde querelle se rattache étroitement à la première. Le style de Rameau porte les traces évidentes de l'influence italienne ^ Ses ennemis le lui reprochent; ses partisans, formés pour la plupart à l'école des cantates et des sonates d'outre-monts, ne manquent pas de lui en faire un mérite. « On l'accuse de travailler dans le goût italien ; c'est-à-dire, qu'on lui fait un crime de ce qui mérite notre admiration ^ » Les uns se désolent en constatant que « l'on s'ennuie à l'Opéra lorsqu'il n'offre pas les variétés et les caprices du goût italien et qu'il n'a pas contracté un air étranger'^ ». Les autres s'écrient avec le Léandre de de Boissy* :

Pour moi, j'admire et bénis le génie.

Dont les hardis travaux et la mâle vigueur Enrichissent Paris des trésors d'Italie.

Pour certains même, la discussion entre lullistes et ramistes semble se réduire tout entière à la querelle de l'italianisme. On trouve dans une critique de la Lettre sur les opéras de Phaëton et d'Hyppolyte et Aricie cette déclaration très explicite : « En un mot, les uns aiment la musique française, à laquelle ils sont accoutumés dès leur enfance, et dont ils ont longtemps ouï faire de grands éloges. Les autres, balançant ces éloges avec les jugements de toutes les autres nations et comparant sans préjugé les impressions qu'ils en reçoivent avec celles que fait sur leur âme la musique qu'on appelle italienne et qu'on devrait avec autant de raison appeler flamande, anglaise, allemande, espagnole, polonaise, etc., donnent la préférence à celle-ci avec d'autant plus de facilité, que, cette musique s'étant introduite en France il y a environ trente ans, et y étant

1. Je me propose de revenir ailleurs sur cette question, dont l'étude nie parait capitale pour interpréter exactement l'évolution de notre musique au .wni" siècle.

2. Fréron. Lettres sur les écrits de ce temps, t. II (1749), p. 246.

3. Réponse de l'auteur de la Lettre sur les opéras de Phaéton et d'Hippolyle et Aricie, cité dans les Observations sur les écrits modernes, t. XXXIII (1743), p. 109.

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