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Courrier musical, Loc.cit., 1" août

LA SYMPHONIE FRArsÇAISK VERS 1750 35

la différenciation des individus thématiques ne se manifeste pas très clairement. Un pareil feutrage mélodique n'est certainementpas propice à la présentation de thèmes originaux et bien caractérisés, et le bithématisme n'apparaîtra avec quelque netteté que le jour où la mélodie se sera simplitiée et oii elle se réduira à des traits essentiels aisément reconnaissables.

Remarquons, à propos de cette question du bithématisme ou du dithématisme, pour parler comme certains puristes, que l'origine du deuxième thème doit être recherchée bien plutôt dans les œuvres symphoniques que dans la littérature du clavier. Le bithématisme, en effet, se fonde essentiellement sur le principe du contraste, principe très ancien, dont le trio d'instruments à vent inséré dans les fugatos des ouvertures à la française, fournissait déjà une application. Or il n'échappera à personne que l'établissement des contrastes se précisera beaucoup mieux dans les compositions pour plusieurs instruments que dans les pièces de clavecin ou d'orgue.

Il estclair, aussi, que le développement de la technique instrumentale et en particulier de la technique du violon, a fortement influé sur l'évolution de la mélodie, sur son caractère chantant et expressif, lequel s'affirme, de préférence, dans le deuxième thème.

Chez Guillemain, comme chez tous les musiciens qui écrivent d'une manière violonistique, le deuxième thème se dégage, petit à petit, des conclusions modulantes et des épisodes de virtuosité adjoints au premier thème. Une véritable floraison de motifs secondaires, accessoires, surgissait après l'exposé du thème principal, et c'est cette floraison qui s'est, en quelque sorte, resserrée autour du deuxième thème.

VAria central présente presque toujours la forme Rondeau, comme dans le quatuor de Blainville ; il est traité avec un sentiment tendre, câlin, mélancolique^.

Les Allégros, au contraire, se meuvent avec une prestesse amusante et précieuse, dont le finale en 6/8 de la Sonate V fournit un excellent exemple ; à travers ces gammes rapides, ces fusées étincelantes, ces réparties promptes et avisées, il y a vraiment de la « conversation », et toute la pièce fait songer à des entretiens galants, ponctués du manège des dérobades et des coups d'éventail.

1. Voyez, par exemple, le deuxième Aria, en croches liées de deux en deux, de la Sonate IV.

Voici le charmant début de la Sonate I {Allegro moderato)

Flûte

On voit que la basse de viole a une partie mélodique et concertante. Le violon joue souvent en doubles cordes.

1744. — En 1744, les concertos battent leur plein au Concert spirituel ; Mondonville, Blavet et Labbé le fds, en jouent fréquemment, et, au mois de janvier, le Mercure annonce un 2" Concerto à cinq, quatre violons, orgue et violoncelle, dédié à Madame Adélaïde de France par M'^* d'Hauteterre ^ composition que nous n'avons pu retrouver, et qui présentait le dispositif à quatre violons, sans alto, des concertos de Jacques Aubert.

Nous signalerons aussi, vers cette année 1744, deux œuvres de

1. Elisabeth d'Hauteterre ou de Hotteterre, n'a pas, selon M. Brenet, de parenté certaine avec les Hotteterre. Le 13 janvier 1741, elle prenait un privilège pour des pièces de musique instrumentale (Brenet. Loc. cit., p. 441). Son 2« Co?ice?-io à cinq est annoncé dans le Mercure de janvier 1744, pp. 144-145.

mérites inégaux, mais toutes deux intéressantes. D'abord, les Sonates en trio pour un clavecin et un violon dédiées à M. et J/"** Forqueray par M. Clément '. L'expression « en trio », appliquée à des sonates de clavecin et violon, peut surprendre à première vue, quoiqu'elle s'explique fort bien par cette considération que le mot trio désigne le nombre des parties ; or, chacune des mains du claveciniste en effectue une différente ; il y a donc, en réalité, trois parties distinctes.

La troisième Sonate de Clément décèle une particularité très importante à l'égard de la constitution de la future symphonie, car, écrite en quatre mouvements, elle place deux Menuets, le premier en majeur (ré), le deuxième en mineur, avant la Gigue finale. Nous avons donc un exemple, ici, dès 1744, de Menuet avec ébauche de trio, intercalé avant le mouvement final.

Le style est gracieux et aimable. Dans le premier Allegro de la Sonate II, le violon expose un thème léger que soutiennent des tenues du clavecin. Enfin, le « Vorhalt » de Mannheim apparaît à plusieurs reprises, sous sa forme ascendante ou descendante :

1745. — A côté de cet ouvrage modeste, mais pourtant distingué, le Concerto à quatre de Michel Blavet ^ conservé en manuscrit à la Bibliothèque de Carlsruhe, brille d'un éclat vainqueur. Entre deux

1. Sur François Clément, voir Eitner, II, p. 465, et L. de La Laurencie : Deux violistes célèbres; Les Forqueray, 'è. I. M., 15 décembre 1908. Le 17 décembre 1743. Clément prenait un privilège pour de la musique instrumentale. (Brenet, Loc. cit., p. 443). C'est ce privilège qui lui a servi à publier les Sonates en trio ci-dessus. (Bib. duConserv. et Bib. nat. Vm' 1910.) Nous retrouverons Clément en 1735.

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