‹ L'Année musicaleChapitre 4 sur 159 · Code de musique pratique, p · texte numérisé non relu

Code de musique pratique, p

7. Devaque. L'art d'apprendre la mwiique exposé d'une manière nouvelle et

de la sonate et du concerto, c'est pour s'abandonner à des métaphores : pour lui, la sonate consiste en une « ode en musique » et le concerto, « assemblage de la symphonie et du solo », figure un « dialogue entre plusieurs interlocuteurs auxquels un seul fait face »^ Pour obtenir quelques précisions techniques, il convient de recourir à des étrangers, et de puiser dans la nombreuse production de Mattheson et dans le précieux Kritischer Miisicus du danois Scheibe (i74o).

On est même surpris de rencontrer sous la plume d'un sieur Cair, « maître de pension, d'arithmétique et d'algèbre » à Blois, des indications assez nettes sur l'architecture tonale des pièces symphoniques, et en particulier, des sonates-. D'ailleurs, ce professeur s'abrite derrière des considérations d'ordre purement théorique ; s'il esquisse un dispositif de sonate, c'est à propos d'autre chose, à l'appui d'une proposition qu'il formule et selon laquelle notre musique manquerait de variété parce que nous n'avons que deux modes, ou plutôt un mode et demi. Signalant la ressemblance que présentent les modes majeur et mineur, dans leur deuxième tétracorde,il expose un plan tonal de sonate en iil majeur et en la mineur. D'api^ès lui, dans le premier cas, le compositeur, après avoir établi le ton d'wf, passeraenso^wiayei«'(dominante), /"a wa;'e^^?" (sous-dominante), puis, dans les relatifs suivants : ré mineur, mi mineur et la mineur.

Un manuscrit, datant de 1760, indique de quelle façon une mélodie peut se mouvoir dans les tons de l'octave, en majeur et en mineur et voilà, à peu près, tout ce que les théoriciens français nous ont laissé sur la composilion des pièces instrumentales ^ Peut-être, convientil de rapporter l'indifférence qu'ils manifestent à l'égard des règles

intelligible par une suite de leçons qui se servent successivemerit de préparation (1733), o« section, chap. m. D' k\(imbeYi. Éléments de musique, chap. xvi : « Définition des différents airs ».

1. Brijon. Réflexions sur la musique et la vraie manière de l'exécuter sur le violon (1763), pp. 2-4. Parlant des symphonies italiennes. Brijon leur reproche de manquer d'idées et de variété, et signale rapidement le procédé de composition dont elles témoignent : « Avec le secours d'une seule idée qu'ils [les auteurs italiens] font passer par tous les tons relatifs et qu'ils répètent jusqu'à la monotonie, ils remplissent quelquefois toute l'étendue d'un morceau de sonate, et, immanquablement, toute une ariette» (p. 5).

-. On trouvera les explications de Cair dans le Mercure d'avril 17.j7, t. II, pp. 103 à 164. sous le titre suivant ; Lettre à l'auteur du Mercure par M. Cair, maitre de pension, d'arit limé tique et d'algèbre. Blois, 24 décembre 1756.

3. Ms. fr. 4343 (Nouvelles acquisilions). Sur la Musique française e7i 1760.

LA SYMPHONIE FRANÇAISE VERS 17o0 7

de la composition syinphoniqae, à ce fait que la symphonie est considérée alors comme un genre libre. Au dire de Brossard, les symphonies sont des pièces « où le compositeur n'est point assujetti ny à un certain nombre, ny à une certaine espèce de mesure^ ». Elles relèvent du seul génie du musicien, et, à l'étranger, on insiste également sur leur caractère de compositions libres. Lorsque Scheibe cherche à distinguer la symphonie d'opéra de la symphonie de chambre, il ne manque pas d'observer que cette dernière laisse à l'auteur plus d'indépendance, indépendance d'invention et indépendance d'écriture^.

Quant à la séparation des divers genres symphoniques, elle reste extrêmement incertaine, du moins au regard du public, et, pendant la plus grande partie du xvni"^ siècle, symphonie, sonate, concerto, ouverture, sont des termes sensiblement synonymes. Toute musique instrumentale, quelle qu'elle soit, s'entend appeler musique symphonique et le vocable de « symphoniste » équivaut à l'expression moderne d'intrumentiste ■^. IMattheson range, sous la désignation de symphonies, les concerli grossi, les sinfonie in specie, les ouvertures, les fortes sonates et les suites''. Les Italiens qualifient les ouvertures de sinfonie, et il en est de même des sonates en trio qu'ils « appellent communément sinfonie » °. Ces sonates présententelles plus de trois parties, elles prennent, nous dit Rousseau, le nom de concertos ^ Elles prennent également ce nom dès qu'elles contiennent une partie récitante, voici, du reste, comment Rousseau définit le concerto : « Mot italien francisé qui signifie généralement une symphonie faite pour être exécutée par tout un orchestre »". Pour un musicien des environs de 1750, une pièce « en grand concerto )) est une symphonie. Ainsi, en février 1749, on joue au Concert spirituel, une pièce de clavecin de Mondonville « mise en grand

1. Dictionnaire : art. Symphonie. Brossard cite parmi ces pièces « libres » les Pi'éludes, les Fantaisies, les Ricercates, les Toccates. i. Kritischer Musicus, p. 622.

3. L'épithète de symphoniste s'applique même aux clavecinistes et aux organistes. On voit Christophe Moyroau, organiste d'Orléans, publier en 1753 Six sympkonies, pièces de clavecin qu'il dédie au duc d'Orléans. Ainsi, les pièces de clavecin, elles-mêmes, s'intitulaient symphonies.

Page 1