Mémoires Ed. de 1825, in-8», I
6. Je n'ai pu retrouver la date précise de son mariage que l'on peut serrer d'assez près, puisque M-"» de Genlis note le départ de M»° de Mars au printemps de 1759 et que la même année le Tableau de Paris de Jèze indique parmi les professeurs de clavecin : M»» Venieri ci-devant M"" de Mars, rue Saint-Thomas-du- Louvre.
Gaviniès, Gapron, Duport et parmi les hôtes de passage Boccherini et Manfredi.
Nous ne savons si Gossec avait déjà eu quelque rapport avec le baron, pendant qu'il était au service de La Pouplinière, c'est-à-dire jusqu'en décembre 1762. C'est vers 17()4 qu'il fit paraître une suite de symphonies dédiées à Bagge :
Six I Simphonies | dont les trois premières avec des hautbois obligés I et des Cors ad libitum | et les trois autres en quatuor | pour la commodité des grands et petits concerts | dédiées à M. le baron | de Bagge I seigneur héréditaire des terres de Seppen, Cronen | et Baggenhof | composées par F.-J. Gossec d'Anvers | œuvre IV | Prix 12 1. I y compris toutes les parties | à Paris | chez M. Bailleux, maître de musique, rue Sainl-Honoré à la Pvègle d'Or | a. p. d. R^
Ces symphonies, dans leur titre même, s'inspirent de Jean Stamitz. La deuxième, en la majeur^ commence par un largo plein de grâce ; une note indique que le morceau doit être joué avec des sourdines « pour en entendre l'effet ».
Larg*o
Un autre musicien que Gossec vint jouer chez Bagge après la mort de La Pouplinière. Ce fut le célèbre violoniste Nicolas Capron qui eut une carrière assez courte ^ Né en 1740, Gapron débuta au Concert spirituelle P"" novembre 1761 ; ilfutchef des seconds violons en 1762, puis premier violon et il garda cette place d'honneur jusqu'en 1784, avec une interruption de 1779 à 1781. Capron épousa le 22 juin 1769 Anne Soissons, dite Nanette, petite-nièce de l'écrivain Piron ^ Le mariage avait été célébré à l'insu de Piron qui, dit-on, ne tarda pas à le découvrir, mais se contenta de répéter à sa nièce qu'il lui ménageait un tour de sa façon. Et ce furent ces mots en tête du testament de Piron (29 décembre 1772) : « Je lègue à demoiselle Anne Soissons, ma petite-nièce, femme du sieur Capron, musicien.... ^ ». Nicolas
1. Gonserv. fieciceiZ de Symphonies, n° 4, Bib. Nat. Vm' 1579.
2. Nous insisterons un peu sur cet artiste en fixant quelques dates à l'aide de documents inédits.
3. Minnte Sibire ; M. Bazin successeur. Anne ou Antoinette Soissons était en réalité une cousine de Piron. Cf. P. Ghaponnière : Piron 1910, in-8°, p. 89, 90, 113,123.
4. Archives de la Seine. Registre de testaments, n» 254, f° 162 (27 février 1773).
Capron mourut le 14 septembre 1784 dans sa maison, rue des Moulins, paroisse Saint Roch ; il ne laissait pas d'enfants ^.
Le Mercure et les autres journaux sont remplis à chaque concert d'éloges que vaut à Capron son jeu sûr et brillant. On montre avec raison une plus grande réserve à l'égard de ses talents de compositeur. « Dans une nouvelle symphonie de M. Capron, les connaisseurs ont remarqué une petite manière, des idées communes, un style sec et froid. Son concerto a mieux réussi, parce qu'au mérite de la composition, l'auteur a su joindre le prestige d'une exécution hardie, facile et brillante -. » Si toutes les œuvres de Capron furent jouées chez le baron de Bagge, il ne semble pas lui en avoir dédié aucune. Mais en dehors de son talent, Capron était de ceux qui font bonne figure dans un salon. Il appartient, comme Traversa et Duport, à ce groupe de musiciens qui fut en contact avec les journalistes et les philosophes. Marmontel, son ami de longue date, l'avait présenté à Delille, d'Alembcrt, La Harpe et il s'intéressa vivement à la querelle des gluckistes et des piccinnistes 3.
Dans le séjour de Boccherini à Paris, le baron de Bagge joua un rôle fort important '*. Las de se débattre en Italie contre des difficultés pécuniaires dont il ne devait jamais sortir, Boccherini vint tenter la fortune à Paris au début de 1767 et y resta jusqu'à la fin de
1. Minutes de M" Dupré.M, Flamand-Duval, successeur. Archives de la Seine, reconstit. de l'état-civil.
2. Mercure, février 1781, p. 85. La symphonie est probablement un des quatuors à cordes; le concerto est un des concertos à violon principal de l'op. 2.
3. Desnoireterres : Gluck et Piccinni, 1875, p. 194. — Voici le catalogue des œuvres musicales de Capron, sans doute incomplet :
— 6 Sonates à violon solo et b., op. I, 1769 (d'après Gerber I, 245, Vm' 817) ;
— 2 Concertos à violon principal, 2 violons, alto t;t basse, cor et hautbois obi., op. II, 1776 chez l'auteur ;
— 6 Duos pour 2 violons, op. III, 1776 chez l'auteur (Cons.);
— 6 Quatuors à cordes (chez Miroglio). Avanf-Çoureur. 11 février 1772, p. 84. « Ces quatuors feront les délices des amateurs de la musique instrumentale. Le chant en est saillant, bien dialogué et d'une tournure agréable et variée. Une bonne recommandation d'ailleurs pour cette musique est le nom de virtuose qui l'a composée... » ;
— 1 Romance avec accompagnement de deux violons et basse et deux cors. Avant-Coureur : 14 novembre 1768. Mercure, décembre 1768, p. 191.
4. Cf. Brenet. Les concerts en France, p. 291, La notice de Picquot sur Boccherini (1851, in-8°), quoique bien insuffisante, est le seul livre que l'on puisse consulter. Schletterer ne fait que reproduire Picquot pour le séjour à Paris k L. Boccherini » 'Waldersee. Samml. musik. Vortràge. I"V, n° 39, 1882. Leipzig, 8».
LE BARON Dfi BAGGE ET SON TEMPS 171
1769. Il fut mis en rapport avec La Chevardière qui le présenta au baron ; il avait désormais un protecteur, un logis et un public complaisant— parfois trop complaisant — pour l'applaudir. Il en profita pour publier coup sur coup plusieurs recueils de musique :
Six symphonies ou six quatuors (2 violons, alto et violoncelle) « dedicati a veri dillettanti e conoscitori di Musica )>, op. I, à Paris, chez Venier, 1767 ^
Six trios (2 violons et basse), op. II, chez Bailleux, 1767 -.
Six trios (2 violons et basse) op. III, chez La Chevardière s. d. (d'après Eitner).
Six symphonies (2 violons et basse), op. IV, chez Venier, 1768 ^
Six sonates (violon et clavecin), op. V, chez Venier, 1769 '.
Six quatuors (2« livre de quatuors), op. VI, chez Venier, 1769^.
Ce dernier ouvrage est annoncé dans le Mercure en décembre 1 769 dans les termes suivants : « Le second œuvre de quatuors a été exécuté, avant d'être gravé, en présence de très grands connaisseurs qui ne l'ont pas jugé inférieur au premier œuvre de quatuors qui a déjà paru du même auteur et pour lequel le public a témoigné le plus vif empressement. » H s'agit évidemment d'un concert donné par le baron de Bagge ^
Entre temps Bocchcrini avait réussi avec l'appui du baron à se faire entendre au Concert spirituel le 20 mars 1768. « M. Manfredi exécuta sur le violon un concerto de sa composition et eut lieu d'être satisfait de la façon dont le public rendit justice aux talents de l'artiste et du compositeur. M. Boccherini, déjà connu par ses trios et ses quatuors qui sont d'un grand effet, a exécuté en maître sur le violoncelle une sonate de sa composition ^ »
1. Avant-Coureu)\ 1767, 20 avril, p. 241. Mercure, avril, II, 166. L'OEuvre I fut composé en 1761. Antre édition à Amsterdam (Hummel).