L'art d'arriver au vrai, trad. Manec p
2. <• A Bon premier enfant, lit-on dans la Confession a'un enfant >in èc/e d'Alfred de Mn partie, ch. v.), les cheveux de la femme
tombent, son -• In si déforme, Bon ■ ■ « » 1 1 • ~ porte un.' cicatrice; la femme esl
,i i; i \ MKMOIIIK II l.'lM \.l\ \ï l"N \V\ I ' N\ il
\ ill
Je oe puis examiner ni môme indiquer ici loua les faits de psychologie individuelle el de psychologie sociale qui s'ex pliquenl par la mémoire affective. Mais il en esl qui méritent particulièrement l'attention. Pourquoi les raisonnements déductifs el inductifs, les plus évidemmeni légitimes, sonl ils impuiss tnts, en tel espril qui esl cependant capabled'en comprendre la valeur, contre la loi aux dogmes religieux qui lui mit été enseignés dans son enfance C'esl que la mémoire affective soutient cette toi, en poussant l'esprit à s'arrêter aux arguments qui la défendent, à se les adapter, à en chercher au besoin de nouveaux, el à se satisfaire de ceux que d ing Dieux apologistes contemporains lui ont fournis, ou qu il a trouvés lui-même.
Il y a, comme l'a «lit Pascal, deux portes paroû l'âme reçoit les opinions el croyances: l'entendement el le cœur1. C'esl par
la sec le, par le cœur, par le sentiment, qu'elles entrent
d'abord dans l'âme el qu'elles «mi prennent possession sans avoir besoin d'être démontrées pour être accueillies C'est, ensuite, la mémoire affective qui les conserve. Trop faible a l'origine pour leur taire obstacle par des doutes, l'entendement les In- indir san< le- troubler. Plus lard, en développant, il essaie de se mettre el de se maintenir en har
faite pour être mère L'homme i'en éloignerai) peut-être il-
.•.• perdue, a - enfant s'attache .1 lui en pleurant Voilà la
famille, la i"i bumaine ; Loul ce qui ■ i arte i si monstrueux, »
i. Pascal veut que l'enl ■■ la plus naturelle ■ Mil c lie de l'entendement, car il it -il. on ne devrai! jams en tir qu'aux
Quant a celle du cœur et de la volonté pou ; orur
el volonté sonl synonymes . elle lui para!) contre la natu nne
voie qu'il lient pour « basso, indigne, élrangi cependant la
plus ordinaire, i car tout ce qu'il > .1 dTiommi - Boni pn sque toujours emporti Ire non pas par la preuvo, | De l'en I
Buader). — Le jugement comparatif que p P :al sur l< - d< ax de la croyance est loul cartésien, afferme .1 la méthode du
doute provisoire. Mais oe semble-til pas, dirai-je, que, d'après le m
el l'ordre du développement des facultés ntales, c'est la ci par
senUmenl ou, comme il dit, p qui de\
mme la plus naturelle, parce qn '•"lt
espril humain, est, parla nature d< - 1 hoses, reçue la premi qui attend systématiquement la <\> monstration pour s'i slimer '■ pitin il résulter que d'un progn - de il 'it : elle i si an produit de
de penser cl >!>• raisonm pourqn
monie avec elles et s'applique à les confirmer par des preuves.
La mémoire affective est ainsi, pour les croyances religieuses, une grande force conservatrice, grâce à laquelle elles résistent longtemps, j'allais dire indéfiniment, à l'assaut que leur livrent les démonstrations logiques et scientifiques. Ces croyances, que nous avons reçues de notre première éducation, ont été et se trouvent associées, incorporée- a des sentiments. De cette association vient leur résistance aux idées qui les menacent ; ce sont ces sentiments et les souvenirs de ces sentiments qui les retiennent et luttent, en nos âmes, pour en assurer et eu prolonger l'empire.
C'est en raison de sa mémoire affective plus forte, que la femme est en généra] plus conservatrice que l'homme, plus attachée aux vieilles croyances, moins disposée à accueillir favorablement les idées nouvelles. Chez elle, peut on dire en empruntant à Gabriel Tarde deux ternies clairs et précis de sou vocabulaire sociologique, Vimitation-coutume, dans l'ordre intellectuel et moral, l'emporte plus que chez l'homme sur limitation-mode.
La mémoire affective fait comprendre pourquoi il est dilli-
eile, sinon impossible, qu'un peuple change de religion,
quelques bonnes raisons tirées de la science et de la conscience
qu'on allègue en faveur de ce changement, si à l'intelligence
de ces raisons ne se joignent, en des esprits de plus en plus
nombreux, des sentiments nouveaux, assez énergiques el assez
constants pour triompher i\*'^ souvenirs affectifs qui tiennenl
ce peuple attaché à sa religion traditionnelle. Si l'on réfléchil
aux condition dans lesquelles se sont jusqu'ici produites les
révolutions religieuses, on s'assure que toujours la religion
nouvelle a dû lutter contre les souvenirs affectifs qui étaient
la principale force ae l'anciei , el que, si elle a pu surmonter
cet t •• résistance, c'esl surtout par la force opposée des sentiments qu'elle allumait dans les finies et qui > d( aient nais
Sance à de nouveaux souvenirs, sans cesse ravivés. < l'esl ainsi
que les grandes religions prosélytiques et universalistes ont
remplace les cultes primitifs, locaux el nationaux ; que le
christianisme a vaincu le polythéisme gréco-romain : que la Réforme du ivï Biècle a enlevé au catholicisme la moitié de l'Europe '.
1. H convient « 1 « ■ noter : 1« <jui- le sentiment polythéisti est entré, par
-i h i. \ MÉMOIRE i i i" i M \'.i\ \ i i"N tFFECTIVI ■
on ,i parlé, depuis 1870, de la protestantisation <!<• la Franci uécess lire, boIod les un», pour [aire pénétrer el vivre dans les consciences les principes de la morale juridique; incompatible, selon les autres, avec l'espril rationaliste français, épris de logique el d'unité Je n'ai pas à examiner, à apprécier ici les considérations morales, politiques, Bociales que les premiers ont cru pouvoir invoquer en faveur d'un tel changement; restant Bur le terrain psychologique, je me borne à dire qu ils ont -.m- doute cru ce changement moins difficile qu il ne -■ réellement. M;ii> il est certain que les seconds se trompenl gur la nature de l'obstacle el l<- placent bien à tort dans les exigences de la logique. Au contraire, la logique, si elle était seule écoutée, pourrait conduire nombre d'esprits â un libre christianisme, tel que celui qui est Borti de la Réforme «lu xvi siècle. L'obstacle véritable vient des sentiments qui cons ti tuent le fond de lamentalité française, des associations devenuej pn sques inséparables que forment ces sentiments ai les images el croyances traditionnelles, en un mot, de la mémoire affective du peuple français. El cel obstacle a pu grandir, depuis le xvie siècle, malgré les conflits et les révolutions d'idées, eu raison de la force accrue de l'hérédité psychique, qui s'applique surtout, sinon exclusivement, aux éléments affectifs el passionnels '.
le culte des saints el des images, dans la religion chrétienne, el qu'en la rapprochant ainsi du paganisme, il n'a sans doute pas peu contribu i m cr des populations gréco-latines la grande révolution n
d'origine judaïque . -' que la Réforme du wi« siècle, qui. ramenant le christianisme à ses orifi opprimé le culte des ■ " ■'
pu, dans li - divers pays de l'ancien monde gréco-latin, triompher d - -■ n lim( e culte el .tu\ l lesquelles il
il maintenu.
Je n'entends pas niei ars, que la raison n'affaibliss le
temps, • Llm - les esprits, pai son action pi nstante,
timonts traditionnels auxquels , etqu'elle n'engendre elle-
mêmo, par les cerlilu li - qu'elle don i par I mees qu • Ile permet
el approuve, d louveaux, réellcmenl lonl on peul
espérer la n ictoire lin ili
l. Je dis : a pu grandir, car ' là qu'une, hypothèse. On peut aussi
pens ir que l'hérédité psychique, appliqué aui sentiments traditionm a pn - affaiblir au lieu de crottr i n i in a, si, depuis deux
onl Ban imbaUu el conl a ;
Pour se faire une Id fflcultés qui
ion de la France, il faut considérer l'étal affectif complexe qui li l'Ame française attaché au catholicisme el éloignée de tout • ienl
de religion De cel ontimenl proprement religieux, le
liment chrétien, esl en< me aujourd'hui, un éli ment réel, m
progrès que Bemh - dans notre pays l'indifférence en
74 L'ANNÉE PHILOSOPHIQUE. 19UG
La psychologie contemporaine a établi, — et c'est là ud de ses progrès les moins contestables, — qu'il existe plusieurs mémoires spéciales, lesquelles diffèrent par leur matière sensorielle. Les aptitudes intellectuelles diverses observées chez les divers individus s'expliquent très simplement par l'espèce de mémoire intellectuelle prédominante en chaque individu; de là le rôle de telle mémoire spéciale dans la psychologie du peintre, dans celle du musicien, dans celle du calculateur, dan- celle du joueur d'échecs. La mémoire affective n'a pas un rôle moins important dans cette branche de la psychologie (| ni traite des caractères et qui s'appelle éthologie. La diversité des caractères observés chez les divers individus s'explique aussi facilement par l'espèce de sentiments qui prédomine en chaque individu et qui forme la matière ordinaire de sa mé moire affective.
Chacun apporte en naissant t\rs tendances allectives d'où résulte le caractère. Les éléments affectifs dont se compose le caractère ne sont pas, — je l'ai dit plus haut, — dans des proportions invariables : les uns peuvent croître en intensité, pendant (pie les autres tendent à s'affaiblir et à s'éteindre. En d'autres termes, l'observation psychologique condamne la théorie de l'immutabilité du caractère qu'admettaient et sou t en aient Kant et Schopenhauer, et qui, pour eux, se fondait sur la distinct] lu noumène el du phénomène.
Remarquons que, si le caractère n'est en rien modifiable, si chacun le conserve, tel qu'il l'apporte en naissant, rien destendances affectives innées d'où il résulte, chez l'individu, ne saurait être attribué à des niodilical ions éthologiques
acquises par ses parents, par ses ancêtres, au cours de leur
religieuse. Mais le sentiment proprement religieux y garde presque néces sairemenl la forme traditionnelle, c'est-a-dire catholique, parce qu'il b'j trouve lié et, pour un grand nombre d'esprits, subord té à des sentiment esthétiques qui ne peuvent s'accomi 1er de la simplicil i du
culte protestant. Faut-il ajout r que l'indifférence «In peuple en matii re religieu e et la contre-religion matérialiste d'une grande partie de la cultivée contribuent ;i la conservation d'un catholicisme de plus en pin le sa matière chétienne; qu'à nos libi ors, m<
hostiles aux cérémonies cultuelles qu'à un christianisme vivant, ce catholicisme de pure forme parait on réalité plus inoffensif, c'csl a dire plus Incapable i r erà leurs doctrines négativi b, qu'une religion embras-
résolumenl par un libre choix de la conscience i aie; que leur
grande préoccupation, qui esl de séparer la morale de toute croyance métaphysique ol théologique, en la fondant bw la scienee positive, B'ac-
corde aussi peu i ' peut-* Ire moins avec l'esprit <lu protestantisi |u'i
celoi 'lu catholi
-i n i. \ m moir] ii i m \>.in i i ioh u i i i n
vie La théorie de l'immutabilité du caractère esl anti évolu-
ti liste . elle correspond, en éthologie, à celle de la fixité des
espèces eo biologie.
I i doctrine de l'évolution suppose le caractère modifiable,
el la psychologie positive confiri «tte supposition. L'his
toire des religions el «le leur action transformatrice sur les individus el les groupes sociaux nous montre, réalisées en divers temps el en divers lieux, de vastes expériences abso lument décisives contre l'immutabilité fatale du caractère.
\ quel point les idées, «lit très bien M. André Chevrillon, surtout les idées morales el religieuses, modifient l'homme jusque dans son fonds subconscient, on peul l'estimer, quand, observant un milieu ethnique comparativemenl simple »'i très Btable, on découvre la profonde différence de type que crée la diversité des croyances religieuses, quand on compare l'être passif, énervé qu'esl l'Hindou de la pagode au héros possible qu'esl son voisin L'Hindou de la mosquée, quand on m. it l'Arabe chrétiendu Liban plus semblable à l'Européen qu'au musulman de Syrie '. ■>
L'immutabilité du caractère impliquerait la vanité de la pédagogie morale el religieuse : elle exclu! toute idée d éduca
n le l;i volonté Les religions ont prouvé, par les faits, que
cette idée u'a rien de chimérique : qu'il esl possible d'agir efficacemi ut sur la volonté, -i l'on agit d'une manière systé matique sur les sentiments habituels; que l'on peul exercer une action efficace sur les sentiments habituels, en suscitant,
l. La Grande Rt \ embre 1900 ■ Ces observai s in
de M Che\ i Ulon confii menl la théorie di [Ui Ri oou-
tablie dont I s critique générale et qu'il oppo-
t, on philosophie de l'histoire el en socioloj prétendues ■• \ j •! i«-;i-
tions tirées par les bio il <lu climat, soit de la race propremenl
: physique el d< cultes natn aile théorie est ainsi
ju ries i n-' igni monts 'iur nous apporte aujourd'hui la psychi
imente Par la mémoire affective, par la mémoire des sentiments religieux, ii,|u tpliquenl let différences 'i<i>' présentent, an point
\ u<- du cai actèrc, les dii les 'ii\ - do ch i
itténuent, B'effacenl de plus en plus par la diffudées el ■ toute nature, la |uelle
tend à produire un étal intellectuel .i peu près Bemblable chai tous, en enrichissant la mémoire intellectuelle, .i diminuer de plus en plus • loui milité el la Force de la mémoire affecUvo. De
aristoi ■ le la d( a i- . De !
européens, le peuple Iran mble-t-il, celui qui, ,
raison '!<• ^i vivacité intellectuelle ''t <\>^ luttes d'idi qui en témoignent, "iTiv h l'observaUon do psychologue la mémoù Ûve la plus instable, j'allais dire la plus anarchique.
dans les jeunes esprits, des sentiments actuels au moyen de sensations et d'idées, en y établissant ainsi des associations de plus en plus fortes entre ces sensatious et idées et ces sentiments, de sorte que l'éveil des images sensibles y entraine forcément celui des souvenirs affectifs.
La reviviscence des sentiments, — Bain nous l'a dit, — est d'autant plus facile et plus sûre qu'ils ont été associes à l'origine à des sensations plus élevées. Ainsi, c'est par les images visuelles et auditives auxquelles ils sont liés que s'éveillent ordinairement les souvenirs affectifs. La grande place que les religions donnent, dans leur pédagogie, à la peinture et à la musique répond très bien au but qu'elles se proposent, et qui est de faire naître dans les esprits, par des sensations appropriées de la vue et de l'ouïe, les sentiments qu'elles jugent les meilleurs, d'yentreteniret d'y enraciner ces sentiments, en les faisant revivre, passer de l'étal abstrait à l'état concret, par des associations de similarité el de contiguïté.
Je n'ai jusqu'ici parlé que de la mé ire affective. Il esl
clair que l'existence de cette espèce de mémoire implique
celle d'une espèce corres] lante d'imagination Co le la
matière de l'imagination consiste dans les images formées par les diverses mémoires el que son rôle se borne à faire varier le mode d'association de ces images, il y a naturellement autant d'espèces d'imaginations que d'espèces de mémoires.
!>'• môme qu'à 1; '-moire visuelle se joint naturellement
l'imagination visuelle et à la mémoire auditive l'imagination auditive.;! l,i mémoire affective doit naturellement se joindre l'imagination affective. Les questions qui se rapportent aux deux facultés sonl inséparables, comme le sont ces deux facultés elles mômes
L'imaginatioa affective intervient dans uu grand nombre de phénomènes psychiques où cependant l'on ne songe guère à montrer Bon action Je voudrais maintenanl présenter quel ques remarques sur cette action, sur les conditions dans les quelles ellese produit, sur les explications qu'une partie, encore obscure, de la Bcience psychologique peut, a mon sens, en tirer, et qui me paraissent lui donner un aspecl toutnouveau.
|.\ Ml U'ill-.l. Il 1 IM \..l\ \ MmN \| I I . Il
Les sentiments qui [constituent la nostalgie prouvenl d'une
manière frappante, eu même temps que la réalité de II
moire affective, celle de l'imagination affective. Quels Boni • sentiments? C'esl le regret causé parla nécessité où l'on trouve de vivre loin des lieux où l'on a passé son enfance el sa jeunesse; c'esl l'ennui constant, la mélancolie, la tristesse habituelle qui résulte de cette nécessité; c'esl le désir ardenl de quitter le pays où l'on se senl en exil el de revoir celui que l'on a dû quitter. Il esl clair que ces sentiments supposent les Bouvenirsdes joies éprouvées au pays et au temps regrettés. Il t'est également que ces souvenirs heureux sont, en une certaine mesure, altérés el transformés par l'imagination affective qui <'n augmente la vivacité <■! la force, en effaçant de la mémoire ce qui a pu réellement autrefois se mêler de peine ;ui\ joies ressenties. !>'■ ces joies du temps et du pays regrettés, les unes ont été très vives, mais très fugitives; les autres, plus durables, mais singulièrement émoussées dans la conscience par l'habitude. L'imagination affective donne la durée aux premières, parce qu'elle n'arrête l'esprit que sur leurs images, sans cesse rappelées ;el elle représente les secondes avec une intensité qu'elles, n'avaient jamais eue. Ovide, banni de Rome, ae se souvient que ■ !••> plaisirs qu'il y a goûtés; Ba mémoire ne lui offre, dans les années qu'il y ,i vécu, que des images de bonheur. Cenl lois, mille foia heureux, s'écrie-1 il. celui à qui il n'est pas interdil de jouir de 1,1 Ville ' - H y avail eu pourtant, on n'en peut douter, des impressions pénibles, «le- heures tristes; mais il l< oubliées, el dansce brillant passé, qui lui esl toujours présent, son imagination Délaisse aucune ombre. L'action transformatrice que l imagination affective exerce sur le souvenir des sentiments explique et justifie, semble-t il, ces vers d'Alfred «If
Musset :
Un souvenir heureux esl peutn tre sur terre Plus vrai que le bonheur.
M. Brochard ;i récemment, dans l'un de ses excellents articles de l \nm-,- philosophique, rappelé le rôle que jouaient, dans la morale d'Épicure, la mémoire et l'imagination appli quées ;iu\ sentiments de plaisir < i de douleur.
Selon Epicure, remarque-t il. le bonheur esl toujours ;i la