‹ L'Année philosophique (volume 2)Chapitre 15 sur 45 · I . O ... Iiiiii · texte numérisé non relu

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portée, dépend toujours de la volonté du sage, parce que les images affectives, plaisirs et douleurs de l'âme, forment pour le sage une sorte de monde idéal que sa volonté peut opposer ;iu monde réel des sentiments présents, c'est-à-dire aux plaisirs et aux douleurs du corps ; parce que le sage peut conserver la sérénité et la joie au milieu des plus vives souffrances corporelles, grâce aux images de plaisir qu'il trouve en ce monde idéal. « L'homme a le pouvoir d'évoquer les images du passé qui lui sont agréables et d'écarter celles qui lui sont pénibles; la volonté libre, et il faut rappeler ici la théorie du dinamen, peut susciter ou écarter à son gré telle ou telle image, et cette évocation, lorsqu'elle s'y obstine, lorsqu'elle s'y attache de toutes ses forces et s'y maintient de toute son énergie, peut devenir assez forte pour neutraliser les impressions sensibles produites actuellement par les objets extérieurs... C'est en opposant un plaisir à une douleur par le jeu volontaire de son imagination, que le sage atteint la félicité, de même que c'est en troublant, par une opération inverse, le bien-être physique par de vaines craintes et des idées fausses que le vulgaire se rend malheureux1. »

Il s'agit pour le sage d'Épicure de remédier, — ce qui est en son pouvoir, — au désaccord qui peut exister entre les souvenirs affectifs conservés par l'âme et les sentiments de plaisir et de douleur actuellement éprouvés par le corps, t, Des lors, il faut distinguer dans la viehumaine deux aspects 1res différents, quoique souvent confondus. D'une part, le corps étanl en bon état, il peut arriver que l'âme soit troublée, c'est-à-dire qu'elle ait des opinions fausses sur la morl et sur les Dieux. Le remède consistera à rectifier les idées

fausses el à supprimer les vaines craintes. Tel est le premier

aspect de l'Épicurisme, celui qui a été le plus souvent décrit par les historiens. Mais, d'autre part, il peut arriver que, le corps étanl trouble ci malade, l'âme soit saine el vigoureuse. Le ge doit alors, toujoursen vertudu môme principe, s'abstraire en quelque sorte des douleurs corporelles, les annihiler en en détournant sa pensée, se réfugier en son for intérieur, en d'autres tenue- vivre exclusivement de la vie de lame. Tel esi l'autre aspect de l'Épicurisme, trop souvent laissé dans l'ombre par les historiens . i

1 L'Année philosophique de 1903, p. '2 el 3 2. Ibid., p. »•

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\l Brochard tient, avec raison, que cette thèse paradoxale d'Épicure, qui a été l'objel des plaisanteries de Carnéade el de Cicéron, contient ■ une âme de vérité el même une \ profonde sur ce qui esl l'essence môme de la - l esl

<lii il, une vérité souvent reconnue par les poètes el par les moralistes que les souvenirs agréables ou pénibles du pass eu se mêlant aux impressions du moment présent, peuvent les modifier ou les transformer. A vrai dire, ils ne sonl pas d'accord sur la question de savoir si c'est un bien ou si '-'est un mal i|ii*iin souvenir heureux dan- un jour de misère. Mais le fait môme qu'on discute encore cette question el qu'on peut la résoudre diversement semble au moins attesterque le philosophe grec n'était pas tout à fail dan- l'erreur quand il cherchait dan- les reliques du passé un adoucissement ou un remède aux souffrances présentes On sait depuis Archimède qu'une grande el forte idée on une joie intense peut

nous rendre 1 nentanémenl insensibles aux impressionsdu

dehors. L'histoire, la psychologie el la physiologie ne nous montrent-elles pas à chaque instant dan- les conceptions des mystiques ou dan- les illusions pathologiques de certains malade-, dans 1rs phénomènes de l'extase, des imam-- assez fortes pour faire équilibre aux impressions extérieures el se substituera elles.' L'halluciné vil dan- un monde créé de toutes pièces par son imagination, il esl strictemenl vrai de dire que, pour lui, la douleur non seulement s'adoucit, mais disparaît ou même se transforme en joie. Les phénomènes de l'hypnotisme, de la suggestion, l'ivresse produite par certaines substances, mettent tous les jours sous nos yeux des exemples analogues, el le cas des stigmatisés nous montre comment les fantômes de l'imagination peuvent pour ainsi dire prendre corps et s'intercaler parmi les phénomènes de la vie physique1. ■>

On voit ce qui fait la curieuse originalité, très bien mise en lumière par M. Brochard, de la psychologie el de la morale d'Épicure. C'e&l le pouvoir d'auto -lion affective attribué

à la liberté du vouloir, le pouvoir d'agir sur les images affectives, de donner aux sentiments de plaisir remémorés, en faisant varier leur mode d'association, une vivacité el une force qui l'emportent sur celle- des douleurs physiques actuel le meut senties Ainsi la sagesse épicurienne peut, contre le mal inévi-

[. L'Année philosophique de 1903, |>. '.'.

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