‹ L'Année philosophique (volume 2)Chapitre 22 sur 45 · partie pour le tout que de tain' consister dans cet enseigne · texte numérisé non relu

partie pour le tout que de tain' consister dans cet enseigne

m: 1 \ MBMOlItH n i im IGINA i ION WVtU riVBS

iiirni toute l'éducation morale Si bien conçu el ordonné que puisse être cel enseignement, il serait, au poinl de vue péda-

i*ique, absolument Btérile, à'il n'étail procédé etaccompagné d'une action systématique de l'éducateur but les sentiments,

c'est .i dire Bur la mé ire el l'imagination affectives des

élèves. J'ajouterai que les meilleurs el les plus sûrs moyens de cette action éducatrice nécessaire doivent être demandés à 1 1 poésie el à la musique, en raison de l'association spéciale qui existe naturellement, qui est comme préétablie dans l'organisation non seulement de l'homme, mais des animaux, entre l'émoti si l'expression vocale, entre le souvenir affectif et l'image audith ■•

Ce qui montre la nécessité de l'action éducatrice sur les sentiments, c'est que les sentiments sont, au fond, la première el vraie matière de la moralité, le premier objet auquel s'appliquent Intérieurement devoir et vouloir Sur ce point, la psychologie affective esl en contradiction avec la philosophie pratique de Kaut, tandis qu'elle s'accorde parfaitement avec li morale de l'Évangile.

Ce qui caractérise la morale de l'Évangile, c'est de spiritualiser la Loi judaïque. Elle ne s'arrête pas aux actes extérieurs .•i visibles : elle porte la règle au delà : elle atteint le fond mental, les sentiments intérieurs dont les actes extérieurs ne sont en réalité que la conséquence el l'expression. Elle a pro clamé, dans le Discours de la Montagne, ce qu'on peut appe 1er la 1 ni du cœur. Elle suppose donc que l'on peut agir sur la mémoire el l'imagiuation affectives et, par suite, sur les

Beutiments I - el mauvais, pour fortifier el vivifier les uns,

pour affaiblir el éteindre, autant qu'il se peut, les autres.

La philosophie pratique de Kant regarde comme impossible cette action de la volonté sur les sentiments. Selon Kant, les sentiments, quels qu'ils soient, sont el restent fatalement amoraux, el la volonté n'est morale que s'ils n'entrent pour rien, soit comme mobiles, soit comme objets, dans ses déter mi nations. Il B'en tient ainsi, par une Borte de régression qu'implique sa lliéorie de la volonté autonome, à la Loi judai que des actes extérieurs. Il écarte le devoir d'amour amour de Dieu, amour du prochain . parce que, dil il, le devoir, en

raison de - caractère impératif, se limite au pouvoir de 1 1

volonté, «'i que 1 amour, comme tout sentiment, toute inclination, est, par >.i nature, soustrait à ce pouvoir.

\ quoi l'on peul répondre, en s'appuyanl sur la psycho

l'année PHILOSOPHIQUE. 100G

affective, que les sentiments altruistes, bienveillance, amour,

charité, ne soût pas des données immuables de la nature humaine; qu'il est en notre pouvoir de les cultiver et de les développeren nous; qu'ils dépendenl donc de nous, en partie, et que nous eu sommes, en partie, responsables: que l'on ne saurait donc les mettre, à moins de se borner à une analyse superficielle des f;ieullés mentales et de leurs rapports, hors de l'activité volontaire, hors du devoir, hors de la morale1.

La psychologie affective est opposée à la séparation des facultés qu'implique le rationalisme moral de Ivant: elle ne permet pas de eoueevoir, en philosophie morale, la raison et la volonté pure séparées du sentiment, la justice des actes séparée de la bienveillance, de l'altruisme, de l'amour : en quoi elle vient, puis je dire, à l'appui du néo-criticisme.

Renouvier a bien vu ce qu'il y a de chimérique dans l'idée

d'une telle séparation. Il admet, ci contre les purs rationalistes c'est-à-dire contre les disciples du criticisme kantiste), la présence d'un élémenl passionnel jusque dans le fondement de la justice » ; il tient que « la donnée de la sympathie ou de l'amour est. nécessaire, comme principe naturel, au défaut duquel le devoir serait incompréhensible dans la raison pure et manquerait de la plus forte sanction propre à témoigner de son existence1 ». Relisons ce qu'il a écrit sur cette question importante de psychologie et de morale:

1. La psychologie des sentiments confirme ainsi la critique très jn>i«c|iic M Boulroux, dans ses leçons de 1 <l Sorbonne (année scolaire 1900- 1901 . .i faite de la doctrine de Kanl sur !<■ devoir d'aimer. « Il Bemble, «litil. qu'ici Kanl confonde la possibilité morale dépendant de la liberté avec la possibilité physique immédiatement donnée par la nature Or, tandis • [H", dans l'ordre physique, la puissance es! fixe, el peu! se mesurer, il

n'en i me de la force i aie Kanl a dil : o si in dois, c'esl que

o tu i" u\ . in dois < n tant que lu peux Plutôt faut-il dire : « Etre bien o persuadé que l'on doit, c'< il déjà pouvoir, c'esl faire, a L'idée même de devoir, embra i l'aine entière, crée la possibilité el la puissance. »

Revut des ( i l ■ neuvième année, 2< série, n* 35 p. 832.)

l Essa\ le Quatrième Essais : Introduction à la Phi-

losophie analytique de l'histt e, l" édition, 6' partie, |> 720. — Dans l.t

conde édition du même ouvrage, publiée en 1896, l'auteur a ajouté quelques mots pour explique] sa penséi La donnée de la sympathie

ou de l'amour, dit-il, m'a paru n aire, en lanl que principe naturel

au défaut duquel le devoii ierail incompréhensible el comme sans bul

SCH iv Mi M"liu. Il LIMAGINATION \IH.iII\i- \<<~,

Remarquons que l'amour d esl poiul exclu de l'essence de la justice : il en esl au contraire uu élément m ire, ainsi

quede la nature humaine. I»*' quelque manière que 1 «>n essaye de préciser la nature du juste, «m y trouve toujours, si empiriquement i|in' l'un procède, une trace de ce principe, que la personne m- <l<>ii point se faire le centre de tout, mais qu'elle i li ut reconnaître dans une autre personne un autre centre -''in hlable ;ï elle. Cette similitude, alors même qu'on l'exténue tint qu'où peul dans la pratique, on la pose toujours ;i quel que degré. On admet que l'on doit à Vautre ci' que l'autre uous devrait, si, de lui a nous, les râles étaient intervertis • -t .ni fond If sens <li' la formule puissante, quoique néga tive, ou plutôt par cela même qu'elle est négative : Ne fai pas a autrui <■•• que vous ne voudriez pas que I on vous iit Le précepte n'est clair et facilement applicable qu'autant qu il implique au fond l'intervertissement des rôles pour faciliter l'appréciation de ce <|ni esl juste. Enfin, l'idée de l'intervertis sèment nous ramène visiblement à la maxime rationnelle de la moralité, agir conformément à urne l<>> générale approuvée par lu conscience, car on ne saurait l'appliquer, sinon par la i econnaissanCe d'une loi de ce genre.

Il résulte de tout cela que les notions de droit et <!•' devoir, la notion de la justice, supposent entre les êtres qu'elles lient une certaine parité «-t des rapports qui ne sont à la discrétion d'aucun d'eux en particulier, mais qui les régissent ton-, en les enveloppant. Maintenant essayons de réduire cette parité et ces rapports à un principe de rai-nu pure, en faisant abs traction de toute donnée passionnelle, c'est à-dire de l'intérêt social, des sentiments naturels, de la bienveillance et de la sympathie, il- deviennent aussi peu saisissables pour nous que si nous voulions exclusivement nous les expliquer par la donnée de l'amour pur...

C'est dans la conscience que nous cherchons les lois de 1 1 conscience Or, nous ne trouvons pas en elle une lui de raison qui lui enjoigne de subordonner les passions, quelles qu'elles puissent être, a des règlements aprioriquea dont nulle «if ces mêmes passions ne serait consentante. Mais nous

dans l.i raison pure, el manquerai! de moteur >•! ion en quelque

sorte; car que rendrait el .1 • 1 1 1 • » ■ servirait la jnsUce si elle nu parlait de

l'amour in>nr aller ;'i des bi< •■> ' Le d< fond de toul

[Introduction ii lu Philosophie analytique de Ile < lition.

y trouvons une loi qui réclame la coordination des passions, eu vue de satisfaire du même coup la raison et les allections que la raison juge bonnes. Considérons un homme suspendu entre la justice et l'intérêt : il est incontestable qu'au moment où, se déterminant pour l'acte juste contre l'acte injuste, il avoue et celle parité et ces rapports des personnes, dont nous parlions, il se sent fondé sur la raison, mais en même temps et en cela même sur l'affection qui le lie aux membres de l'humanité. Otous tout principe d'amour, et il nous deviendra incompréhensible que cet homme se reconnaisse des semblables plutôt que des contraires; qu'il fasse consister je ne sais pins quelle raison à préférer à la règle de ce qui lui est utile celle qui lui donne des égaux dont les titres moraux d'égalité sont alors des abstractions insaisissables.

a La justice a donc ym fondement dans l'amour, connue tout ce qui sort du cœur bu main inséparable de l'esprit humain. Mais l'amour, dans le juste, exige du retour; il est réglé et limité par la raison comme une dette réciproque ; il est pour ainsi dire réduit au minimum : et, devenu obligatoire, il se trouve, eu même temps que plus étroit, plus sacré ' ».

Dans ce passage, où me paraissent résumées avec précision

ses idées morales essentielles, Renouvier n tre que le criti-

cisme kantiste, maigre les grandes vérités qu'il renferme, avait besoin d'être réformé, aussi bien pour la philosophie pratique que pour la critique de la raison spéculative, el que la réforme, en philosophie pratique, devait porter contre l'idée d'une mystérieuse volonté aouménale, étrangère à tous motifs et mobiles de la sensibilité, par suite, identique en tons, universelle et législatrice. Cequi mérite ici particulièrement l'attention, c'est que l'an leur des Essais de Critique générale qui, en nombre de pages éloquentes se plaîl à opposer la morale de justice à la morale d'amour, ne laisse pas de soutenir, et. selon moi, établit en quelques mots décisifs, que la justice a laquelle on ôte toul principe d'amour esl incompréhensible : que la loi morale commande de satisfaire à la fois la raison el les affections jugées bonnes; qu'elle exige

a celle lin la coordination des pas-ions; qu'il faut considérer

comme obligatoire l'amour réglé el limité par la raison. Renouvier, certes, n'entendait nullement faire de l'amour

l Essais de ' ritique générale. Quatrième Essai: Introduction <i l<i Philosophie analytique de l'histoire, première édil . I ■ partie, p. 100 >'\ suiv. — Seconde édil . chap ^m. p. 82 el suiv .

SUR i \ uiUOIRI l i L'IMAGINATION M i m I I 1"'.'

le principe de la morale. Il en étail fort éloigné, je Buis tenté de dire trop éloigné. Le devoir, .1 ses yeux, étail nécessaire

m 1 n 1 une loi de la raison, el donc oe pouvait tirer - irigine

du sentiment, quelle que lût la nature du sentiment. C'est en ce sens qu'il B'élevail avec force contre la morale d'amoui L'amour, auquel il opposait la justice, qu'il condamnai! an îitiiii de la justice, c'était ['amour 0 pur el absolu •■ qui, au lieu de recevoir de la raison sa règle el ses limites, B'érige lui môme en loi de l'activité humaine, imposant à chacun » la préférence d'autrui à soi en toute occasion, le sacrifice cona t.iiii el entier de sa personne

L'amour, pensait-il, esl une passion, et, dans une passion, quelle qu'elle soit, on ne saurai! voir un impératif moral; l'idée de loi observée ou violée, ae s'applique pas à l'amour Il a toujours été, sur ce point, très affîrmatif. <• Toutes les passions son! égales, en tant que fondées ègalemeul dans la nature, el -1 la raison n'intervien! pas... La notion il une violation de I ai ir n'a pas de sens: l'amour violé n'es! plus, car il

esl passé à son contraire : qu'est ce alors qui ;i été violé '? •>

Cependant il reconnaît el montre fort bien que cette pas Bion, l'amour, ae peut être étrangère à la morale, qu'elle a une place fi un rôle nécessaires dans la justice même. Il sem ble, à la vérité, le reconnaître un peu malgré lui el à regret ; car, toujours préoccupé de l'amour pur el absolu, devenu en fait, dans el par les religions, source évidente d'injustice, il veut que cette place el ce rôle soient e réduits au minimum Quel sens exact faut-il donnera cette forte el hyperbolique expression : réduit au minimum i Où cette réduction doit-elle s'arrêter pour être compatible avec la place el le rôle que l'amour doit garder en morale? Comment l'amour, qui esl une passion, qui, en tant que fondé dans la nature, ne diffère par des passions quelconques, el dont la violation n'a pas de sens, peut-il être le fondement de la justice? Comment ce principe nature] peut- il être dominé parla raison, el quelle règle peut il en recevoir? Comment la raison exerce 1 elle Bur l'amour l'autorité à laquelle elle prétend el qui, en le limitant, le rend obligatoire? Je ne vois pas que l'auteur du Quatrième Essai ait résolu les difficultés que présentaient ces questions au réformateur de la doctrine morale de Kant.

\. I/o,/.. |m ,,|it.. p. •:: " édil . p

S. J ' - édit., p, e< ond • .ht , p. 89

Elles se résolvent de la manière la plus simple, si l'on admet, — à quoi l'on est conduit précisément, par la psychologie affective, — que l'amour (et en général le sentiment, la passion) peut être la matière, l'objet de la loi morale, et qu'il eu est réellement et logiquement le premier objet; — qu'il peut être l'objet de la loi morale, attendu que les sentiments et les passions ne sont pas des principes donnés dans la nature sans changements possibles, mais peuveut subir l'action de la volonté, se fortifier ou s'affaiblir par cette action dont ils deviennent, eu une certaine mesure, les produits ; — qu'il en est réellement et logiquement le premier objet, attendu que les sentiments sont la source d'où naissent les actes extérieur-. et que la morale des actes extérieurs serait inefficace, si elle n'était animée par la morale des sentiments.

Sur les rapports de la loi morale et de l'amour, la pensée de Renouvierest restée incertaine, obscure et même contradictoire, parce que l'action de la volonté sur les seutimeutslui paraissait au moins très douteuse. C'est pourquoi, sans doute . l'amour ne pouvait, selon lui, devenir obligatoire, qu'à la condition d'être réduit au minimum. Que devient le devoir d'aimer, si l'amour ne dépend en aucune façon du vouloir ? Or, Renouvier n'était guère plus disposé que Kant à admettre que l'amour soit au pouvoir de la volonté. C'est ce qui ressort des passages suivants, couteuus dans le Petit Traite de MdikIc à l'usage des écoles primaires laïques :

« L'obéissance, la reconnaissance, le respect filial, sont des devoirs des enfants visa vis de leurs parents, parce que ce sont de justes retours pour les biens que les enfants reçoiven t et ont reçus et des obligations liées à leur état d'enfance. Aussi dit-on que la raison les dicte et qu'ils sont justice.

« Il n'en est pas «le même de l'amour que nous avons pour no- parents. Cet amour est un sentiment de nature, comme l'amour encore plus grand des parents pour leurs enfants esl

un sentiment de nature ; et il est un retour également, puisque c'esl l'amour des parents qui commence. Les enfants bien ués

et bien dunes aiment donc leurs parents : et toutefois, s'ils û'avaienl pas id amour, ils ne pourraient pas se le donner, parce .pie cela ne dépend pas de la raison et qu'on ne peut pas s'obliger soi-même a aimer, ni encore moins y être oblige par les autres.

Mais s'il ne dépend pas de nous que nous aimions, et si nous avons ce malheur que non- sentions pas ce que sen-

Ull i \ Mi MOIRE i I i IMAGINATION \M I i l i I | I

lenl les enfants bien aés donl le cœur est tendre, nous pouvons <lu moins connaître dos devoirs h les remplir. I devoii - exigent de nous le plus souvent ks mêmes actions el les mêmes paroles * 1 1 1»* nous dicterai I cel amour que nous serions impuissants à m ni s donner si nous ne l'avions pas1. »

C'est parce qu'il était reste trop près du criticisme kantiste Bur les rapports de la volonté et des sentiments el sur le devoir d'aimer que Renouvier, comparant, en philosophie morale, le précepte négatif : Ve faites pas â nui nu ce '/"<■ vous ne voudi ;ws- que ion oous fit, au précepte afiirmatif: Faitesàautrui ce que vous voudriez <i>ir Von vous fit, marquait sa préférence pour le premier et attribuail à l'irréflexion celleque l'on donne quelquefois au second. « Ce dernier, dil il, pris dans toute son extension, peut paraître ordonner l'amour sans condition, d'où la justice disparaît. Mieux entendu, c'est-à-dire, pris limitativement, il n'a pas plus de sens et de portée que le précepte oégatif, mais il .1 moins d'énergie. Au reste, il esl clair nue l'intervention de la volonté ou du désir dans ce mot vous voudriez) manque de netteté dans la formule. L'idée d'un juste désir y esl latente. Ici les hommes, les philosophes euxmêmes oui fait entendre ce qu'ils n'ont pas su dire -'. »

(ici) ni esl incontestableen cette remarquej disons le d'abord, c'est que le précepte afiirmatif : luth* ,) autrui, etc.. n ordonne

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