‹ L'Année philosophique (volume 2)Chapitre 23 sur 45 · Pelil I Morale les primaires liu'/in-s · texte numérisé non relu

Pelil I Morale les primaires liu'/in-s

lion, p. 17 — ou n.' poav&il énoncer plu- formellement la négation du libre pon voir ol par suite au devoir d'aimer. H. m- la Boconde édition l'ouvrage, les terim itexpriméi ont été fort adoucis

par l'auteur, quoique insuffisamment encore .i mon gré, d'après les obs

ions critiques que j'avais cru. p mvoir lui présenter .1 ce sujet du point de vue psychologique. Il y accord < en réalité, ce qui importe

Burtout, - que l'amour n'est pas entii soustrait au pouvoir et .1

l'acli m de 1 1 volonté En remplissant . dit-il, ■ 1rs devoirs que

nousdicte.ra.il l'amour naturpl pour nos parents), nous ne pouvons man- ,|u 1 a . . ii 1er des ompi • lu mi. a a nous, m

motifs pour qu'il n qu'il auj |ue nous avons reconnu

finit .-si bon el voulu par la raison, nous pouvons quelque chose aussi poui provoquer en nous les sentiments qui l'entretiennent lin ce sens l.i. l'amour 1 ont du devoii • peut donc s'appeler nu devoi r.ililc- peuvent être érigi - en ; Pelil Traité 0 M

<irs écoles primaires laïques, -' édition, p. 11).

2 Essa 1 <i'- Critique généi • Quatrième J 1 I ition, p.

ii.. e . seconde édition, p 83, note.

il:

pas l'amour pur. absolu, sans limite, étranger à la justice.

L'euli'iidre en ce sens est certainement une erreur. .Mais peut on dire, comme l'auteur du Quatrième Essai, qu'il n'a pas une a h Ire portée que le précepte négatif '? Je ne le pense pas.

Les deux préceptes se rapportent, l'un et l'autre, à la loi de justice; ce sont deux formules de celte loi ; mais leur diffé rence, quoiqu'elle necorresponde pas à celle de la justice et de l'amour, ne manque pas d'importance et ne doit pas être méconnue. Le précepte affirmatif diffère du précepte négatif, en ce qu'il donne de la loi de justice une formule plus complète et partant supérieure. Le précepte négatif ne peut régir toutes les relations humaines : il ne s'applique pas à celles qui résultent de la solidarité naturelle et fatale, île la vie commune en un milieu physique commun. Il est clair, par exemple, qu'il ne me prescrit, pas l'acte positif de prendre autant que je le puis, la défense des droits des autres, comme je voudrais que les autres prissent la défense de nos droits. Renouvier lient que le précepte affirmai if ne peul être bien entendu, c'est-à-dire interprété comme formule du Juste qu'à la condition de se ramener et de s'identifier au précepte négatif. Il me parait, au contraire, que le précepte négatif, première et imparfaite expression de la loi de justice, est, en réalité, compris dans le précepte affirmatif.

<; est le précepte affirmatif, notons-le, qui se retrouve, sous une autre forme, — sous une forme abstraite el générale, —

dans le principe kanl isle d'universalité. A-is de telle sorte

a l'égard des antres, dit le précepte affirmatif, que tu voudrais que les autres agissent de la même manière à ton égard. De celle formule on passe aisément à celle-ci : Agis de telle sorte a l'égard de tous, que lu voudrais que i'>us agissent de la même manière les uns à l'égard des autres El cette dernière m- diffère en rien de celle de Kanl : Agis de telle Borte que tu voudrais que la maxime de ton acte fût une loi universelle. Les deux préceptes s'appliquent nécessairement d'abord, aussi bien l'un que l'autre, aux sentiments don procèdent lés acte- ; ei c'est la différence des sentiments sur lesquels l'action de la volonté esl appelée qui met une différence essentielle entre les deux formules. Le précepte négatif demande el près cril à la volonté d'exercer son pouvoir d'inhibition sur les sentimentsde malveillance el dehaine; le précepte affirmatif exige qu'elle agisse sur les sentiments de bienveillance et d'amour, pour les fortifier et en assurer l'efficace prédomi-

-i R LA HBMOIRI il i im USIH \ i IOH \i Kl 11 i

uauce. Voilà qui Buffit, il me Bemble, pour établir la BUpériorité « 1 1 1 précepte affirraatif ; car la force accrue des booa Ben« tiin»> 1 1 1 - est certainement, - la psychologie affective en témoigne, le meilleur moyen de neutraliser les mauvais, de les rendre impuissants et d empêcher les actes injustes qu'ils poussent à commettre

Le précepte affirmatil se rapproche ainsi du devoir d'aimer, tel que l'énonce l'aphorisme évangélique : Urne ton prochain comme toi-même. Il ne tait, à vrai dire que préciser le sens de

3 mots: comme toi même, qui excluenl l'amour absolu el qui règlent et limiteul le devoir d'amour, en y introduisant l<i principe rationnel do l'égalité des personnes c'est à dire la justice, o Aimer comme soi même, ;i dit Bossuet, c'est un amour d'égalité et de société '. «

L'amour du prochain, tel que le prescrit l'Évangile, n'est

pas l'amour réduit au minimum el exigeant c me i lition

sine qua non la réciprocité. C'est à l'amour de soi même que chacun doit le mesurer, non ;i l'amour qui lui est rendu par

autrui. Ce n'est pas non plus, puisqu'il suppose l'ai ir de

soi-même auquel il se mesure, l'amour étendu au «Ida il*- toute liuiitt' ri imposant a chacun le constant el entier abandon de v.t personne. Il me parait donc « 1 1 1 < • Renouvier se trompe, lorsque, opposant la morale de justice à la morale de l'amour pur el absolu, il montre cette dernière dans le christianisme aussi bien que dans le bouddhisme*. Ce u'esl certainement pas l'amour absolu et sans limites qui caractérise la morale chrétienne, considérée en sa source évangélique el résumée dans le précepte affirmatif : Faites à autrui, etc On peut dire* au contraire, qu'elle approfondit et accomplit la loi de justice, c'est a dire l'élève à la perfection précisément parce qu'elle l'applique au désir positif, au désir qui est «au fond de tout

i Méditation» turtBoangite. — Bossael ajoute que l'am . r.-.

pandre avec égalité sur le prochain . que doua devons l'aimer ensoc comme notre frère, el non p.i^ par domination >-,,n,m>- notre inférieur

j \ oj .- Quatrii Essai de Critiq i. p. 118-li

onde édition, p 94- '8.

; j,- dis considérée en «j tout jue ; )<• n'entends pas p

de la religion d'autorité spirituelle el temporelle qu'es) devenu le chri nisme par les eau [Ui ■ >"• déterminé ion • rotation

, -i le désir, comme le dil avec raison Renoovj m fond

il i.iui i'K'n que la i"i de jusUce puisse l'atteindre, . qu ,i

notre pouvoir d'agir sur aa dirocUon >•[ sa force ■! manii juste et conforme -i la raison 9 n Kant, le immuable et fatale de la natun lenUellement op] j vu

Pmxon. — ftimfo phflns I9#d. «j

l'année philosophique, ioog

qu'elle le fait entrer dans l'amour avec l'égalité morale des personnes, — avec l'égalité morale de Vautre et de soi-même devanl soi même, — et qu'elle résout ainsi, en une synthèse où iissonl Inséparables, l'antinomie apparente d*'* deux termes.

Par ce principe de l'amour d'égalité qui prescrit à chacun

il -nii que la volonté ne peul obéir au devoir, être morale, qu'à la condition d'être, en ses actes, complètement affranchie du désir. Les paradoxes m iraux el métaphysiques de Kanl dérivenl de sa théorie de la sensibilité affective, el logiquement tombent avec elle. D'après cette théorie, il devait rejeter les mots que vous voudriez, où le désir esl exprimé, le désir ne pouvant, à ses yeux, être ai devenir juste. Il le remplaçait par la chimère p chologique d'une volonté pure, formelle, autonome. Si l'on n'adopte pas sa théorie déterministe el pessimiste de la sensibilité affective, on esl obligé de reconnaître que cette substitution ne peul être prise au si rieux, el que le désir 'l<>ii être, sous -.1 forme traditionnelle, maintenu dans le précepte afflrmatif, où il esl soumis à 1 -i loi rationnelle de l'égalité, a la loi justice.

C'est précisément, remarquons-le, de la théorie kantiste qui nie tout

rapi ntre la volonté morale el i.i sensibilité affective el qui considère

celle-ci coi issentieUemenl étrangère <-\ même opposée an devoir,

qu'est sortie très logiquement la 1 aie bouddhique de Schopenhauer,

morale de l'extinction des désirs el de la désapproprialion absolue, dont l'immoralisme 'I'- Nietzsche offre aujourd'hui le contrepied, el qui. nuit au--i radicalemenl que cet immoralisme, exclut l'idée el le sentiment fin droit. On voit m le christianisme évangélique el le bouddhisme peuvent être légitimement confondus dans le jugement que l'on porte contre la 1 air de L'amour pm ri absolu.

Je dois ajou <■:• — el l'observation ne manque peut-être pas d'inlérêl — qu'il n'esl pas difficile de voir commenl l'erreur de Kanl suj la volonté autonome, nouménale, a engendré les erreurs, beaucoup plus ■j.r.ivr -. a mon sens, de Schopenhauer el de Nietzsche. De la théorie kantiste Schopenhauer a tiré cette consé [uence. que la volonté, telle qu'elle esl donnée dans le phénomène, 'lui- l'individu, c'est-à-dire la volonté unir ,1 la sensibilité el a 1 1 jt, par la nature même du phénomène, de l'individu,

volonté de vivre \ té essentiellement égoïste ri amorale ; donc, que la

m , sent ni t ' mec ion de la volonté de vi\ re,

dans le renoncement à soi, dans l'amour pur et absolu NJ ifaul consi-

iminç une chimère psychologique la volonté morale de Kant. qui, excluant toutes lins affectives, se réduit a une forme sans mai

mté murale telle que l'enl - loponhauer, la volonté qui nie la

de vivre, qui par conséquent se nie elle-même, < -! encore plus

chimérique, |ue cette négation esl incompatible avec les conditions

penhauer de l'exi Lcnce phénoménale et individuelle.

• : ii 1 |ue des deux '•>'< trin • conduit

très logiquemi '-:i u immoralisme systématique. Cel

iiiiin iralisine, franchement, violemment ri bruyamment affirmé, juge, il me semble, les • ! ux théories qui en expliquent l'origine, en même temps qu'il obligi I autre, >l - pi in-

lue.

SOn I \ MÉMOIRE M L'IMAGINATION m I l > l i

d'assimiler entièrement l'autre, le prochain .1 soi même, la morale évangélique esl en parfaite harmonie Bvec la aalure affective de l'homme, si les personues sont, comme telles, moralement ég les devant la raison, une faculté remarquable de notre oature affective, la sympathie, tend à les taire égales et, pour ainsi dire, identiques devant le cœur Ce mol sympathie n'est pas pris ici dans le sens de bienveillance qu'on lui donne ordinairement. Il désigne d'une manière générale, la disposition que nous avons à partager les sentiments d'autrui

C'estce principe, <lii Adam Smith, qui produit la pitié mi la compassion et les diverses émotions 1 1 m* dous éprouvons pour les infortunes des autres, soit que nous les voyions de nos propres yeux, soit que nous n tus les représentions avec force. Il est trop ordinaire il»' souffrir des souffrances d autres pour qu'un pareil fait ;iii besoin de preuves ■>

Celte disposition à souffrir des souffrances des autres ne peut s'expliquer que par l'imagination : et ce n'est pas, on en doit convenir, de la seule imagination intellectuelle visuelle, tactile, auditive, etc qu'elle tire son origine L'imagination affective en esl la conditiou nécessaire : <>n ne souffre des - luffrances des autres que parce que, se mettant à leur place, on imagine les sentiments qu'ils éprouvent. C'est ce que montre très bien Adam Smith :

Aucune expérience immédiate ne nous apprenant ce que lesautres hommes sentent, nous ne pouvons nous faire I idée de la manière dont il> Boni affectés qu'en nous supposant nous-mêmes dans la situation où il- se trouvent Qu'un de nos semblables soit Bur la roue, nos sens ne nous instruiront jamais de ce qu il souffre, tant que non-; n'aurons pour nousmêmes que l'idée du bien-êl re. Nos sen9 ne nous portent et ne Hun- porteront jamais au delà de notre personne; il n'y a que l'imagination qui noua fasse concevoir quelles sonl les sensations de cet homme souffrant; et l'imagination môme ne p<'iit

re naître en nous cette idée que parce qu'elle nous représente ce que nous éprouverions si nous étions à sa place Elle nous moutre alors les impressions que recevraient w« 3ens, et non celles dont les siens sonl affectés. Elle nous met dans -1 situation: nous nous seutons souffrir de ses tourmei nous pénétrons, pour ainsi dire en lui même, nou9 ne I plus qu'un avec lui : et nous formant ainsi une idée de

l . Théoi nlimenls l

H6 l'année pbilosophique. 1906

sensations, nous eu éprouvous nous-mêmes qui, quoique plus faibles, sout en quelque chose analogues aux siennes l. »

L'imagination affective s'applique à tous les sentiments. quelle qu'eu soit la nature. Aussi tous les sentiments, quelle qu'en soit la nature, peuvent-ils, comme le fait observer Adam Smith, être éprouves par sympathie.

« Les circonstances qui amènent le chagrin el la douleur ne soi il pas les seules qui excitent notre sensibilité. Quelle que soil la passion qu'un homme éprouve dans une situation don

née, tout spectateur attentif, en le< sidérant, sera ému d'une

manière analogue à la sienne. Les héros de roman ou de tragédie nous font également partager leurs succès et leurs revers ; et notre sensibilité n'est pas moins réelle pour les uns que pour les autres. Nous partageons leur reconnaissance pour les amis fidèles qui ne les oui pas abandonnés dans leurs dangers et dans leurs malheurs ; nous épousons leur ressentiment contre les traîtres qui les outragent ou qui les trompent. Pour toutes les passions dont l'espèce humaine est susceptible, l'emoii les spectateurs est donc toujours analogue à

ce qu'il croirait ressentir lui-même s'il éprouvait une de ces passions.

« Ou se sert des mots de pitié el de compassion pour exprimer le sentiment que les souffrances des autres nous font éprouver : quoique Le mot de sympathie fût originellement borné à cette signification, cependant on peut, sans impropriété, L'employer pour exprimer la faculté de partager les passions des autres, quelles qu'elles soient s ».

C'est, ou le sait, sur cette généralisation, à laquelle on esl conduit par la psychologie affective, que le créateur de l'économie politique a fondé son système moral. I)e notre temps, Herbert Spencer a signalé dans ce système une lacune que lui

parait combler l'application de la sympathie au sentiment <\<^ droits personnels De la faculté de sympathie naîtrait, selon lui, le sentiment de justice aussi bien que le sentiment de pitié 1. 1 théorie d'Adam Smith,, ainsi complétée, expliquerai!

le respect pour les droits des autres, en lui donnant la même origine qu'à la bienfaisance

a L'instincl des droits personnels, dit il. conduit chaque homme a assurer el à défendre sa propre liberté d'action ; mais

1. Théorie du lentiments moraux, i pai Bdion, chapitre premier.

Page 1