Autobiography bj Herbert Spencer, t. II. p
SI H LA MBMOIBI i 1 i IM \>. in \ 1 i"-» \i i u 1 1\ i ~ 1 10
présenter comme an [ail premier, comme une donnée men taie irréductible, sans arrêter s«>u attention sur l'analyse très exacte qu'en a laite Adam Smith Cette analyse a bieo pour tant -mi intérêt et Bon importance, si l'on ne veul pas raulti plier inutilement les causes el les principes Oo a vu qu'elle ramène clairement la (acuité de sympathie à l'imaginatioa affective. L'auteur de la Théorie ntiments moraux n'em-
ploie pas ces mots imagination affective, mais il décrit tort bien le phénomène qu'ils désignenl
C'esl l'imagination affective qui, comme il l'explique, uous fait partager les douleurs el les joies des autres, eu nous mettant à leur place el dans leur situation, eu uous représentant les mêmes douleurs el les mêmes joies senties par nous-mêmes. C'esl encore, dirai-je, l'imagination affective <|"' nous fa ii participera l'indignation <|'"' uous supposons éprouvée par celui donl les droits sont violés Nous y participons •mi nous représentant nous mêmes victimes de l'injuste violence qu'il subil ; si le sentiment qu'il a de ses droits el par suite de l'atteinte qui leur esl portée peut, com ses douleurs el ses joiesetau même sens, devenir nôtre, c'esl que l'ima gination affective produit les mêmes effets, à quelque espèce de Bentiment qu'elle s'applique. Là est tout le mystère de la sympathie, dont on peut bien dur. sans doute, avec l'auteur de l.i Statiqm sociale, qu'elle esl une fonction réflexe du sentimenl d'autrui, Bi l'on ue voil là rien de plus qu'une comparaison
Je doissignaler le même défaut d'analyse, même un défaut pi us grave encore, dans cet instinct des droits personnels qui, selon Spencer, sérail un sentiment purement égoïste. Égoïste,
le Bentiment des droits pers iels l'esl sans doute, en ce sens
généra] qu'il se rapporte au on moi ; mais ce sentiment égoïste
complexe : il ne se réduit pas au désir de la jouissance à l'aversion pour la douleur, ni à l'amour ou à la haine qu'ins pirenl .1 tons les animaux ceux d'où leur viennent plaisirs ou souffrances Dans l'amour de soi-même qui le constitue entre un sentiment proprement humain, le respect de Boi même, le Bouci, le -"in, la défense de - 1 propre dignité de personne
Wlll
1 st ce qu'avait compris l'auteur de ia /tu \nslall
lnti<nt et dam V Eglise, Proudhon. Comme Spencer, il fait
naître la justice de la faculté de sympathie (quoiqu'il ne se serve pas de ce mot), mais de la faculté de sympathie appliquée au sentiment de dignité personnelle, qu'il distingue expressément et avec raison de ceux qu'on appelle ordinairement égoïstes. Voici en quels termes il expose sa théorie :
« L'homme, on vertu de la raison dont il est doué, ;i la faculté de sentir sa dignité dans la personne de SOU semblable comme dans sa propre personue, et d'affirmer, sous ce rap port, son identité avec lui.
« La justice est le produit de cette faculté : c'est le respect. spontanément éprouvé et réciproquement garanti, de la dignité humaine, en quelque personne et dans quelque çir constance qu'elle se trouve compromise, et à quelque risque que nous expose sa défense.
« Delà définition de la justice se déduit celle du droit et du devoir. Le droit est pour chacun la faculté d'exiger des autres le respect de la dignité humaine dans sa personne. Le devoir, l'obligation pour chacun de respecter cette dignité en autrui. Au fond, droit et devoir sont termes identiques, puisqu'ils sont toujours l'expression du respect, exigible OU dû : exigible parce qu'il est dû, dû parce qu'il est exigible; il ne diffèrent que par le sujet, moi ou toi, en qui la dignité est compromise
« Cette définition de la justice énonce un fait, savoir que, s'il n'y a pas toujours et nécessairement communauté d'intérêt entre les hommes, il y a toujours et essentiellement solidarité de dignité, chose supérieure à l'intérêt... Je dois respecter, et, si je le puis, faire respecter mon prochain comme moi-même : telle est la loi de ma conscience. En considération de quoi lui dois-je ce respect ? En considération de sa force, de son talent. de sa richesse ? Ce sont des accidents extérieurs, précisément ce qu'il y a dans la personne humaine de non-respectable. En considération du respect qu'il me rend à son tour ? Non, la justice est supérieure même à cet intéi et. Elle n'attend pas la réciproque pour agir : elle affirme, elle veut le respect de la dignité humaine, même chez l'ennemi...
« Résumons en quelques lignes cette étude. Le point de départ de la justice est le sentiment de la dignité personnelle. Devant le semblable, ce sentiment se généralise et devient le sentiment de la dignité humaine qu'il est de la nature de
son la mi nom! m i "im \>.i\ \ 1 1"\ m 1 1 . 1 1\ i - i ■ i
l'être raisonnable d'éprouver en la personne d'autrui, ami <>u ennemi, comme dans la sienne propre. C'esl par là que la jus liée Be distingue de l'amour el de tous les sentiments d aff< tion, qu'elle est gratuite, antithèse de l'égoïsme, el qu'elle exerce sur nous une contrainte qui prime tous les auln senlimeuts '. »
-i bien, eo ré ilité, comme je l'ai dit, par une espèce du geure sympathie, par une sympathie de dignité, que Prou dhon expliquai! la justice <»n voit aisément pourquoi il n'a pas employé le mol sympathie. C'est, d'abord, qu'il donnail .1 ce mot, d'après l'usage, le sens d'affection, d'amour, el qu'il entendait écarter de sa théorie l'amour aussi bien que l'inté rôt. <;'e-t . ensuite el surtout, que la faculté de sentir s i dignité <l;ins la personne de son semblable comme dans sa propre personne, c'esl à dire d'identifier, dan- lesentimenl qu'elles inspirent, la dignité du semblable avec sa propre dignité, lui paraissait dépendre nécessairement de la raison, essence de l'homme, et, par suite, différer singulièrement de la sympathie qui mtiis l'ait partager les iIhuI.mii- ou les joies des
a n ti
Il in- se trompai! pas en un point : le sentiment de dignité est certainement conditionné par la raison et, par suite, propre .i l homme el bien différent de la douleur et du plaisir M n- il aurait pu se rendre compte que la sympathie, c'est-àdire l'imagination affective peut s'appliquera ce senti ut,
comme à tout autre, comme à ceux qui, ne dépendant pas de la raison, sonl communs à l'homme el aux animaux, et
qu'elle - y applique plus ou ins selon qu'il est, dans l'âme,
plus oi ins vivant el dominant
Ce qui ressort des pass ités, c'est qu'il B'étail efforcé
et avait, jusqu'à un certain point, réussie saisir l'origine, la nature, le caractère spécifique du sentiment des droits personnels, au lieu d'y voir, comme le philosophe anglais, un lait premier d'instinct égoïste. Les définitions précises par lesquels il met en lainière la corrélation logique du droil el du devoir réduisent a l'absurde l'explication Bpencériste de la justice, laquelle suppose un sentiment primitif du droil où n'entre r;»it en aucune façon celui du respect </</ par autrui, exigible
d'autrui, co te -i l'idée de droil n'impliquail pas celle du
devoir de respecter le droit, comme m l idée de justice n'était
i. De ta Juêtice dans ta Révolution >-t da / • vu
l±2 L*ANNBE PHILOSOPHIQUE. 1906
pas constituée précisément par les deux idées logiquement inséparables dedroit et de devoir.
Toutefois, si intéressante qu'elle soit, l'analyse de Proudhon est, à son tour, elle-même encore fort insuffisante; elle ne va
pas au tond du sujet. Elle est insuffisante, i seulement en
ce que l'éloquent et vigoureux théoricien de la justice a méconnu le principe delà sympathie et le rôle général qu'elle joue dans notre nature affective, mais encore en ce qu'il n'a pas vu couinent le sentiment de dignité dépend de la raison, en quoi précisément consiste cette dépendance II aurait pu l'apprendre de Kant, en relisant, les Fondements de la Métaphysique des munis. C'est, dirai-je, deia raison pratique ou conscience morale que dépend le sentiment de dignité, c'està-dire des idées apriôriques de devoir et de droit. <l<' l'idée de justice qui renferme et réunit eu elle ces deux idées corrélatives. En faisant naître la justice du sentiment de dignité, Proudhon a pris la conséquence pour le principe, l'effet pour la cause, et vice versa. C'est le devoir, impose par la raison pratique, de respecter et de traiter la personne humaine, toute personne humaine, comme une tin en soi, c'est l'idée de l'impératif moral, qui fait naître et vivre dans les âmes le sentiment de dignité.
L'erreur de Proudhon est d'avoir demandé à l'empirisme le principe de la morale et d'avoircru le trouver dans un sentiment qu'il éprouvait et exprimait avec force et qui lui parais" sait le caractère affectif par excellence de l'espèce humaine. Le principe de la morale ne doit pus être cherche dans un sentiment, quel qu'il soit, ni dans la faculté de sympathie, à quelque sentiment qu'elle s'applique. Ce principe e>t intellectuel, non alïectif : c'est un «les éléments a pi ioriqucs de l;i
pensée, une des catégories de la raison. Mais, si aucun des systèmes <|"i prétendent fonder la morale sur le sentiment ne peut supporter l'examen, il faut reconnaître, (l'une part, que la faculté de sympathie, en nous incitant, par l'imagination, à l;i place de nos semblables el en nous faisant participera leurs sentiments, nous prépare el nous dispose à entendre la vois et ii accepter l'autorité de la raison pratique imposant la bienfaisance el la justice1, prescrivant d'aimer, de respecter
i. Comme la bienfaisance a pour objet <l<' lutter contre ce que l'on peut appeler l'injustice absence de justice) de la. nature dans les souffrances el lea misères bnmaines, le devoir il>' bienfaisance se lie et se ramène, en un sens, .m devoir de justice. La Bympathie spéciale •!'"ii nait lu. pitii
il; n HiMOIRl i i L'IMAGINATION IFFECTI
et de (aire respecter le prochain comme soi-même; d'autre part, que la raison pratique ue saurait laisseï hors de boii autorité el de boii action directrice, comme chose indifférente, cette force delà sympathie sympathie de douleur h de j"i<\ Bympathie de dignité) dont notre nature affective lui apporte le précieux concoui -
F Pillou
ho ainsi, dans !>• cœur humain inséparable de la i tison al de la con humaines, <i<- celle c|tii noua pousse a faire œuvre justicier
l'on esl fondé, semble-t-il, à 1> faire rentrer, en Lan) qu'elle s'appliqu l . tre humain.
I. Il .-i certain que l'imagination aiïective, d'où i t les dii
enre Bympathie, contribue à développer nos sentiments allruis qu'elle ihiiis pousse .1 soulager les n> ous le pouvons,
1, - droits d< . qu'elle donne, pour ainsi dire, chaleur el vie, dans 1 1
oce, .1 l'idée générale du devoir donl les sentiments el les démarches altra Mais l'observation psychologique montre que a
on altruiste Bpontanée de 1 imagination aiïective \ >n li - indi-
vidus et selon les circonstances, qu'elle esl I lia II.- Mil!, ri
limiti e 1 1 souv< ni défaillante, el donc que, chez tous, elle a grand
'ii seulement dirigée, mais soutenue el suppléée par l'impératil la 1 parle précepte Fa ei mu autres, etc. Remarquons que
ction dépend beaucoup de l'expérience aiïective. Ainsi, la pitié, — donl l'imagination affective esl le prim ipe el préciserai d1 parce que l'imagination affective en esl le principe, — la pitié que oous inspirent souffrances d'aulrui augmente naturellement, devient plus pressante, nous sollicite plu- fortement .1 l'action Becourable, par la représentation plus ■ de la ' ause qui l'excite, si la mémoire affective nous rappelle des semblables que nous .n^n- nous-ra pelons-nous ce vers \
Non ignai .1 ni.ili m