‹ L'Année philosophique (volume 2)Chapitre 32 sur 45 · u ~ en pourrions U ,|ti. r,i · texte numérisé non relu

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est, sans doute, loin d'adme

r - Année phili -

sans éprouver le moindre embarras. On le suit avec une facilité surprenante, inquiétante même. On dirait qu'Ollè-Laprune s'est fait une loi de n'apporter à son jeune auditoire que des résultats de recherches, sans les associer d'assez près à ses recherches. Les problèmes sont posés, développés, résolus. Où sont-ils discutés? Vraisemblablement par le maître, dans le silence de la méditation préparatoire, comme le sont les arguments d'un prédicateur pendant la préparation d'une homélie. Le mol vient dînons échapper el nous ne saurions le reprendre. Cette suite de leçons simule a s'y méprendre un recueil d'homélies. De la vient qu'au moment de juger, le lecteur hésite. Il n'a pas entendu le prédicateur. Il n'a dune poinl subi ce charme lentement envahisseur qui gagne et persuade jusqu'à presque endormir lebesoin d'être intellectuellement convaincu.

Ollé-Laprune était, à n'en pas douter, de la famille des intuitifs. de ceux qui, pour apercevoir la vérité, n'ont qu'à se tourner r< lumen) vers elle. Il estimait, non sans quelque raison, que voir vaut mieux que savoir el qu'une vérité esl d'autant plus digne d'être appelée vérité qu'elle esl au-dessus de toute preuve. La philosophie d'Ollè-Laprune esl une philosophie <le la lumière naturelle. <in ne discute pas la lumière, on peut la développer, la rendre sensible au regard d'autrui. Certes il ne suffi! pas de s'écrier o je vois o pour que les autres voient à leur tour. Mais si l'on décril ce que l'on voit, on vient au secours «le- myopi - el on rend distinct, à leur yeux, ce que ces yeux, d'eux-mêmes, n auraient jamais aperçu.

Cette philosophie <le la lumière naturelle, chez Ollè-Laprune, aboutissait à rapprocher la manière dont la raison agit en nous de celle donl la foi nous éclaire, si bien qu'entre la lumière naturelle el la lumière surnaturelle il semblail n'y avoir qu une différence toute \ erbale.

on nous a reproché —je crois bien que ce reproche nous esl venu de M. Fonsegrive, à moins que ce ne -"il de M. Kves Le Querdec — d'hésiter à classer Ollé-Laprune parmi les philosophes, el cela en raison de son catholicisme. Nous avons accepté le reproche et nous nous y exposerions une fois de plus. Une les conclusions de celle philosophie impliquent une foi religieuse vivante et ardente, on pourrait, sans l'accepter, lui témoigner les trds dus a toute philosophie digne de ce nom. si, pour gagner plus sûrement les esprits, elle n'exigeait au préalable un ensemble d'attitudes intérieures ou d'états d'âme, quelque chose de voisin (I un je ne -.h- quel étal de g race.

El c'est <(• qui me fait craindre que cette philosophie ne soit

incommunicable, tout au moins SOUS la forme du livre.

in i "S REVUE i : 1 1 1 1 i • • • . i : \ i 1 1 1 • • i i | 79

POIN< \u Lui 'n La Physique moderne et son évolution

in-12, Bibliothèque de philosophie scientifique, Flammarion,

Que de changements .1 subis via physique générale, depuis l<temps où 1 1 • » » i — ons, v< ra 1 ^T1'. de dégagi r la - unification

la portée des idées alors régnantes? Le travail de M Poincaré vienl forl à propos instruire les philosophes de toul ce qu'il leur faudrait apprendre >'il voulaient recommencer notre tentative. Elle reprise «mi partie on sait avec quel éclat et quel pro-

fondeur par Arthur llannequin dans -<>n livre sur VHypoth <it<>nt><. livre auquel noua avons été heureux de voir M. Lucien Poincaré rendre justice et hommage. Oui, que d'idées nouvel uni Burgi '. La physique <l«' l'énergie à remplacé la physique «lu mouvement, l'atome d'électricité a remplacé le vieil atome <!<■ Wurtz, proche parent, disait-on jadis, de celui de Leucippe, D nu. -rite, Epicure et Lucn l 'éther a passé du rang d'hypothèse à celui * i • • principe. Parmi les principes, celui de Y entropie ;i f;iit son entrée dans la science et la formule d'Heraclite est devenue vraie. Mieux que cela : si la direction <!<• l'évolution universelle est irréversible, comme le temps l'es! aussi, on serait tenté, -quand mi médite en philosophie sur les généralisations «lu .mi — d'y voir une preuve de la conformité de la nature aux exigences '!<■ la représentation. Cette irréversibilité n'a rien de né< On ne la déduirait pas des caractères <lu temps, si on

n'avait d'autres raisons à faire valoir. Il n'en reste pas moins que l'univers 3 en., rat ionalité

1 dépit des changements qui viennent d'être 1 !<•■■«

principes 1 demeurent. M Lucien Poincaré \ \cit non des ornes, maia d< éralisations empiriques. El sur ce |>"inl

encore nous avons toujours été de son .i\i-. Le principe de la conservation de l'en d'une importance capitale . Il

donne une forme sous laquelle se laisse expérimentalement saisi r la • ausalib

Le présent ou est l'œuvre d'un physicien très « 1 i - 1 i 1 »

espril philosophique au meilleur 1 terme, écrivain pn

et lucide, capable d'embrasser, de circonscrire ••! d'éclairer les sujets les plus difficiles. Il en est peu, chacun le s.iit. offrant plus de difficultés .< \ aincre.

Disons en finissant que M. Poincai Ile ;• nous donner une

haute idée de la science 1Y.1t. ■ 1 de la contribution de

Bavants contemporains aux pr de la physique Lr<-i;

RIBOT (Th.). -- Essai sur les passions (In-8°, Bibliothèque de philosophie contemporaine, F. Alcan; vn-i92 p. .

Ajouté à ceux que l'auteur ;i précédemment publiés sur la Psychologie des sentiments 1896) et sur La Logique des sentiments (1904)1, ce! ouvrage complète l'étude positive de la vie affective qu'ils avaienl commencé de nous donner, lia pour objet :l°de fixer avec toute la précision possible les caractères propres aux passions el les éléments qui les constituent (ch. i : 2 de retracer [eur généalogie, en les rattachanl aux tendances primitives donl elles sont issues et de montrer par quelles changeantes combinaisons s'expliquent leurs variétés (ch. n el m : 3° de rechercher pourquoi et comment elles finissent (ch. iv).

M. Ribot rappelle la distinction qu'établissait Kant entre l'émotion el la passion. « L'émotion, peut-on lire dans Y anthropologie, liv. m. agit comme une eau qui rompt sa digue, la passion comme un torrent qui creuse de plus eu plus profondément son lit. L'émotion est comme une ivresse qu'on cuve; In passion comme une maladie qui résulte d'une constitution viciée ou d'un poison absorbé. » Les psychologues contemporains, notamment Bain et M. William James, ont abandonné cette distinction; ils confondent passion el émotion cl se servent ordinairement de ce dernier mol pour désigner tous le- états affectifs. M. Ribot, tient avec toute raison selon nous, que « In position de Kant doit être reprise, mais avec les méthodes et les ressources de In psychologie contemporaine, el en rejetant celle thèse excessive qui regarde toutes les passions comme des maladies (p. 4) ».

Les manifestations de In vie sentimentale peuvent, selon lui. être réparties en trois groupes : 1° les états affectifs, d'une intensité faible ou modérée qui expriment les appétits, besoins, tendances inhérents à notre organisation psychologique et qui constituent le cours régulier et ordinaire de In vie; 2 les émotions qui ont pour caractère «le commencer par un choc, par une rupture d'équilibre; •* les passions qui sont caractérisées par In prédominance d'un étal intellectuel (idée ou image), d'où résultent leur stabilité cl leur durée relatives.

Il fait remarquer que ces deux derniers groupes, malgré un

fond comi sont non seulement différents, mais contraires.

. L'émotion esl un état primaire el brut, In passion est déforma lion secondaire et plus complexe. L'émotion est l'œuvre de la nature, le résultai immédiat de notre organisai ion; la passion est

1. x.iu- avon i iiin • •mil.' du prcmiei de ces livres dans V Innée philosophique de 1896, p. 222; el du second, dans l'Année philosophique de

PILLON. l'.i VI i: BIB RAPHIQ1 i I «• I

en partie naturelle, «mi partie artificielle, étanl l'œuvre de la pensée, de la réflexion appliquée .1 nos instini nos h

dances. L'émotion s'oppose à la passion, comme en pathologie, l'étal aigu a l'étal chronique. On peu! même prolonger la comparaison: la passion, comme la maladie chronique, a des poussi imprévues qui la ramènent .1 la forme aiguë, c'esl à-dire au : de l'émotion; une passion ;i longue dun e esl toujours travei par des accès d'émoi i<>u p. /

Dans la Conclusion, M. Kibol revienl sur cette opposition caractéristique de l'émotion <•! de la passion, qui esl l'idée maîtresse el fait, à mon Bens, l'originalité el la grande valeur philosophique de -"ii nouveau livre

La passion s'oppose a l'émotion comme le stable â l'instable;

malgré 9a permanence, elle subi! des variations secondaires que

l'émotion ne connaît pas Les passions, grandes ou petites, >'>ni

-.mi- nombre el changent selon les individus, les conditions

iales el les époques de l'histoire.

Enfin signalons une autre opposition. La psychologie évolutionniste soutient que ce qui différencie une émotion des autres émotions esl dû primitivement aux réactions différentes suscit par les événements. A leur tour, ces réai tions son! déterraini par des circonstances qui remontent peut être jusqu'aux temps lointains de la préhistoire; mais, pour réussir, elles onl toujours exigé des formes spéciales de coordination; c'esl à ce titre seulement qu'elles onl pu êtres utiles el tendre à 3e fixer organiquemenl par hérédité. Toute réaction émotionnelle esl donc la survivance d'actes profitables à l'ori Que l'on accepte cette explication .1 titre de fait ou d'hypothèse, il reste vrai que l'émotion, au sens strict, esl plutôt --|M.iii.nic qu'individuelle.

\ 11 1 ontraire, la passion, parce qu'elle esl une forme du caractère, esl une marque plus individuelle que spécifique. Et, quanl .1 son utilité dans la lutte pour la vie, elle esl ttestable v

individualisme esl . 1 u - - i l'œuvre d'une forme d'imagination propre ;iu vrai passionné, qui 1 si surtout affective. La passion, en de - ' durée, vil non seulement dans !"• présent comme l'émotion, mais dans le passé el l'avenir: elle Be nourrit de souvenirs qui ne peuvent être des représentations sèches, mais <|iu sont puisi dans li mémoire des sentiments Nous avons montré que les p sinii- réelles el profondes Boni construites des ima

cette espèce el sont ainsi, p 'une bonne part, l'œuvre non

la nal ure, mais < I * • l'homme p 1 v

1 - deux chapil rcs <l<- la gén< nlog ie des pa vivement int< >l montre l'origine des passio - d

h 3 tendances ou instincts qui ~"nl l'exp 1 fonctii m lie de

l'organisation physique el psychique de l'homme. Il tendances en quatre groupes : I tendanci ' pour bul la

conservation individuelle; 2° tendances propres à la conservation de l'espèce; 3° tendances qui contribuée à l'expansion de l'individu, à l'affirmation de sa volonté de puissance; 4° besoins plus rares, moins exigeants chez la plupart <\c> hommes, par conséquent moins aptes a devenir prépondérants.

Le premier groupe ne produit que deux passions issues de la faim et de la soif: la gourmandise et l'ivrognerie. De l'instinct sexuel, qui forme le deuxième groupe uail celle, entre toutes les passions. « dont la littérature est de beaucoup la plus abondante », l'amour. La passion amoureuse est une • construction complexe » qui présente des aspects divers selon les éléments affectifs qui g'y combinent. L'auteur analyse avec une rare sagacité ces composés o hétérogènes et contradictoires », l'amour jaloux, l'amour accompagné de mépris, le mélange d'amour et de haine, souvent dépeint par les romanciers et les dramaturges p. 63-*7i

Les passions qui ont leur origine dans la tendance à l'expansion (3' groupe) se divisent en trois catégories suivant que cette tendance sUpere par sympathie, par conquête, par destruction. I, 'expansion par sympathie produ il des sentiments ordinaires el quotidiens, d'intensité moyenne, mais peu de passions. Quand la tendance expansive prend une allure conquérante, elle donne nais sance à la passion des aventures, à celle du jeu de hasard, à l'ambition el à l'avarice. La forme destructive que prend, en certains cas. la tendance à l'expansion a pour point de dépari l'antipathie, qui peu! être subconsciente, instinctive ou pleinemenl consciente. Les passions qui viennent de cette source son! : la haine, qui es! « faite de tendances statiques à la répulsion el de tendant dynamiques à la destruction (p. 89) . el dont la vengeance esl o le dénouement logique p. 90] «: la jalousie, passion plus complexe que la haine et dan.- laquelle entrent trois éléments : I la

représentation d'un bien possédé ou désiré, élément de plaisir qui agi! dans le sens de l'attraction el de l'excitation; 2° l'idée de la dépossession [l'aman! trahi) ou de la privation l'homme frustré dune succession attendue), élément de chagrin qui agil dans le de la dépression; 3° l'idée de la cause vraie ou imaginaire de cette dépo in ou privation [p. 91 ».

i . passions qui se rattachenl au quatrième groupe de tendance, «'est a dire aux besoins qui ne son! ressentis que par un petit i ibre d'hommes, sont : la passion esthétique, dont l'intensif a augmenté à notre époque, parce que l'arl esl devenu pour beaucoup un substitut de la religion défaillante, la forme préférée d'un idéal qui console de la vulgarité journalière (p. 101) : (a passion religieuse, qui peut être contemplative el a caractère individuel. 3e manifestant parle mysticisme ou par l'ascétisme, ou activ\ el à caractère social, .eji~-ant.-oii par la persuasion [apostolat), Boil par la force [fanatisme persécuteur); la passion

PILLON. — REVUS Bl I HIQ1 B 183

politique • 1 « ► t » l on peu! distinguer deux typea : !<■ ty| qui

fond avec l'ambition personnelle el !•• type qui

tend vers le mysticisme el où la passion ressemble à un impératif moral : le patriotisme, plus simple, dans sa composition psychotique, '|"'' '■' passion politique >, el quelquefois conti I cette passion (p. 119 : la passion morale qui se mani us deux formes: par l'apostolat de la pensée, par les actes (p 120

M. Ribot a très bien vu, — c'esl un |><>int qui nous paraît important el que nous tenons a noter, que la passion religieuse (el il en es! de même de la passion politique el de la passion morale) en rapport étroit avec la croyance <•! <l"il «mi être rapprochi plus d'un lecteur peut se dire : la passion religieuse est-elle antre chose qu'une foi ardente .' Assurément non : mais i<-i nous ue voyons cette f"i que par son <-ntê affectif. Il y a dans toute deux éléments : sa matière, qui est acceptée comme une

ci .h- tivité démontrable ; puis, l'attitude subji -

tive de l'esprit, l'adhésion, l'affirmation qui est au Fond une préférence, un choix <>u mi attraction. Cette tendance attractive a la passion religieuse est une affirmation que rien ne peut ébranler : la force de la passion donne la mesure <!<• celle de la ci oyance (p. 1 1 i l

I dans la conclusion : Noua avons vu que diverses passions fréquemment désignées sous le nom de foi, surtout celles qui, par nature, sont collectives : passion religieuse, politique, morale, patriotisme, etc. Les grandes passions comme les croyances fermes ont un caractère impératif; les passionnés le proclament très haut et s'en prévalent comme d'une justification: et les romanciers "ni repris pour leur compte cette justification des droits « I «~* l,i passion. I el inaccessibles au raisonnement, tant

que la disposition affective reste la même, la foi el la passion, d qu'elles montrent quelque hésitation el se laissent effleurer par le doute, révèlent par ce lait -ml une orientation naissante «lu d< dans un autre sens, el la situation devient périlleuse p isi

remarques de l'éminenl psychologue sur le rapport de la passion el de lacroyan» dent av< loctrine néo-criti-

ciste. Elles sont, dirons-nous, justifiées par la constitution même

de l'esprit humain, laquelle ne peut c porter séparation de

faculté intellectuelle el de la faculté e que lorsqu'i

de jugeme unis, par la nature de leur i u contrôle de

l'expérience.

\llli; i mu Le Duplicisme humain

[in 12, F. Ucan : 160 p. .

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