‹ L'Année philosophique (volume 2)Chapitre 34 sur 45 · MORALE, HISTOIRE ET PHILOSOPHIE RELIGIEUSES · texte numérisé non relu

MORALE, HISTOIRE ET PHILOSOPHIE RELIGIEUSES

BOIS (Henri). — La morale sans Dieu (broch. in-8, Bureau de la Revue Foi et Die; 46 p.).

En cette brochure, qui reproduit une conférence d'un haut intérêt philosophique, M. II. Bois examine quels son! les vrais rapports de ces deux termes : morale ei religion.

Il reconnaîl d'abord, avec toute raison, que I; aie esl distincte <l«' la religion, attendu que l'obligation ne s'explique pas par l'ordre pur el simple d'une volonté, même divine, i Dieu n'a le droit moral de commander que si sa volonté es! conforme à l'idéal i "al. El donc les principes de la morale, qui se présentent psychologiquemenl comme jaillissant du fonds intime de

notre nature, ne reposent métaphysique ni que sur eux-mêmes,

puisqu'ils obligent la volonté divine, s'il y a un Dieu, aussi bien qu'ils obligent la volonté humaine (p. 8

Si la morale esl distincte de la religion, elle lui est indispensable. • Enlevez la morale de la religion, el Dieu cesse d'être respectable, adorable, el le sentiment religieux se dégrade et 9'abaisse en un sentiment de crainte servile, ou il s'évapore en un mysticisme sentimental, esthétique, ou il se solidifie en un formalisme de rites et de superstitions (p. 10

D'autre pari, la religion esl indispensable à la morale. Si elle ne peut expliquer la morale par la volonté divine, elle lui fournit

une base concrète, un point d'appui vivant, en faisant de l'idéal moral autre chose qu'une abstraction, en en faisant une réalité authentique, en fondant en quelque sorte l'idée du bien avec un êtrerèe\, en dressant devant l'homme un moi Buprème qui porte en -"i l'idée morale comme i de ses qualités, comme sa qualité

tuveraine, un être en qui la volonté obéit à la i el qui réa-

lise lui même en perfection l'idéal moral qu'il prescril à I homme

M m ;;,, - montre très bien, — el nous retrouvons ici nos propres vues sur le rèle important de l'idée de Dieu en morale, — comment l'idée d'ob n esl avivée par l'idée de comman-

dement divin, par li sentiment «le noire dépendance à l'égard

PILLON. — RB\ i i BIBLIOGRAPHIQI B

d'un créateur juste el bon. Seul, le commandement d'un M D u peut, en nanl a l'impératif catégorique de la raison,

le préciser, le fortifier el préserver la morale de se laisser «lu; par de fallacieuses anal» évaporer dans une élégante

culture esthétique, ou encore de se suicider elle même, en identili.mt le bien à l'utile, en sacrifiant l'idée « 1 « * la justice obligatoire, du respect el de la dignité des personnes aux déductions ou iii(lu<'i i > ■ : i - relatives .1 l'intérèl individuel '>u à L'intérêt public p 12

Tels -ont les résultats auxquels on es! conduit par l'analyse des notions de mora/e el de religion Cea résultats sont confirmés par I histoire. Le conférencier l'établit clairement en mettant en parallèle les destinées de la morale el delà religion chez un peuple les G qui n'a pas su opérer leur fusion intime, <•!

les destinées de la morale el de la religion chez un peuple les // 1 qui a réussi à les intégrer progressivement l'une dans l'autre (p 16 La démonstration qui résulte de ce parallèle nous parait dé<

N 1- devons signaler, en terminant, les pag où sont

mis en vive lumière les Bophismes que renferme la 1 'aie dite

ntilii|ii<\

BOIS Henri). La personne et 1 œuvre de Jésus broch. il Orthez, imprimerie nouvelle Moulia el Grandperrin; 126 p .

Cette élude remarquable de philosophie religieuse .1 paru d'abord dans un journal protestant, VAvan G . Elle se < -• >m | ' de <'iii'| chapil res : 1. La pe Jésus; 11. J

m. /.'• mini ■'■ re te J ; iv. Le m n - J tus;

\. 1 n- universelle et absolue de /■/ personn ■ de

1 uteur part de la distinction capitale que l'idéalisme néocriticiste établit entre le domaine il«- la science el celui il«' la réalité, distinction que l'évolution de la philosophie rt de la

ence modernes ont iui->- de |»lu> en plus en lumière, l nce

dite positive, remarque-t-il avec raison, ni ipeque d'abs-

tractions el même 1 i « - symboles >; elle n'atteint pj véritablement le I qui échappe à la -

l'esprit, la personnalité p >• là, la croyance n

la personnalité envis omme la réalité suprême d'un bout .1

I autre de l'univers : de là, la foi au Dieu personnel .1 laquelle on est conduit |>.n- la croyance a la personnalité p

l n Dieu personnel, lil>n- et moral, un Hn-n que l'on <!"ii ■ nommer individuel, malgré l'universalité de ce qu'il cmbri telle est la première présupposition avec laquelle l'éminent th<

logien aborde l'étude de la personne et de l'œuvre de Jésus- Christ. Il yen adeuxautres. Ce Dieu libre et moral se préoccupe, en raison de sa nature, de la perfection morale et du bonheur de ses créatures ; il faui qu'il soi! < tout ensemble capable el «lésireux d'employer sa liberté en faveur <lr la moralité , qu'il suit en un mot, o le 1 >i< -u de l'inspiration el de la grâce . Seconde présupposition. Voici la troisième : Comme chaque créature humaine est un individu relié aux autres individus par 1rs liens de la solidarité, « ce n'es! pas seulement par une influence directe el personnelle que Dieu parlera à chaque âme individuelle; c'esl aussi indirectement par les àmes individuelles auxquelles il a déjà, antérieurement, parlé [p. Il) ». Delà, l'entrée de l'histoire dans le domaine religieux ; de là le rôle des grandes individualités initiatrices dans l'évolution religieuse de l'humanité, rôle que le croyant a le droit de rattacher <■ à une influence directe du Dieu personnel sur les profondeurs obscures [el subconscientes de àmes d'élite (p. 12) ».

Jésus es! une <\r c< grandes individualités, le plus grand nie moral el religieux qui ait paru dan-- l'histoire. Le problème de la personne el <\<- l'œuvre de Jésus se trouve ainsi introduit par les trois présuppositions indiquées. La solution de ce problème est donnée : dan- les pages 13-25, où M. II. Bois rappelle et explique l'ens ment de Jésus sur sa propre personne ; puis.

dans le chapitre u, où il définit la sainteté de Jésus : dans le chapitre m, où il montre le caractère plastique et évolutif du plan divin de la rédemption : enfin, dans les chapitres i\ et v, où il expose et s'applique à justifier Bes vues théologiques, très intéressantes, très originales, sur le ministère céleste de Jésus auprès de Dieu, sur son action surnaturelle dans les àmes, sur la valeur de sa personne <•! de son œuvre pour toute l'humanité el même pour lu ii i % ers fui ici-.

la ils Henri). - - Le Réveil au Pays de Galles (in-8°, Toulouse, - publications morales et religieuses; 635 p .

I volume, où M. Henri Bois étudie la grande explosion de vie morale el religieuse qui s'est produite récemment au Pays de Galles, comprend dix chapitres : i 1 le de prières ; n. / Ré\

antérieurs dans le Pays de Galles ; m Antécédents et débuts du Réveil actuel', iv, M .. Ifi ion Torrey et Réveil gallois ; \i Etude

psychologiqw •" les réunions galloises; vu. Quelques revivalist \ m. \i / \ I l: tberts : \ Apj ' résultats.

L'auteur indique, dans :ourt avant-propos, l'objet de cette

étude el le point de \ ne auquel il B'esl plaie- :

, Dans les quelqui - n cits et lesquelques réflexions que contient

PILL0N. RRVI l. BIRLIOGnAPHIQI B

ce volume, i«' me place turtout au poinl « I « - vue de la psychologie. Lepoinl de vue du psychologue esl distint i . IhéoriquemenI «lu moins, du poinl de vue du croyant. Mais il ne lui esl p nécessairement hostile. Bien l"in de gêner ou de troubler la foi, i me fondant but ma propre expérience, que la psycho el Fortifie la i"i : car, en conduisant le psycholo|

;i étudier les Faits religieux comme des Faits, à les traiter comme des données authentiques, elle l<- conduit par là même à toucher el palper leur intensité, leur réalité, leur sérieux

Le |"iint •!<• vue du psychologue est distinct, théoriquement du moins, ilu j >• • i 1 1 1 de vue du croyant. Mais la distinction entre Faits el interprétation des Faits esl plus simple <-n théorie qu'en pratique, el il Faul convenir qu'il esl parfois difficile à un psyc houe de il»- pas mêler du t « • 1 1 1 sa morale el Ba métaphysique, et -.1 \ .'•. à -.1 psychologie. Si c'esl un danger ou un inconvénient, j'ai bien conscience de n'j avoir pas échappé. Je me Buis placé surtout au point « I • * la psychologie, mais j'' n'ai pas réussi ;i ne me poinl placer du toul au point de vue de la Foi religieuse. Vussi bien, je ne l ai \>.<- cherché. Quand on s'occupe de psycho- • ii Fonction el par goût, comment s'abstenir d'étudier en psychologue un ensemble <lr phénomènes aussi intéressant, aussi curieux, aussi suggestif que le Réveil gallois ! Mais, lorsqu'on esl personnellement chrétien, con ml s'abstenir de parler en chrétien ému el touché <!''-> grandes choses que la grâce de Dieu a opérées el opère par le Réveil au Pays de Galles

En lisant les dix chapitres dont se compose l'ouvrage el qui sonl tous d'un grand intérêt, tant par les faits extraordinaires rapportés el décrits, que par les judicieuses el fines anal} psychologiques appliquées .i ces faits, on B'assure que, chez l'éminenl théologien de Montauban, la foi <•! la Bympathie du chrétien s'allienl admirablement, comme Ta remarqué M. Flournoy, à la perspicacité du Bavant parfaitement au courant des travaux contemporains sur la psycholoj foules, la patho-

logie mentale, les phénomènes de subcons< ience, etc

llois llisiii . — Quelques réflexions sur la psychologie des Réveils

8°, 1 hbacher . 186 |> ».

<'.. tu- remarquable étude de psychologie religieuse Be compose de cinq chapil res : i P . \U ;

u. Psychol R

n . Les pi o \és', v /;

Dana les deux premiers chapitres, l'auteur applique aux con versions religieuses, aux réveils religieux, les principes de psychopsychologie individuelle, psycl iale, psycholo

des foules) qu'ont mis en lumière les travaux contemporains, notamment œuxde Gabriel Tarde ël de M. Sighele. De cette application, il conclut que tout réveil du type revivaliste (tel que le Réveil gallois) « n'es! el ne peut être qu'un mode de début de la vie spirituelle collective, une secousse initiale »: que « cette secousse ne dispense pas du travail ultérieur d'éducation » ; de plus, qu'une vie spirituelle sociale riche et féconde « peut irès bien débuter sans la secousse revivaliste, c'est-à-dire sans les phénomènes de foule, de contagion de foule, de meneurs et de menés, etc. (p. ^9) ».

Dans le chapitre v el dernier, il examine si. comme le pensent nombre de protestants, l'ancienne orthodoxie esl indispensable à tout vrai réveil du type revivaliste : et il répond négativement à celte question :

« Le l'ail est, dit-il. que bien loin que l'ancienne orthodoxie <>u que n'importe quelle orthodoxie possède le monopole psychologique des réveils, le christianisme lui-même ne jouit pas de ce privilège ; il y a des réveils non seulement dans tous les pays el dans toutes les époques du passé, mais aussi dans toute- les religions, - de même qu'il y a des conversions autres que les conversions proprement chrétiennes, différentes quant au contenu dogmatique, différentes aussi quant à la valeur et aux con quences morales, mais identiques quand au processus psychologique (p. 150). »

M. II. bois remarque, à ce sujet, que les croisades peuvent être considérées comme des réveils catholiques. « La première a de précédée par de longues siècles d'engourdissement où la Foi n'avait, comme représentants, que des prêtres impies et comme défenseurs que des rois et des cm | >< ireu rs sanguinaires, jusqu'au jour ou de nouveau, au cri de Dieu le veut\ la chrétienté entière leva parce que le Sainl Sépulcre, d'où était sorti le Libérateur, étail menacé par les Sarrasins. La première croisade a eu parmi si - antécédents une i ision. Pierre l'Ermite a eu une vision comme Evan Roberts el comme Saint Paul p. 159). »

nalona encore, dans le chapitre v, les observations, selon

i - très justes el très importantes, de M. H. Bois, sur l'opposition

qui existe entre la psychologie spéciale de la foule et la psychologie générale de la vie sociale: sur la manière dont procède l'imitation dans la vie sociale el dans la foule: sur les deux voies par lesquelles s'est propagée la foi chrétienne: foule et imitation <\>- bas en haut, vie sociale et imitation de haut en b. sur la tendance intellectuelle rétrograde ou conservatrice que manifeste le christianisme quand il se propage de bas en haut, c'est-à-dire dans les réveils du type revivaliste p. 178 et suiv.).

ru l ON i;l.\i I. 1:11.1 lOGRAPHIOl i. l'tl

B0SSEH1 \ Calvin in 12, Hachette; ::■: p. .

volume) qui rail partie de la collection des G i ivaina

français, comprend quatorze chapitres <>u l'auteur él udie bu vemenl : la famille de Calvin i : ses études classiqui études de droit et de théologie m) ; son ouvrage de l'Institution (iv, \ el vi : son voyage en Italie vu . son premier Genève vui) : son exil, sa lettre à Sadolel i I son rappel (i\) ; l'organisation de l'égl 3e de Genève \ : le procès de S

: le triomphe de la théocratie xn ; Calvin humaniste, orateur etécrivain (xui : les destinées du calvinisme s

Entre ces chapitres, nous devons lier, comme particuliè-

rement dignes d'attention, les chapitres \ el vi qui contiennent une remarquable analyse <l<- la doctrine de Calvin sur Dieu, sur L, chute el la rédemption, >m- la foi el la prédestination ; le chapitre i\ Bur la /•' ponseà l'Bpitre du cardinal Sadolet, où Calvin renvoi) - adversaires l'accusation d'hérésie, d'après cette

idée que lin si toute doctri :ontraire à l'Evangile : !<•

chapitre \i sur le procès de Servel et l'intolérance de Calvin ; le chapitre \i\ sur les destinées du calvinisme.

M. Bosserl 3e montre, en cette biographie de Calvin, admirablement impartial. Il fait remarquer que la condamnation de Serve! n'était pas dans la logique du protestantisme, el il reproche avec raison à Calvin de n'avoir pascompris la nécessité qui s'imposait aux protestants de rejeter, avec l'autorité <!<• l I s catholique, la tradition catholique de l'intolérance. Le pn tantisme, dit-il très bien, qui déclarait ne reconnaître d'autre autorité en matière <l<- foi que la Bible, qui faisait même d< principe sa loi el Ba justification suprême, sortait de s<m pro mine en étouffant la \"i\ d'un homme qui, lui aussi, ne s'autorisait que '!«• la Bible, et qui l'interprétait en toute loyauté p. 178

A l,i tin de Bon livre, M Bosserl --• demande >i c'est pour le profil "ii pour le dommage de notre pays que !<• protestantisme frança crifié ù l'unité nationale; si l'expulsion <lu calvi-

nisme a été une néesssité, où seulement une circonsl ivc-

rable, dans le développement de la nationalité française el du de français. Il ne répond pa ons, <|u il faut, dit il,

abandonner au jugement, toujours partial, des partis . Mais il ajoute ces mots, qui nous paraissent une réponse suffisamment claire : L'historien qui veut rester dans le domaine des faits n'a que deux choses à affirmer : c'est que l'arrivée des hugueno été une source de richesse pour les peuples qui les onl accuei s, et qu'en même temps elle a Berné dan- leur sein di mes

féconda de progrès scientifique et littéraire (p 220 . »

DECOPPET (Le pasteur . — Les grands problèmes de l'au-delà (i ii- J -j. Fischbacher : 258 p.)

Dans ce volume et sous ce titre général son! réunies huit conférences, où le pasteur Decoppel a examiné les questions suivantes : Le suri des âmes immédiatement après la mort [i] ; Le corps spirituel (ii) ; Le ciel et ses habitants (m) : /.< ciel et ses joies (iv); Le chemin du ciel (v); La doctrine <l<'s peines éternelles (vi) : Tous les hommes seront-Us sauvés? (vu); La seconde mort (vin . Quelquesunes de ces conférences, - la première et les trois dernières, — nous paraissent mériter particulièrement l'attention.

Dans la première, M. Decoppet rejette, comme fondée sur une fausse interprétation de l'Ecriture, l'idée « d'un retour visible et glorieux de Jésus-Christ, retour avec lequel coïnciderait la résurrection des morts et le jugement dernier (p. 23) ».

Dans la sixième, il réfute la doctrine des peines éternelles, et, dans la septième, celle du salut universel el inévitable, en montrant qu'elles ne sauraient, ni l'une ni l'autre, être acceptées comme bibliques el rationnelles. Dans la huitième, il B'applique à établir la doctrine de l'immortalité facultative ou de l'anéantissement de ceux qui voudront persister dans le mal. « Toul nous

prouve, dit-il, en <■ ilusion, la vérité de cette doctrine : l'Ecriture

sainlc qui déclare de la manière la plus formelle »•! dans une foule «!'• passages, que l'âme qui péchera sera «elle qui mourra, ;| moins qu'elle ne se repente; la science qui nous montre la

ri frappant pari. ml les êtres «■! les races qui n'ont pas rempli

les conditions ,],• leur t ransforiiial ion : l'expérience île tous les jours, enfin, qui nous l'ail assister au dépérissement progressif, au suicide plu- ou moins lenl des âmes adonnées au mal (p. 256). »

DELVOLVE (.Ik\n\ — L organisation de la conscience morale. Esquisse d'un art moral positif (in-12, Bibliothèque de philosophie contemporaine, I'. Mcan : l"'- p.).

l.;i morale oepeul ae passer d'éléments sociologiques. Elle est quand même tout autre chose qu'une sociologie La conscience morale légifère, el c'est a l'individu qu'elle dicte ses lois.

D'où viennent ces loi» .' Les loi- par lesquelles se seul obligé

l'individu, au temps ou nous sommes, oui m igine religieuse.

affranchie du joug religieux pour tout ce qui esl affaire de dogmes, notri conscience se <l<>it a elle-même d'achever son émancipation pour toul ce qui esl affaire de pratique.

ou se demande alors pourquoi la conscience ne B'en remettrait paa purement et simplement à l'instinct A quoi l'auteur répond

PILLON. — REVUE HIIILIOGIUPHIQCI

que la chose est assez impossible. Nos instincts ne nous 'r.>u\ ii.ni pas de la même façon que l'animal. L'animal les ignore el leur obéil aveuglément; nous, nous les connaît et, par lé

même, nous nommes en étal de leur résister, ce n esl pas assez dire, de les déformer. Il dépend de nous de détacher les plai dont un instinct B'accompagne, de l'ensemble de mouvements donl

il esl la fin. Exemple : les plaisirs de l'ai ir Boni liés à l'ace ro

semenl de l'être par la procréation. On peu! !<•- rechercher Bans autre bul que de les ressentir. \insi naissent les vices, tous les vices; la gourmandise en esl un autre exemple, ou bien encore

I avarice. La où le vice Be ntre, la conscience morale est d<

-•'■>•. en étal de t rouble, de désharmonie.

La tâche «In moraliste esl de faire cesser ce désaccord en

ranisant la conscience, en créant un art hum-. il positif fondé Bur la connaissance des lois de la vie, entendez, au (sens précisdu terme, les lois biologiques, les lois universelles de la nature vivant

Nous ne pouvons Bui\ re l'auteur .1 travers 1rs chapitres de ->ui livre, chapitres semés de remarques justes el de réflexions sug- 1 onstatons Beulemenl la bonne tenue de l'ouvrage, le savoir avec lequel, en s'appuyant Bur la biologie, l'auteur justifie les préceptes de la morale courante. Sa méthode est souple sans être lâche, ses conseils Boni fermes Bans excès de rigueurni de raideur.

Après tout, M. Delvolve fait, en se fondant sur la science d'aujour d'hui, ce qu'ont fail les stoïciens en prenanl pour base une métaphysique qu'ils tenaient pour une vraie science. Sa morale, avec beaucoup \>\u< de raison que celle de M. Vndré ■ resson, aurait droil à l'étiquette de morale de la Raison théorique . -il esl vrai que cette Raison théorique doive 3e confondre avec les id< dernières qui se d< 1 de la science positi\ e

"11 devine 1n-.1n11i1.111> les objections soulevées par ce travail consciencieux, intelligent el personnel. L'auteur rattache les prin* cipales obligations auxquelles la plupart d'entre nous bi savenl et se sentent astreints, aux lois de la vie biologique - ne crai-

-i - pas le pléonasme. Il le lait avec prudence, ité; même

dans cette déduction d'un nouveau genre, il fail preuve de -.mis critique. Il déduit lentement. Que lui reprocherait-on dès loi H. réussir trop bien à faire reposer la morale sur ses nouvelles bases sans rie presque rien changer d'essentiel à son contenu Cela équivaut .1 Be demander -1 I auteur .1 Bun 1 s., méthode

aussi rigoureusement qu'il l'a souhaité \u cas I . ut été dans

une ignorance a peu près complète des idées en cours but le bien el le mal, les aurait il aussi aisément déduites de leurs pn biologiqui

1 1 même question, j< le Bais, méritait, jadis, d'être posée A

Pu 1 on — Alun-.- philot 1

l'auteur des Data ofEthics, à l'illustre Herbert Spencer qui servirait au besoin de caution à notre auteur. Pouvait-on lui demander de réussir là où un grand maître a échoué .'

.Mais je ne veux pas insister sur l'objection. J'aime mieux féliciter M. Delvolve du courage avec lequel il s'y est exposé. Car son livre peut rendre des services. Sa morale n'est point une métaphysique des mœurs. Elle ne l'est à aucun titre. Et c'est une morale. Et ceux qui l'appliqueront y auront quelque mérite. Ils ne seront ni des saints, ni même des surhommes, lis seront des hommes avec lesquels il fera bon vivre, ce qui n'esl point à

dédaigner.

DUGAS (L.). — Cours de morale théorique et pratique (in-8°, Paulin; 462 p.).

On voudrait avoir assez de temps et de place pour discuter avec ce fin moraliste. Car il est peu d'oeuvres du même genre aussi suggestives que la sienne. Nous n'avions pas l'habitude des traités de morale où le souci de la pratique bit poussé aussi loin et l'expérience <le la vie aussi franchement el sérieusement utilisée. Dans ces conditions, il arrive inévitablement de proposer de- solutions de son choix et par suite d'éveiller les objections de ceux a qui on les propose. Je me figure volontiers M. Dugas au milieu de ses ('-levés, examina'nt successivement les cas particuliers de la vie, ceux qui ont le plus de chances de se produire, en examinanl les solutions possibles, pesant le pour et le contre et laissant a ses élèves la liberté de conclure autrement «pie lui. L'essentiel es! de provoquer la réflexion, de susciter les initiatives. Aussi attachons-nous moins d'importance aux conclusions

de notre auteur qu'à la manière dont il les amené II ne perd pas

la vie de vue : il n'oublie pas que la Bainteté est un étal de grâce pour lequel on peut ne point se sentir fait, que l'ascétisme est surtout praticable à ceux qui ont le goût de vivre loin de la vie. Même M Dugas ne nous impose pas à t'>nt prix l'obligation de

vivre. Il plaint ceux qui se donnent la mort, mai- sans les maudire. Ici je me demande pourquoi M Dugas n'a point insisté. I>n

moment où l'on rejette l<^ motifs d'origine religieuse au nom desquels "ii érige le suicide en crime, n'y aurait-il pas lieu d'exa miner pourquoi, sans être m un ton m un dégénéré, l'homme peut

clic conduit a -i • retrancher des vivants. Or il nous a toujours

paru «pu- le problème du suicide était subordonné au problème de l'Irréparable. \ a i-il des situations irréparables ou jug telles dans l'opinion .' si oui. le suicide n'équivaut-il pas a la reconnaissance de cel irréparable ' si oui. le suicidé ne se recon cilie-t-il pas avec l'opinion qui le condamne eu a se taisant jus-

PILLON — KK\ IK HIBLIOGH IPHIQI i 195

tice ' Le moi d'Agrippine dans Britannicu» mérite décidément un peu plus qu'un cri d'admiration. Il pose împlicitemenl un probième de morale sociale.

J'ai goûté particulièremenl les pages où M. Dugas traite «lu Droit, de ta Justice, de ta Charité; j'ai noté l'importance qu'il attache a la théorie de Renouvier sur l'Etat <le Guerre. On n'a point assez remarqué qu'il suffisait de B'appuyer sur cette théorie pour en déduire tout un ensemble de devoirs humainement praticables et pour rapprocher la morale, qui est l'art de la vie, de cette vie même dont elle se vante d'èl re l'art .

J'aime moins les cent premières pages du livre sur la morale théorique. El pourtant là aussi M Dugas me parait avoir heureusement innové. Il n'imite point ses devanciers qui, sous le nom de principes du sens commun . formulaient une vagne <l<>etrine kantienne, se réservant par après, une fois «mi présence de la morale de Kant, <!'• la déclarer seule orthodoxe.

Donc, '•'• livre n'est pas parfait. M. Dugas sait cela mieux que personne. Mais comme il sait aussi que la tâche par lui ent prise compte parmi les plus difficiles, il se jugera suffisamment loué par nous quand nous lui aurons dit qu'il s'est acquitté <l«cette tâche à son plus grand honneur. Aussi prenons-nous congé de -"ii très bon livre en lui souhaitant long et bon voyat

EYMIEI \m"\in. Le Gouvernement de soi même: essai de psychologie pratique [in-12, Perrin : 330 p

i e Ih re est un recueil de conférences faites à Lyon devant un auditoire catholique. Il a pour objet de montrer comment le gouvernement de soi même Be fonde but l'utilisation des l"i> de l.i psychot périmentale.

L'auteur réduit à trois groupes les phénomèm s psychologiques: lr, , i ,-.. les sentiments, l< Puis, il expose

Benl les rapports de ces trois éléments de la vie ment. île, le-. principes généraux de conduite qui découlent de ces lois, les applications que nous pouvons et devons faire de ces principes, pour gouverner notre vie avec notre liber

l i s principes du gouvernement de soi-même déduits des lois psychologiques sont .m nombre de trois, que M \ l ymieu résume ainsi <pi il >uit :

i L'idée incline •> l'acte dont elle est la représentation : telle est la l"i psychologique. J en tire ce principe il»> conduite : /

ru que I . et

inversement : Ne pas entretenir «le- ii informes nux acti<

que 1 "a veut éviter ,p. 25

L'acte suscite le sentiment dont il serait l'expression normale : telle est la loi psychologique. Le principe de conduite qui en découle es! donc que, pour se donner le sentiment que l'on veut avoir, il faut agir routine si on l'avait déjà p. 169). »

3° La passion porte au maximum el utilise pour son but les forces psychologiques humaines. Le nrincipe à suivre es! donc qu'il faut se donner une passion bien choisie pour arriver a son maximum de rendemeni p. ~l 5). »

Les divers chapitres consacrés à l'étude «le ces trois principes sonl plein-; de détails intéressants. Ils témoignent d'une connaissance approfondie des travaux psychologiques contemporains. Ils sont tous d'une lecture forl attrayante. .Nous signalerons surtout ceux qui traitent du second principe p. I69-2H).

Dans la conclusion de l'ouvrage, M. Eymieu explique le rôle qui appartieni à la liberté dans le gouvernement de soi-même :

- Si, dans ce travail, dit-il, nous n'avons pas fait à la liberté de place a part, on a bien vu que mais l'avons saluée partout, faisant appel a son intervention et proclamanl son efficacité.

Même, c'a été noire luit de i drer qu'elle es! reine el que, d'une

manière ou de l'autre, elle peui toul gouverner, sinon connue un despote qui n'en fait qu'à son caprice, du moins comme un pouvoir sage el fort qui suit la constitution et les lois, qui les respecte, mais en profite pour le bien commun et pour la consécration de sa propre autorité.

o si, en effet, les différents phénomènes psychologiques réa seul le-- uns sur les autres d'après leurs lois, et si ces lois sont constitutionnelles, intangibles, nous avons montré qu'il dépend de la volonté d'en régler l'application, de s'en servir en les respectant. Pour faciliter tels OU tels acte>, il n'y a qu'à entretenir les idées correspondantes (1°' principe . pour créer, renforcer ou détruire tel sentiment, il n'y a qu'à faire comme m le but déjà était atteint (2 principe : el pour agir avec le maximum de vigueur aux deux extrémités de la chaîne psychologique, pour assurer la prédominance «le certaines idées en même temps que la multitude el l mi en -île des actes, il faut élever le sentiment jusqu'à la pas • ion 1 3' principe)

■ Mais nos principes ne peuvent aboutir au résultat, que si nous le voulons vraiment. C'est notre liberté qui garde la clef de nol re destin (p. 290). »

I- Alt r.K Joseph • L'Imitation de Jésus-Christ, traduction nouvelle précédée d uni Introduction (in-8°, F. Alcan; \wi. i 16 p.),

■ Il y m un livre, dit M. Joseph Fabre, qui, avec Jeanne d'Arc, sera la gloire éternelle du moyen âge : c'est ['Imitation de Jcsus~

l'ii.i ON. HE> i i IIIBI inUR M'Hlyl i.

Christ Introduction, |». i\ Lu nouvelle el forl belle traduction i|n il donne « 1 » - ce livre, où le sentiment n-li:. n'est pan

étouffe par la théologie i» \\ . esl un complément préi icux de remarquable ouvrage but la /' lienne. ( qui donne

un grand intérêt à cette traduction, en la faisant très vivante,

(I que M Fabre a apporté ses soins .1 retrouver dans chaque chapitre les divisions naturelles des paragraphi -. ■> rétablir la véritable ordonnance «lu discours, el é faire disparaître le décousu, l'incohérence qui rendent Fatigante la lecture des traductions courantes (p. xxi

Le volume esl précédé d'une Introduction où M. Fabre établit par des observations qui nous paraissent concluantes : que les trois premiers livres de ['Imitation onl un auteur unique : que cel auteur esl un moine, el non Gerson : i|u<- >■>■ moine esl un l 1 çais ; que l'œuvre de ce moine date de la seconde moitié du \iu siècle et qu'elle a été postérieure â la morl el à la canonisation de saint François d'As qu'à cette œuvre, c'est-à-dire aux trois

premiers livres, .1 été ajouté un quatrième In re, de valeur moindre el de dessein différent, qui esl sûrement d'un autre auteur. \ tus devons signaler en nuire : - 1 \ la suite de l'Introduction, la traduction d'un chapitre qui forme la préface naturelle de l'Imitation, mais qui esl généralement ignoré, parce qu'il ne

ire que dans quelques-uns des manuscrits latins; 2 En tète de la traduction de l'opuscule sur le sacremenl de l'autel, incorporé .1 l'Imitation sous le titre de iv° livre.'un Avant propos où le traducteur montre que cel opuscule esl très différent des trois premiers livres el pour le fond el pour la forme, el qu'il en doil être séparé; 3 Le choix des principaux passages de la traduction de Corneille, raccordés quand il le faut avec le plus

nd souci de respecter l'œuvre du poète, loul en éliminant

videntes longueurs; I 1 ne nomenclature des textes que l'auteur de Vlmit librement mis en œuvre ; 5 Un Appen-

dice "H sont développées l< ms qui ne permettent pas d'at-

tribuer l'Imita lit à un Allemand, soit ;i un Flamand, -"il à

un Italien, -"il .1 Gerson, el qui prouvent qu'elle fui écrite par un Bénédictin français, au mu siècle, entre 1228 el 1278.

M 1 Fabre rappelle l'admiration de Michclet el d'Auguste Comte pour I Imitation II I explique et la justifie dans des paj émues. Mais il reconnaît, avec toute raison, • qu'à côté de sublimes I" tutés, il \ a d'énormes exag e chef-d'œuvre de

la pens mrétienne

D'une part, dit-il, si l'amour esl la grande fori si aussi

1<- grand danger, dès que manque la . qui doil demeurer

la grande règle. D'autre part, B'il faut vivre en comm D h. il faut vivre en communion avec les hommes ; el la famille, la |».il rie sonl bien choses divim

498 L'ANNÉE PHILOSOPHIQUE. 190ti

« L'esprit monastique incline l'homme à déserter les devoirs sociaux pour L'accomplissement des devoirs religieux. Mais est-il bon de renoncera une moitié de la vertu sous prétexte de mieux pratiquer l'autre ? Qu'importe que votre discipline fasse de vous un héros, si tout cet héroïsme est stérile pour le bien commun ï L'homme o'est-il pus l'ait pour l'action encore plus que pour la contemplation '?... L'activité bienfaisante d'un Socrate ou d'un Washington ne vaut-elle pas mieux que la dévote indifférence de saint Siméon s'immobilisant sur sa colonne ou de saint Labre, promenant ses haillon- de sanctuaire en sanctuaire1? Le généreux labeur du citoyen luttant pour la justice n'est-il pas la plus belle des prières, et surtout la plus efficace '.'...

« Puis n'y a-t-il pas une sorte de réprobation de la liberté et du droit dans ce perpétue] éloge «le l'humble soumission à un supérieur et de l'avantage qu'il y a à vivre dans l'obéissance, à n'être pas son maitreï Quoi de plus propre à affermir les dispositions passives d'une société où la résignation des faible.- encourageait la tyrannie il*-> forts. L'excès d'humilité paralysail les âmes, détournai! des nobles initiatives, fermaii la bouche a la critique, perpétuait les respects usurpes el les puissances usu rpatric-

(p. \\ 1 et slliv.). »

I Alibi: (Joseph). — Cent poésies de Pierre Corneille tirées de sa Traduction de L'Imitation de Jésus-Christ in-16, Benri Paulin et C : 159 p. .

Ce livre reproduit, avec plusieurs additions, soixante-dix pa tirées de l'ouvrage donl nous venons de parler. Il est précédé d'une Préface, où M. J. Fabre porte sur l'ascétisme unjugemenl auquel nous souscrivons el applaudissons, el qui rappelle celui

de l'emiiient psychologue américain. M. William .lames1. NOU8 citons :

i De qos jours, le danger n'est pas dans l'abus de la méditation contemplative. Il est dans les excès contraires; et, a ces ex< la lecture de ['Imitation peul apporter d'utiles tempéraments. Nos apologistes «le la vie intense prennent trop Bouvenl l'agitation

I r l'action Ils ne comprennent pas assez la nécessité «le se

ménager une retraite intime au forl même des grandes luttes, et ila fonl trop ti de cette force d'Ame que suppose et développe I,,-, , tism< Restons convaincu- qu il ne faut pas s'isoler dans la vie et que nous -"mue- nés pour l'action. Mais ne laissons pas de discerner ce qu'a d héroïque cet apprentissage de l'empire but soi qu e-i l ascétisme. s il s'en faul que toul ascète soit un servi-

l.Voy. L'Expérience religieuse, trad. Abanzit, p. 213,

PILLON — iu.mi: BIBLIOGRAPHIQUI 199

leur de l'humanité dont le culte devrai! toujours être inséparable de l'adoration de Dieu, il demeure néanmoins certain <|in-. chez la plu pari de ceux qui Be dévouent efficacement aux plus nobles causes, on trouve quelques unes des vertus de I ascète. L homme qui m- vise qu'à avoir Bes aises Faiblit aisément et subordonne la vie belle à la \ ie facile. Un austère idéal et l'habitude quotidienne «le l'effort suscitent cette énergie, cette endurance, cet élan de la volonté qui marche droit vers un but élevé, ne redoute aucune fatigue, Be prête à tous les renoncements et trouve de la joie dans le Bacrifice i> i" . •

HÉBEB I i M mu ii . Le divin, expériences et hypothèses : études psychologiques [in-8, Bibliothèque de philosophie contemporaine, I'. Ucan : iilo |> .

Dans un ouvrage précédent, publiéen 1905, et dont nous avo parlé dans l'Annie philosophique de 1905, p. 213, M. Hébert avait traité de l'évolution de la foi catholique. Le présent volume est consacré à l'étude de la foi religieuse en général. Il est divisé en deux part'

Dans la première partie, l'auteur étudie, en dix chapitres, les diverses formes de la croyance au divin: d'abord, celle où prédomine l'élément émotif mysticisme de Buysbroek, mysticisme mur. il de Tolstoï : puis, celle où prédomine l'élément intellectuel preuves de l'existence de Dieu, problème de la personnalité divine, problème de la finalité et de la Providence, problème de l i grâce et de la liberté : enfin celle où prédomine l'élément actif (indépendance réciproque du sentiment religieux et du sentiment moral, théorie de l'activité inconsciente de William James, théorie biologique de Leuba, notions <!• mieux et de parfait

La - nde partie contient deux chapitres : le premier sur l'abus

des termes évolution et survivance dans l'étude des problèmes reli- ;\ ; le second, sur la manière de poser le problème de l'origine et delà transformation du Bentiment religieux.

Les chapitres qui i b ont le plus intéressé sont ceux où M. Hébert

examine et discute les preuves classiques de l'existence < I « * Dieu, le problème de la personnalité divine et celui de la Providen (ch. vi, vu et vin . C'est là qu'il expose, et soutient les thèses qui constituent sa doctrine personnelle: que la personnalité divine se heurte et se brise contre l'insoluble objection de l'existence du mal; que le sentiment religieux est indépendant et peut i séparé de la croyance en un Dieu personnel ; que le divin impersonnel, la notion abstraite du parfait suffit à faire nalti vre !<• Bentiment religieux.

Il reconnaît, d'ailleurs, que le monisme n'est, comme le créatio-

nisme, qu'une hypothèse imaginaiive, et que cette image « a autant d'inconvénients que d'avantages - Le mieux, ce semble, «lit-il. esl de maintenir La valeur objective des il nul il ri s : parfait el imparfait, infini cl fini, considérés comme les procédés représentatifs qui seuls épuisent et ex prime ni pleinement notre conscience de l'être, quand même il nousseraii impossible à jamais de savoir ce qui leur correspond dans la réalité. Après tout, il en esl de même pour le monde physique: je vis dans la vie matérielle sans comprendre ce que c'est que la matière, l'espace, la force, sansme croire obligé d'être atomiste ou monadiste. Je puis vivre de la vie religieuse, en considérant la réalité sub specie perfecti sans avoir la moindre prétention «le formuler une théorie, même une hypothèse, sur ce qu'est en soi le Parfait (p. 98).

Pour vivre de la vie matérielle, répondrons-nous, je n'ai certainement pas besoin «le savoir, <!<■ comprendre ce qu'est en ~"i la matière. Je n'ai besoin de connaître «pie les rapports des objets «lils matériels avec mes besoins. La matière esl une abstraction avec laquelle la satisfaction de mes besoins corporels n'a aucun rapport . .Mais pour vivre de la vie religieuse, il faut que le «livin . le parfait, qui est nécessaire à cette vie, soit en rapport avec les besoins religieux, ce qui est impossible si l'esprit ne le conçoit pas, no le croit pas réalisé dans un être, s'il ne le considère pas gub specie conscienliœ. Le Divin. le Parfait ne peut satisfaire les besoins religieux, suffire à la vie religieuse, s'il reste ou passedéfi-1 nitivemenl à l'état d'abstraction, si l'esprit se croit obligé, à la réflexion, de lui refuser la personnalité.

Nous pouvons répéter, en les opposant à M. Hébert, ces mots de Renan : Fait-on Dieu impersonnel, la conscience proteste, car iinus ne concevons l'existence que sous forme personnelle, et dire que Dieu esl impersonnel, c'est dir< . 3elon notre manière de penser, qu'il n'existe pas. Nous pouvons les répéter avec plus de force el d'assurance que ne le ferait peut-être Renan aujourd'hui, parce que la critique idéaliste de la matière, de la force, <!<• i pace, ne nous permettant de voir dans le monde, sous les qualités primaires el secondaires dont notre sensibilité les revêt, que des sujets conscients à des degrés divers, l'existence réelle du divin,

«lu parlai!, est, a nOS veux, pli i l0S< «pli i« pieilielil i Ueoin pat i Me avec

l'impersonnalité.

Nous pouvons les répéter, parce que nous ne saurions prendre .m -< rieux I < spèce de supériorité que notre auteur parait accoi^- «Ici. -..ii- certains rapports, à l'inconscient Bur le < onscient, lorsqu il déi lare que les tendances el poussées inconscientes sont ce qu'il y a de meilleur en non- (p 96 Est-c< bien le nom d'inconscientes qui convient à ces tendances et poussées ' Et pourrait on parler «le leur valeur, si < lies ne passaient de la subconscience à la conscience claire l M. ll< bert peut il contester ce que l'idéalisme

PILLON — 1:1 '\ i i: BIBI lOtiRAPIIIU 20!

monadiste .1 établi : qu il n 3 . en réalité, d'inconscient

dans la nature; que l'échelle des êtres donl se compose le monde forme une hiérarchie de consciences : qu au somme) de I échelle la conscience ou personnalité humaine; que de ce -"in nul «m ■ .ml .1 ih ■■> consciences de plus en plus imparfaitesel obscur jusqu'au degré le plus intime, -1 infime qu'aucun signe ne n le révèle, d'appétition el de perception ! S il ;i des objections .1 élever contre l'idéalisme monadiste, il aurait bien dû les produire. S'il n'en a pas, comment ne voit il pas que la perfection ne peut être mise dans I inconscient qui en est l'antipod

\|. Hébert remarque, avec raison, que le sentiment du parfait, •mi 1 débarrassant le christianisme des formes naturistes . lui a permis de supplanter les réformes du paganisme :orphisme, culte de Uithra, moins complètement dématérialisés (p ."s 1 la notion, le sentiment du parfait qui lui parait assurer la pera tance des formes religieuses dans l'avenir. A moins d'admettre,

dit il. une Humanité devenue purement utilitaire el is avons

vu que l'utilitarisme n'est qu'un aspect des choses . ou bien une Humanité chez laquelle s'atrophieraient el disparaîtraient, supposition toute gratuite, 1 spirituels : l< - formes «lu

mieux el du parfait : ou bien encore « I « - prétendre que 1 formes ne sont que des fél iches spirituels, des mensonges vitau> des illusions, on doit admettre que les mêmes causes produiront les mêmes effets p 283

I. histoire nous montre, dirons-nous, que l'idée de personnalité divine a jusqu'ici été présente à tous les degrés du développement religieux, el < | • ■ aux degrés supérieurs de ce développement, elle - élevée, épurée, spiritualisée de plus en plus par son union toujours plus étroite avec le sentiment du parfait II semble naturel de penser que cette union es! indisoluble <•! qu'elle est désormais la condition même de la vie religieuse : en d'autres termes, que !>• sentiment «lu parfait tendrait iphier dam ms-

cience humaine, s'il n'j soutenu par l'idée de personnalité

<li\ ine

\ is ne voulons pas terminer cette no un mol «lu

singuliei raisonnement par lequel M Hébert croil réfuter la preuve thomiste de l'existence de Dieu fondée sur l'impossibilité de remonter à l'infini dans la série des causes efficiei etle

nécessité d'admettre, en la série des 1 ausi -1 les u

.1 côté des autres, une cause numéro un, n'est, eux, qu un

sophisme Le nombre, <lii il, est une construction mentale d'ordre pratique, qui s'appliqui d'utiles résultats au monde

des phénomènes, non- permettant, une fois rangés dans !«• va

Ire de l'espace, de les séparer, comparer, class rien ne prouve que les chiffres aient la moindre valeur dès que non-- considérons les ch

Nous i" saurions voir, nous, qu'absurdité en des choses que notre auteur suppose exister en elles-mêmes, qu'il distingue des phénomènes, c'est-a-dire de tout ce qui est connaissable et concevable et qui ne comporteraient pas L'application des idées d'unité et de nombre. La logique finitiste ne peut vraiment s'arrêter devant le noumène de Kant. Elle ne permet pas non plus de considérer le nombre comme une construction mentale d'ordre pratique. Ce sont les signes oraux ou graphiques des nombres qui sont une création de l'esprit, ce ne sont pas les nombres euxmêmes. L'esprit constate, démêle découvre, des unités et des nombres dans la aature, par exemple des étoiles, des arbres, des hommes, etc. H ne crée pas plus ces unités et ces nombres qu'il ne crée les ressemblances et les différences qui constituent les espèces et les genres '.

HOITIN \i.kkkt). ■ La question biblique au xx siècle (in-8°,

Nourry : 3uu p. .

M. A. Moulin avait publié, en 1902, un livre intitulé La Question biblique chez 1rs catholiques de France au A'/.V siècle, donl nous avons rendu compte dans I Année philosophique de 1902, p. I»'.». Dans le présent volume, il a voulu faire connaître l'état de la controverse biblique au commencement «lu \v siècle ■ Mon désir, dit-il dans un court Avant-propos, est de renseigner, avec précision et Binc< rite, sans équivoque ni réticence, en m'efforçanl de donner aux débats leurs vraies proportions, el de laisser parler eux-mêmes les textes et les Faits. «

L'ouvrage, plein de renseignements curieux el précieux, se compose de treize chapitres, donl les plus intéressants (chap. iv, \. m, vu. vin Boni consacrés à l'exégèse el à la théologie de L'abbé Loisy. Le jugemenl que porte l'auteur sur cette théologie et cette exégèse es! forl remarquable :

i \ 1,1 catholique, ce que M. Loisy cherche avant toul à défendre e( à glorifier, c'esl l'Église romaine. Constatanl Les nombreuses évolutions par lesquelles elle a passé avant de se constituer un corps de doctrine absolumenl compael au Concile de Trente. espéranl qu'elle subirai! de nombreuses transformations pour B'adapter à l'avenir, il a fait de l'incessante variabilité des dogmes aon caractère essentiel, sa marque distinctive el pour ainsi dire la pieuse de -.i divinité. La manière dont il a plaidé sa cause est des plus curieuses i i des plus habiles apologies qui aient été écrites, mais ceux qui prennent l histoire sans la plier à une thèse ne peuvent le suivre dans ce commentaire théologique, el

Page 1