‹ L'Année philosophique (volume 2)Chapitre 4 sur 45 · BROCHARD. - 5CB LB BANQ · texte numérisé non relu

BROCHARD. - 5CB LB BANQ

,l un de ces traits de physionomie que les poètes comiques excellent .1 Baisir au vol el qui se graveul aisémenl dans l • prit des [ouïes Ou reprochait à Socrate sa démarche el le mouvement de ses yeux. C'esl aussi à ce souvenir populaire que Platon [ail appel, mais pour 1 interpréter dans un tout

autre sens Nous s nés loiu du personnage grotesque que

les Nu ! nous représentaient, perdanl son temps .1 dire d sottises, devanl des jeunes écervelés. Nous sommes eu pré* Bence d'un vaillant citoyen qui remplit s<»n devoir avec coure. Tel est ce corrupteur de la jeunesse, tel est l'homme qu'on accusait de détourner les jeunes gens de la vie publique

il de leurs devoirs de BOldatS.

Ainsi l'auteur du Banquet s'esl proposé an double but. lia défini l'amour tel qu'il le comprend, et pour compléter sa définition il a défini la mission du véritable philosophe et tracé le portrait de Socrate. Puis il a opposé le portrait authen-^ tique de Bon maître ;m\ caricatures qui en avaient été faites et principalement à celle d'Aristophane. Il a vengé Socrate en le faisant connaître L'éloge de l'amour est devenu l'éloge de - craie el l'éloge de Socrate s'est naturellement tourné «mi apologie. Par là le Banquet donl nous avons montré le rapport avec le Protagoras el le Ménon se rattache aussi à VApolo de Socrate donl il esl en quelque sorte le complément. Vprès les accusateurs publics vient le tour de ceux qui avaient donné .m théâtre le signal de l'attaque. Si Platon voulut défendre la mémoire de son maître, il ne pouvait guère se contenter d'opposer des affirmations à des affirmations ou des plaisan teries à des plaisanteries. Le seul procédé digne de lui était d'aller au fond des choses, de montrer la réalité telle qu'elle était. «-I pour cela de remonter jusqu'aux principes philos phiques. C'esl seulement en preuant la question de haut, en définissant la mission du philosophe qu'il pouvait nous faire comprendre le vrai rôle de Socrate et tracer un port rail digne de lui D'autre part, on comprend que Platon traitant une question de haute philosophie morale, celle-là même qui, nous en avons la preuve, était souvent agitée autour de lui, celle de savoir -1 la vertu peul B'enseigner, ail été amené .1 montrer comment le philosophe doit comprendre sa tâche De là à

indre l'image fidèle de Bon maître il n'j avait qu un pas II aura <lu môme coup trouvé 1 occasion bonne pour se 1 lisser aller. i Bon humeur batailleuse et rendre aux adversaires en leur faisant bonne mesure les coups que son maître avail re(

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Avec un art raffiné, avec une aisance et une souplesse dont seul un génie tel que le sien était capable, il a su poursuivre sans les confondre deux fins bien distinctes, mêler adroitement les procèdes les plus divers et passer sans effort de la plus haute éloquence à la verve comique la plusétincelante et la plus mordante.

Gomperz eu terminant la délicate analyse qu'il a donnée du Banquet découvre, lui aussi, une intention apologétique, mais il croit que c'est surtout au pamphlet de Polykrates que Platon s'est proposé de répoudre {Penseurs de la Grèce, Heymond. p. 411). 11 signale aussi le mysticisme erotique particulier à Platon et il ajoute : « Nous nous enhardissons, bien qu'avec hésitation, à faire un pas de plus et à indiquer le principal objet de cet amour spiritualisé pour des hommes. Nous voulons parler de Dion à qui Platon a consacré une épitaphe tout empreinte du souvenir d'un sentiment passionné. Avec ce prince, qui n'était plus un jeune garçon, niais, précisément comme le prescrit Diotime, un jeune homme d'à peu près vingt ans, aussi beau de corps que bien doué du côté de l'esprit, lorsque Platon, âgé de plus de trente cinq ans, le rencontra à Syracuse, l'élève de Socrate n'a pas seulement philosophé. De concert avec lui il a aussi forme des projets de rénovation politique et sociale et espéré les réaliser par son appui » (///., p, i'12). Ces explications sont, ingénieuses, plausibles, peut être vraies. Il est certain d'ailleurs qu'en pareille matière il ne faut pas prétendre à la certitude absolue. J'avoue pointant qu'il m'est bien difficile de prendretoutà fait au sérieux l'érotisme, même corrige par le mot mystique, de Socrate. Kt il semble bien qu'il y a dans les métaphores où se complaît Socrateun peu de symbolisme et une ironie qui joue sur lesens des mots C'est, du moins l'opinion d'Alcibiade affirmée sans détour à deux reprises (216 p. 222 B).

Ii\ pothèse pour hypothèse, celle qui est présentée ici a peutêtre aussi sa valeur. Elle paraît justifiée par les textes, elle B'accorde assez bien avec les autres dialogues de Platon, elle

Q'esl peut elre p.is indigne de l'ensemble du système ; elle a

le nui aie ,!e montrer un nouvel aspect du caractère de Platon

et de met Ire en lumière une forme SI m \ eut oubliée de SOn génie

si varie et si ridic : i n appartient au même homme d'être à la lois poète tragique el poète comique ».

Y. Bbochard,

de l'hciitul.

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