CONJECTURE SI R LE SENS
MORALE DÀNTISTHÈNE
Antisthène esl à la mode : c'est à qui retrouvera < 1 . 1 1 1 s les productions littéraires 1rs plus diverses, de Xénophonà Lucien, l'influence directe ou médiate du fondateur du cynisme ESI pourtant, I»' sens du principe même «le s;i morale, qui, tout le monde l'admet, .1 été le centre de sa doctrine, esl loin d'être encore élucidé
Une chosed'abord, nous étonne chez ce disciple « l«* Socrate : c'esl son mépris de la science. Sans doute, Socrate avait, au moins eu fait, limité ses recherches aux choses humaines, el cru qu'il fallait, au moins provisoirement, laisser de coté les spéculations sur la nature. Mais quel que soit le contenu qu'il ait prétendu donner à la Bcience qui constitue la vertu, il reste, dans tous les cas. incontestable que c'est, d'après lui, la
«• aissance qui détermine la pratique el eu lait la valeur
Antisthène, au contraire, se pose en contempteur de la science- Ce c'était pas seulement la physique; mais la grammaire, la musique, la rhétorique, l'astronomie, les mathématiques, bref toutes les sciences étudiées de leur temps, qu'Antisthène et Bes disciples proscrivaient. En lisant, dans Diogène Laêrce, l'énumératiou des sciences qu'ils considéraient comme inutiles, on croirait avoir sous les yeux la table du -v'.,- |xa8i)p.xrt- /.-/>- de Sextus le sceptique1, Antisthène avait certainement appris a lire el à écrire, mais il n'est point invraisemblable
I y Zeller, PA à Gr . lr tr . III, p Wl, n î et Diog . VI, 17 : -
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qu'il ;iit. comme ou le rapporte1, dissuadé ses disciples d'eu faire autant.
Au reste, son uomiualisme était la négation de la science. Qu'on interprète comme on voudra le u.r, bIvoci àvTtAéyeiv5, qu'il exprime une impossibilité en droit ou de fait, il n'eu est pas moins vrai, qu'en réduisant la proposition à une identité stérile', Antistliène rendait impossible tout savoir scientifique. A supposerqu'il eût volontiers ignoré cette conséquence, Platon la lui eût fait apercevoir. D'ailleurs, le rôle prépondérant que joue la morale dans son système permet de supposer que c'estelle qui a inspire sou attitude à l'égard de la spéculation.
On a soutenu, il est vrai, que, malgré son nominalisme, An tisthène n'avait pas eu l'intention de renoncera la science; qu'il avait écrit un ouvrage en quatre livres sur la difïérence de la science et de l'opinion ; que l'école entière se vantait hautement d'être seule en possession de la vérité et de s'être élevée au-dessus de la trompeuse opinion*. — Mais, de l'ouvrage d'Antisthène, nous ne connaissons que le titre, «pi So^tjç /.-/•. :-.7t/,;jly,;, et l'ou convient' qu'il avait probablement pour objet d'établir qu'il est possible de se représenter les choses individuelles, mais qu'il ne peut y avoir ni concept, ni science, et, par suite, non point de proclamer la supériorité delà science sur l'opinion, mais au contraire, comme l'indique Clairemenl le Théétète6, de réduire la science à l'opinion. Les Cyniques ont pu déclarer qu'ils étaient eu possession de la vérité, sans que leur DégatioD de la science ait été moins absolue Car, sans doute, cette négation même était-elle pour eux la vérité. Il serait facile, de citer de nombreux passages, où les Sceptiques, de Timon à Sextus, ne se font pas faute de inetlre la vérité du côte du scepl ici nie. Que les Cyniques aient vanté l'éducation et l'instruction, que des hommes qui avaient tant et bî bien écrit n'aient pas déclaré la guerre à toute culture7, nous l'accorderons volontiers. Mais la portée
i g VI, Il
2. V. Ai . Véta., A. 29 1024 b, 32; Top., I. il. loi b, 20, et, poui I interprétation, Gomperz, Pens. de In <•>•., tr. IV. II. 191.