‹ L'Année philosophique (volume 3)Chapitre 13 sur 73 · CHEZ KANT · texte numérisé non relu

CHEZ KANT

La tâche essentielle de la Critique de la raison pure, ditKaut, c'est de résoudre le problème de la possibilité des jugements synthétiques « p/'«o/'(. Traduiten d'autres termes, ce problème revient à savoir si et comment la raison pure peut connaître par elle-même des objets S et cela, qu'il s'agisse d'objets construits, comme le sont ceux des Mathématiques, ou d'objets donnés, comme le sont ceux de la Science de la nature, ou d'objets supposés hors de l'expérience, comme le sont ceux de la Métaphysique. Que la raison pure ne puisse pas se rapporter a p/"«o/i à ces objets au moyen de jugements analytiques, c'est ce qu'indique l'énoncé même du problème. Les jugements analytiques ne fout qu'éclaircir ou que développer ce que contiennent des concepts; ils ne peuvent, si ces concepts ne sont pas liés à des objets, établir des liens de cette sorte. Il faut donc à la raison pure des jugements d'une autre espèce, des jugements qui aient pour caractère de nous faire sortir du concept exprimé par le sujet, de nous permettre de le dépasser, ou encq/'c de rapporter les deux termes qui les constituent à un troisième terme qui eu opère la médiation autrement que par une identité. Ce troisième terme, dans l'ordre de la connaissance théorique, ne peut être qu'une intuition-.

1. Kridk der praklisehen Vernuiifl, t. V. p. 4i-45 de rédition de l'Académie de Bei'lin. (Nous renvoyons à cette édition pour tous les ouvrages de Kant qu'elle a donnés jusqu'à présent.) — Prolegomena, § 5, t. IV. p. 275-276.

2. Voir surtout Kritik der reinen Vernunft, t. III, p. 143-145. — Kant a appliqué la dénomination de jugements synthétiques a priori à des jugements qui, tout en étant légitimes à ses yeux, ne s'appuient pas sur une

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Comment Kaut est-il arrivé à destituer les jugements analytiques de toute faculté de déterminer ou d'expliquer des objets? Comment est-il parvenu à la notion de jugements synthétiques, et de jugements synthétiques qui aient a priori celte faculté? C'est à travers des vicissitudes diverses de réflexions et par des entre-croisements assez compliqués d'idées. On voudrait tâcher de les suivre et de les démêler.

Le premier ouvrage dans lequel Kant ait directement abordé des questions concernant les principes de la connaissance humaine est l'écrit qu'il composa eu vue de son « iiabilitation » : Principiorum primorum cognitionis metaplujsicx nova dilncidatio (1755). Cet ouvrage le montre fidèle, sur les points essentiels, à l'idéal rationaliste de l'école wolflieuue; mais il le montre aussi, pour la façon d'entendre l'exécution de cet idéal, soucieux de certaines difficultés dont l'examen le pousse déjà à quelques graves dissidences.

L'intention de WoUï avait été d'établir, sous le nom de Philosophie, un système de connaissances rationnelles qui s'étendît à tous les objets. Voici, en eflet, la définition qu'il donnait de la Philosophie : « Plulosnpliia est scientia possibilinm qualenusesscpos.mnt^. » La possibilité des. choses, c"est ce qui en constitue l'essence déterminable parla pensée. Or est possible ce qui n'impliijue pas contradiction. Le principe de contradiction est donc le fondement de toute détermination rationnelle des objets. Le prédicat de tout jugement doit être contenu dans le sujet, soit absolument, soit sous une certaine condition: il doit donc pouvoir être tiré du sujet, pris en luimême ou dans son raj)port avec cette condition. C'est lorsque le jugement découvre la connexion nécessaire du prédicat avec le sujet (\ue Ion peut dire qu'il y a une raison suffisante de l'alfirmalion cjuil énonce-. Car. malgré certaines ambiguïtés ou obscurités de l'exposition de WollT, le principe de raison suffisante ne s'ajoute pas au principe de contradiction : il s'en

iiiluilion, comnii;. par exemple, le jufîenieat qui pose rimpératifcalégorique. Muis il y a eu là une exton.-^iori do sons opérée ai)ivs coup: c'est dans ICxanien dos coinlilions de la cnnnai.-sunce Uiê()ii(|ue que Kanl a conslilué peu à peu lidée des jugemenls si/tilhéliques a priori.

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