‹ L'Année philosophique (volume 3)Chapitre 17 sur 73 · Sectio. II, Prop. VI. p · texte numérisé non relu

Sectio. II, Prop. VI. p

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le coucevoir comme ayant eu lui la raison de son existence, car alors cet Être serait cause de soi ; or la notion de cause es-t par nature antérieure à la notion de ce qui est causé, de telle sorte que le même être serait à la fois antérieur et postérieur à lui-même. La démonstration de l'existence de Dieu ne peut donc se faire par une raison génétique ou antécédemment déterminante qui ferait précéder et procéder Dieu d'autre que lui, mais uniquement par une raison couséquemmeuf déterminante qui manifeste l'impossibilité de concevoir sa non-existence. Sous sa forme ordinaire, que Kant rapporte à Descartes, l'argument ontologique est entaché d'un vice rédhibitoire : il conclut de la possibilité de Dieu à son existence; mais, si dans l'idée de Dieu dont il part il a déjà fait entrer l'existence, il ne sert à rien : il n'est pas un argument ; s'il y a seulement introduit l'idée de l'existence, il ne I eut dans la conclusion dépasser cette existence en idée. Kant, au reste, ne renonce pas pour cela à une démonstration de l'existence de Dieu par purs concepts; il estime seulement qu'elle doit prendre pour point de départ, au lieu de la possibilité de Dieu, la possibilité des choses en général. C'est, en effet, le propre de la possibilité, quand on l'envisage exactement, de supposer, en dehors de sa condition logique fjue règle le principe de contradiction, une matière réelle : faute de quoi l'on ne saurait comparer les notions qui en s'unissant sans se contredire constituent le possible. Toute possibilité appartient donc à une existence ou repose sur une existence absolument nécessaire. Kt cette existence absolument nécessaire, dont dépend le possible, doit être concentrée dans un seul être; car, si elle était répartie entre une multitude d'êtres, elle devrait participer de la contingence des êtres linis : ce qui contredirait son absolue nécessité. Elle doit donc être l'existence d'un Ktre inlini. Or cet Être inlini ne peut être qu'unique. Car à (}uoi servirait-il. pour l'explication du possible, qu'il fût répété un certain nombre de fois? Voijà comment l'existence de Dieu est la condition de la possibilité des choses'.

Or sans <lonte dans cette preuve Kant identide avec l'existence la réalite matérielle du i)0ssible, (ju'il en séparera plus tard par un abîme infranchissable à notre raison ; mais déjà du moins il interdit à la jture logicjue de régler l'IOtre et de le comprendre eu elle; l'existence précède etjnêrae fonde lapossibi-

\. Sectio II, l'i'op. VII. l i, p. 39;j-39ll.

L IDEE DES JUGEMENTS SYNTHETIQUES A i'IUORI CHEZ KANT 19

lité.Il défend en outre que l'on définisse Dieu par cette notion de causa sui qui en énonçant, même à propos d'un concept privilégié, l'identité absolue de la cause et de l'effet, méconnaît la postériorité nécessaire de l'effet et l'antériorité nécessaire de la cause. îl s'oppose par là-mème à ce que, dans l'ordre de l'existence des êtres contingents, la raison déterminante, qui est ici la cause, puisse être intervertie comme elle peut l'être dans l'ordre logique de la vérité, où il est possible de comprendre l'identité du prédicat avec le sujet aussi bien par la raison conséquemmeut déterminante que par la raison antécédemment déterminante'. Enfin, commeil repousse la doctrine de Leibniz et de Wolff d'après laquelle une substance simple, en vertu d'un principe interne d'activité, produit delle-mème «n elle des changements continuels ; comme, sous l'influence de la conception newtonienne de l'attraction, il soutient qu'aucun changement ne peut affecter des substances qu'autant qu'elles sont en rapport avec d'autres substances hors d'elles, il nie que la formule de Baumgarten : Xihil esse sine ratiocinato-, puisse s'appliquer aux existences. Assurément, pour ce qui est de la connaissance, il est permis d'admettre et de poursuivre un développement à l'infini des conséquences qui résultent d'une notion ; mais il est profondément inexact d'assimiler à des déterminations qui n'auraient qu'à sortir de l'enveloppement d'une notion les changements qui modifient des substances. Car des raisons exclusivement internes, qui préformeraient en elles les états des substances, ne pourraient expliquer ni le passage d'un état à un état opposé, ni la succession réelle de ces états. Le mode d'action et les rapports des substances répugnent donc à être ramenés à une interprétation purement logique du principe de raison '.

Si donc la pensée de Kaut se meut, pour certaines de ses idées directrices, dans les cadres du rationalisme wolffien %

1. Cf. Melaphysische Anfungsgrunde der XaturwissenschafI , Vorrede, t. IV. p. 475, note.

2. Baumgarten. Metaplijjsicu, S -3 : « Ouine pos.sibile est ratio, seti nilnl est sine ratiocina 10 . »

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