Seclio. Il, Prop. XI: Sectio. III, p. 408 sq
4. La pensée de Kant cède aussi dans cet ouvrage aux .sollicilation-s de Grusius. adversaire de Tik-ole woHfienne. Kant cite et loue Crusius à diverses reprises. C'est d'accord avec lui qu'il substitue raison « déterminante » à raison « suffisante » [Sectio II. Prop. IV. t. I, p. 3î}.'!), qu'il affirme l'insuflisance de la démonstration ordinaire du principe di; raison (Sectio III, Prop. VIII. p. 396). Cependant il ne ^•eut pas que Ton désespère, avec Crusius, d'en trouver une démonstration plus solide (Ihid., p. 397) :
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elle n'en développe pas^ moins des observations et des thèses qui ont peine à s'enfermer dans ces cadres et qui tendent môme à les faire éclater.
Dans les écrits postérieurs à 1700, l'esprit dans lequel Kant avait modifié la doctrine de Wolf! tout eu essayant de s'accommoder à elle, s'afTrancliit de celle dernière contrainte et conquiert toute sa liberté de critique et d'inspiration. L'ouvrage sur VUnique fondement possible iV une démonsl ration lie l'existence de Dieu reproduit avec plus d'ampleur le même examen et le même essai de renouvellement de la preuve ontologique que nous avons trouvés dans la Nora dilucidatio; surtout il précise davantage ce qu'il faut entendre par possibilité et les rapports de la possibilité avec l'existence. L'existence, dit Kant, n'est pour aucun objet un simple prédicat ou une simple détermination : le même être, qu'il soit réel ou simplement possible, a exactement les mômes attributs ; tandis qu'un attribut ne peut être posé que relativement à autre chose, à la chose même dont il est l'attribut, — et cette relation est une relation logique, respcctus loijicus, — l'existence est au contraire l'absolue position d'une chose. Que la cliose existe, et alors les attributs (jui lui appartiennent sont eux aussi doués d'existence ; mais il n'est permis à aucun atlrii)ut de faire passer à l'existence le sujet auquel il appartient. Si je dis : Dieu est tout-puissant, je ne lais (lu'élablir l'ntre la toute-puissance et Dieu une relation logique, ([ui ne va pas au delà. Si je dis : Dieu est une chose existante, j'use d'une façon inexacte de parler, qui, rectifiée, revient à ceci : Huelque chose d'existant est Dieu, c'est àdire à un être existant ai)paitiennent les attributs dont nous désignons l'ensemble par le mot « Dieu ». Puis donc que le réel ne contient
il ne veut pas non i>Uis i|ur l'on arlini'llo avec lui, i-n vue de sauver la librn volonté, (|uc. r.tMiaines choses sont sunisainiiient d(''lcrniinéo.>i par le fait même «lu'elli^s existent. (Cf. Victor Dell)os. La Philosophie prafiffue île Kfiiil. l'.'Oi. p. SI.» C.insiiis a jiislemi'nl ri'levé les fonfusinns ipie l'un cumnu'l ilan» l'usage liii piim-ipt^ di- raison, rnlre <i<'S raisons idi'ales, di's raisons morales i-X di's raisons réelles {Seclio II, Prop. 7.V. \t. 3'JS). Kant se Halte davoir trouvé le mr)yen d"i'vitcr ces confusions. Il a pu au reste s inspirer de (^rusins pour sa dislirit tion entre le jivincipium esseiuli vel fiendi el le priucipimn cor/noscrtnti. mais sans qu'il lait entendue exactement dans le même sens que Crusius. — Cf. Anton iMarquardt. Kanl und i.'riisius, 188:;. — Adickes. Kanl-^ludien, 18'Jo, p. 42-51, p. 50. "36.
pas plus d'attributs que le possible, u'étant pas un attribut, il est tout autre cbose que le possible. Le défiuir avec Woliï le complément de la possibilité, c'est se contenter d'une explication vague; le considérer avec Baumgarten comme la détermination interne complète qui paracbève ce que les prédicats liés à l'essence d'une cbose ont laissé d'indéterminé, c'est accepter un critère singulièrement défectueux, puisque la détermination qui sajoute aux prédicats pour les compléter n'est pas censée être d'une autre nature qu'eux et ainsi ne nous fait pas sortir du possible ^
Le possible ne saurait donc produire ni expliquer le réel ; c'est lui au contraire qui le suppose. Il faut en effet distinguer dans le possible un élément logique, qui est l'accord de ses notions composantes sous la règle du principe de contradiction, et un élément réel qui consiste dans la matière même de ces notions. La possibilité est supprimée, non pas seulement dans le cas où une contradiction apparaît, mais dans le cas aussi où il n'est fourni à la pensée aucune donnée réelle. C'est de là que part encore Kant pour conclure que ce dont la suppression ou la négation détruit toute possibilité est absolument nécessaire, par suite qu'il existe un Être nécessaire. Cet Etre est le premier principe réel de la possibilité absolue, de même que le principe de contradiction en est le premier principe logique -.
A ces considérations qui, reprises de la Noca dilucidatio, mettent l'existence au delà des déterminations logiques, s'en ajoutent d'autres, qui ont pour effet de soustraire également au principe de contradiction les rapports existant entre les réalités. Wolfï enseignait qu'en Dieu se trouvent toutes les réalités , toutes les déterminations positives compossibles^ Mais, observe Kant, de ce qu'un tel Être est le plus réel parmi tous les possibles, de ce que même tout le réel n'est possible que par lui, il ne suit pas que toute réalité possible appartienne à ses déterminations. Il y a là une confusion d'idées qui a été jusqu'à ce jour très fréquente. On ne prend pas garde que des réalités parfaitement positives ne sauraient, dans bien des cas, s'unir en un même sujet. Est-ce que l'étendue et l'impénétrabilité peuvent être des attributs d'un être doué d'in-
1. Der einzig mogliche Beweisgrund zu einer Démonstration des Daseins Gottes, 1763, t. H, p. 70-77.