‹ L'Année philosophique (volume 3)Chapitre 21 sur 73 · Benno Erdmann, Reflexionen Kants, II, n» 724, p · texte numérisé non relu

Benno Erdmann, Reflexionen Kants, II, n» 724, p

3. Où l'on peut bien voir en particulier le caractère analytique de tout jugement aux yeux de Kant, c'est dans la conclusion de l'écrit sur la fausse subtilité des quatre figures syllogisliques, l. II, p. 60-61.

éléments et leurs rapports : elle ne peut, d'un autre côté, se représenter l'universel qu'in abstracto, car les signes du langage ne sont que d'imparfaits moyens de notation, qui ne se prêtent pas du reste au même traitement que les signes de la quantité : enfin la philosophie ne peut que rencontrer dans sou œuvre une multitude de propositions iudémoutrables : quel que soit l'objet quelle considère, tous les caractères que leutendemeut perçoit d'abord et immédiatement en lui sont, nous dit Raut, les données d'autant de propositions indémontrables .qui constituent les matériaux d'où peuvent être tirées les définitions^.

Loppositiou marquée ici par les deux termes expressément employés de « synthétique « et d' « analytique » nest incontestablement pas lopposition, consacrée par la Critique, des deux espèces de jugements : c'est l'opposition de deux méthodes, et Kant a prévenu plus tard qu'il y avait là une confusion à ne pas commettre-. L'analyse que la philosophie applique ne peut pas plus d'ailleurs aboutir à des jugements dans lesquels le sujet contiendrait le prédicat qu'elle ne peut en partir : si peu explicites que soient les formules de Kant sur le caractère des propositions indémoutrables qu'elle rencontre et des définitions quelle poursuit, il semble bien quelle découvre dans les concepts du réel toute autre chose que des liaisons soumises au seul principe d'identité ou de contradiction : la méthode analytique de la philosophie n'a pas pour terme la reconnaissance de simples nécessités logiques. En un autre sens, il peut sembler pourtant, quoi qu'on eu ait dit ■. que la conscience de la méthode synthétique

1. Unlersuc/iimg iiber die DeutUclikeit der Grundsdtze der naliirlichen Tlieologie ttnd der Moral, 1764, t. II. p. i~6 sq.

■2. <( S'il fàt vTiii' qao la connaissance fait ^'lailuolienient d'incessant» progrt'S, il est impossible «lempèciiei* quo certaines e.vpressions dovenues dcjà flassiqups. ([ui datent de l'enfance de la science, ne soient trouvées par la suilf insnflisantes et mal appropriées, et qu'un certain emploi nouveau tt plus convenable «jui en est fait ne coure quoique risque d'être confondu avec l'ancien. La méthode analylii|ue en tant <|u elle esl opposée k, la syntliétique. est tout autre chose qu'un ensemble df propositions analyti<iues,- elle sif;nilie simi)lemcnl que l'on part de c (|ui est cherché comme s'il était lionne it (|Uu Ion remontf aux condition.-^ qui seules en fondent la possibilité. Dans celte méthode il arrive souvent qu'on n'use que de propositions sj-nllh'tiquns, comme l'analyse mathémati(|ueèn donne l'exemple r on la nomniirait mieux métlnjde fe'fjressice i-u la distinguant rie la méthode .'synthétique ou progressive. » Prolegomeua zit einer jedem kunfligen Metapfiysik, 1783. S '.>, note, t. IV. p. :276.

3. Vaihinger. Cornmenlar zu Kants Kritik der reinen Vernunfl, t. I, 1881, p. 273.

propre aux mathématiques a dû contribuer à former l'idée de jugement synthétique ; car il y a un rapport direct entre le procédé par lequel le mathématicien construit ses définitions de façon à être dès l'abord eu possession, non d'une simple forme logique, mais d'un objet, et la démarche qui lui permet de prendre ces définitions pour point de départ, aiiu d'aller aux conséquences qu'elles impliquent : en outre, la nécessité et la possibilité où est le mathématicien de représenter ses concepts in concreto, c'està-dire intuitivement, révèlent l'un des caractères qui serviront à définir précisément les jugements synthétiques. — Ainsi par des voies différentes, tellement différentes qu'elles semblent tracées pour les empêcher de se rencontrer, les mathématiques et la philosophie tendent ensemble à la détermination d'un autre type de jugement que le jugement fondé sur l'inclusion du prédicat dans le sujets

Pendant un temps Kant semble s'être posé à lui-même, sans avoir trouvé le moyen de le résoudre, le problème du fondement de la dérivation etde l'opposition réelles. « Il doit y avoir, en dehors du principe (V identité et de contradiction, d'autres principes du nexas et de Voppositio. Par les premiers on ne peut concevoir que le nexus logique, que Yopposition logique, non le nexus réel, non l'opposition réelle. Quels sont donc ces princ/pias!jnthetica?»-(.< La possibilité d'une liaison analytique se laisse apercevoir a priori, mais non celle de la liaison synthétique •'. » Dès lors, étant donné que ce qui s'oppose à Va p/«on, c'est l'expérience, il apparaît à Kant que « la possibilité de la synthèse repose sur l'expérience '. » « Les concepts

1. A quelle époque Kant a-t-il appliqué aux jugements uièmes la dénomination d' « analytiques » et de « synthétiques » ? Pas avant 1764, et sans doute peu après. Comment a-t-il été amené à la leur appliquer ? Probablement par cette raison très simple, qu'ayant déclaré que c'est l'analyse qui, dans les jugements d^ dérivation logique, découvre la conséquence dans le principe, il a donné le nom d" « analytiques » à de tels jugements, et ensuite, à cause de la vieille opposition familière d'analyse et de synthèse, conféré le nom de « synthétiques » aux jugements du type contraire (Vaihinger, Commentar, t. I. p. 277.) Cf. Erdmann, Refleœionen Kanfs. Un» 489, p. 153.

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