Ibid., n" 498, p. loo
o. Ibid., n» oOO, p. 153.
30 r/ ANNÉE PHILOSOPHIQUE. 190'J
qui ont abouti à l'important petit article de 1768 sur le Premier fondement de la différence des rrfjiona dans l'espace. Kaut considère là l'espace absolu comme indépendan'tde Texisteuce de la matièreet comme douéduue réalité propre qui fonde la possibilité de Tensembledes positions des parties matérielles. Il établit que l'espace a des propriétés qui ne se ramènent pas à des coucepts logiques et qui ne sont saisissables que par intuition. Il conclut au reste que l'espace absolu n'est point l'objet d'une sensation externe, mais un concept fondamental (Grundbegriff)) qui rend toute sensation externe possible, et il avoue simplement la difficulté de comprendre rationnellement un conceptde cette .sorte ^. Ainsi, d'une part, la démonstration du caractère intuitif de l'espace parachève les remarques qui avaient fait admettre le caractère synthétique des propositions mathématiques. D'autre part, l'idée de l'antériorité essentielle de l'espace par rapport aux données sensibles prépare la thèse qui subordonnera l'exercice de la sensibilité à des formes a priori de l'esprit.
Cependant, pour les jugements synthétiques portant sur le réel, Kant semble à présent en poursuivre la rationalité. L'esprit rationaliste, qui n'avait cessé au fond de l'animer, même à l'époque où il s'éloignait !e plus de ses doctrines premières, ne devait passe sentir satisfait par l'équation admi.se entre « synthétique » et« empiri(iue ». Et voici la question qu'il se ])osait : « Comment des jugements empiriques et syntiiétiques deviennent-ils universels? N'avons-nous jias par hasard, en dehors des principes formels des propositions rationnelles, des principes également formels des propositions syntiiétiques et empiriques? De même, n'a-t-on pas des principes formels de la liaison réelle aussi bieDC|uede la liaison logi(|ue »-? Voici maintenant une remarfpiequi paraît bien répondreà cette question :« Les principes de la forme de tous les jugements analytiques... sont le principed'identilé et le princi|)(; de contradiction... Les principes de la forme des jugements synthétiques sont :ce qui est toujours lié avec une partie connue du concept
1. Vom dem ersteii Grunde des l nierschiedes der Gef)enden im Raume. 1768, l. II. p. 377-383.
1'. Bcnno Eriltnunn, Reflexionen Kants. \\, n" 490, p. \:>?,.
l'idée des jugements synthétiques a priori chez KANT 31
possible d'une chose fait partie de ce concept. La proposition « Tout corps est impénétrable » est analytique, parce que non seulement le corps ne se peut penser sans l'impénétrabilité, mais encore parce qu'il ne peut se penser que par elle. C'est un caractère qui appartient à la notion du corps, qui en est une pars. Mais « Tout corps est inerte » est une proposition synthétique ; car l'inertie fait partie, avec le concept de ce que nous désignons par corps (à titre de compars), d'un concept total, nécessairement lié à ces concepts partiels qui rentrent dans la notion de corps. Si l'on possédait ce concept total dont les notions du sujet et du prédicat sont cnmpartes, les jugements synthétiques se trauformeraieut eu jugements analytiques. On se demande jusqu'à quel point il y aurait de l'arbitraire en ceci ^. » Kant indique bien par là que le propre des jugements synthétiques, c'est que les termes s'en rapportent à un troisième terme qui soit le principe de leur liaison réelle : mais il ne note pas encore, parce que sa pensée n'est pas achevée sur ce point, que ce troisième terme peut ou doit être une intuition ; cependant, eu admettant la possibité idéale, — sans doute pour un autre entendement que le nôtre, — de convertir eu analytiques des jugements synthétiques, il fait plus que soupçonner le caractère rationnel de ces derniers.
C'est la Dissertation de 1770 sur la forme et les principes du monde sensible et du monde intelli(iible qui marque le retour définitif de Kant au rationalisme, en établissant au surplus certaines thèses essentielles de la philosophie critique. Quelles que soient les causes qui ont achevé de former chez Kant les pensées dout est sortie cette 'œuvre, ce qu'il soutient maintenant, c'est qu'il y a des intuitions pures, l'espace et le temps, qui sont les principes formels de la connaissance sensible, ou, mieux encore, des conditions subjectives, nécessaires par la nature de l'esprit humain, pour coordonner en se le soumettant selon une certaine loi tout ce qui est sensible. C'est donc d'une intuition pure de l'espace, sur laquelle elle repose, que la Géométrie tient la double propriété qu'elle a d'être une science du sensible et une science rigoureusement