‹ L'Année philosophique (volume 3)Chapitre 25 sur 73 · Ibid., n» 503, p. 1o6-1û · texte numérisé non relu

Ibid., n» 503, p. 1o6-1û

certaine. Kaut n'emploie pas l'expression; mais évidemment il possède désormais l'idée des propositions mathématiques comme jugements synthétiques a priori et de ce qui permet de les définir à ce titre. Mais, si l'espace et le temps sont des conditions de la connaissance sensible, ils ne sont pas des conditions de la réalité des objets eu eux-mêmes. La Métaphysique qui, selon la doctrine présente de Kant, prétend justement atteindre ces objets en eux-mêmes, ne le peut que par des concepts et des principes radicalement distincts des principes de la connaissance sensible ^ De quelle nature sont ces concepts? Kant ne s'explique guère là-dessus et l'on ne trouve pas expressément affirmé qu'ils aient un caractère synthétique-. Mais, à défaut de cette affirmation, il insiste sur une distinction qui va précisément dans ce sens, la distinction entre l'usage logique et l'usage réel de lentendement. Dans son usage logique, qui est gouverné par le principe de contradiction, l'entendement développe et classe des connaissances dont la source peut être aussi bien dans les sens qu'en luimême; dans son usage réel, qui est celui de la philosophie pure, l'entendement a des concepts primitifs des choses et des relations, ainsi que des axiomes, qui sont donnés par sa nature même'.

La Dissertation de 1770, malgré l'insuffisance de ses explications sur les conditions constitutives de la connaissance intellectuelle, avait nettement établi, pour les principes de la connaissance sensible, qu'ils étaient « priori, c'est-à-dire subjectifs en môme temps que nécessaires, et qu'ils étaient liés à

1. De mundi sensibilis alque inlellir/ihxlis forma et principUs, 1770, l. H, j). 385 sq.

2. On a iiirmi.' souli'iiu que pour Kant alors la (ibnnaissance intcllcclucllc est analytiqut', i-t l'on a appuyt' «ctle supposition sur uno fortnulc de Kant : « Pnedicalum in quolibet judiclo, intolloctuaiiter cnunlialo. ost condilio aiisque qua subji-rluni cof^itabilc non esse asseritur, adcoque pr;('iii(;atum l'sl cof^noscendi principiuin « (S '24, t. II. p. 4H) (Voir Adickos, kanl-Sludien, \>. 135). — Mais il tîst clran^'c «lue l'on n'ait pas observé par II.' contexte i|ue dans ce passage Kant ne parle des jugements qu'en tant qu'ils mettent en l'orme de^ connaissances dues, soit au.v sens, soit à l'en- (■•ndement. non en tant (ju'ils sont dfs sources de connaissances.

;i. De minuli sensibilis al</ite inlellii/ihilis forma et principiis, S 5, I. II. p. 393 ; S 23. !>. ilO-Hl. — Cf. Benno Krdmann, Heflexionen hauts, II, n»' 304 et 305. p. 'M.

l'idée des jugements synthétiuues a priori chez kant 33

des intuitions. Les principes de la connaissance philosophique ne pourraient-ils pas se prêter à une extension de ces attributs? Mais pour cela il faudrait des intuitions intellectuelles dont nous ne disposons pas, et dont Dieu seul est capable'. Assurément, si l'on ne conserve de ces attributs que celui de l'a priori, de la subjectivité nécessaire, les principes de la connaissance intellectnellepeuvent.euxaussi.êtredits synthétiques, et Kant parait dabord les avoir admis sous cette forme, dans le sens de règles qui dirigent notre raison sans donner un fondement objectif à cet usage. « Toutes les propositions rationnelles synthétiques sont subjectives-. » « Nous pouvons indiquer des fondements des principes synthétiques in sensu suhjectivo, mais non in sensu ohjectico'\ » C'est qu'en efïet notre raison, étant dépourvue d'intuition, ne peut avoir de relation immédiate avec les objets ^ Ainsi, à ce qu'il semble, tous les principes synthétiques intellectuels sont conçus alors sur le type réservé plus tard, avec un usage purement régulateur, aux principes de la raison en tant que distincts des concepts de lentendement. Pour se constituer véritablement des objets, il faudrait que l'entendement fût lié à des intuitions.

Kant fut orienté vers la découverte de ce caractère complémentaire essentiel des jngements synthétiques de l'entendement, dès qu'il se mit à examiner le problème posé par sa fameuse lettre à Marcus Herz du 21 février 1772 : L'entendement humain ne reçoit pas ses représentations des objets; mais il ne peut non plus, comme l'entendement divin, créer des objets par ses représentations : sur quel fondement repose donc le rapport de ses représentations à des objets^? La réponse à ce problème fut que les concepts de l'entendement sont uniquement et sont essentiellement les conditions de la possibilité de l'expérience, de la connaissance des objets tels qu'ils sont donnés dans l'intuition sensible. Dès que cette solution était entrevue, les principes de l'entendement pouvaient être dits objectivement synthétiques, car leur relation à des objets est soutenue par une intuition ; en dehors de l'expérience, in abstracto, ils n'ont qu'une valeur subjective ^ En

d. Benno Erdmann, Reflexionen Kanls, II, n» 300. p. «2. :!. Ibid., Il» HO:]. I). Ul.

Page 1