I. Critique de ta doctrine de kuiil , \i
du principe de relativité. Ce rapport es^^ nécessaire aux yeux du finitiste, parce qu'il résulte de la finité même du monde réel. Dire que le monde réel est fini, c'est dire qu'il est nombre, qu'il ne peut pas ne pas être nombre quant au temps et à l'espace, c'est dire par cela même que nous pourrions concevoir ce nombre indéfiniment augmenté en reculant indéfiniment dans le passé le commencement du monde et en l'étendant et l'agrandissant indéfiniment dans l'espace. Est-ce qu'il est possible de peuser le nombre sans penser en même temps l'augmentation indéfinie dont le nombre est susceptible ? Cette augmentation indéfinie, c'est le vide infini de l'espace extérieur au monde et du temps antérieur au monde. Le rapport du monde à l'espace et au temps vides, c'est le rapport du nombre réel au nombre possible, du fini à l'indéfini que nous pouvons imaginer. Je ne vois rien là d'obscur.
La difficulté réelle envisagée par Kant dans ce rapport qu'impliquait le finitisme, était la violation du principe de raison suffisante. Dans le temps vide, pas de raison pour que le monde commence à exister ; dans l'espace vide, pas de raison pour que le monde soit limité ici ou là. C'est-à-dire pas de raison pour tel nombre de coexistants juxtaposés, pour tel nombre de successifs. Le nombre auquel la thèse réduit le monde est déterminé, fixé ; il faut qu'il le soit, le principe de contradiction l'exige. L'idée de l'espace vide et du temps vide, telle que l'analyse idéaliste nous oblige à l'entendre, nous assure que ce nombre pourrait être plus grand, qu'il pourrait être indéfiniment augmenté. Cependant, nous devons admettre qu'il est tel, et^non autre ; nous devons l'admettre, sans savoir pourquoi, que dis-je ? eu sachant très bien qu'il est tel, et non autre, sans raison concevable. N'est il pas naturel que la raison résiste à la violence que lui fait le principe de contradiction, proteste contre cette mystérieuse contingence du nombre fini qu'est le monde, et lui oppose, dans l'antithèse, la mystérieuse infinité spatiale et temporelle des coexistants et des successifs.
Et moi aussi, aurait pu répondre Kant, je tiens que l'espace et le temps marquent uniquement les rapports des phénomènes qui constituent le monde; que ces rapports (de position et de succession) ne peuvent être qu'intérieurs au monde; que l'on ne saurait donc admettre la relation de ce qui existe, c'est-à-dire du monde, à ce qui n'existe pas, c'està-dire au vide infini de l'espace et du temps. C'est précisé-
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ment comme foudée sur celle exigence du principe de relativilé, c'est comme excluant le nombre déterminé que serait le monde du (inilisme, — nombre déterminé et choisi, diraiton, arbitrairement et sans raison dans la série indéfinie des nombres possibles, — que la preuve de rantilhèse me paraît faire équilibre avec celle de la thèse. C'est parce que lespace et le temps ne peuvent être séparés des phénomènes dont ils conditionnent la nature et dont ils marquent les rapports, c'est parce (jue ces rapports ne peuvent être extérieurs au monde, c'est à-dire à l'ensemble des phénomènes, que je puis et dois croire l'infinité du monde, — du monde sensible, du monde qui m'est donné dans la représentation, — inséparablement liée à l'infinité de l'espace et du temps, que je uepuis pas ne pas concevoi r nécessaire. C'est encore parce que l'espace elle temps ne se séparent pas des phénomènes cosmiques, que mon idéalisme transcenda niai est à ce point éloigné du réalisme qu'il n'hésite pas à attribuer à ces phénomènes la même subjectivité, la même idéalité qu'à l'espace et au temps, et qu'il me faut conclure, enfin de compte, à distinguer du monde sensible, qui n'est tout entier qu'apparence, un monde vraiment réel, un monde en soi. que l'on ne connaît pas, auquel ne s'appli(|uent ni la thèse, ni l'antithèse, et dont on ne peut dire ni qu'il est fini, ni qu'il est inlini". N'est-ce pas ce ((ue j'ai dit en termes formels dans une note explicative jointe à la preuve de lantilhèse. et (|ue mon disciple Scliopeidianer avait bien comi)ris et retenu '.' — « Les phénomènes et l'espace sont unis dans une seule et même intuition empiri(|ue. comme matière et forme de cette intuition. Veut on mettre l'un de ces éléments en dehors de l'autre d'espace en dehors de l'ensemble des phénomènes), il en résultera tontes sortes de déterminations vides de l'intuition extérieure qui ne .sont pas des perceptions possibles, etc.. »
C.ette extension de la subjectivité diî l'espace cl du temps à tout ce (in'ils renferment fait comprendre les antinomies et les conséquences qu'en tire le philosophe de l'idéalisme transcendantal au sujet du monde (|ue nous icprésentent la sensibilité et l'entendennMit el du mond(! nonnn iial inaccessible à ces deux facultés et par là soustrait à toute connaissance. u Kant, dit lienonvicr. croit pouvoir échappera la conliadiclion logique de l'iidini actuel par l;i reconnaissance d'une autre (Contradiction : à savoir, celle (|nil croit trouver entre l'enlendemeul tjni rejette cet infini, et la sensibilité, qui lui
ANTINOMIES DE KANT ET DILEMMES DE lîENOUVIER o5
semble l'alfirmer. Et il croiL pouvoir lever toute diffîculté eu reuouçaut à la fois à la loi de l'euteadenient et à l'apparent euseiguement de l'expérieuce. pour transporter sa spéculation dans un autre monde, un monde en soi, dit-il, mais indéterminé, dont il n'est possible de rien connaître, ni de rien dire ^ »
Cette remarque est intéressante, mais elle n'est pas tout à fait exacte. Les deux propositions antinomiques sont affirmées par l'entendement, aussi bien l'une que l'autre ; eu vertu de principes dilïéreuts. La contradiction dont il s'agit est donc bien dans l'entendement même, et non entre la seusibilité et l'entendement. Ce qui est vrai, c'est que l'entendement affirme l'antitbèse, en raison de la subordination nécessaire de ses concepts aux formes de la sensibilité. Et cette subordir uation est nécessaire, parce que les concepts, selon Kaut, ne s'appliquent qu'aux données fournies par ces formes de l'intuition externe et interne, l'espace et le temps. Comme ces données de la seusibilité sont subjectives, l'entendement ne peut, quoi qu'il fasse, par l'application de ses concepts, notamment des idées d'unité et de nombre, trouver dans le monde de la représentation aucune vraie réalité. C'est ainsi que le philosophe a été conduit à transporter sa spéculation dans l'inconnaissable monde en soi.
Par l'éteudue que lui donne l'esthétique transcendantale, l'idéalisme kantiste apparaît comme nne théorie d'illusionisme radical et universel-'. Cette théorie, d'après laquelle le concept du nombre n'atteint pas le réel et ne nous en apprend rien, peut être rapprochée de quelques systèmes métaphysiques antérieurs, notamment du monisme spinoziste. C'est ce que montre fort bien Renouvier en un passage qui me paraît un des plus remarquables de sou ouvrage posthume :
(f Les grands philosophes dogmatiques de l'iniîui ont senti qu'il fallait, pour la tlièse de l'infinité du monde, considérer le tout comme réellement indivisible, et les modes phénoménaux, représentant des êtres divisés dans l'espace et dans le temps, comme n'étant séparés de leur substance que par notre