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Nouveaux Essais sur l'enlendemenl humain. Avant-propos

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et de notre imagination, comme l'élément d'une constitution mentale qui peut être transitoire et exclusivement terrestre. Chose curieuse, Zenon avait cru prouver, par sa critique du mouvement, que l'espace continu, uniforme, immobile, immuable, est l'Un, le seul être réel, le seul objet de Incroyance rniie ; et ce qu'il faut conclure de ses arguments, c'est que les seules réalités, les seuls objets de la croijtnice craie sont des consciences, que ces consciences sont multiples, et que tout le reste, couleur, figure et étendue, espace, mouvement et force, n'est qu'apparence, objet de Vopinion, de la doxa.

Renouvier a reconnu et montré, après Leibniz et Berkeley, après Bayle et Collier, que l'étendue ne peut être réelle, ni comme substance, ni comme attribut. Pour lui, comme pour Leibniz, les êtres élémentaires ont cessé d'être les atomes d'Épicure, de Gassendi, de Newton, pour devenir des unités perceptives, conscientes à divers degrés, des monades. Ce qui est une inconséquence de sa philosophie idéaliste et finiliste. c'est qu'il ait localisé ces unités conscientes; c'est qu'il ait joint eu elles la force (principe de mouvement) à la conscience; c est qu'il en ait fait des points physiques correspondant dans l'espace à des points mathématiques; c'est que l'étendue, comme rapport de situation de ces unités conscientes, lui ait paru réelle, plus réelle que l'étendue de l'atome, aussi réelle, aussi essentielle à la représentation que tous autres rapports, fjue le rapport de ressemblance et de dilïérence. que le rapport de nombre, que le rapport de succession, que l'existence même des monades, avec le degré de conscience qui appartient à chacune d'elles.

Je dis que c'est là une inconséquence de sa doctrine idéaliste, car la réalité des rapports de position^ — n'oublions'pas qu'il l'a établi lui-même, — équivaut à celle de l'étendue, de toute étendue. Et je dis que c'est là une inconséquence de sa doctrine linitisle, car. pour écarter l'infini actuel, pour débarrasser complètement la philosophie de cette ancienne et vénérable erreur et de toutes celles qu'elle a produites, il ne suffit pas de montrer que le continu n'existe pas en soi, qu'il n'est ni attribut ni sujet, qu'il n'existe que dans la représentation. Il ne peut exister dans la représentation, sans y être, par la contradiction infiniliste qu'il y introduit, un principe d'illusion qui 'pénètre, i)our la fausser, la pensée ijhil()S()iilii([ue tout entière. Dire (jue le continu n'existe que dans la représentation, c'est dire que l'infini qu'il implique est purement

idéal ; mais cet iufiai purement idéal ne laisse pas d'être actuel : son idéalité ne l'empêche pas de réunir deux caractères incompatibles, d'être à la fois donné et infini; car la raison ne peut le résoudre ni en un tout déterminé, ni en une série indéfiuie d'unités discrètes. La contradiction infinitiste nous interdit, non seulement de faire du continu spatial un attribut ou un sujet réel, mais encore de lui accorder la réalité d'un rapport entre coexistants; elle nous oblige de le considérer, ainsi que tout autre continu, comme entièrement illusoire. Où peut dire du continu d'espace et de temps que c'est un infini actuel d'imagination qui voile aux yeux de l'esprit un infini poteiitiel de monades (espace) et un infini potentiet d'événements (temps). Renouvier n'a pas dégagé delà contradiction infiuitiste, sur laquelle il a le premier appelé l'attention, toutes les conséquences qu'elle renferme.

C'est du réalisme spatial, bien plutôt que du principe leibnizien de raison sufiisaute, que les doctrines infinitistes tirent leur force. Le principe de raison suffisante ne résisterait pas sérieusement au principe du fini, si, contre l'évidence rationnelle de ce dernier, n'entrait en lutte, dans l'esprit prévenu et dominé, l'évidence sensible du continu. La philosophie de Leibuiz a attribué au principe de raison sjffisante un caractère d'universalité et d'absoluité qu'il est impossible d'admettre. « Leibniz, dit Taine, coutruisait d'après le principe de raison suffisante toute son idée de l'univers. Et, de fait, c'est par ce principe qu'on s'élève à la plus haute conception d'ensemble, à l'idée d'un tout nécessaire, à la persuasion que l'existence elle-même est explicable ^ » Taine pousse à leur extrémité logique les conséquences du principe de raison sufïisante. Oui, si ce principe devait être regardé comme universel et absolu, l'existence serait explicable. Mais l'existence n'est pas explicable ; et c'est pourquoi le principe de raison suffisante ne peut être regardé comme universel et absolu.

L'existence n'est pas explicable : la question de raison sufsante ne peut se poser indéfiniment; on arrive forcément à quelque chose, à quelque loi, à quelque être, auquel elle ne peut s'appliquer et qu'il faut bien atTirmer comme un fait, sans avoir rien à répondre à qui demande pourquoi. Il y a une limite aux pourquoi. Y a-t-il une réponse à faire à cette question ; Pourquoi quelque chose existe-t-il plutôt que rien?

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