‹ L'Année philosophique (volume 3)Chapitre 52 sur 73 · Cf. Sache, Leben and Feinde, p · texte numérisé non relu

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3. De même que l'idéalité des nombres et de leur suite sans lin est tout à fait conciliabie avec la réalité des nombres concrets et de leurs suites Unies.

4. M. HoCfding oslime que « Diihring a souligné le contraste qui apparaît entre la continuité idéale de la pensée et la réalité empirii|ue constamment donnée à l'état de séparation et de morcellement avec une telle force qu'il aboutit à une énigme insoluble » (Histoire de la pkilosopkie moderne, t. il, p. 580-581). Il ne semble pas que l'énigme soit tellement insoluble, si l'antithèse de la continuité idéale et de la réalité empirique est ramenée à celle du possible et du réel ; entre le possible et le réel, il n'y a pas de différence de nature, il n'y a d'autre ditlérence que... re.vistencc.

PiLi.oN. — Aiiiii''e pliiios. J909. 8

A ce point de vue, l'espace uesl doue pas uue apparence dout les choses se recouvriraieut pour moi de par lopéralioa de ma sensibilité — ce qui est le véiitable idéalisme. L'espace est simplement le cadre où les réalités doivent prendre place nécessairement, car les réalités so)it spatiales, mais où je puis par l'imagination augmenter sans cesse le nombre de ces réalités. En somme, Dùhring et Renouvier, comme Kant, mettent l'espace et le temps sur la même ligne ; ils leur enlèvent seulement le titre de formes de la sensibilité; ils les rangent par le fait parmi ces concepts que Kant déclarait absolus, universels pour tous les êtres raisonnables. Ils conçoivent la réalité comme aussi spatiale que temporelle. Le uoumène est soumis au temps et à l'espace.

A Dùbriug et à Renouvier tout ensemble, nous objecterons qu'il nous paraît dilficile de réduire le continu à u'ètre pas autre chose que l'accumulation des possibles, et de ne voir en lui que l'infini en puissance. Ou du moins distinguons. L'assertion est exacte s'il sagit du temps, du temps vrai, du temps déspatialisé. du temps afïrauchi de la forme linéaire contiuue avec laquelle Ivant a eu le tort de le confondre. Le temps réduit aux rapports de succession et de simultanéité perd par là-méme sa continuité apparente; et au lieu et place du continu temporel, c'est la discontinuité qui se révèle, à laquelle est parfaitement applicable linfini potentiel, l'infini des nombres abstraits, formant une suite illimitée ap])licable aux possibles quelcontiues. Si une telle opération pouvait être aussi bien réussie pour l'espace, l'espace pourrait être envisagé comme aussi réel que le temps, et le temps est réel. Mais le continu spatial ne tolère pas une opération de ce genre ; car enlever le continu du temps, c'est enlever du temps l'espace, et il reste... le temps; mais si on enlevait de l'espace... l'espace, que resterait-il? Si on supprimait le continu de l'espace. <»n mettrait-on le continu? Le continu ne peut pas s'expliquer par le simple infini de |)Uissance. car le simple infini de puissance ne nous est pas donné comme forcément conliuM ; dans le cas de la suite des nombres, il nous est donné comme discontinu Le continu ne |)eut décidément pas s'expliquer par l'iulinité en puissance des nombres, car cette inlinité est discontinue.

Il faut donc reconnaître que le continu caractérise l'espace et (|u'il ne se réduit pas à l'inliiii en puissance. Kt alors comment le rationaliser ?

LE FIXITISME DE DUHRING H5

La tâche devieut eucore plus difficile — impossible, si l'ou remarque avec Kant que l'espace nous est donné tout entier iiomogène, infini, continu, comme réalisé dans l'intuition. C'est précisément le fait que l'espace doit être considéré comme un infini réalisé — ce qui est absurde — qui prouve l'irréalité de l'espace, son caractère de pure apparence, et par suite le véritable idéalisme, tel qu'il a été si souvent et si lumineusement formulé par M. Pillon. Les vraies réalités ne sont pas spatiales. Diibring et Renouvier paraissent, si on ose le dire, avoir comme escamoté le continu ; c'est à ce prix qu'ils ont pu être finitisles et réalistes. Si on laisse le continu être ce qu'il est, on ne peut éviter de le rejeter comme une apparence illusoire, parce qu'affecté d'une irrémédiable contradiction ; et l'on devient alors vraiment idéaliste, non en ce qui concerne le temps, qui, en perdant l'espace, acquiert la réalité, mais en ce qui concerne l'espace ot tout ce qui relève de l'espace : matière, corps terrestres et célestes, etc.

On peut se demander, à vrai dire, si Diihring ne pousse pas le réalisme jusqu au matérialisme. Il ne répugne pas à attribuer à sa doctrine ce titre '. Il loue le sens de la réalité qui se manifeste chez les matérialistes, par opposition à ces rêveurs et à ces sophistes d'idéalistes. Ildésigue l'état primordial comme celui « de la matière identique à elle-même '). Et comme il fait tout sortir de cet état primordial, il semble qu'il fait tout sortir de la matière. Mais encore faut-il bien voir ce qu'il entend par matière, et rendre justice à son point de vue.

Ce qu'il y a d'essentiel dans ce point de vue paraît formulé dans des phrases comme celles-ci : « Ma doctrine de la réalité prend les choses et les événements tels qu'ils se donnent, comme une réalité une et unique-... Mou système ne connaît pas deux réalités, mais seulement la réalité unique de la nature et de ses parties '... Le piédestal de nm Dialectique nata-

1. Cr. Sache, Leben und Fe'uide, p. 114 ; « Le piédestal de ma. Dialeclique naUirelle était explicitement matérialiste. »

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