Ibid., p
2. 11 arrive àDùhring d'employer ce terme. Mais ce qui, pour lui, est un
derrière laquelle il n'interdisait pas de situer autre chose : le monde que nous connaissous, le Dieu qui existe actuellement ont commencé; mais derrière, avant... il y avait... quoi ? Et Renouvier répond : « l'abîme»; et, au fond, cet abîme, il semble le concevoir ou permettre de le concevoir comme la Chose en soi de Kantqui, partout exorcisée dans leRenouviérisme, ici reparaît. En dernière analyse, il est permis de se demander si Renouvier, auquel on peut reprocher d'avoir ailleurs comme escamoté le continu, dans sa conception du temps et de l'espace érigés ensemble en catégories, n'est pas au contraire resté sous l'iullueucedu continu spatial dans sa théorie du premier commencement. Il s'est représenté le temps sous les espèces d'un point qui parcourt une ligne : la ligne peut s*étendre- indéfiniment dans la direction de l'avenir, parce quelle n'est pas achevée, elle se trace ; elle ne peut s'étendre ainsi dans la direction du passé, parce qu'elle est déjà tracée ; en remontant la ligne dans le sens du passé, on doit arriver au bout; la ligne se termine par un point : le tout premier commencement; et alors tantôt on pourra dire : derrière ce point, il n'y a rien ; avant... il n'y avait pas d'avant ; tantôt ou pourra dire : avant... il y avait le trou noir, le vide, l'abîme dans le(|uel, à la faveur des ténèbres et dans le silence de la raison, peut être clandestinement réinstallé le Noumène kantien.
Duhring a évité ces oscillations et ces conclusions de Fienouvier, précisément parce (luil a eu le souci constant décarter de son exposition de la loi du nombre et de ses applications la ((uestion du continu et les théories de l'espace et du temps Ha pu traiter du premier commencement en faisant ab.slraction coin|)lète du continu. Il ne s'est occupé que des événements discrets. Si l'on veut, il na i)as dissocié entièrement le temps de l'espace, mais il a envisagé les rapports de succession sous la forme, non du continu spatial, mais des rapports de position. Dans un passage de sn L'oijiffïn''. il déclare expressément qu'il se représente le temps sous la forme non pas d'une ligne continue, mais d' « une série linéaire i|(^ points '). Par suiM', dir;ii jo de mon propre point de vue-.
(•oiirept-liinilf (Grcn/.hegrilD. cp n"<'.>*t pus le iiiiiuiiîr conimcnccincnt, c'esl I Ctat primordial antèrifur au premier romiiicncfnierit. {Cf. Wirklicfikei/s- /ihiliisop/iie, j) !."•'
2. l'oint lie vue auquel la dix-huitième Année philosophique (1907, Paris.
LE FIXITISME DE DUHRINf. 119
il a envisagé, uon pas le temps spatial, mais le temps vrai, le temps réduit aux rapports de succession. Or, dès qu'on se place à ce poiut de vue, logiquement, cette conclusion s'impose, que Dûhring n'a pas formulée explicitement avec netteté, mais qu'il a bien dû avoir dans l'esprit : le premier rapport de succession n'a existé en tant que rapport que lorsqu'il y a eu deux termes ; la succession n'a pu commencer qu'avec le second terme ; et donc la succession implique forcément un premier terme qui est en dehors de la succession. Notre accord avec Dûhring persiste jusque dans la façon dont il conçoit cet état primordial. Il ne le conçoit nullement à la façon agnostique de Renouvier, comme 1' « abîme » ; il le conçoit exactement sur le même patron que le second terme et les termes suivants ; il n'en retranche que la succession ; mais il y laisse la simultanéité avec tout ce que la simultanéité comporte. Il est étrange que M. Huiïding se soit mépris au point de résumer ainsi la doctrine de Dûhring : « Le temps rempli de changements est précédé par un être éternel dans lequel les différences, les diversités intérieures, qui ont pour conséquence la succession et la modification, ne se sont pas encore fait valoir. L'existence était alors dans une identité absolue avec elle-même. Le temps et la suite causale ne se sont formés que lors de la transition de cet état homogène et invariable à l'épanouissement des différences et des variations ^ » Il se peut que ces lignes résument exactement la doctrine exposée dans la Dialectique naturelle que je n'ai pu consulter. Mais ce n'est pas la doctrine postérieure de Dûhring. Ses déclarations sont très nettes et ne laissent aucun doute sur ce point-. Dans l'état primitif, l'existence est identique à elle-même en ce sens qu'en elle il n'y a ni changement ni durée. Mais elle comprend eu soi des termes différents, des diversités, des hétérogénéités, ce qui est logiquement inattaquable, puisque l'on peut concevoir une simultanéité de
l'.lOS) a l'ait allusion aux |jages 207 et 227-228 de la Bibliographie philosophique française, et auquel j'étais arrivé bien longtemps avant de rien savoir de Dûhring.