Histoire de la philosophie moderne, t. II, p
2. Cf. Wirklichkeitsphilosophie , p. 15 : « Ce qui doue est nié dans l'état primordial, ce n'est aucunement toute espèce de différence de choses et d'états (ist keineswegs aile und jede Unterschiodlickeit von Dingen'und Zustanden). » Et il caractérise la multiplicité (Vicilioity qu'il place dans l'état primitif en ces termes : « le différent simultané dans l'espace « (das gleichzeitig Unterschicdene im Raume). ilbid.)
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termes hétéroi,^èDes saus succession. Dès lors l'objection que M. H«)fïding adressée Diiliring manque de base : « Comment la transition est-elle possible de l'identité et de rbomogénéité absolues à la difïérence et à la variation?... Celte op|)ositiou profonde entre l'identité absolue et le cliangement rend impraticable une fois pour toutes l'œuvre de la pensée. » Il n'est pas nécessaire de trouver une transition de Ibomogénéilé absolue à la dilïérence, car l'état primitif n'est pas homogénéité absolue. Reste, il est vrai, à trouver la transition du repos au changement, de la simultanéité à la succession : nous allons y revenir.
Nous n'avons que deux observations à présenter au sujet de la théorie de Diiliring :
D'abord Diihring, conformément aux vues qui ont déjà été indiquées et appréciées, introduit l'espace au sein de l'état primordial. Il conçoit celui-ci comme une simultanéité de termes juxtaposés dans l'espace. Il le faut bien, si on veut accorder à l'espace la même valeur et la même réalité qu'au temps, se dispenser d'établir des plans différents de réalité dans le réel, prendre le réel tel quel tout entier. Dans ce cas, on est conduit à éterniser l'espace dans l'avenii- et à le reporter dans les toutes premières origines. La situation change à coup sûr si, reconnaissant le caractère contradictoire de l'espace, on V voit une illusion, un voile, une source d'ignorance et d'erreur; dans ce cas, on sera conduit à n'y voir qu'une pièce ri'bilivp de notre constitution actuelle, que l'on ne saurait attribuer à tous les êtres raisonnables, tandis que tous les êtres raisonnables sont et ne peuvent j»as ne pas être temporels, et on se trouvera amené à envisager l'espace et tout ce qui en relève conime une contingence provisoire qui ne figurera pas dans l'état futur et f|ui n'a j)as figuré dans I état premier
Knsuite, Diihring, très opposé à toute religion positive, très opposé au Christianisme, religion de Juifs i^X il était antisémite farouche), très opposé même à la religion naturelle (jui lui ap|)arail comme un résidu de la religion positive, et<'omme une menace de retour ;i la religion positive. Diihring ne peut ni ne veut, comme Renouvier, identilier le premier commencement avec le commencement de Dieu, ni, coninu! nous le faisons nous-même. identifier létal primitif avec un état primordial de Dieu avant la création et la succession. Dès lors, il est obligé de placer dans létal primordial les virtualités, les puissances de tout ce que nous constatons dans la nature;
LE FINITISME DE DUHRING 121
!e monde actuel est le développement en acte d'une partie des éléments contenus dans l'état primitif et déployant toutes les richesses de leur contenu. Et la question se pose de nouveau : comment la transition est-elle possible du repos absolu au mouvement, de la simultanéité pure à la simultanéité mêlée de succession ? Sans doute Dûhring emprunterait les éléments de sa réponse à la théorie des possibles de Leibniz : chacun des éléments du monde primitif, pourrait-il dire, tend à se réaliser dans le temps, possède en soi une virtualité qui le pousse à passer de la simultanéité pure à la succession ; ce sont les plus forts qui l'emportent. Mais alors il y aurait lieu de se demander si la conception de Dtihriug. qui soulèverait bien des remarques critiques si nous pouvions ici l'examiner en détail, entraîne aussi nécessairement qu'il le croit et le désire l'optimisme. C'est ce qu'il nous reste à examiner.
L'affirmation d'un état primordial de l'être avant la succession temporelle satisfait Diihring, non pas seulement au point de vue de la pensée, mais aussi au point de vue du sentiment. Elle lui paraît autoriser une opposition décidée à tout pessimisme, à toute théorie hostile à la vie. C'est précisément ce qu'il a cherché à montrer dans son écrit : La valeur de la vie, publié la même année que la Dialectique naturelle, en 1865^. Et depuis lors il na cessé d'insister sur l'eschatologie liée dans sa pensée à sa doctrine de l'état primordial.
Il prétend être aussi éloigné de la divinisation de la vie que de Ihostilité à la vie. Il loue Schopenhauer d'avoir reconnu la réalité du mal dans le monde-. Mais il estime que ce qui nous apparaît dans le monde comme mauvais, hostile, ne figurait pas dans l'état primitif, où il n'y avait encore aucune sensation, aucune conscience '. Si le mal n'existait pas dans l'être primitif, on na pas le droit de le considérer comme inévitablement lié à l'être. Il peut n'être que contingent, provisoire. Ou peut admettre que le développement de l'être peu à peu surmontera les obstacles, détruira les combinaisons mal venues, et réalisera toujours mieux le parfait. Sans doute
1. « Les deu.v livres étaient entre eu.v dans le rapport de la tète et du cu'ur. » {Hache, Leben und Feinde, p. 115.)