‹ L'Année philosophique (volume 3)Chapitre 57 sur 73 · Sache, Leben und Feinde, p · texte numérisé non relu

Sache, Leben und Feinde, p

i.Ibid.. p. 490-491.

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Dûhring exclut le postulat kantieu de l'imniortalilé de lame et de la vie d'outre tombe. Ce qui explique qu'il u"attache pas plus de prix à l'individualité et à sa persistance, c'est qu'il a l'air de ne considérer les individualités que comme une production ultérieure de forces indépendantes elles-mêmes de leurs produits \ A chaque instant les individualités sont les formes passagères de l'être, les manifestations transitoires, bientôt remplacées par d'autres et qu'il serait vain de vouloir éterniser. 11 faut maintenir que « le monde, dans ses formes successives, demeure une véritable unité, qu'il n'y a pas de séparation entre une vie présente et une vie d'outre-tombe » ; mais il faut aussi proclamer que « la forme particulière que nous connaissons dans le monde n'a pas été éternelle et ne doit pas forcément être finale. Dans l'être non encore développé, l'aspiration du sentiment peut jeter l'ancre et l'intelliii:ence trouver satisfaction, là où la morne existence de la nature actuelle à nous connue, avec ses entraves et ses contrariétés, nous paraît insurmontable. J'attache beaucoup de valeur à cette conception fondamentale : car, par elle seule, la force pour surmonter tout ce qui est mal est fondée sur une puissance dernière et très noble — la puissance des lois de l'être, de la vérité et de la justice, en vertu desquelles dans tout l'empire de la naissance et de l'anéantissement tout ce qui est corrompu reçoit son dû. en vertu descjnelles l'accomplissement est réservé à tout elïort justifié vers une meilleure existence, en séries de nouvelles formations et sous la forme de plusieurs êtres"-... Ma doctrine allirme la possibilité dini dernier état dans lequel le souvenir d'êtres futurs pourra i)aicourir tout le passé et trouver dans cette conscience coextensive à la totalité des choses une expiation pour les souffrances précédemment non compensées'... .Ma doctrine est une doctrine de courage et de vie. Ce n'est pas une simple théorie, nue et stérile, mais une excitation prati(|ue. Elle doit délivrer des cauchemars pessimistes et aiguillonner à l'action substantielle. Klle n'est pas seulement un ensemble de savoir, mais

1. Cl. Sdcke. Lcbeu iind l'einde. p. 3i>7 : « Cliuiiui' [jt-nsOt.' doit i-lre pro- • luile pur une fun-e spéciale (Krafl zum Denkeni. el ceUe lorc»' est présente, avant riiriiif i|u«'llf pioiluisc la i)enséc roiisfUMit»'. Conscience et pensée leposcnt sur (|ueli|Ut' <liose qui en soi n'est pas plus (-(inscience et pensée i|ue la force motrice niécani<iue en soi n'est déj^ elle-même un phénomène •le mouveiiicnl . »

•2. Sficlie, Leben uiiil Friiti/i'. \> 4'.U.

o. Ibid., p. 3;57.

LE FIXniSME DE DL'HRING 123

aussi de vouloir et de caractère. Elle ue met pas à réquisition seulement la force de la pensée, mais aussi la force du seotimeut. Elle est une communication, non pas seulement de science, mais aussi de sentiment dans la plus haute signification de ce mot — à savoir du sentiment qui est orienté vers la totaIitéderètre,maisqui apourobjetd'une manière immédiate et vivante l'homme et plus spécialement l'homme de bien ^. »

La thèse optimiste de Diihring est-elle vraiment aussi satisfaisante qu'elle le lui paraît à lui-même? Est-elle même bien ferme et bien cohérente?

Parfois il lui arrive de dire, comme le résumé ci-dessus le montre, que si l'état actuel du monde est fâcheux — et il l'est — ou peut espérer en un avenir meilleur, car toutes les possibilités de l'état primitif n'ont pas été réalisées, et l'on peut donc souhaiter et travailler à amener une autre forme de l'être, d'où ce qu'il y a actuellement de mauvais sera exclu, où il n'y aura que de bons éléments. A quoi ou peut objecter :

r Que dans cet état futur, nous, individus actuels, ne figurerons plus, et que pour nous cet optimisme à longue échéance est une piètre consolation pour nos souffrances actuelles, si nous souffrons, et un pauvre remède à notre pessimisme présent, si nous avons des raisons de trouver ({ue les choses vont mal. Décidément le postulat kantien de l'immortalité de l'àme ue se montre pas si inutile que le croit Dùhring.

"1^ On peut objecter encore que cet état futur lui-même n'est pas si certain, ni même si probable que cela; car enfin pourquoi, parmi tous les éléments qui étaient juxtaposés dans la simultanéité de l'être primitif, ceux-là seuls sont-ils entrés dans la succession qui y sont entrés en fait, si ce n'est parce qu'ils étaient seuls capables d'y entrer? Constate-t-on, à envisager les choses simplement sous l'angle de l'observation telle que la pratique Dûhring, que les grandes causes de mal moral et de mal physique à l'œuvre dans le monde aillent en diminuant d'une manière sensible quant au nombre et quant à la fécondité? Les autres éléments de l'être primordial, qui ne se s(mt pas réalisés encore, se réaliseront-ils jamais-? Est- il même bien sur que ce résidu d'éléments non développés soit véritablement et uniquement bon ? Décidément une Con-

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