PHILOSOPHIE DES SCIENCES
ALHAIZA (A.). — Synthèse dualiste universelle, cosmogonique, biologique, sociale et morale et culte spirituel iiii-8'^, H. Daragon, v-439 p.).
M. Alhaiza développe, dans ce livre, la conception des deux principes éternels, qu'il avait exposée, en 1892, dans l'ouvrage intitulé Catéchisme dualiste -. Il a. dit-il. revu cette conception « au jour de la science et de la recherche modernes ». et il espère qu'affermie et élargie par les explications qu'il en donne, « elle reviendra bientôt en faveur et s'appuiera, par .a suite, de continuelles preuves expérimentales [Avertissement au lecteur, p. m) ».
La doctrine dualiste, que M. AUiaiza oppose à la fois au théisme traditionnel, au panthéisme et au matérialisme, assigne à l'univers deux causes éternelles : la Matière, composée d'atomes en nombre infini, et un Principe extérieur et supérieur à la matière, qui se manifeste, dans l'évolution cosmique, par l'Intelligence, la Direction et l'Action. — Le volume nouveau consacré à cette doctrine est divisé en six livres : I. La cosmogonie et la physique: II. La vie terrestre; III. Lliomme ; IV. La sociologie ; V. Morale et religion ; YI. Le culte- spirituel. Nous ne pouvons, en une notice telle que celles de VAnnée philosophique, suivre l'auteur à travers ces six livres, quelque intéi'èt
1. Un certain nombre de notices bibliograpiiiques de l'Année philosophique de 1909 sont de la plume de notre collaborateur et ami, M. Lionel Dauriac. Les initiales de son nom se trouvent au bas de chacune de celles dont il a bien voulu se charger.
2. Nous avons rendu compte de cet ouvrage dans VAnnée philosophique de 1892, p. 213.
188 l'anxée philosophique. 1909
qu'ils présentent. Nous nous bornerons à citer le passage suivant du livre premier, oii il explique comment se résout, selon lui. la question du vidp dans la nature :
« 11 semble nécessaire que les atomes soient doués d"nne sorte d'énergie rayonnante qui les rattache entre eux. La dilatabilité et la compressibilité de tous les corps, à tous les états de la nature physique, étant un fait d'expérience sans conteste possible, on ne peut se refuser à tenir compte de cela en preuve de l'élasticité matérielle.
« Des points solides en nombre infini, diversement parsemés, répartis ou constellés en masses inégalement diffuses ou compactes et en continuelle circulation dans notre cosmos en évolution, telle est l'image sous laquelle, avec une action d'énergie élastique reliant entre eux ces innombrables points solides, nous pourrons nous faire une idée de ce qu'est la matière universelle.
« Et alors voilà que se réunissent ici et se concilient sur ce point les deux opinions contraires : celle du vide inter-atomique de la matière et celle du plein de la pure énergie du dynamisme...
« C'est ainsi que la coexistence de l'atome matériel et d'une énergie impondérable met d'accord les partisans du vide et ceux du plein. Matière atomiqtie avec des intervalles : énergie statique et élastique occupant ce vide inter-matériel; et la question me semble résolue (p. 40). »
La doctrine dualiste de M. Alhaiza. — est-il besoin de le dire?
— ne peut résister aux objections philosophiques qui se tirent des contradictions de l'infinitisme. d'une part. et. d'autre part, du caractère subjectif et idéal de l'espace et des qualités primaires des corps. L'auteur veut ignorer ces objections que n'entend pas le sens commun ; ou peut-être les dédaignc-t-il comme étrangères à la science proprement dite. S'il voulait les examiner sérieusement, il pourrait, croyons-nous, se rendre compte (lue le plan et le vide,
— le plein formé par la matière des atomes et le vide de leurs intervalles, (pie remplit, pense-t-il. leur énergie rayonnante. — sont également imaginaires, parce qu'ils sont également étendus; qu'ils ne peuvent être, l'un et l'autre. (]ue la représentation symbolique de la constitution de l'univers, représentation qui dérive et dépend des lois de notre sensibilité : que l'univers est en réalité composé d'unités percevantes et conscientes ou monades, en nombre nécessairement fini, dont l'origine ne peut être attribuée ijai une Conscience suprême.
KINET (.Vlfked). — L'Année psychologique, quinzième année (in-8'% Massoii ; Mi-'t'JOp.).
Ce volume se compose d'un Avant-propos, de Mémoires originaux et d'Analyses bibliographiques.
PILLOX. — REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 189
Dans l'Avant-propos, M. A. Binet présente le bilan de la psychologie de 1908: il signale, en quelques pages, les recherches et les études psychologiques actuelles qui lui paraissent mériter particulièrement laltention : 1° étude du mécanisme de la pensée , 2° recherches de pédagogie expérimentale ; 3° recherches de psychologie pathologique ; 4" recherches de psychologie sociale.
Les Mémoires originaux sont au nombre de neuf : — L'intelligence desimbécilea, par Binet et Simon: — Les insectes ont-ils la mémoire des faits? par Plateau ; — L'analyse des rêves, par Yung ; — Nouvelle théorie psychologique et clinique de la démence, par Binet et Simon ; — Les sensations gustalivcs, par Larguier des Bancels ; — Le mystère de la peinture, par Binet; — La psychologie artistique de Tade Styka, par Binet; — Psychologisme et sociologisme, par Ruyssen ; — Étude sur l'art d'enseigner la parole aux sourds-muets, par Binet et Simon.
Tous ces Mémoires sont fort instructifs; tous se lisent avec plaisir et profit. Ceux qui offrent, selon nous, le plus d'intérêt sont celui de MM. Binet et Simon sur l'intelligence des imbéciles ; celui de M. Binet sur le mystère de la peinture ; celui que M. Ruyssen a consacré à la philosophie religieuse sous ce titre Psychologisme et sociologisme. On remarquera les conclusions que MM. Binet et Simon tirent de leurs observations sur l'intelligence des imbéciles, et d'après lesquelles la psychologie tendrait, par une orientation nouvelle, à devenir « science de l'action » et à prendre « une attitude tout autre pour la pédagogie, pour la morale et pour la philosophie scientifique (p. 146) ».
Dans son Mémoire, M. Ruyssen montre très bien que les deux modes d'explication des phénomènes religieux. — l'explication pyschologique et l'explication sociologique. — ne doivent pas être séparés et que latàche actuelle et pressante de la philosophie religieuse, au contraire, devrait être de les unir. Elle aurait, selon lui, à résoudre les problèmes suivants : « Quelles variations l'initiative individuelle est-elle capable de faire subir aux pratiques, aux représentations, aux sentiments religieux dune collectivité? Et réciproquement : Sous l'action de quelles causes et par quel travail intérieur une conscience religieuse arrive-t-elle à se séparer de la communauté originelle et à vivre de sa vie propre? Questions que l'on pourrait encore poser sous cette forme : Quelles sont les lois de l'imitation et de l'invention en matière religieuse (p. 362) ?» — On ne peut croyons-nous, s'appliquer à l'examen comparatif des deux modes d'explication, psychologique et sociologique, des phénomènes religieux, sans être conduit à subordonner le second au premier. On nous permettra de rappeler ce que nous avons écrit à ce sujet dans V Année philosophique de 1899, p. 257-259.
liOEX-BOREL (J.-H. : ROSNY aîné). — Le pluralisme, essai sur la discontinuité et l'hétérogénéité des phénomènes in-S", F. Alcan, liibliolhèque de philosopiiie contemporaine; 272 p.).
Montrer que des trois conceptions générales dont l'essence des choses a été et p^ut être lobjet. monisme, dualisme, pluralisme, c'est celle-ci que les progrès de lu science rendent de plus en plus vraisemblable : tel est l'objet de ce livre, un des plus remarquables qui aient paru depuis longtemps sur la piiilosophie des sciences. Le romancier bien connu qui l'a écrit y expose ses vues, qui sont très originales, sur la portée philosophique des théories scientifiques contemporaines. Nous ne saurions analyser ici les di.\ chapitres où il discute et critique le monisme et le dualisme. Is'ous nous bornerons à signaler, comme particulièrement dignes d'attention, le chapitre II (Stabilité de l'homogène), le chapitre m {Irréductibilité de l'hétérogène), le chapitre iv (Le continu et le dù<continu], et les chapitres vin et IX [Les limitea de la connaissancey
M. Boe.x-Borel a pris soin de résumer lui-même, dans le chapitre x. qui forme la conclusion de l'ouvrage, les arguments par lesquels il soutient sa thèse pluraliste. Nous citons :
(( Au cours de cette étude, nous avons tenté de faire voir que lunité est insaisissable en dehors de rhomogène. du continu, de la liaison parfaite et invariable des phénomènes. Toute différence donnera une énigme insoluble si Ton suppose l'identité essentielle; on ne saurait concevoir comment ce qui est un se présente sous tant d'apparences diverses...
« La dilférence entraîne le discontinu ; il m'est irni)0ssii)le dimaginer une différence sans voir en même temps apparaître la discontinuité...
<( Tout le thème de l'unité se rattache à la possibilité de ramener le différencié au simple, ou de l'en faire naître. Or. plus nous étudions le fond des choses, plus nous nous coulirmons dans l'idée que c'est là une chimère...
» Partout les analogies se décèlent profondes et innombrables, mais ce ne sont que des analogies, ce ne sont pas des identités...
« La science qui. d'ailleur.s, a toujours fait pratiquement sa part au plurali.^-ine, en rend aujourd'hui le développement i)hilosophi(jue plus commode que par le passé...
« Les travaux des astronomes, des mécaniciens, des physiciens et des chimistes, soumis à des mensurations i|ue personne n'imagine plus pouvoir pousser juscju'à lahsolu, fécondés par des vues où l'on tient invariablement compte du nombre cl de la relativité des éléments, s'adaplernient fort bien à une doctrine on l'on ne considérerait jamais les identités que comme des notions incomplètes imposées par l'arrêt utile de l'approximation...
« Ce fjui fera hésiter beaucoup d'inlelligences, ce n'est pas !,i
difficulté doctrinale, mais c"est que le pluralisme supprime toute espérance d'une connaissance globale de l'univers, même dans des limites vagues (p. 262 et suiv.). »
Nous sommes fort opposé, — autant que peut l'être M. Boex-Borel, — au monisme et au dualisme (esprit et matière), tels qu'il les entend. Mais nous ne croyons pas que la raison puisse et doive s'accommoder du genre de pluralisme auquel il conclut. Il établit, il est vrai, nous semble-t-il, fort clairement que la science proprement dite est obligée de s'arrêter à cette conception empirique et pragmatique; et c'est en quoi son livre est d'un haut intérêt. Mais la philosophie peut aller plus loin : elle peut nous assurer, par la critique même des catégories de la science proprement dite (étendue, mouvement, force) une connaissance vraie de l'ultime réalité : elle nous montre dans la inonadologie le seul pluralisme admissible.
BOHN (D"^ Georges). — La naissance de llntelligence (in-12,
Flammarion; 3'JOp.).
Quand un animal se tourne du côté de la lumière et se meut vers elle, n'en concluons pas nécessairement qu'il l'aperçoit, ni même qu'il la perçoit. 11 peut être privé d'yeux : donc pas d'aperception. Il peut être dénué de système nerveux : donc pas de perception. Alors comment expliquer le phénomène ? On l'expliquera d'une façon purement mécanique et l'on creusera un fossé profond 'entre l'irritabilité, effet d'une action purement extérieure, et la sensibilité, .l'espère ne pas me tromper en constatant que par la substitution du mot tropisme au mot instinct on a peut-être fait avancer la science. L'illustre historien Fustel de Coulanges la faisait avancer, jadis, en ruinant des théories qu'il estimait plus que fragiles sans leur substituer des théories nouvelles. C'est bien un peu ce qui se passe ici. Le mot « instinct » suppose, chez l'animal, toute une vague psychologie à l'œuvre. Le mot « tropisme » équivaut, ce me semble, à une constatation. Les phénomènes de tropisme ont été discernés pour la première fois par un illustre savant américain d'origine allemande. Mais, dans l'opinion du D'' Georges Bohn, Lamarckles a pressentis. Il ne faut donc pas trop se presser de faire naître trop tôt l'intelligence dans la série animale.
D'après notre auteur, « la psychologie comparée » ne serait pas très loin d'être une science imaginaire, issue de tendances anthropomorphiques. Et c'est pourquoi nous devrions de la gratitude aux. savants dont les recherches sont en train de nous en libérer. La vérité est que, sous l'influence de préjugés antirehgieux ou même simplement anticléricaux, nous prodiguons aux animaux les facultés psychiques. Cette surproduction de sentiments fraternels fait honneur à la générosité de l'homme, bien plus qu'à ses facultés dobser-
vation. La vérité est encore que nous observons mal, puisque nous attachons souvent plus d'importance aux raisonnements qui suivront nos constatations qu'à ces constatations mêmes. L'introduction du mot « tropisme » serait donc, à bien des égards, tutélaire, car elle équivaut simplement à la constatation dun mouvement dans une direction donnée sous linfluence d'un agent extérieur donné, et bref d'un phénomène physique, nullement biologique.
Je ne suis pas sur que le titre du présent livre ait été bien choisi. J'y ai trouvé tout le contraire de ce que me promettait ce titre. Ce n'est là, d'ailleurs, qu'un inconvénient médiocre. Le livre est d'ailleurs d'une rédaction agréable, aisée, d'une ordonnance un peu capricieuse, mais les idées principales y sont présentées de telle sorte que le lecteur ne saurait leur échapper. M. le D'' Georges Bohn, qui est un convaincu, doit être un professeur sachant se faire écouter et comprendre. Nous le félicitons de ce double talent. L. D.
■ BREUCQ (D'). — Le plaisir et la douleur : théorie physiologique (broch. in-b*^, IJayonne, imiuiincric Lauiaigiiières ; bl p.).
Dans cette brochure. M. le docteur Breucc} expose ses vues sur le plaisir et la douleur envisagés au point de vue physiologique. Il nous apprend : (Jue « le plaisir, quoi quen pense le vulgaire, n'est pas le contraire de la douleur » ; que << tous deux sont d'essence énergétique et diffèrent, par le sens, positif dans le plaisir, négatif dans la douleur, de la tension de cette énergie » ; que « ni Tun ni l'autre ne possèdent de conducteurs ni de centres spéciaux (p. 7) » ;
Que « les émotions-chocs ou émotions grossières, agréables ou pénibles, ne diffèrent guère des sensations de plaisir et de douleur que par la brusquerie habituelle de l'excitation » et « qu'il n'existe aucune différence essentielle entre ces émotions grossières et les émotions délicates ou émotions-sentiments (p. 10) » ;
Oue «la différence établie entre plaisirs moraux et plaisirs physiques, entre douleurs morales et douleurs physiques, est la consé- (juence d'une pure illusion (p. 3!) » ;
Que « le plaisir et la douleur sont seulement des épiphénomènes' et ne peuvent causer aucun mode d'activité », et que « ce qui existe réellement quand no<is éprouvons un plaisir ou une douleur, ce sont certaines opérations ])hysico-chimiques (|ui s'effectuent dans les cellules nerveuses et sont accompagnées d'un état de conscience, simple image ti-ès imparfaite de ces op(''ralions (p. 35) ».
.Nous ne ferons sur cette théorie du plaisir et de la douieui' (|u"une brève remarque. Le savant positif, le physiologiste est naturellement conduit par j'id/r c|iril se fait des sciences d'observation externe et de leur valeur représentative à rapporter le psychique au physique, comme l'effet à la cause, et. par suite, à voir dans les sentiments de plaisir et de douleur des phénomènes secondaires, des épipliénu-
l'ILLOiN.
mènes produits par les opérations pliysico-cUiriiiques qui s'effectuent dans les cellules nerveuses. Mais la critique idéaliste de la matière, du mouvement et de la force ne permet pas de s'en tenir à cette idée qui fait aisément méconnaître, si grandes qu'elles soient, les différences existant entre des phénomènes psychiques que l'on croit pouvoir attribuer aux mêmes causes physiques. N'est-ce pas, d'ailleurs, s'exprimer en termes absolument inexacts et, au point de vue psychologique, vraiment absurdes, de dire, comme notre auteur, que la conscience, c'est « l'énei'gie qui se reconnaît elle-même », que l'état de conscience désigné parle mot plaisir on parle mot douletir, c'est « la simple image très imparfaite d'opérations physicochimiques »? (Voyez l'Année philosophiqitc de {S9^, p. 218.)
EBBIN(;iIAUS (Hermann). — Précis de psychologie, traduit de l'allemand par G. Raphaël (in-S*^'. F. Alcan, Bibliothèque de philosophie contemporaine ; 3! 6 p.).
Nous avions besoin en France d'au précis de psychologie au courant. Ni M. Pierre Janet ni M. Georges Dumas n'ont songé à remplir cette lacune : il se peut d'ailleurs que le temps leur fasse défaut, que leur nature d'esprit ^es en détourne. C'est regrettable. Hien plus que le « manuel » ne porte l'empreinte des qualités d'esprit générales de l'auteur. Et j'insiste sur le caractère- général de ces qualités, donnant à entendre qu'elles résultent le plus souvent, chez qui les possède, du pays dont il est et du genre d'intelligence qui lui est propre. On a beau, par le temps qui court, se défier de la notion de race, on me persuadera diilicilement qu'il n'y ait pas une intelligence latine, une intelligence anglo-saxonne, une intelligence germanique. Ne soyons pas dupes de ces mots ; mais craignons également d'être dupes au cas où nous renoncerions de gaieté de cœur à l'usage de ces termes et des idées correspondantes. Tant y a que le précis de M. Ebbinghaus vient fort à son heure remplir, chez nous, une assez grave lacune.
Ce précis- est de date récente. Il est complet. Il est au courant. Les acquisitions nouvelles y sont soigneusement mises à part. Le mouvement de la science se laisse entrevoir à travers ces courts chapitres : oui, courts puisqu'il n'y est question do rien de moins que de notre àme et de son devenir.
Ajouterai-Je que ce livre se recommande par une qualité rare, très rare en notre pays surtout où l'état de guerre règne entre leS savants : je parle des savants jeunes adonnés à une science jeune, telle par exemple que la psychologie expérimentale. M. Ebbinghaus n'a dirigé son précis contre personne et s'est épargné la peine inutile de tuer les morts. Il se tient à égale distance du vieux matérialisme et du vieux spiritualisme et il ne leur dit pas d'injures. N'en concluons pas qu'il adopte une position intermédiaire. Rien de
l'ii.i.o.N. — Anni''0 philos. lOO'.i. 13
lli I.ANNKE PHILOSOPHIQUE, l 'JOO
pareil. M. EbbiniihaUb con<;oit lame à limage du corps : il la delinil un organisme ou plutôt un système. Renouvier ne la délinissait pas ainsi, mais il la cuncevait d'une manière sensiMi-nient analogue.
Il n'y a pas à choisir dans cet excrlleut livre d'un maître très érninent. Tout est à lire et à retenir. Je veux pourt'ant attirer Tatlentioa sur Vaperçu de l'hisloire de la psijcliologie qui l'ornu' le premier chapitre du livre et où les grandes époques dt; la psychologie sont discernées avec assez de relief pour se fixer presque aussitôt dans la mémoire. L- D-
HEMM.VM (P.) et WAEI.K (.\. Van de). — Les principales théories de )a logique contemporaine (in-8'-, F. .\lcan, Bibliothèque de phihisopiiie cunlenipoiaiiie : 302 p.).
Le travail d'exposition était considérable. Il nous paraît susceptible de faciliter les recherches, bien que la nécessité d"ètre bref ait causé parfois de regrettables obscurités. Jai peine à me faire unejusle idée du caractère prédominant de la logique de Wundt. et. si j'entrevois eu quoi son « réalisme naif » consiste, je saisis mal l'originalité de sa syllogislique. et je ne vois point du tout ce qu'il y a d'original à prétendre que. dans le syllogisme, « Télément essentiel n'est pas la conclusion, mais en réalité les prémisses ». Aristote n'eût point laissé dire cela sans demander explication. Après explication, il se serait vraisemblablement apen-u que lui-même, au fond, n'avait pas dit autre chose. — Sensiblement meilleur est l'exposé du pragmatisme, encore qu'il y ait des imperfections qu'une méthode d'e.xposer plus sévère, plus organique et peut-être plus historique aurait fait disparaître. Le pragmatisme, en tant que docirine, est né d'hier, ijon histoire peut s'écrire sans trop de frais de recherche. Elle est instructive. Et si les auteurs du présent ouvrage on avaient essayé une esquisse, ils n'auraient point passé sous silence les pragmatistes italiens. Il est certes dans l'histoire de plus grands noms que ceux de Calderoiii et dit (iiovanni Papini. à la sagacité de qui, naguère, William James rendait hommage; mais, ou jt> me fais une étrange illusion, ou l'omission do ces deux noms, et d'autres encore, dans uniétude sur le pragmatisme est une omission à réparer.
Les chapitres consacrés à l'école française nous semblent laisser beaucoup à désirer. Les noms propres se succèdent l<op rapidement et les o|tinions éparses de Fouillée. HtMiouvicr. I)flb(i'uf ne nous renseignent p.is avec assez de précision sur la nature des doctrines t'I l'esprit général dont ces doctrines sont animées. Nous remercions les auteurs de nous avoir fait une place dans le groupe des logiciens français Contemporains. En nous la refusant, toutefois, ils n'auraient guère, à notre avis du moins, [)éché par omission : non qu'il ne nous soit arrivé de touche)- au problème <le la çi'rlitude, mais nou.l'avons fait en psychologue, oroyoïia-nous. et nous avons laissé les
PILLOX. REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 195
questions de logique proprement dite hors de notre champ d'études. Est-il sûr que, dans Croyance et Réalité, nous ayons montré en laveur du principe d'identité Tinlransigeance que l'on nous prête (p. 206)? rSous avons, si notre mémoire ne nous trompe, considéré les jugement vrais comme les « asymptotes du principe de contradiction ». Je ne défends point la formule, mais elle me paraît vouloir dire tout autre chose que ce que l'on nous fait dire.
En résumé, cet ouvrage dont la mise en train exigeait une vaste lecture et un grand effort d'esprit nous parait en être resté à la période de mise en train. Les critiques de détail y sont noyées dans l'exposition. L'exposition à son tour y est trop souvent rapsodique. L'ouvrage est à consulter. Je doute fort qu'il dispense de recourir aux sources. Inutile d'ajouter que la dillicullé du sujet était grande et que, l'Académie des Sciences Morales et Politiques a fait preuve de justice en récompensant deux robustes chercheurs dont on peut dire que, s'ils n'ont pas répondu à tout ce que nous eussions souhaité apprendre d'eux ou par eux, ils nous ont. quand même, appris beaucoup de choses. L. D.
.lAMES (William). — Précis de psychologie, traduit par E. Baudin et G. Bertier {in-8°, Marcel Rivière ; \xxvi-631p. ).
Il faut remercier et féliciter MM. E. Baudin et G. Bertier d'avoir traduit ce livre de l'éminent psychologue américain, et souhaiter qu'il prenne dans les bibliothèques de nos étudiants en philosophie et de leurs professeurs la place à laquelle lui donne droit le haut intérêt qu'il présente àdivers points de vue. Dans ce Précis de psychologie, dont la première édition anglaise a paru en 1890, M. W. James a résumé sou ouvrage plus étendu, .édité en 1892, les Principes de psychologie, pour « lui donner la forme d'un livre à mettre entre les mains des élèves (p. xxxiii) ».
La traduction française, qui nous parait excellente, est précédée dune Introdaclion, où M. E. Baudin, professeur de philosophie au Collège Stanislas, montre très bien ce qui caractérise la méthode appliquée par M. James à la science de l'esprit, ce qui fait l'originalité de cette méthode, en la distinguant de celles qui avaient été suivies jusqu'alors : de celle de la psycho-physiologie, qui « défend de chercher les faits de conscience hors des faits nerveux » ; et de celle de la psychologie analytique, qui prescrit de « déterminer d'abord des atomes psychiques ou idées simples pour en composer ensuite sjnthétiquement toute la diversité de nos états complexes (p. v) ...
M. Baudin remarque que l'introspection dont M. James fait son premier instrument pour pénétrer dans la conscience individuelle n'est pas celle que « la gaucherie des Eclectiques déconsidéra », ni « cette pseudo-introspection qui entre précipitamment dans laçons-
dOfi l'année philosophique. 1909
cience pour y découvrir une Ame et des facultés, et «jui en ressort tout aussitôt avec ces trophées métaphysiques (p. vu) ». L'introspection, telle qu'il Tentend et l'applique, lui fait considérer comme (( la première donnée immédiate de la conscience celle d"un flu.x, d'une continuité vivante, d'un dynamisme », ce qui ne permet pas de ramener la psychologie « au type des sciences physiques », de la concevoir comme « une physique ou une chimie mentale (p. ix) ». Donc, selon M. .îames. les éléments de l'esprit ne sauraient être, « au regard d'une science objective, que des abstractions, abstractions plus ou moins postérieures et artificielles, étant nécessairement dues à l'artifice, à la fois pratique et scientifique, qui consiste à morceler en segments discontinus ce qui n'est en soi que continuité vivante (p. x) ».
On ne saurait mieux saisir ni mieux faire comprendre l'importance qu'il faut accorder, dans l'ouvrage, au chapitre xi intitulé Le Courant de la conscience. Ce chapitre rapproche la psychologie de M. W. James de celle de M. liergson. Il est inutile de dire que nous aurions des réserves à faire sur cette idée-image d'une continuité qui serait un caractère essentiel de la conscience, et qui réduiiait à des abstractions formées par une sorte de morcelage les éléments psychiques que les premières analyses du sens commun y ont distingués.
Outre ce chapitre xi, nous devons signaler, comme appelant l'attention particulière du lecteur, le chapitre xvi sur Vassociation. le chapitre xxiv sur Vémotion, le chapitre xxvi sur la volonté, et VEpi- /o^we qui a pour titre Psychologie et Philosophie. Dans le chapitre xxiv. M. James expose et s'applique à justifier sa théorie bien connue de l'origine des émotions. Nous avons eu plus d'une fois l'occasion df parler de cette théorie dans les précédents volumes de V Année philosophique. Nous l'avons examinée, notamment, dans V Année philo.'iophique de tOOG, p. '.>0-96. en indiiiuant les objections qu'elle nous paraît soulever.
Dans le clinpitre xxvi et dans VEpiln(/uc. rauleui- renvoie à la iniHaphysique le problème du libre arbitre. .Sur ce problème, dit-il. il y a conflit entre les prétentions de la morale qui postule et aflirmc la liberté et celles de la psychologie « qui revendique le déterminisme à titre de science ». Qui peut et doit juger ce conllit ^ La métaphysique. " La métaphysique est le foiuni où toutes les sciences sont admises à faire valoir leurs reven<lications (p. OL'V). »
Oui, c'est à la métaphysique, dirons-nous, qu'il appartient de décider la question du libre arbitre ; et elle la décide en faveur de la morale, en laveur d«" l'imiiéralif cati'-gorique, ronlte les [trélcntions de la psychologie aussi bii-n (juc contre celles des sciences pliysi(]ues. en <q)po.sant le principe du nombre, la logique finitisle. au déterminisme universel des phénomènes.
PILLON. — REVUK BIBLIOGRAPHIQUE 197
LECHALAS (Georges), — Étude sur l'espace et le temps, deuxième édition, revue et augmentée (ia-8'\ F. Alcan, Uibliolhcque de philosophie contemporaine; ii-327 p.).
La première édition de cet ouvrage a paru en 1891). Elle formait un volume in-12, dont nous avons rendu compte dans l'Année philosophique de 1895 (p. 220-223). La nouvelle édition, comme le marque assez le changement de format, n'est pas une simple réimpression, plus ou moins revue. L'auteur a fait à son premier travail de très importantes additions qu'il indique lui-même dans une courte Préface :
« L'étude de l'espace géométrique s'est notablement étendue, comportant aujourd'hui 130 pages, alors que précédemment 64 seulement lui étaient consacrées. C'est qu'en eflet les bases logiques de la géométrie ont fait l'objet de travaux dont il était indispensable de tenir compte : cela nous a amené à consacrer deux chapitres distincts aux géométries non métriques et à la géométrie métrique ; nous avons d'ailleurs donné un peu plus d'extension aux considérations historiques et n'avons pu éviter de faire place aux polémiques auxquelles a donné lieu notre manière d'envisager la géométrie générale. Quant à la portée philosophique de celle-ci, elle a fait l'objet de trop de discussions récentes pour qu'il nous fût possible de ne pas en reprendre l'examen.
« La mécanique a motivé de moindres modifications; toutefois nous ne saurions passer sous silence les précieuses études de M. Duhem auxquelles nous avons emprunté des indications d'ordre historique sur le choix des repères auxquels on rapporte les mouvements observés...
« Nous avons revu, en tenant compte de discussions récentes, le problème de la géométrie de notre univers, et nous avons discuté les objections de M. Poincaré contre le principe de tout essai de détermination de cette géométrie.
« A l'occasion enfin de la critique de l'infini et du continu, nous avons introduit dans notre discussion des considérations fondées sur la théorie des ensembles infinis de Georges Gantor; nous espérons qu'on y verra comment on peut accepter pleinement cette théorie sans rien abandonner de la critique de l'infini numérique et de l'infini quantitatif réalisés. »
MAUGÉ (Francis). — Le rationalisme comme hypothèse méthodologique (in 8" Félix Alcan; xii-011 p.).
Nous avons rendu compte de ce livre dans la Revue philosophipue (livraison d'octobre 1909). Nous y avons loué les qualités d'esprit dont l'auteur y fait preuve. 11 est métaphysicien par tempérament, sinon par goût. Les exigences croissantes de l'esprit, scientifique ne
198 LANXÉE PHILOSOPHIQUE. 1^09
sont d'ailleurs nullement incompatibles avec le rationalisme. Peutêtre s'en apercevra-t-on un Jour et que le vieil antagonisme entre les amis de l'expérience et les partisans de la raison repose, en fin de compte, sur un malentendu.
Pour rendre le monde intelligible. M .Maugé estime qu'il faut y ramener l'inconnu au connu, autrement dit tâcher de l'expliquer par un petit nombre de principes ou d'éléments irréductibles : Tatome de la chimie moderne sera Tun de ces éléments. De i)lus il conviendra de ramener les propriétés de l'atome à un type unique, si c'est possible. La gravitation fournira ce type. Les combinaisons multiples des atomes d'une part, de l'autre, les variétés de la gravitation, il n'en faut pas plus pour que le monde soit,
Le monde physique? jteut-être. Mais le monde des êtres vivants? Mais le vaste groupe des phénomènes psychologiques et sociologiques '?
Ici encore, la réduction est possible. Admettons que le phénomène élémentaire soit « la tendance » : n'y retrouverons-nous point la gravitation ?
Telles sont les idées de l'auteur. Ce qui e.-^l plus intéressant que ses idées, c'est la manière dont il les dirige et la suite de manœuvres qu'il leur fait exécuter. M. Maugé est un excellent amateur de philosophie, dans le meilleur sens de l'expression. !.. I).
M1É\ ILLE JllKNMi). — Science et Philosophie. De quelques caractères de la recherche philosophique biucli. iu-S", Lausanne, im- [II inierie (I. IJridel ; 30 p.).
Celte brochure comprend deux études philosophiques. Dans la première, l'auteur montre que l'esprit humain ne peut borner sa recherche au domaine des sciences positives. « En l'ail, dit-il. nous allons constamment au delà de la science et nous prenons position dans des questions métaphysiques et morales. Nul n'é-cliappe à celte nécessité. Sans doute, on afl'ecte souvent de tenir la nu-taphysique en grande suspicion, mais ne vaul-il pas mieux être un métaphysicien conscient (ju'un métaphysicien inconscient (p. 17) ? »
Dans la seconde étude. M. 11. .Miéville examine le problème soulevé par les variations et les contradictions de la philosophie. 11 n'admet pas (jue cette diversité des doctrines doive inspirer des conclusions sceptiques. Il l'explique par la marche de la pensée humaine, parles condilionsauxquellesest soumis sondéveloppemerii :
<' On voit se préciser l«;s problèmes philosophiques à mesure (jue se succèd(Mit les essais de solution. Lois(iu'nn principe nouveau surgit, formulé par quelque génie crt'-ateur, il s enipare souv(miI tle toute une série d'esprits (jui en expriment peu à peu tout le contenu el en déduisent toutes les conséquences, .\insi naissent les écoles philosophiques (p. H'W »
l'ILLU.X. — HEVKE mULIOGUAl'IlIQLE 199
C'est lentement el laborieusement que la philosophie doit conquérir sou objet et sa méthode. Sa marche n'est pas rectiligne et si Ion voulait la représenter graphiquement, c'est peut-être la spirale qu'il faudrait choisir. Souvent les mêmes théories sont reprises, mais enrichies et a^iprofondies, la pensée serre son objet de plus près. Ici, comme ailleurs, un moment implique le moment précédent, les etTorts du passé soutiennent les efforts du présent et les constructions anciennes fournissent d'abondants matériaux aux édifices nouveaux (p. 27;. ->
La question, selon nous capitale, du progrès de la philosophie est, comme on le voit, abordée dans cette brochure. M. H. Miéville a exposé sur cette question, dont il a bien vu l'importance, quelques vues qui ne manquent pas d'intérêt. Pour la traiter complètement, il faudrait, croyons-nous, examiner : 1'^ en quoi précisément le progrès de la philosophie diffère de celui de la science proprement dite, et pourquoi il semble contestable, tandis que celui de la science ne peut être et n'est mis en doute par personne : 2° quels obstacles opposent au progrès de la philosophie les quatre espèces d'idoles distinguées par Bacon; 3*^ comment, par quelle orientation de l'esprit, par quelles démarches de la pensée, ce progrès, qui consiste en découvertes de vérités et en rectifications d'erreurs, a pu et peut être réalisé et assuré, malgré ces obstacles.
NAVILLE (Erxest). — Les systèmes de philosophie ou les philosophies affirmatives (in-8'^, F. Alcan, Bibliothèque de philosophie contemporaine : 400 p.).
L'objet de la philosophie, selon Ernest ^'avilie, est « la détermination d'un principe premier qui fournisse, dans la mesure du possiblel'intelligence de l'iinivers (p. 5) ». Il appelle négatives les doctrines qui « refusent àla pensée humaine le pouvoir d'atteindre un principe premier, ou du moins de l'atteindre par des procédés rationnels (p. 0) ». Les doctrines affirmatives, auxquelles il réserve le nom de systèmes, sont celles qui croient déterminable et prétendent déterminer parla raison le principe premier des choses. 11 croit pouvoir réduire à trois les existences diverses dont les rapports constituent les phé^îomènes que nous pouvons observer : la matière, la vie, l esprit. D'après cette analyse, il tient qu'il n'existe et ne peut exister que trois philosophies affirmatives vraiment distinctes : le matérialisme, l'idéalisme et le spiritualisme. Le matérialisme affirme que « le principe universel est la matièi'e, ce qui réduit la philosophie a la mécanique ». L'idéalisme affirme que « le principe universel est dans l'ordre des idées », ce qui n'est « intelligible qu'ea donnant à l'univers le caractère de la vie simple ». Le spiritualisme affirme que « le principe de l'univers est un Esprit éternel (p. 64) ».
Nous n'admettons pas, — est-il besoin de le dire ? — que l'on doive
200 t/ANNKE PHILOSOPHIQUE. 1909
distinguer dans l'univers trois éléments ultimes ; matière, vie, esprit. L'analyse qui s'arrête là est superlîcielle ; elle peut aller plus loin et réduire les deux premiers au troisième ; elle peut nous assurer que le fond de toute réalité est lespritjà des degrés divers de conscience. Nous n'avons donc aucune peine à repousser, comme le philosophe suisse, le matérialisme et l'idéalisme au sens qu'il donne à ce dernier mot : le matérialisme, parce que nous refusons à la matière l'existence qu'il lui accorde; l'idéalisme, parce que nous ne saurions pas plus que lui, concevoir que les idées puissent être séparées de tout esprit, de tout sujet conscient, et que l'on puisse leur attribuer une existence objective. Nous n'avons aucune peine à affirmer, nous aussi, qu'une Conscience suprême est le principe de toutes clioses, c'est-à-dire de toutes les consciences dont le monde est composé. Et cette affirmation nous est facile précisément parce que l'idéalisme iiéo-criticiste et néo-monadiste ne nous permet pas d'admettre la la réalité objective de la matière, de l'espace, du mouvement et de la force entendue au sens physique. Il est inutile de faire remarquer que le mot idéalisme n'a pas ])our nous le même sens que ]iour Ernest Naville. Parles épitliètes (jue nous sommes obligé de joindre à ce terme pour en ôter toute équivoque, il est à peu près synonyme de spiritualisme universel. Il est clair, d'ailleurs, que ce spiritualisme univeri^alisé et approfondi par la critique du continu est assez différent du spiritualisme classique et traditionnel que défend l'auteur des Philosop/iies af/irmatives ^
OSTWALD (W.). —^L'énergie, tra.l. d.' rallnuaud par E. Pkilippi '(in-i2, F. Alcan; .\-235 p.).
M. W. Ostwald tient que la notion d'énergie peut et doit être substituée à celle de matière ; qu'elle s'applique à tous les piiénomènes de la nature; quelle mène à une conception générale o qui englobe et par là unit les deu.x conceptions de corps et d'esprit »: (|u'elle permet ainsi de soitir de toutes les difficultés tjue présentent les deux doctrines traditionnelles, constamment opposées l'une à l'autre depuis Platon : le matérialisme et le spiritualisjne- Il définit à sa manière ces deux doctrines, en montrant qu'elles sont, l'une ol l'atitre, i nsoutenables :
« D apiès la première de ces doctrines, il n'y a pas de différence essentielle entre le corps et l'esprit, attendu que l'esprit n'est qu'un ])roduitdu corps. D'après la seconde, au contraire, le monde n'existe <pie dans la conscience de « liaipic imlividii; il fst. par suite, un
1. Voyez lus iinlicis consacrées à ileu\ ouvrages pri'cédcnts du mcmc auteur : dans V Année philosopUique do 18'J4, p. 2d!). à celui qui eslintilulc : Ld (téfinilion de la philosophie ; dans Y Année philosopliique de 18'J9, p. 199-201, a celui (pii il pour litre ù : Les philosophies négatives.
PILLON. REVUE BIBLIOORAPHIQUE 201
produit de son esprit, et Texistence indépendante du monde matériel n'est qu'une illusion...
« Le matérialisme est incapable de répondre à la question de savoir comment le corps peut arriver à produire l'esprit, qui diffère totalement de lui, et le spiritualisme est impuissant à réfuter celle objection, que, par cela seul que le monde ne se conforme pas à notre volonté, mais suit, bien souvent à notre dommage, ses propres voies, il ne saurait être une création de notre esprit.
« Toutes ces ditlicultés, l'énergétique permet d'en sortir d'une façon, à mon avis, toute naturelle, grâce au fait qu'elle a ruiné et rendu superflue la conception de matière. Comme la matière a été reconnue être un complexus d'énergies diverses, mais un complexus incomplet, puisque des énergies connues, telles que l'électricité et la chaleur, n'y rentrent pas, un des deux termes contrastés : esprit, matière, disparaît. Autrement dit, on na plus à se préoccuper de découvrir comment l'esprit et la matière peuvent agir l'un sur l'autre : la question que l'on a à résoudre est celle de savoir dans quelle relation la notion d'énergie, qui est beaucoup plus large que celle de matière, se trouve avec la notion d'esprit...
« .le crois pouvoir présenter les choses ainsi. Les phénomènes psychologiques peuvent être conçus comme des phénomènes énergétiques et interprétés comme tels aussi bien que tous les autres phénomènes (p. 199). »
Plus loin, l'auteur indique comment la conscience doit, selon lui. être interprétée en termes d'énergétique :
« La conscience doit être regardée comme un mouvement extrêmement compliqué de l'énergie nerveuse, mouvement s'effectuant et provoquant des réactions dans les faisceaux internes du cerveau, où une excitation ébranle mille conducteurs, et où toutes ces réactions se déterminent en un complexus général constituant le contenu actuel de la conscience, tout comme les énergies d'espace s'unissent à l'énergie chimique pour former le complexus qui constitue le corps (p. 216). »
Nous nous bornerons à quelques brèves remarques sur les passages <iue Ion vient de lire : — 1° La doctrine que M. Ostwald définit sous le nom de spiritualisme est l'idéalisme égoïste ou solipsiste : la critique qu'il en fait ne peut atteindre l'idéalisme objectif ou monadiste qui compose le monde d'unités percevantes ou conscientes à divers degrés; — 2° La doctrine que M. Oslwald fonde sur l'énergétique psychologique n'est qu'une espèce nouvelle, raffinée et savante, de matérialisme; — 3« Par la définition et l'explication qu'elle donne de la conscience, cette doctrine où la science proprement dite prétend unir, grâce au concept d'énergie, les deux notions de corps et d'esprit, est radicalement opposée à celle qui, s'appuyant sur la critique idéaliste et finitiste de l'étendue et du mouvement, considère l'esprit, la conscience, comme l'ultime et universelle réalité, — à celle
202 l'aNJMÎE PHILOS01'HI(.)l"K. ]9ll!l
qui, seule, mérite, à proprement parler, le nom de spiritualisme et qui est, à nos yeux, la vraie philoso[iliie.
l'AI.A.XTE ((;.)• — La sensibilité individualiste (in 12, F. Alcan. Bibliothèque de pliilosopliio conLcmpuraine ; 140 p.),
M. Palanle me plaît beaucoup quand il cause : beaucoup plus qu'aux moments où il enseigne. Son Précis de Sociologie m'avait déçu, tout en mintéressant; mais, dans un livre, on aime à recevoir ce que promet son litre... Ici l'on reçoit ce (|ue l'on attend, et l'on n'a pas à se plaindre, car on est en présence d'un psychologue aimable, de bonne humour, nullement pédant, très avisé et très socratique en sa jnétliode. Voilà qui va étonner M. Palante d'être pris pour un socratisant ! C'est pourtant vrai si Ton sait entendre comme il laut l'ironie socratique. J'aimerais qu'on se souvînt de ce que le mot veut dire et que, chez les Grecs, « ironie » signiliait « interrogation ». Donc Socrate interrogeait ses semblables. Et il faisait exprès. C'était son moyen à lui de savoir. I^t il n'en avait point d'autres. Supposez qu'on veuille savoir, de nos jours, ce que c'est qu'un homme de VActioa française. On commencera par se rappeler que iM. Maurice Pujo en est, et même qu'il a de singulières façons d'afipliquer ses idées sur le « règne de la grâce ». On se souviendra que M.M. i'ierre Lasserre, Louis Dimier, Vaugeois, en sont aussi. On fera la psychologie de chacun de ces jeunes écrivains et l'on en dégagera une définition commune.
Telle est, je le ré[tète. la méthode de M. Palante. il veut délinir la « sensibilité individualiste », et il s'enquiert des états d'àme liabituels à nos individualistes d'aujourd'hui, à ceux qui ont la renommée de l'être et qui ne léclament pas contre cette renommée, Stendhal, iiar exemple, ailleurs Nietzsche, ailleurs Max Stirner. La méthode peut avoir l'inconvénient d'absorber les caractères généraux dans les différences individuelles, difléicnces irréductibles, au moins éventuellement. C'est pourlant la seule qui nous mette en contact avec les réalités à délinir.
Le résultat est d'ailleui-s plus que satisfaisant. Il est en lout cas iiistiu(;tif. La sensibilité' individualiste se rencontre chez ceux que fra[)pent surtout les tlilTéiences individuelles, ipii aiment les oiiginaux, qui recherchent l'originalité, qui. volontiers, se singularisent, « pour n'être pas comme les autres » Ce désir d'être seul de son bor<l pcnl se rencontrer chez pas mal d'imbéciles. Alors il fait naître des ridicules. Chez les autres il peut entretenir co (pion est convenu d'a|>peler « un mauvais caractère ». L'individualisie aime à railler les autres, beaucoup p.ii ililettantisme, beaucouj) en vue de piéveniiuni; offensive iniminenle L individualiste aura de l'humour. Ce n'est pas tout. Il sera immoraliste. .N'oubliez pas le suflixe istc, sans (juoi vous feriez dire à M. Palanlo ce que .M. Palante n'a nullement voulu
dire. ■>■ Iramoraliste » et « immoral », cela fait deux. Limmoralisle est un immoral pour les autres, toujours prêt à ne voir dans un cas donné que ce qui le « particularise » et par là-même le justifie. C'est donc, à l'occasion, un amateur de paradoxes. Ce n'est pas un insociable, mais c'est un iasocial. Je vous assure que ce mot vient d'être mis à la mode. Donc l'individualiste n'a point, affecte de ne point avoir le sentiment de la solidarité.
Et pourtant, cet insocial fera souvent le meilleur des amis. Excellent le cha.])ili-e Amitié et Socialité. Et comme il est vrai que le meilleur des amis n'est pas Philinte, mais Alceste ! — Je me garde d'analyser un livre qui €St moins un livre qu'un recueil de notations à la rencontre, mais distribuées en fort bon ordre et commentées par quelqu'un qui n'a pas vécu sans se regarder vivre et regarder vivre autour de soi. L. D.
PIÉUON (Henr[.). — L'évolution delà mémoire (in-12, Flammarion;
Cette étude est faite avec soin, j'entends qu'elle est faite avec méthode, appuyée sur un grand nombre de faits, que l'auteur, après les avoir enregistrés, commente et interprète. Une étude sur l'évolution d'une fonction mentale ne doit pas seulement « remonter au déluge », ni même à la création, mais le plus loin possible dans lavant-être. Ou l'évolution n'est pas, ou tout ce qui évolue, avant d'exister, se préexiste. La mémoire est précédée par tout un groupe de phénomènes dont l'absence la rendrait impossible ou inexplicable. Bref il doit y avoir « une mémoire élémentaire » jusque dans les phénomènes inorganiques. Aussi bien l'action du passé doit-elle être un fait universel, et nous n'avons pas de caractère absolu de différenciation par rapport au monde inorganique (p. 12). M. Piéron reconnaît à la mémoire une base physico-chimique, et par suite, rejette la théorie de Bergson en vertu de laquelle la présence de la mémoire atteste une activité dont ne rendraient pas compte les mouvements ou les vibrations de la matière cérébrale. Ceci posé, l'auteur étudie les « rythmes végétaux » et les rythmes animaux (p. 48-96.) Les phénomènes rythmiques répondent-ils à une acquisition individuelle ou à une influence héréditaire? Il semble, d'après M. Piéron, que l'intervention d'une persistance héréditaire soit loin d'être la règle. Pour être fixé sur ce point, il faudrait pouvoir recourir à des moyens d'investigation plus sûrs : par exemple soumettre un animal à des excitations répétées et constater dans quelle mesure et avec quelle vitesse il s'y adapte. Assurément ce genre de recherches n'a pas encore atteint le degré de perfection souhaitable, mais il est perfectible et l'on peut augurer beaucoup de l'avenir. Inutile de faire remarquer au lecteur que cette méthode ohjpctive n'est autre qu'une méthode pour l'observation des
faits d'habitude, depuis longtemps rattachés aux faits de mémoire. Nous ne pouvons suivre M. II. Piérou jusqu'au terme de son travail. Nous jugions intéressant, par-dessus tout, de montrer dans quel esprit le livre est conçu et quel est le caractère général des méthodes appliquées. Ces méthodes ne seront peut-être point du goût de tous les philosophes. Il est impossible toutefois de les déclarer vaines, puisque, en fait, elles aboutissent. D'autre part, il ne semble point que nous ayons affaire à un esprit impatient, avide de conclure, plus avide encore de démolir. Au surplus, lisons dabord et, quand nous aurons lu. nous nous trouverons riches d'un savoir qui nous faisait absolument défaut. C'en est assez, j'imagine, pour féliciter l'auteur de ce qu'il vient nous apprendre, et que, pour nous en instruire, il a pris la peine d'apprendre longuement. L. D.
POINCAUE (H.) — Science et méthode in-12. E. Flammarion ;
Ce volume, où .M. 11. Poincaré a réuni diverses éludes qui se ra|)portent plus ou moins directement à des questions de méthodologie scientifique, comprend quatre livres : I. Le savant et la science; il. Le raisonnement mathématique; ill. La mécanique nouvelle: \\ . Lascience astronomique .
Les deux premiers livres nous paraissent du jilus liaul intérêt au point de vue philosophique. Nous devons signaler, comme particulièrement dignes d'attention : dans le livre premier, le chapitre iv (Le hasard); dans le livre II, le chapitre premier (La relativité de l'espace), le chapitre m [Les mathématiques et la logique), le chapitre iv [Les logiques nouvelles), et le chapitre v {Les derniers efforts des logisticiens) .
Les trois derniers chapitres du livre II contiennent une critique remarquable des efforts qui ont été faits récemment pur certains mathématiciens pour trancher le débat pendant .Mitre Leibniz et Kanten faveur du premier, c'est-à-dire ])0ur montrer qu'il n'y a pas de jugement synthétique a priori, que les mathématiques sont entièrement réductibles à la logique et (juc l'intuition n'y joue aucun rôlt-. .M. II. Poincaré explique pourquoi ci's efforts ne peuvent atteindra le but, on quoi lui paraît consister l'erreur qui vicie les raisonnenients des mathématiciens qu'il combat. Cette erreur inhérente à la logistique consiste à admettre l'existence de linlini actuel. Les logisliciens, remarque-t-il. ont oublié qu'il n'y a pas d'inlini actuel: c'est pourquoi ils n'évitent pas la contradiction.
« Une démonstration vraiment fondée sUr les principes de la logi»iue analytique se composera d'une suite de propositions : les unes qui serviront de prémisses, seront des identités ou des définitions; les autres se déduiront des premières de proche en proche; mais bien que lo lion ontro ihnquo ftropositinn ot la suivante s'aper-
l'ILLOX. — REVCE UIliLIOGRAPHlQUE 205
çoive immédiatement, on ne verra pas du premier coup comment on a pu passer de la première à la dernière, que Ton pourra être tenté de regarder comme une vérité nouvelle. Mais si l'on remplace successivement les diverses expressions qui y figurent par leur définition et si l'on poursuit cette opération aussi loin qu'on le peut, il ne restera plus à la fin que des identités, de sorte que tout se réduira à une immense tautologie. La logique reste donc stérile, à moins d'être fécondée par l'intuition,
« Voilà ce que j'ai écrit autrefois; les logisticiens proposent le contraire et croient lavoir prouvé en démontrant effectivement des vérités nouvelles.
f( Pourquoi, en appliquant à leurs raisonnements le procédé que je viens de décrire, c'est-à-dire en remplarant les termes définis par leurs définitions, ne les voit-on pas se fondre en identités, comme les raisonnements ordinaires ? C'est que ce procédé ne leur est pas appplicable. Et pourquoi ? Parce que leurs définitions sont non prédicatives et présentent un cercle vicieux caché; les définitions non prédicatives ne peuvent pas être substituées aux termes définis. Dans ces conditions, la loghtique n'est plus stérile, elle engendre V antinomie.
a C'est la croyance à l'existence de l'infini actuel qui a donné naissance à ces définitions non prédicatives. Je m'explique : dans ces définitions figure le mot tous. Le mot tous a un sens bien net quand il s'agit d'un nombre fini d'objets ; pour qu'il en ait encore un. quand les objets sont en nombre infini, il faudrait qu'il y eût un infiai actuel. Autrement tous ces objets ne pourront pas être con(;us comme posés antérieurement à leur définition et alors si la définition d'une notion N dépend de tous les objets A. elle peut être entachée de cercle vicieux, si parmi les objets A il y en a qu'on ne peut delinir sans faire intervenir la notion >' elle-même.
« Les règles de la logique formelle expriment simplement les propriétés de toutes les classiticalions possibles. Mais pour quelles soient applicables, il faut que ces classifications soient immuables et qu'on n'ai pas à les modifier dans le cours du raisonnement. Si l'on n'a à classer qu'un nombre fini d'objets, il est facile de conserver ces classifications sans changement. Si les objets sont en nombre indéfini, c'est-à-dire si on est sans cesse exposé à voir surgir des objets nouveaux et impré\'us. il peut arriver que l'apparition d'un objet nouveau oblige à modifier la classification, et c'est ainsi qu'on est exposé aux antinomies (p. 210 et suiv.). »
Il est inutile de dire que nous sommes, peut-être, moins disposé que M. H. Poincaré lui-même à nier le rôle de l'intuition et du jugement synthétique a priori en mathématique, et à admettre l'existence de l'infini numérique actuel. Il y a longtemps que nous considérons comme fondamentale, dans la théorie de la connaissance, la distinction kantisfe des trois espèces de jugements, analytiques,
206 l'année PHlLiJSut'HloUE. 190!»
synthétiques a posteriori et synthétiques a priori; comme égalemeni insoutenables, en mathématique, le pur analytisme de Taine et lempiristne pur de Stuart Mill. 11 y a longtemps que donnant absolument le môme sens aux mots nombre et loul. nous voyons un pléonasme dans l'expression de nombre fini ou de tout fini; une contradiction in terminis, la négation de la relation nécessaire du nombre ou tout à l'unité, donc la négation de l'idée même de nombre, dans l'expressiou d'iafini numérique actuel. 11 y a longtemps que nous avons appelé l'attention — comme le fait aujourd'hui M. Poincaré (p. lo3), — sur l'équivoque que présente le terme iii/ini, sur l'impossibilité d'y attacher, nous ne disons pas un sens net, mais un sens quelconque, ([uand on veut l'appliquer, non au devenir, mais au doiiui' actueP.
REYMOND (Arnold). — Logique et Mathématique. Essai historique et critique sur le nombre infini (in-S"^, Saint-Biaise, Foyer solidariste ; ix-2l8 p.).
Cet ouvrage est divisé en trois parties dont chacune se compostd'un certain nombre de chapitres : I. L'infini mathématique et la logique dans l'antiquité ; II. Uiafmi et sa signification dans /'a/ta/z/st' matkémalique ; 111. La logistique et le nombre infini. Le chapitre m de la seconde partie, qui est intitulé : La logique néu-criticiste, nous a particulièrement intéressé. L'auteur y montre que la notion de l'indélini. oii Renouvier voit la base de l'analyse mathématique, ne se suftit pas à elle-même au point de vue logique, qu'elle ne peut s'appliquer sans contradiction au continu, qui est « un élément donné dans la représentation », et donc que le continu ramène « au poini de vue logique l'infini que l'on croyait écarté (p. Ul) ».
« La droite AB constitue un continu donné, et non seulement possible, que ce soit dans la représentation, ou dans la réalité seasihli\ Si loin (jue Je divise la ligne AB. elle fournira dos intervalles de |)lu> en plus petits, mais toujours réels, puisque cette ligue est continue. Comme le nombre des divisions peut devenir plus grand que toute quantité donnée, il faut que le continu AB dont les limites extrêmes sont li.xcs renferme à lélal virtuel et réel en un sens une infinili' de divisions ; sinon lOpéralion aurait un teiine et ne serait plus inlinie.
« La notion de l'indéfini est donc contradictoire, car ou bien le continu sépuise par la division en éléments dont le nombre est fini, et dans ce cas la division n'est pas indéfiniment possible, ou bien celle-ci peut toujours être cllcctuée. et la grandfmr. qui est un tout donné puisi|u'ou la divise, doit logiquement renfermer un nombre iufini de divisions.
1. Voyez ÏAnvce philosophique de 190t. ji. IDi* In», i( V Année phitcsopkique (le 1907, p. 118.
PILLON. KEVDE BIliLIOOUAPlIlQUE 20'
Le seul moyen d'éviter ce dilemme, c'est de concevoir le continu comme un donné qui échappe à l'analyse logique.
« Si l'on veut rester lidèle au principe de contradiction, il faut résoudre le continu géométrique en un nombre nécessairement fini d'éléments indivisibles (p. 92). »
C'est ce dernier parti qu'a pris M. Evellin. Il y en a un autre, sur lequel nous avons autrefois appelé l'attention de M. A. Ueymond ^ : c'est de nier, au nom de la critique idéaliste des données de la représentation aussi bien que do la logique finitiste, sans s'arrêter aux protestations du sens commun et de la science proprement dite, la réalité, — la réalité vraie, — du continu, du tout continu (espace et temps spatialisé), donc la réalité des parties indéfiniment divisibles dont limagination est obligée de le composer, ou des éléments indi. visibles en nombre fini en lesquels elle les voudrait résoudre pour accoi'der la représentation sensible avec l'entendement.
RIBOT (Th.). — Problèmes de psychologie affective (in-12, F. Alcan Bibliothèque de philosophie contemporaine ; 172 p.).
Sous ce. titre, M. Ribot a réuni cinq études publiées antérieurement, mais dont plusieurs ont été complétées d'après des communications d'origine diverse et des travaux récents: 1. La conscience affective ;\\. La mémoire affective ; III. L' antipathie ; lY . Sur la nature du l^laisir ; V. Sur une forme cVilluaion affective.
Ces cinq études sont pleines d'observations et de réflexions suggestives. Elles traitent de problèmes qui depuis longtemps attirent notre attention, et nous regrettons de ne pouvoir consacrer à chacune d'elles unarticle spécial. La première nous paraît la plus importante. Deux questions y sont posées, qui sont du plus haut intérêt philosophique : 1° la question générale des rapports des instincts, inclinations, désirs et aversions avec les mouvements organiques ; 2'^ celle des rapports du sentiment et de l'intelligence, du moi affectif et du moi intellectuel.
L'éminent psychologue résout la première question en montrant dans les mouvements la base et la condition essentielle de la vie affective. « La seule différence, dit-il, c'est qu'en passant de la physiologie à la psychologie, de l'étude objective à l'étude subjective, ces mouvements possibles, ou à l'état naissant, ou réalisés, ou arrêtés, sont nommés besoins, appétits, instincts, tendances, inclinations, désirs et aversions. Il n'y a de changé que le nom et l'aspect (p. 29). »
11 résout la seconde en soutenant que la vie affective et la vie intellectuelle sont foncièrement hétérogènes et irréductibles l'une à l'autre. « Il faut, dit-il, être vicié par le préjugé intellectualiste ou par la maladie métaphysique de l'unité absolue pour ne pas voir