‹ L'Année philosophique (volume 4)Chapitre 13 sur 78 · Eth. II, Prop. VII, schol. t. I, p · texte numérisé non relu

Eth. II, Prop. VII, schol. t. I, p

sa doctrine qui transforme radicalement, beaucoup plus qu'elle ne semble d'abord, les conceptions traditionnelles de Dieu et de ses attributs, Spinoza retrouve, sans l'énoncer explicitement, un problème que ces conceptions rencontraient et qu'elles avaient tâché de résoudre. Il est à remarquer que^ dans les Cogitata Metaphijsica'-, Spinoza a insisté sur la simplicité absolue de Dieu en montrant l'absurdité qu'il y aurait à le composer avec des substances nécessairement distinctes, et en déclarant que les attributs de Dieu n'ont entre eux qu'une distinction de raison. En fait, les philosophes théologiens, juifs, arabes ou chrétiens, avaient plus d'une fois insisté sur l'identité de tous les attributs en Dieu, et dit notamment que tous les attributs divins sont compris dans l'essence de chacun d'eux. Ne serait-il pas vrai que, pour Spinoza également, dans chaqueattribut infini en son genre nous percevons linfinité absolue de la substance qui y est sans s'y diviser?

Mais en outre la solution que Spinoza donnait au problème général des attributs de Dieu le faisait aussi se rencontrer et se mesurer avec les solutions théologico-philosophiques antérieures, encore qu'elles prissent le terme d'attribut dans un sens très différent. Sur cette question des attributs diviiis, philosophes et théologiens étaient restés partagés entre la tendance à déterminer Dieu de façon à rendre explicables ses rapports avec le monde, et la tendance à l'élever au-dessus de toutes les déterminations empruntées à des êtres finis. La crainte de rabaisser ou mieux de fausser la nature de Dieu par des attributions dont la source est inévitablement dans les choses créées et dans la conscience humaine avait poussé à exclure la possibilité de toute affirmation positive sur Dieu. C'est ainsi que la Théologie négative du pseudo- Denys, toute pleine de l'inspiration alexandrine, procédait par voie de négation pour aller de négation en négation jusqu'à l'Infini innommable, jusqu'à l'Infini supérieur à tous les prédicats. Chez un des grands philosophes de sa race, qui lui était familier, chez Maimonide, Spinoza avait pu apprendre le danger des attributs affirmatifs qui aboutissent à faire de Dieu un être de pure imagination. Les attributs négatifs, disait Maimonide, sont les seuls vrais, parce qu'ils ne renferment dans les termes rien que l'on ait besoin de considérer comme une expression impropre ou défectueuse, rien qui rappelle ou

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