Moral Objeciivity, p
3. Theoj-y of Good and Evil, t. 1, p. 128. •4. Ibid., t. I, p. 156.
lioD. « Kant, assure-t-il, n'a jamais complètement fixé sa pensée sur cette question. Il est toujours parti de l'idée d'obligation, et toutes ses diiïicultés sont nées de la tentative de donner un seus à cette idée d'obligation et de lui trouver un contenu sans faire appel à l'idée de bien. Dans notre opinion ridée de « bien » ou de « valeur » est logiquement la conception première, quoique psychologiquement l'idée d'obligation puisse souvent, dans les hommes modernes, être celle qui se développe la première. Est obligatoire l'action qui tend à amener le bien. Il n'y a pas de tentative ici pour se débarrasser de l'ultime, inaoalysable devoir. Le bien est ce qui doit être. La différence entre les deux termes est celle-ci, que le terme obligatoire n'est applicable qu'aux actions volontaires ; le terme bon est applicable à bien d'autres choses à côté des actes. Entièrement à part de la question : qui a causé de telles choses ? je juge que la souffrance ou la musique discordante ou les peintures abominables (à savoir naturellement la souffrance endurée par des êtres conscients, la perception de dissonances ou la contemplation de mauvaises peintures par des êtres conscients) sont de mauvaises choses. Elles me paraissent mauvaises soit qu'elles naissent de la chance ou de la nécessité ou de l'action volontaire. C'est seulement parce que j'ai jugé ainsi, qu'il y a quelque fondement pour le jugement : il est obligatoire, pour autant que cela est possible, de se débarrasser de ces choses ; mais que l'on puisse s'en débarrasser ou non, elles sont également mauvaises. La volonté qui, délibérément produit, ou refuse de combattre ces choses peut être et je crois qu'elle est un mal pire que la souffrance ou la mauvaise musique ou les laides peintures. Mais si ces choses n'étaient pas mauvaises, la volonté qui refuse de les écarter ne serait pas un mal non plus ; les actes ne seraient pas des actes d'une volonté déréglée. Nos jugements moraux sont en dernière analyse des jugements de valeur ^ L'idée fondamentale en morale est l'idée de valeur, dans laquelle l'idée de devoir est implicitement contenue. Il y a dans l'emploi du terme valeur cet avantage que l'on est affranchi de plusieurs des exagérations et des mystifications qui ont quelquefois créé un préjugé contre le terme de devoir, même dans des esprits qui n'ont pas de préjugé contre la réalité qu'il signifie. L'idée
1. Cf. ces déclarations : « Le jugement moral ultime est un jugement de valeur. » [Moral ObjecHvity, p. 2). « Le jugement moral est essentiellement un jugement de valeur. » (ibid., p. 7. Theory ofGood and Evil, t. Il, p. 356).
l'idéalisme personnel d'oxford 129
de bien et l'idée d'obligation sont, à ce qu'il me semble, des termes corrélatifs. Il est impliqué dans l'idée de bien qu'il doit être promu; l'idée d'obligation est vide de sens, si on fait abstraction d'un bien que les actions obligatoires tendent à promouvoir^. »
Ailleurs, il est vrai, l'idéaliste d'Oxford paraît faire une distinction plus nette entre l'obligatoire et le bon. Par exemple, il cherche à réfuter la thèse de M. Bradley qui soutient que nos jugements moraux impliquent contradiction, car notre conscience morale prononce que le sacrifice de soimême et la réalisation de soi-même sont bons tous deux. « Cette allégation, dit M. Rashdall, me paraît reposer sur l'oubli de la distinction importante entre l'obligatoire et le bon. Si notre conscience morale prononçait vraiment que le sacrifice de soi et la réalisation de soi sont tous deux obligatoires pour le même individu dans les mêmes circonstances, ce serait assez contradictoire assurément. Mais il n'y a aucune contradiction à dire que les deux sont bons... à dire que deux choses sont bonnes, quoique parfois on ne puisse pas les avoir toutes deux... Car notre raison pratique ne nous dit pas seulement de promouvoir le bien, mais de promouvoir ce qui est dans l'ensemble le plus grand bien... Dire qu'il est toujours obligatoire de produire le plus grand bien dans l'ensemble n'implique aucune contradiction-. » Ailleurs encore de semblables contradictions sont invoquées pour repousser la thèse intuitionniste d'après laquelle la raison morale prononcerait des lois de conduite fixes et sans exception, des décrets d'espèce isolés, arbitraires, détachés, sans référence aux résultats probables. « Les jugements moraux sont fondamentalement des jugements de valeur : ils décident ce qui est bon, non immédiatement et directement ce qui est obligatoire. Gomme prima facie il est toujours bien de suivre le bon, ces jugements peuvent souvent en pratique condamner telle ou telle espèce de conduite d'une manière si catégorique que nous nous sentons sûrs qu'aucun calcul de conséquences n'est susceptible de nous empêcher de changer le jugement : «ceci est bon » en ce jugement : « ceci est obligatoire », mais théoriquement aucun jugement de valeur ne peut former la base dune règle de conduite qui n'admette aucune exception. Car la raison morale