C'est nous rpii soulignons
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uue place. Supposons que le fait de dire la vérité implique dans tel cas particulier tels et tels maux, la question qui se pose est celle-ci : quel est le pire — ces maux, ou bien le mal impliqué dans le mensonge? Tant de souffrance, et de soutirance causée par mou acte volontaire, ou bien tant de mensonge?... Et on remarquera que, fondés sur ce principe, nos jugements moraux ne peuvent jamais se contredire l'un lautre. Il reste vrai que la vérité est bonne et que le mensonge est un mal ; mais comme d'autres biens la vérité peut avoir à céder la place à des biens plus grands : mentir est toujours un mal, mais ce peut être le moindre de deux maux... Aussi longtemps que le jugement intuitif se présente sous cette forme : ceci est obligatoire, il est toujours susceptible d'être renversé par un examen plus large des conséquences. S'il est mis sous la forme : ceci est bon, il ue peut pas être renversé (en supposant que l'idéal étbique de l'bomme soit vrai), quoique le devoir qui eu résulte puisse paraître différent quand ce jugement isolé est mis en comparaison avec d'autres j ugements moraux affirmant la bouté supérieure de quelque autre fin^» Soit, dirons-nous. Mais, cette exposition admise, il faudra bien qu'il vienne un moment où votre raison pratique vous dise : Tu ne dois pas mentir (ou si vous préférez, tu dois meutin dans telle circonstance déterminée. Or, cela, votre jugement de valeur ue vous le dit pas, puisqu'il « vous donne seulement » cette assertion générale : aux yeux de la raison, idéalement, « dire la vérité est bon, mentir est mauvais. » De l'analyse même qui a été reproduite résulte la distinction entre les jugements généraux de valeur et le jugement d'obligation.
On peut donc reprocher à M. Rashdall de n'avoir pas assez vu toute la distance qu'il y a du bien au devoir, et de n'avoir pas assez aperçu qu'il y a dans l'obligatoire un rapport entre l'idéal et la volonté, la causalité, qui n'est pas analytiquement contenu dans l'idéal moral comme tel, et que les deux jugements : le bon est obligatoire, le meilleur est obligatoire, sont des jugements synthétiques a priori, puisqu'ils unissent des termes appartenant à des catégories différentes : ce qui a de la valeur pour la raison est obligatoire pour la volonté, ce qui a le plus de valeur pour la raison est obligatoire pour la volonté. Il y a lieu, pour caractériser lobligatiou, de se rappeler ce que M. Rashdall lui-même expose au sujet de la cau-
1 Theory of Good and Evil, t. I, p. 92-95.
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salité. Après avoir mis en relief le caractère a priori de cette notion, il ajoute: «C'est selon toute probabilité, au point de vue psychologique, un concept que nous n'aurions pas si nous n'étions pas des intelligences volitives aussi bien que pensantes'.)) Telle chose est bonne : c'est un jugement de qualité, de valeur, de fin, d'idéal moral objectif, un jugement de raison. Moi, individu, j'ai telle conception déterminée, vraie ou fausse, complète ou incomplète, de l'idéal moral. Je crois, à tort ou à raison, que telle chose est bonne. Je dois agir suivant ma croyance. L'obligation porte sur le rapport normal qui doit exister entre ma croyance ou ma connaissance morale et ma volonté. Il n'y a pas obligation de mettre ma volonté d'accord avec une conscience morale différente de la mienne, qui juge autrement. Mais il y a obligation — comme l'exercice de ma conscience est affaire de volonté — de cultiver, d'éclairer, de développer ma conscience.
Les principes moraux de M. Rashdall lui fournissent une nouvelle démonstration de l'existence de Dieu qui vient confirmer la démonstration berkeleyiste tirée de l'inexistence pour soi de la matière, et en même temps compléter la conception qu'il y a lieu de se faire de la nature même et du caractère de Dieu. L'idée de devoir, quand elle est analysée, implique l'idée de Dieu. La loi morale a sa source dans la source même de la réalité-. Kant avait raison au fond, quoique peut-être il n'ait pas donné les raisons les plus fortes en faveur de sa thèse, quand il faisait de l'idée de Dieu un postulat de la moralité'. Certes nos jugements moraux sont en eux-mêmes iudépendants des considérations théologiques ou métaphysiques. Quand je prononce qu'une certaine fin est intrinsèquement bonue, et que, par conséquent, l'action qui y tend est obligatoire, mes paroles ont une signification qui est intelligible (quoique peut-être pas pleinement intelligible) abstraction faite de toutes les croyances ou négations quant à l'origine ultime, quant à la constitution ou à la destinée de l'univers. De tels jugements de valeur peuvent être prononcés par des gens qui n'ont aucuue croyance ou incrédulité positive eu Dieu et en une vie future et qui conforment leur conduite à ces jugements. Tous les hommes de bien, dans la