Ibid., p
134 f/aXNÉE philosophique. )'JI2
mesure même où ils sont hommes de bien, continueront sans doute d'obéir à de tels jugements, quoi qu'il advienne de leurs croyances spéculatives. 11 n'est pourtant pas difficile de montrer ([ue leurs convictions morales ne peuvent pas être justifiées pleinement sans l'hypothèse que la réalité ultime est spirituelle. Quand je dis : ceci est bon, je n'entends pas purement qu'il se trouve que cela me plaît. J'entends émettre un jugement objectif, universellement vrai, vrai pour toutes les intelligences réelles ou possibles. La vérité morale est objective. Et pourtant nous savons qu'en fait nos idées morales humaines ont lentement évolué. Nous croyons qu'il est mal d'être cruel envers les animaux ; pourtant il y a eu un temps où aucun être humain ne voyait rien de mal dans la cruauté envers les animaux. Et même parmi les adultes éduqués, civilisés, moraux de réputation, il y a de graves différences de jugement moral. Il y a des degrés de pénétration morale, exactement comme il y a des degrés d'appréciation musicale ; et même entre les consciences les plus sensibles, il y a des différences d'idéal moral, exactement comme il y a des différences de goût musical parmi les plus musiciens. Les jugements moraux des diverses personnes se contredisent l'un lautre. Tout homme, en portant un jugement moral, revendique pour ce jugement l'universalité, et pourtant personne ne peut croire sérieusement que sou idéal moral particulier soit un idéal absolument vrai, que sa conscience morale soit un miroir absolument sans défaut de la vérité morale absolue. Ainsi ce qui est moralement bon a toujours été moralement bon et le sera toujours. Les choses sont bien ou mal, que nous les pensions ainsi ou non. La loi morale existe en dehors de nous et indépendamment de la pensée que nous en avons, du fait que nous y pensons. Mais alors où et comment celte loi morale existe-t-elle ? Quelle sorte de réalité possède cette bonté absolue? La même question peut être soulevée au sujet des lois de la nature physique : nous avons vu qu'il était impossible de concevoir ces lois comme ayant leur existence simplement dans nos esprits transitoires ou comme des propriétés d'une matière existant par elle-même; l'objectivité même de nos jugements ordinaires sur les faits implique pour leur justification l'existence d'un Esprit Universel. A plus forte raison en est-il ainsi pour la loi morale. Sou objectivité peut-elle être expliquée par une interprétation du monde qui ue soit spiritualiste? Si la réa-
l'idéalisme personnel d oxford . 135
lité ultime ou la source de la réalité est spirituelle, s'il y a un Dieu, nous pouvons regarder sa pensée et sa volonté, son but ultime, comme la réalité dont nos jugements moraux sont les représentations plus ou moins inadéquates. Elles sont vraies ou fausses en proportion de leur conformité à cet étalon. En toute autre supposition 1' «objectivité» que nos jugements moraux revendiquent demeure inexplicable. Nous pourrions, sans doute, continuer — et nous continuerions assurément en proportion de la force de nos inclinations naturelles vers les fins que nous prononçons bonnes — à guider nos propres actions par ces jugements. Mais à la réflexion nous serions forcés d'admettre que la seule objectivité que nous pourrions rationnellement revendiquer pour eux serait leur conformité aux jugements des autres êtres humains, et nous devrions admettre que les jugements moraux sont seulement les façons actuelles de penser au sujet de la conduite, celles qui prévalent de facto parmi une race de bipèdes qui se trouve avoir été évoluée pendant ce que M. Balfour a appelé « un épisode bref et transitoire dans la vie de l'une des planètes les plus viles». Ceux qui ont abandonné la croyance en une Déité morale ne peuvent guère éviter de se faire un Dieu de l'opinion publique. Nos jugements moraux prétendent être, dans la mesure où ils sont vrais, la loi de l'univers. Ils ne peuvent être la loi de l'univers que si nous trouvons la source de la réalité et de la moralité dans une idée une et identique du Bien, et une idée ne peut avoir sa demeure que dans un esprits «Ce que nou.s voulons dire en affirmant l'objectivité de la loi morale, c'est que la loi morale est une partie de la nature ultime des choses, sur le même niveau que les lois de la nature physique, et cette objectivité ne peut être, si nous n'admettons pas que la loi morale est une expression du même esprit dans lequel les lois physiques prennent naissance ^ »
L'idée de la personnalité que nous attribuons à Dieu est complète quand nous le regardons non seulement comme étant une raison et une volonté, mais comme étant un être moral, comme étant objectivement bon. Par là naturellement on ne veut pas dire que son action est limitée par nos règles de moralité telles quelles. Nous reconnaissons que nos règles