‹ L'Année philosophique (volume 4)Chapitre 4 sur 78 · Descartes, Princip. phiL, I, a3; I, C · texte numérisé non relu

Descartes, Princip. phiL, I, a3; I, C

PiLLO.N. — Année philos. 1912. J

2 l'anxiîe philosophique. 1912

pluralité de substances, et de substances finies, Spinoza soutient qu'il ne peut y avoir qu'une substance de môme attribut, qu'il n'y a en conséquence qu'une seule substance pensante,

qu'une seule substance étendue. Ton te substance, n'impliquant rien dans son idée qui permette de la limiter, est infinie. Seulement, d'après la définition propre de la substance, elle n'est ii]finie qu'en son genre'. Ce n'est donc pas sur cette définition que s'appuient principalement les démonstrations spinozistes pour conclure à l'unité de substance, c'est sur la définition de Dieu-; car dès qu'il est entendu que de Dieu doivent être affirmés tous les attributs possibles, comme les attributs, au sens précis, expriment, non des perfections qualitatives, mais des essences de substances'', il en résulte que la

1. « Tout attribut ou substance est, par sa nature, infini et souverainement parfait en son genre. » Court Traité, Appendice, I, Prop. III, Ed. Van Vioten et Land, t. II, p. 365, trad. Appuhn, p. 198. — Ep. ii, t. II, p. 5.

2. V. Victor Delbos, La notion de substance et la notion de Dieu dans la philosophie de Spinoza. Revue de métaphysique et de morale, nov. 1908, p. 78.>-788; La justification raliomielle du principe de V unité de substance chez Spinoza. Revue des cours et conférences, o janvier 1913, p. 103-117.

3. « Gum Deus sit ens absolute infinitum, de quo nulium attributum, quod essentiani substantise exprimil, negari potest... » (Eth., i, Prop. XIV. Démonstration Ed. Van Vioten et Land, t. I, p. 49. — Cf. Court Traité, partie I, cli. vu, note. « Pour ce qui concerne les attributs dont Dieu est formé, ils ne sont autre chose que des substances infinies dont chacune doit être elle-même infiniment parfaite. » T. II, p. 292; Appuhn, p. 86.

Selon Spinoza, ne peuvent être considérés véritablement comme attributs de Dieu que les attributs qui expriment des essences de substances : de là la distinction que développe le Court Traité entre les attributs et les propriétés.: tandis que les attributs sont des définitions constitutives et absolues, les propriétés ne sont que des dénominations relatives ou adjectives ; elles servent à caractériser l'espèce d'existence qu'a Dieu ou l'action divine, à dire, par exemple, que Dieu est unique, éternel, immuable, ou bien qu'il est cause de toutes choses, qu'il prédétermine toutes choses; parmi les propriétés qui sont rapportées à Dieu, lorsque toutefois elles lui conviennent bien, il en est qui sont en relation avec tous ses attributs, par exemple, l'existence par soi, la causalité, l'immutabilité ; tandis que d'autres sont relatives seulement à tel attribut, comme la sagesse et l'omniscience, par exemple, à l'attribut de la pensée, comme l'omniprésence à l'attribut de l'étendue. Toutes les fois que l'on prétend connaître Dieu par des propriétés qui ne sont pas liées aux attributs réels, on tombe dans l'erreur. En somme, sans les propriétés, Dieu n'est point un Dieu ; mais il ne l'est point par elles ; car elles ne font rien connaître qui existe substantiellement: ce sont des adjectifs, impossibles à comprendre sans leurs substantifs, qui sont les attributs. (Première partie, ch. i, t. II, p. 264; trad. Appuhn, p. 47 ; ch. ii, p. 274 ; trad. Appuhn, p. 60; ch. m, p. 282; trad. Appuhn, p. 71.)

Cette distinction ne reparaît pas en termes explicites dans VEthique; lie y est cependant encore implicitement contenue, et elle est même indi-

réalité substantielle en tout genre ne fait qu'un avec l'Être absolument infini, autrement dit, qu'il n'y a qu'une substance. Cependant, même quand les substances, d'abord logiquement distinctes, sont converties en autant d'attributs de Dieu, le système garde dans ses définitions et dans sa signification la marque irrécusable de l'identité première de la substance et de l'attribut.

Dans diverses lettres, en effet, Spinoza définit exactement par les mêmes termes l'attribut et la substance^; et quand il est amené à s'expliquer plus catégoriquement sur les rapports de la substance de l'attribut, voici ce qu'il déclare-^ : « Par substance j'entends ce qui est en soi et est conçu par soi, c'est-à-dire ce dont le concept n'enveloppe pas le concept d'une autre chose. Par attribut j'entends exactement la même chose, avec cette seule différence, que l'attribut est ainsi appelé par rapport à l'entendement qui attribuée la substance telle nature définie. Cette définition, je le répète, explique assez clairement ce que je veux entendre par substance ou attribut. Vous voulez cependant, ce qui n'est pas le moins du monde nécessaire, que j'explique par un exemple comment une seule et même chose peut être désignée pas deux noms. Au lieu d'un exemple, pour ne point paraître avare, j'en donnerai deux. Par Israël, je dis qu'on entend le troisième patriarche, et je n'entends pas autre chose par le nom de Jacob, ce patriarche

quée par une allusion, au début de l'appendice de la première partie : « His Dei naturam ejusque proprietates expiicuL.. ». T. I, p. 69. il se peut quen dehors de l'application qu'en fait Spinoza, elle ait son origine dans l'Écriture et dans la tradition religieuse juive. Voici, en effet, ce qu'on lit dans le Traité Théologio-poiitique : « Deiude notandum, in Scriptura nullum nomen praefer Jehova reperiri, quod Dei absolutam essentiam, sine relatione ad res creatas, indicet. Atque ideo Hebrsei hoc soluin nomen Dei esse proprium contendunt, reliqua autem appellativa esse; et rêvera reliqua Dei nomina, sive ea substantiva sint sive adjectiva, attributa sunt, quae Deo competunt, quatenus cum relatione ad res creatas consideratur, vel per ipsas manifestatur. » (T. I, p. 532). Spinoza aurait-il trouvé la distinction exprimée en termes plus précis et plus semblables aux siens chez le philosophe juif Chasdai Creskas? C'est ce que soutient M. Joël, Zur Genesis der Lehre Spinoza s, 1871, p. 19.

1. « Ubi notandum, me per attributum intelligere omne id quod concipitur per se et in se, adeo ut ipslus conceptus non involvat conceptum alterius rei. » Ep.u, t. II, p. 5. — « Nam cum per Substantiam intelligam id quod per se et in se concipitur, hoc est, cujus conceptus non involvit conceptum alterius rei... » Et un peu plus loin : « Per attributum enim explicui id cujus conceptus non involvit conceptum alterius rei. » Ep. iv, t. II, p. 11.

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